Bonjour à tous,

Je poste un peu en quatrième vitesse avant de m'absenter pour le week-end. Pour une fois que je le fais avant de zapper et de me retrouver lundi !

Merci à tous ceux qui continuent de lire après toutes ces années, on peut le dire, même arrivés en cours de route. Dans un mois, l'écriture de cette fanfic aura atteint les cinq ans…

Norvège : Lukas Bondevik

Danemark : Mathias Khøler

Islande : Emil Steilsson

République Tchèque : Anna Trnka

Slovaquie : Johan Trnka

Bonne lecture !

Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz


Affaire 20 : Les aquarelles

Les jumeaux Trnka, mais Mathias également, tombèrent des nues. Cela leur paraissait tellement invraisemblable que, dans un premier temps, personne ne prit la parole.

- Ah, réussit à finalement lâcher Johan au bout d'un moment

Anna se leva.

- Je suppose que nous devrons en rester là. Il faut se rendre à l'évidence : nous ne saurons jamais pourquoi notre mère a illustré l'album d'un auteur norvégien.

Son frère sembla paniquer et se tourna vers Lukas qui n'avait pas bougé de la fenêtre.

- Il n'y a vraiment rien d'autre qu'on puisse faire ? L'éditeur connaissait l'auteur non ?

- Johan…

Le détective se retourna et vint rejoindre son fauteuil.

- Il s'en souvient très bien. Il savait qu'il n'a en tout et pour tout rédigé qu'un seul livre. Et aussi qu'il aurait aimé avoir de ses nouvelles. Ce qui signifie qu'il avait perdu de vue cet homme plutôt rapidement. Il ne savait pas non plus qu'il était décédé sinon il me l'aurait directement dit.

- En dehors de ça, l'éditeur pouvait savoir pourquoi maman et l'auteur se connaissaient, non ?

- C'est une possibilité à exploiter, reconnut-il

- Nous pouvons le rencontrer ?

- J'imagine que oui.

Anna et Johan avaient retrouvé le sourire. C'était un brin d'espoir qui revenait en eux. Pourtant, en son for intérieur, Lukas doutait qu'une rencontre avec l'éditeur puisse les satisfaire. Dans leurs esprits endeuillés, il voulait connaitre quelqu'un qui avait été intime avec leur mère, un travail en étroite collaboration. L'éditeur ne l'avait vu qu'une ou deux fois, il l'avait perdu de vue elle aussi. Il imaginait mal l'éditeur capable de les conforter dans leur quête.

En revanche, il y avait une dernière chose qu'il pouvait mettre en place, mais il n'envisageait pas cela comme une piste sérieuse. C'était plus une hypothèse farfelue à laquelle il accordait du crédit faute de mieux.

- Puis-je feuilleter l'album ?

- Vous avez loupé quelque chose ?

- Non, répondit aussitôt le détective

C'était plus fort que lui. Il n'aimait pas voir sa parole remise en doute.

- Il reste un mystère à mes yeux, expliqua-t-il, pourquoi cette dédicace ? Elle a écrit que c'était votre héritage le plus précieux.

- Comme tous ses autres albums, j'imagine, éluda Anna

Lukas balaya l'air de sa main.

- « Ce livre est l'héritage le plus précieux de mes enfants ». C'est bien ce qu'elle a écrit n'est-ce pas ? Pourquoi vous faire cette dédicace en ne s'adressant pas à vous directement ? C'est comme si elle parlait à tout à chacun, de façon à ce que n'importe qui puisse en comprendre la valeur. Mais quelle valeur ? Une dédicace est d'ordinaire succincte, claire. On ne qualifie pas un ouvrage de chose la plus précieuse pour une simple dédicace. Ce sont des termes forts. Et je tiens à en avoir le cœur net.

Anna jeta un coup d'œil à Johan. Des deux, c'était bien lui qui était le plus attaché aux choses matérielles et qui avait du mal à s'en défaire. Néanmoins, ce que venait de dire le détective semblait l'avoir plongé dans une certaine perplexité. Anna soupira et remit le livre au détective, non sans l'épier du regard.

Lukas le feuilleta sans lui prêter attention.

On dit souvent qu'on retrouve toujours forcément une part de l'auteur dans son œuvre. Peut-être retrouvait-on aussi une part de l'illustratrice dans ses dessins, voire même qu'on pouvait entrevoir le lien qui unissait deux personnes travaillant sur le même projet. La dernière fois, il n'avait fait que parcourir en diagonale le livre sans s'attarder sur quoi que ce soit.

