Bonjour chers lectures,

L'A20 touche à sa fin. Et du coup, je pense remettre la fic en hiatus. Je sais que vous comprenez, et je vous en remercie sincèrement ! mais pour ma part, c'est un peu une sorte d'échec. Et je supporte mal l'échec, il faut bien le dire.

Nous nous quittons donc sur ce chapitre, sans savoir quand la publication reprendra. Soyez sûrs qu'elle reprendra par contre. J'ai quand même toujours mon schéma pour aller jusqu'à la dernière affaire, et j'ai toujours mon épilogue d'écrit. Mais voilà, tout comme Hetalia s'étend sur plus de dix ans maintenant, ma fic va avoir cinq ans… ce qui est relativement long pour une fan fiction, vous en conviendrez !

En dehors de cela, sachez que le nom et les prénoms de République Tchèque et Slovaquie ne sortent pas de nulle part ! Trnka est le nom d'un pionnier de l'animation (la République Tchèque étant un pays maitre de la stop motion, et la fanatique d'animation que je suis ne pouvais passer à côté de cet hommage). Quant à Anna et Johan, ils font référence à un certain manga d'Urasawa Naoki. Mais déjà, ceux qui reconnaitront ledit manga comprendront de fait le choix des prénoms mais aussi de suite toutes les autres références cachées à ce même manga, ah ah

UPDATE : MAIS... 500 reviews ? Sérieusement...

Norvège : Lukas Bondevik

Danemark : Mathias Khøler

Islande : Emil Steilsson

République Tchèque : Anna Trnka

Slovaquie : Johan Trnka

Bonne lecture !

Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz


Affaire 20 : Il était une fois, bien loin dans le passé

Plus tard, Lukas paya sa consommation et quitta le bar, prétextant devoir se remettre au boulot. Ce n'était pas un réel prétexte, puisqu'il s'agissait bien pour lui de travailler sur cette enquête.

Tout le long du trajet, il se répéta les mots du vieux Gudmund et grava dans son esprit chaque détail de son visage et de ses expressions.

Quasiment arrivé devant chez lui, la sonnette du vélo fit à moitié sursauter Lukas, le sortant brusquement de ses pensées. Mathias freina à sa hauteur et aligna sa vitesse sur le pas de son acolyte.

- Comment tu vas aujourd'hui ?

- Une petite recherche à faire et je touche au but.

- Une petite recherche du genre nuit blanche, j'imagine…

Mathias soupira.

- En quoi cela te dérange-t-il ?

- Je m'inquiète pour ta santé.

Lukas leva les yeux au ciel. Il fourra les mains dans les poches et pressa légèrement le pas. Ce qui était bien vain, Mathias en vélo pouvant aisément le rattraper.

- Et… ta grand-mère ?

Le visage de Lukas s'obscurcit.

- Je comprendrais que tu veuilles pas en parler, souffla Mathias

- Son cœur bat toujours.

Lukas gravit les quelques marches du perron rapidement et pénétra dans la maison sans attendre la réaction de Mathias.

Il se sentait pris entre deux fois de façon très insidieuse. D'un côté, l'appel du mystère et d'un drame qui s'était surement déroulé dans ce quartier. De l'autre, sa grand-mère hôspitalisée. Il passa une main lasse sur son visage. Il avisa l'heure sur l'horloge de l'entrée. C'était encore le milieu de l'après-midi. Il était possible pour lui d'entamer de premières recherches puis d'aller à l'hôpital.

Résolu, Lukas monta s'enfermer dans sa chambre. Entre les informations sur Karl Mathisen et celles de l'auteur qu'il avait trouvé à la mairie, entre les quelques bribes de confidences au bar et le conte, le détective en était certain : il avait désormais toutes les cartes en main. Ne lui manquait plus qu'un as pour parfaire son jeu et s'assurer la victoire.

Deux heures après, le détective observait avec une grande satisfaction les documents rassemblés. Il avait réussi à percer le mystère de l'album. Il savait ce que cachait le conte. Il savait qui était Karl Mathisen. Il connaissait le lien qui unissait l'auteur et l'illustratrice. Il comprenait la dédicace aux jumeaux Trnka. La boucle était bouclée. Mais aussitôt son regard fut attiré par l'heure. Les révélations devraient attendre. Il ne voulait pas manquer les visites de l'hôpital.

oOo

Emil était tout de même très embarrassé. Rentrer du travail en compagnie de clients rencontrés il y a quelques jours de cela. Heureusement qu'Erzsébet n'était pas au courant. Il osait à peine imaginer sa fureur si elle venait à apprendre en plus de cela qu'il s'agissait de la « petite gourde » qui critiquait ouvertement son établissement. D'ailleurs, Anna Trnka avait beau fréquenter le spa depuis plusieurs jours, elle demeurait intraitable sur le sujet et considérait les bains tchèques comme bien meilleurs en tout point. Résultat : dès qu'Erzsébet voyait son profil se dessiner derrière la porte, elle implorait Emil de la remplacer. Emil soupira.

