Bonjour à tous,
Plus ça va, plus je crains de devoir remettre la fic en hiatus. Ça m'horripile. C'est vraiment la dernière chose que je souhaite. J'aimerais pouvoir suivre jusqu'au bout sans interruption. On verra bien.
Norvège : Lukas Bondevik
Danemark : Mathias Khøler
Islande : Emil Steilsson
République Tchèque : Anna Trnka
Slovaquie : Johan Trnka
Bonne lecture !
Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz
Affaire 20 : Le quartier aux mystères
Lukas trépignait d'impatience. La nuit était en train de tomber mais il ne pouvait décidément pas attendre le lendemain pour mener à bien son investigation. Il flairait quelque chose. Il dévala les escaliers. Mathias sortit de la salle à manger à l'entendre s'agiter dans l'entrée, accompagné des cris du macareux.
- Tu vas où ?
- Je dois voir quelque chose de mes propres yeux.
- De nuit ?
- Peu importe.
Le détective s'empara des clés de la voiture et les envoya à Mathias. Ce dernier cligna plusieurs fois des yeux avant de s'acquitter de la tâche que lui confiait son acolyte : Mathias le chauffeur était de retour. Lukas lui indiqua le chemin au fur et à mesure, puis il demanda à s'arrêter. Aux yeux de Mathias, il n'y avait à cet endroit rien qui justifiait un arrêt. Absolument rien. Des bâtiments résidentiels tout ce qu'il y avait de plus commun dans le nord-est du centre-ville. Le seul commerce se réduisant à un bar.
- C'est bien ce que je pensais, conclut Lukas après un tour minutieux de l'endroit
- Quoi ?
- Il n'y a rien de spécial.
- Ah ça, je te le fais pas dire. Et tu avais besoin de venir là pour ça ?
- Quelque chose me chiffonne dans cette histoire.
- On fait quoi du coup ? On rentre ?
- Non. On va plutôt se prendre un verre dans ce bar d'habitués.
Mathias jeta un coup d'œil à Lukas. Il se demanda un instant si son acolyte allait bien. Lukas en était peut-être arrivé à mentir sur ses réelles motivations. Peut-être cherchait-il un moment de détente pour évacuer le stress.
- Si t'avais envie de te changer les idées, il fallait juste le dire, tu sais ! affirma Mathias tout sourire
- N'importe quoi.
- Tu as eu des nouvelles de ta grand-mère ?
- J'ai été la voir.
- Comment va-t-elle ?
Lukas haussa les épaules.
Ils prirent place au comptoir, commandèrent deux bières, puis Mathias prit à cœur de faire la conversation. Lukas ne chercha pas à l'arrêter. Au contraire, cela ne ferait qu'augmenter leur chance d'entrer en contact avec des gens du quartier. Mathias avait un don pour la cordialité.
- Mais du coup, je comprends pas ce qu'on fait là. T'es sûr que tu t'es pas gouré sur ta carte ?
- Certain.
- Ça aurait pu désigner le bar justement. Imagine : c'est là que la mère des jumeaux et l'auteur se sont rencontrés. C'était un hommage à leur première rencontre.
- Si cette hypothèse devait être vérifiée, alors l'auteur était un habitué. Il s'agit d'un bar uniquement fréquenté par des riverains. Cela se sent d'autant plus à l'ambiance qui a changé dès que nous sommes entrés. Beaucoup nous observent encore.
- Ouais, je confirme.
- Or, l'auteur habitait dans une résidence du sud-ouest, autant dire à l'opposé.
- Ah merde, donc c'est pas un habitué.
- Et si ce n'est pas un habitué, ce n'est certainement Petrá Hegerlíková qui l'aurait emmené là. Conclusion ?
- Cela n'a rien à voir avec le bar et j'élucubre encore beaucoup trop, soupira Mathias en s'allongeant sur le comptoir
- Tu progresses, affirma pourtant Lukas en avalant une rasade d'alcool
La tête penchée, Mathias observa le profil de son acolyte, aux traits droits et fins. Il était à l'image même de ses méthodes : juste, précis, direct.
- Ce quartier est loin d'être touristique, poursuivit Lukas, comment et pourquoi la mère des jumeaux aurait-elle visé ici ? Il y a un message caché dans ses dessins, pour sûr. Elle n'a pas choisi ce point précis de la ville sans avoir une bonne raison. Si ses enfants affirment, tout comme le reste de la famille, qu'ils n'ont aucun souvenir d'un lien entre elle et la Norvège, c'est donc que ça ne la concerne pas directement. Il doit y avoir un lien avec l'auteur en revanche.
- Mais tu viens de dire qu'il habitait à perpète.
- Là est toute la question. Quel lien existe-t-il entre un auteur n'ayant écrit et publié en tout et pour tout qu'un unique album pour enfant, en collaboration avec une illustratrice tchèque, autre point étrange, et cet endroit ?