L'histoire était celle d'une petite marionnette de bois, qui avait échoué sur une plage du fjord. En rejoignant la ville, elle tombait sur divers personnages, tous plus horribles les uns que les autres qui n'avaient qu'un seul but : prendre possession de la petite marionnette pour en faire leur pantin. Ballotée d'humain en humain, elle ne comprenait pas leur monde. Sur la fin, elle coupait ses fils pour se défaire de l'emprise de son geôlier avant de s'enfuir et de refaire sa vie dans une autre ville. Une résolution définitivement ouverte : la marionnette allait-elle retomber dans le même cercle vicieux ? Une autre ville était-elle une illusion ? Un symbole de mort ? Lukas savait combien les contes pouvaient être effrayants et cacher de sordides images. Ou au contraire, puisqu'elle s'était défaite de ses liens, une image facile à identifier et comprendre, tout allait-il être différent ?

Mais, à bien y regarder, ce qui intriguait le plus Lukas, c'était les illustrations. En dehors de toute considération pour son enquête, il était focalisé sur les aquarelles. Il ne remettait pas en doute leur qualité, loin de là, mais il était surpris de découvrir un conte qui s'inscrivait dans une ville réelle. Et encore, si cela n'avait été qu'une mention dans l'histoire… mais Petrá Hegerlíková avait attaché un soin particulier à dépeindre Oslo. Il reconnaissait tous les bâtiments, reproduits avec une précision déconcertante. Elle était assurément douée. Néanmoins, tout en étant enchanté par la reproduction en aquarelle de sa ville natale, quelque chose perturbait Lukas sans qu'il arrive à mettre le doigt dessus véritablement.

Tout à coup, au détour d'une page, ce fut comme une illumination. Lukas sauta hors de son fauteuil.

- On y va ? On va voir l'éditeur ? demanda Johan avec impatience

- A cette heure-ci ? s'étonna sa jumelle

Le détective ne leur répondit pas et sortit de la pièce, dévalant par la suite les escaliers. Mathias s'esclaffa :

- Quant Lukas est sur une piste sérieuse, il n'a pas le temps de parler !

Il leur fit signe de le suivre et partirent tous les trois dans le sillage du détective.

Le soir commençait à tomber. Sans avoir aucune idée de la destination du détective, les jumeaux et Mathias le suivirent en silence. Ils n'allèrent pas bien loin, à seulement quelques rues de là. Lukas se planta devant un bâtiment et le confronta à l'illustration. C'était en tout point semblable.

- Maman a toujours fait du très bon travail, vanta Johan par-dessus son épaule

- A tel point qu'elle rajoute des éléments ?

Le jeune homme dévisagea le détective, les yeux ronds. Ce dernier pointa une tour avec une horloge, toutes deux présentes sur le dessin, mais nulle trace de celles-ci dans la réalité.

- Je connais bien assez Oslo pour remarquer qu'il n'y a qu'un seul dessin dans tout l'album qui présente l'horloge et la tour à leur juste place : sur l'édifice du Grand Hotel d'Oslo, qui se trouve rue Karls Johan, à quelques centaines de mètres de là. Toutes les autres présentes dans ce livre sont identiques mais n'ont rien à faire là.

- Remettriez-vous en cause le travail de maman et ses compétences ?

- Pas du tout. C'était une personne consciencieuse. A part ces tours et ces horloges, tout est à son exacte place, dans les moindres détails. Elle a dû passer quelques temps en Norvège. Etes-vous sûrs qu'aucun membre de votre famille ne se souvient d'une absence d'une semaine ou plus dans les années 80 ?

- Nous devrions redemander j'imagine, déclara Anna

- Peut-être personne n'était-il au courant qu'il s'agissait de la Norvège. Demander simplement une absence d'une semaine ou plus.

- Et pour le livre ? demanda Johan

- Vous allez chercher dans cet hôtel ? Maman y est peut-être descendue.

Lukas claqua le livre pour le refermer, comme pour reporter l'attention sur lui.

- Je vais mener ma petite enquête là-dessus. Je garde donc le livre, quoique vous en pensiez. En attendant, contactez votre famille. C'est tout ce que je vous demande.

Sur ces mots, le détective tourna les talons, l'album sous le bras.

Johan était prêt à lui courir après mais Mathias le retint.

- J'imagine combien il est précieux pour vous, mais Lukas ne vous le rendra pas avant d'avoir tiré cette histoire au clair. Ne vous inquiétez pas : il en prendra grand soin.

Les jumeaux Trnka n'avait pourtant pas l'air rassuré. Ils finirent cependant par laisser le détective disparaitre au détour de la rue. Puis, ils saluèrent Mathias en lui disant à une prochaine fois.

Celui-ci prit également le chemin de la maison. Il arriva au moment même où Emil garait la voiture devant le pavillon de fer forgé noir.