- Ton frère a intérêt à nous rendre le livre ce soir. Ça commence à bien faire, déclara la jeune fille d'un ton autoritaire

- Je me demande ce que ton frère a pu découvrir. C'est à la fois excitant et… extrêmement angoissant… avoua Johan

Emil soupira encore une fois. Pour une raison qui lui échappait, les jumeaux avait franchi la barrière de la politesse et avait décrété qu'ils pouvaient bien se montrer familier avec Emil, du fait de son âge et de leur fréquentation. Ce qui n'était pas forcément pour plaire au goût du jeune homme, lui qui préférait le calme et la quiétude. Il avait l'impression de toujours attirer les gens.

Arrivé chez lui, il les invita à entrer. Anna et Johan grimpèrent à l'étage comme s'ils venaient ici depuis des années.

Dans le salon, Lukas les attendait déjà. Assis dans son fauteuil, les jambes élégamment croisés, il leur fit signe de prendre place. Mathias avait déposé des boissons et s'était adossé au mur, curieux lui aussi de connaitre le fin mot de l'histoire.

- Avant toute chose, déclara le détective d'une voix neutre, répondez à deux questions.

- S'il s'agit de l'absence de maman, un oncle a bien souvenir qu'elle s'est régulièrement échappé dans les années 80. Grand-mère était morte d'inquiétude à chaque fois qu'elle disparaissait et notre oncle la sermonnait dès qu'elle réapparaissait, expliqua Johan

- Certes, mais cette information ne m'est plus utile. Pourquoi votre mère a-t-elle choisi le nom d'Hegerlíková ?

- Son vrai nom, révéla Anna, était Viera Trnka. Petra est une référence artistique et Hegerlíková est son nom de jeune fille.

- Tout à fait.

- « Tout à fait » ? Comment vous pouviez le savoir ?

- Izidor Hegerlíková.

Les jumeaux Trnka écarquillèrent les yeux, interloqués.

- Qu'est-ce que… balbutia Johan, notre grand-oncle ?

- Comment est-il mort ?

- En 1948, pendant la Révolution, l'armée rouge l'a embarqué. Il n'est jamais revenu, résuma froidement Anna

Là, le détective joignit les mains.

- Son acte de décès est daté du 11 novembre 1991.

Les jumeaux demeurèrent interdits. Anna fut la première à sortir de son mutisme.

- Notre grand-oncle est mort au mieux au début des années 50, surement fusillé comme bon nombre de tchécoslovaques ! Qu'est-ce que vous allez nous chanter là ? C'est complètement ridicule et cela n'a rien à voir avec l'album de maman.

- Au contraire, jeune fille, cela à tout à voir.

Lukas présenta le livre debout sur ses genoux.

- Cet album pour enfant est une autobiographie cachée.

Face au silence perplexe, le détective déroula ses informations :

- Il existe aux archives de la mairie d'Oslo, la fiche d'un citoyen naturalisé norvégien à l'aube des années 60. D'origine tchécoslovaque, il était mineur lorsqu'il a été découvert et placé en orphelinat. Son établissement a conclu à un enfant perdu durant la fuite de tchécoslovaques au lendemain de la Révolution Pourpre. De son vrai nom Izidor Hegerlíková, lors de sa naturalisation, il l'a changé pour le nom de l'auteur inscrit sur la couverture. A ces informations est joint son acte de décès daté du 11 novembre 1991. Pour ce qui est du conte, un livre a toujours un message à délivrer. Bien plus souvent qu'on ne le croit, un auteur s'y confie, et implicitement se confie à son lecteur. Il faut savoir lire entre les lignes. En l'occurrence, il fallait savoir non seulement cela, mais également savoir décoder l'image et la mettre en rapport avec le texte. En un mot comme en cent, la marionnette est la figure de l'enfant qu'il a été lorsqu'il est arrivé à Oslo, ballotté entre des personnes peu scrupuleuses qui n'avaient pour but que de se servir de lui. Lorsqu'il fuit à la fin et découvre une autre ville, ce n'est ni plus ni moins que la fin de son calvaire et le début d'une nouvelle vie. Votre mère, par ses aquarelles, a permis de révéler le lieu de l'action. Le lieu réel, j'entends, un quartier au nord-est d'Oslo. Les plus vieux riverains de ce quartier ont encore des choses à dire mais n'osent pas le faire de peur de rompre la quiétude de leur quotidien, et de raviver des souvenirs peut-être douloureux. A côté de cela, l'image et le texte délivrent un autre indice : un nom, celui de Karl Mathisen. A en croire les réactions des habitants, cet homme était mêlé de près ou de loin à une sinistre affaire. Lorsque votre grand-oncle était enfant, lui, était un adulte. Or, la seule figure d'adulte dans le conte est celle du geôlier tortionnaire. Le lien n'est pas difficile à faire. Quelques recherches sur les évènements de l'époque, des faits qui sont ressortis voilà quarante à cinquante après, m'ont permis de comprendre la réalité derrière le conte. Il se trouve que dans les années 40-50, au milieu de toutes ces arrestations, parfois bien arbitraires, des enfants étaient enlevés et envoyés à l'étranger afin de devenir des soldats. Et quoi de mieux qu'un pays neutre dans le conflit comme cachette. Ce pays et tous les autres voyaient là des enfants fuyant leur pays, rien de plus. Qui irait contester cela ? Izidor Hegerlíková, dans les années 80, ne pouvaient pas accuser ouvertement, d'autant que trente ans s'étaient écoulées et trouver des preuves auraient été fastidieux. Alors il a eu l'idée du livre. Puis, il est mort quelques années après la fin de la Guerre Froide, sans avoir eu l'opportunité de témoigner officiellement sur ce qu'il s'était passé.