Le doigt sur le menton, Mathias se creusa les méninges.
- La réponse ne tombera pas miraculeusement dans ton cerveau. Je comptais plutôt sur toi pour faire parler les personnes alentours qui persistent à nous dévisager.
Sortant de ses pensées, Mathias leur adressa un petit signe de la main, amical. Certains détournèrent la tête, quand d'autres lui rendirent son salut chaleureusement. Il leva sa chope de bière et trinqua à distance avec eux. Quelques secondes à peine après, le tenancier venait nonchalamment nettoyer près d'eux.
- Vous êtes nouveaux dans le quartier ?
Mathias jeta un coup d'œil à Lukas mais ce dernier, par son silence, lui laissa carte blanche sur la réponse.
- Je viens de m'installer.
- Ça s'entend à l'accent !
- Ah ah ! Désolé si je prononce encore certains de vos « e » comme des « a » ! Mais mon ami ici présent me tape ce qu'il faut sur les doigts donc ça devrait bien finir par rentrer. J'ai bon espoir.
- Vous êtes Norvégien, vous ? demanda le tenancier à Lukas
- D'Oslo. Majorstuen précisément.
- Petit veinard.
- Me dites pas ça ! s'exclama Mathias. Vous croyez que je devrais changer de quartier ?
- Ah mais vous aussi vous avez de la veine de vivre ici ! Chez nous, il fait bon vivre.
- Qu'est-ce qu'i voir par ici, du coup ?
- Oh, pas grand-chose. Mais il y fait bon vivre. Pour sûr que vous serez pas dérangé. Par contre, si vous cherchez à connaitre l'histoire du quartier… ça, c'est une autre paire de manches.
- Ah ? Il est vieux ?
- Même pas tant que ça. Mais le vingtième siècle aura été bien gratiné. Surtout à l'après-guerre, c'était pas tout rose. C'était même un peu le bordel, pas très sain, de ce que j'ai pu entendre. Mais je vous rassure, jeune homme : tout ça, c'est du passé.
Lukas observa les autres clients d'un regard en coin. Les plus jeunes étaient retournés à leurs occupations, quand les plus vieux, eux, demeuraient sur leur garde. Pas sûr que tout ça soit du passé… pensa-t-il. Mathias avala une rasade de bière. Puis, tout en quémandant une nouvelle, demanda sur le ton de la confidence :
- Des règlements de compte ?
- Oh comme partout. Mais il y a eu bien pire que cela. Peu de gens connaissent finalement les lieux où s'est véritablement jouée la grande histoire.
Le tenancier resservit Mathias puis laissa les deux hommes à leurs boissons.
- La grande histoire, hein ? murmura Mathias en contemplant le fond de son verre
Peu après, ils se retrouvèrent dehors, dans la nuit éclairée par les réverbères.
- Alors ? On en pense quoi ?
Lukas grimpa dans la voiture :
- Il y a des blessures du passé qui étaient encore ouvertes dans les années 80.
Son acolyte hocha pensivement la tête, puis démarra. Une fois de retour, Lukas récupéra le conte et se remit au travail dans sa chambre.
Si Petrá Hegerlíková avait cherché à délivrer un message, elle ne pouvait décemment pas avoir uniquement indiqué un bête emplacement lambda perdu au nord-est d'Oslo. Elle savait qu'il s'y était déroulé quelque chose après-guerre. Quelque chose qui s'était déroulé en Norvège. Alors qu'elle n'y avait vraisemblablement jamais mis les pieds. En revanche, l'auteur norvégien avait plus que probablement pu avoir un lien avec ces évènements. Ce seul conte qu'il ait jamais publié était donc un témoignage du passé. Dans quelle mesure ? Etait-ce de l'expiation ? Une dénonciation ? Une accusation ? Un aveu ? Une chose demeurait certaine : l'illustratrice avait participé à cet album en y cachant une partie du message, le lieu de l'évènement. Restait à savoir quoi. Et cela se trouvait peut-être bien dans le texte même.
Lukas était parti pour une longue nuit entrecoupé de café fort. Le texte n'était pas bien long et pourtant, il ne voyait rien. Ce n'était que des mots lambda, une histoire bien construite, bien écrite de surcroit, même très poétique. Il se sentait comme un aveugle. Il rageait de ne pouvoir passer au travers des phrases et voir par-delà. Il avait tenté plusieurs expérience : mettre tout le texte à l'envers, ne garder que les premières syllabes, ne garder que les premières lettres, et vice-versa avec les dernières. Mais cela ne menait à rien de plus qu'à un vulgaire charabia.