- Ah, Emil, tu tombes bien !

Le jeune homme le dévisagea puis plissa les yeux.

- Si c'est pour la bagnole, y a pas intérêt à ce que tu commences à marchander pour avoir des jours en plus.

- Ça concerne bien la voiture, mais…

Mathias préféra laisser planer le suspens. Il trottina tout content jusqu'à la courette et découvrit le vélo derrière la haie.

- Tadam !

- Tu veux que je fasses du vélo ? Sérieusement ? s'offusqua Emil

- Mais non ! Cette bicyclette, c'est la mienne. Du coup, je t'annonce que nous n'aurons plus à batailler. Tu as l'entière disponibilité de la voiture.

Il agrémenta son annonce d'un large sourire.

Emil cligna plusieurs fois des yeux.

- Oh. Oh, cool.

Pour sa part, Lukas eut tôt fait de remonter dans sa chambre. Il prit le temps de parcourir à nouveau l'album. Le tout était maintenant de comprendre ce qui se cachait derrière cet élément. Pour lui, ce n'était pas tant une référence à l'hôtel qu'une référence à l'horloge précisément. En effet, sur tous les dessins, les aiguilles présentaient des heures différentes. Jusque là, rien de particulier. En revanche, ce qui l'était plus, et ça, seul Lukas pouvait le voir, c'est qu'il y avait anomalie entre les aiguilles et les ombres dessinées. Autrement dit, les ombres ne correspondaient pas à l'heure indiquée. Pour cela, il fallait connaitre les lieux sur le bout des doigts, chose dont Lukas pouvait tout à fait se vanter. Si, définitivement, Petrá Hegerlíková était si bonne illustratrice, alors y avait une raison derrière ce choix.

Le tout était maintenant de comprendre ce que pouvait bien signifier ces aiguilles ou ces ombres.

Lukas scanna tous les dessins, les réimprima et chercha à les agencer pour tenter de les racoler les uns aux autres, comme pour former un dessin, un symbole, n'importe quoi. Sans succès.

Il se rabattit sur les aiguilles. Il tenta divers codes mais aucun d'eux n'aboutissait à un message intelligible.

Le détective observa les différents dessins éparpillés par terre, du haut de son siège de bureau. Les ombres étaient toutes fausses, même celle du Grand Hotel d'Oslo. Cela n'avait rien avoir avec le fait d'avoir copié cette tour et cette horloge sur tous les dessins. Alors pourquoi s'en trouvait-il un exemplaire sur chaque dessin ? Quel était le lien avec des ombres totalement fantaisistes ?

Et si, se dit tout à coup Lukas, si ce n'était pas les ombres qui étaient fantaisistes, mais les aiguilles au contraire. Cela expliquerait pourquoi elle aurait délibérément copié une tour qui n'existe que sur un seul bâtiment parmi tous ceux dessinés. Elle annoncerait alors à son lecteur aguerri : « ces horloges que tu vois, elles n'ont qu'une seule raison d'être et ce n'est pas rendre le dessin réaliste. »

S'il n'y avait pas de codes mais que les horloges avaient bien un message à délivrer, lequel pouvait-il être ? Lukas les observa encore longuement. A quoi peuvent servir des aiguilles ? Dans quel but peut-on les utiliser en dehors de donner l'heure ?

Soudain, cela le frappa : les aiguilles d'une horloge, on s'en servait parfois pour indiquer une direction !

Ragaillardi, Lukas sauta sur ses pieds et alla farfouiller dans un tiroir de son bureau où il stockait tous un tas de cartes. Lorsqu'il trouva celle d'Oslo, il voulut l'étaler dans sa chambre, mais il n'avait pas assez de place. Il se rua sur le salon, passant entre son frère et sa partie de jeu. Emil rechigna mais le suivit des yeux, intrigué.

Lukas déroula le plan de la capitale norvégienne sur le plancher, puis alla chercher le livre et un feutre. Il s'orienta à chaque fois pour se retrouver face au bâtiment dessiné. C'était une chance qu'il connaisse la ville aussi bien, il n'avait pas besoin de se rendre sur place. Une fois en place, il observait les aiguilles et traçait l'angle qu'elles formaient. Ceci fait, il utilisa une grande règle et trouva le point de convergences entre toutes les directions. La tâche achevée, il se redressa et contempla le dessin ainsi formé. Cela désignait un point précis d'Oslo, sans que cela ne lui apporte de plus ample réponse.

Pourquoi l'illustratrice d'un album pour enfant avait-elle créé ce code ? Que cherchait-elle à désigner à cet endroit ?


Affaire à suivre…