Lukas se tut. Faisant mine de feuilleter l'album, il patienta.

Anna et Johan Trnka étaient atterrés, sidérés. Ils hésitaient tout à coup à remettre en doute la parole du détective en face d'eux tant l'histoire leur paraissait invraisemblable.

- Mais… finit par bredouiller Johan, comment maman aurait-elle pu savoir que…

- Que votre grand-oncle était encore vivant ? acheva Lukas en reposant le livre. Elle ne le savait pas. Je suis même intimement convaincu qu'elle n'était venue à l'origine en Norvège que pour le travail. Là, elle a rencontré cet homme. A force de discussion, ils auront fini par apprendre la vérité l'un sur l'autre et ont décidé de créer cet album et tout le mystère qu'il contiendrait.

Anna croisa les bras, sourcils froncés.

- Quand bien même. Pourquoi maman ne nous en a-t-elle jamais parlé ? Pourquoi n'en a-t-elle jamais parlé à notre grand-père qui aurait été fou de joie d'apprendre que son grand frère était toujours en vie ? Je ne vois pas notre mère cacher cela.

- Elle ne l'a surement pas fait sciemment. Alors qu'elle aurait pu en parler ou le faire revenir en Tchécoslovaquie après 1989, 1990, Izidor est décédé l'année suivante. Vous auriez parlé, vous, d'un être cher disparu pour annoncer aussitôt après qu'il était décédé ?

La jeune femme détourna le regard.

- Petra Hegerlíková a préféré vous laisser l'album et sa dédicace que de raviver les tristes évènements du passé. Libre à vous de mener ce combat ou pas, mais sachez que Karl Mathisen est décédé il y a plus de quinze ans maintenant, conclut Lukas

Le salon retomba dans un profond silence. Entouré de tous ces fantômes, l'atmosphère était presque étouffante. Anna et Johan Trnka ne savaient plus comment réagir. Ils avaient enfin obtenus ce qu'ils cherchaient, à savoir pourquoi leur mère avait collaboré avec un auteur norvégien. Ils avaient découvert bien plus encore et n'avaient pas été préparés à cela. Johan se mit à pleurer en silence, tandis que sa jumelle serrait poings et dents pour ne pas céder, trop fière.

Soudain, le téléphone sonna. Mathias s'en chargea. Pendant ce temps, Lukas remit l'album si précieux aux enfants Trnka. Alors qu'il quittait la pièce par politesse, les laissant à leur deuil, Mathias gravit les marches quatre à quatre, alarmé. Il tendit le combiné à Lukas. Ce dernier n'eut même pas besoin de prendre le téléphone en main. Il comprit aussitôt. Dévalant les escaliers, il se rua à l'extérieur.

oOo

Mathias observa l'heure sur l'horloge murale de la salle à manger. Il posa le dernier couvert et s'assit. Il n'y avait rien d'autre à faire en attendant.

Les jumeaux étaient finalement partis. Mathias les avait chaleureusement étreint en guise de soutien et leur avait souhaité bon courage pour traverser cette épreuve difficile. Johan étant incapable de parler, dévasté Anna avait pris sur elle pour articuler quelques remerciements. Il les avait observés s'éloigner et repensait à sa propre histoire.

Le bruit de la porte d'entrée le sortit de ses pensées. Il sauta aussitôt sur ses jambes et vint à la rencontre de Lukas. Mathias s'arrêta brusquement en découvrant le visage blême et mortifié de son acolyte. Son cœur rata un battement. Il avait peur de connaitre la nouvelle et n'osa pas bouger.

Ce fut finalement Lukas qui fit un pas en avant, vers lui.

N'ayant pas besoin de plus pour comprendre, Mathias s'approcha. Il cueillit Lukas dans ses bras et l'étreignit de toutes ses forces. Il sentit la tête de son partenaire s'enfouir dans son cou et des larmes tracer leur sillon.


Fin de l'affaire 20.

Je vous laisse sur cette scène finale jusqu'à ce que la fic revienne !