Au petit matin, les traits creusés, Lukas passa une main fatiguée sur son visage, affalé dans son fauteuil. Il n'avait toujours rien trouvé et cela l'exaspérait. Cela l'exaspérait d'autant plus qu'une autre question tambourinait dans son crâne, au point d'en avoir la migraine : pourquoi une illustratrice tchèque participait-elle à ce témoignage du passé ? Pourquoi s'impliquait-elle ? Elle ne pouvait pas ne pas être au courant, puisqu'elle avait sciemment caché une indication géographique. Elle était donc pleine consciente de la raison d'être de cet ouvrage.
- T'as encore passé toute la nuit debout ?
Lukas manqua de sursauter en découvrant Mathias sur le pas de la porte, en pyjama et les cheveux plus ébouriffés encore qu'à l'habitude, si tant est que cela était possible.
Il lui répondit par un vague marmonnement.
- Et tu n'as rien trouvé.
- Si tu le sais, je te prierai de ne pas le dire à voix haute. Ça ne fait que m'agacer.
Mathias sourit et, tandis que son acolyte se frottait les yeux entre deux doigts, il vint récupérer la tasse de café froid.
- Je t'en prépare un nouveau. Mais si j'étais toi, je ferais une pause. A trop bosser, tu trouveras rien du tout.
- Je sais comment je dois procéder. Tais-toi juste : j'ai déjà bien assez mal au crâne ainsi.
Mathias sourit et tapota l'épaule de Lukas avant de rejoindre la cuisine. En attendant, le détective se replongea dans le conte. Il relut par la suite ses notes, étant allé jusqu'à l'analyse sémantique et lexicale du conte. Néanmoins, à part le fait qu'il s'agissait d'un conte cruel, comme il en existait finalement tant d'autres, garni d'un vocabulaire effrayant, il n'en tira rien de plus.
Frustré, il se leva brusquement de son bureau et se rua sur son violon dans le salon. N'en déplaise aux oreilles d'Emil encore en train de dormir, il avait un urgent besoin de jouer. Malgré tout, il entama un morceau similaire à Casse-noisette ou la Fée Dragée. Il restait près de son sujet d'étude, le merveilleux, espérant implicitement découvrir une méthode qu'il n'avait pas encore testée.
Il n'entendit pas Mathias déposer la tasse de café et un énorme muffin aux airelles sur la table d'appoint près du fauteuil. Il ne l'aperçut pas plus faire un aller-retour dans la chambre du détective, l'album sous le bras et s'installer dans le canapé pour le feuilleter.
- C'est vrai que les dessins sont jolis, releva Mathias alors que Lukas laissait retomber son archet, mais elle s'est un peu emmêlé les pinceaux. C'est le cas de le dire.
Aussitôt, le détective fit volte-face.
- Comment cela ?
- Elle a fait gaffe aux aiguilles mais alors pour les reflets… On dirait qu'elle les a fait à l'arrache.
Arracher fut précisément ce que fit Lukas. Sur quelques aquarelles, l'horloge se reflétait dans une vitrine, une fenêtre, une fontaine, l'eau du fjord, une flaque ou autre. Maintenant que Mathias avait mis le doigt dessus, cela apparut au détective comme l'évidence même. Les horloges réelles et les reflets présentaient des heures différentes. A se focaliser sur les ombres et les heures fantaisistes, il avait complètement occulté le reste du dessin. Puis, lorsqu'il s'était de nouveau penché dessus, il n'avait pensé qu'au texte, sans envisager qu'un autre indice pouvait être caché dans l'imagerie. Il se traita intérieurement de tous les noms.
Il s'assit brusquement sur le canapé, aux côtés de Mathias, qui était excité une fois de plus de voir Lukas à l'œuvre.
- Alors ? Tu tiens quelque chose ?
- Tu vas encore te mettre en retard.
- J'ai mon vélo.
- Tu as finalement été le chercher.
- C'est une bonne idée que tu as eu. Tu as toujours de bonnes idées. A part, il y a un an et demi quand tu as décidé de me planter pour courir après ta génitrice.
Lukas lui envoya un tel regard noir que Mathias se tut aussitôt.
- Mais je vais aller me prendre une bonne douche et te souhaiter bonne chance pour la suite.
Se retrouvant seul dans la quiétude matinale du salon, Lukas se concentra sur ces reflets d'horloge. Il essaya de les confronter aux ombres, mais une fois encore, si quelques-unes affichaient bien une heure probable, allant de pair, la majorité paraissait sortir de nulle part. Lukas commençait à cerner l'illustratrice, talentueuse et ingénieuse. Elle n'avait pas dessiné ces reflets par hasard, ni même ces aiguilles. Il demeura de longues heures assis dans le salon à détailler les aquarelles, encore et encore, mais les images finissaient par danser, les couleurs se mélanger dans une ronde enivrante.
Affaire à suivre…
