11 mois plus tard…

Bonjour à tous,

Des bonnes et des moins bonnes nouvelles, la première étant sous vos yeux puisque la suite est là. La fic reprend. Mais pas pour bien longtemps, quelques mois tout au plus. J'ai en effet été jusqu'à l'A23, la dernière avant la Big One, comme qui dirait. Sauf que justement, cette Big One, même avec toutes les idées notées et fournies… ben… elle est toujours pas écrite. C'est certes de la motivation qui me manque mais pas celle qu'on imagine nécessairement. Je ne suis pas déinstéressée d'Hetalia, ni même du DenNor, ni du policier, ni de la fanfiction, etc. C'est une question d'ordre beaucoup plus personnelle et sur laquelle je n'ai certainement pas envie de m'étaler. Mais histoire que vous, lecteurs, vous soyez un minimum au courant, je vous l'annonce : oui, la fic est de retour, mais sa fin n'est toujours pas écrite.

A noter que je ne suis pas spécialement satisfaite non plus de ces petites affaires, mais bon… j'avais envie de les poster. Et surtout, j'avais envie qu'elles arrêtent de traîner dans un coin de mon ordi.

Voilà, voilà, sur ce, je ne vous embête pas plus longtemps et je vous laisse à votre lecture ;)

Norvège : Lukas Bondevik

Danemark : Mathias Khøler

Islande : Emil Steilsson

Bonne lecture !

Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz


Affaire 21 : L'épreuve

Lorsqu'Emil rentra du travail ce soir là, dans la nuit profonde du mois de décembre, au travers des flocons et frappé par le vent cinglant de l'hiver précoce, il fut presque heureux d'avoir les tympans déchirés par son macareux. Ce dernier l'accueillit dans un concert tonitruant, battant des ailes. Emil avait mal au crâne. Il se passa une main lasse sur le visage. Puis, il prit malgré tout son temps pour se défaire de ses affaires, époussetant la neige tombée dessus.

Alors qu'il s'apprêtait à gravir les marches, il manqua de peu de percuter un carton sur jambes, ayant déboulé à toute allure de la cuisine. Emil ne put d'ailleurs pas s'empêcher de sursauter.

Le carton se révéla avoir des cheveux blonds en pétard. La fatigue était indéniablement grande chez Emil, car il mit un certain temps avant de faire remonter l'information et comprendre qu'il ne s'agissait bien évidemment ni plus ni moins que de Mathias.

- Oups ! Désolé, Emil, s'exclama ce dernier en lui passant devant, bonne journée ?

Emil haussa un sourcil dubitatif. Puis, un léger scintillement émanant du carton, dont un des pans était entrouvert, lui mit la puce à l'oreille. Il leva alors les yeux au ciel.

Il prit la suite de Mathias, cherchant à rejoindre sa chambre, et se sentit contraint de marmonner une réponse. Alors sur le palier, Mathias s'apprêtait à tourner vers le salon, mais fit volte-face, manquant de peu d'éborgner Emil au passage.

- Tu viens m'aider ? Tu sais ce que je fais, n'est-ce pas ?

- Oui, je sais… mais non, j'ai pas envie de m'amuser à décorer le sapin de Noël. J'ai passé l'âge.

- Roh ! Il n'y a pas d'âge pour ça, Emil. Regarde, je le fais bien, moi.

- Exactement. Et puis, j'ai fait ma journée. Je suis claqué. J'ai juste envie de me mettre au lit.

- T'es malade ? s'inquiéta aussitôt Mathias

Il en lâcha même son carton et se rua sur le front d'Emil, paume en avant, pour prendre sa température. Le jeune homme l'arrêta aussitôt dans son élan.

- Mais non ! Je suis juste crevé, je te dis.

- Attends, attends. Comment veux-tu que je te crois ? Quand tu parles d'aller dans ta chambre, c'est pour aller jouer aux jeux vidéo, pas pour te mettre au lit. Passe encore que tu ne veuilles pas m'accompagner dans cette fantastique aventure qu'est la décoration de la maison pour Noël, mais Emil qui veut aller directement au lit ? Non, non. Tu es malade.

Emil s'autorisa un franc soupir.

- Je suis claqué, insista-t-il

- Mouais… et bien une bonne soupe, ça ne fera pas de mal de toute façon ! Je vous ai concocté un bon petit potage… vous m'en direz des nouvelles !

A l'évocation de ce « vous » qui sous-entendait lui et son aîné, Emil se tourna vers la porte de chambre de Lukas. Elle était close. Mais vu l'heure, Emil était quasiment certain que son frère était déjà rentré. A moins qu'il n'ait un concert. Cependant, il n'eut pas besoin de dire un seul mot.

- Lukas est rentré en début d'après-midi, un peu après moi. Il est directement monté dans sa chambre en laissant son violon dans l'entrée…

- Encore ?

Mathias hocha la tête. Il croisa les bras et s'avança à hauteur d'Emil.

- Ça va faire trois mois.

- Oui, trois mois, répéta machinalement Emil

- Je ne sais pas quoi faire pour l'aider. Sa peine a l'air si… profonde. En même temps, il s'agissait de sa grand-mère, et c'était… quelqu'un de très important pour lui. N'est-ce pas ?

Emil acquiesça.

Ils demeurèrent un moment là, à observer la porte close de la chambre de Lukas. Puis, Mathias se pencha pour attraper le carton de décorations de Noël.

- Je suppose que tout ce que je peux faire pour le moment, c'est continuer à remonter son étui à violon à chaque fois qu'il le laisse en bas. Et décorer la maison pour Noël. Sait-on jamais, si ça peut l'égayer…

- Egayer Lukas ?

- Oui, égayer Lukas. Je l'ai déjà vu sourire et hors de question que ce sourire disparaisse à jamais. Hors de question.

Emil observa Mathias se rendre dans le salon où le sapin de Noël trônait. Ce dernier l'avait ramené il y avait quelques jours de cela, un samedi matin précisément. Une tempête de neige venait de se calmer et la grisaille trônait au-dessus du fjord de la capitale norvégienne. Mathias était revenu avec, un véritable sapin naturel, et alors qu'il l'avait fièrement présenté aux deux frères, la seule réaction qu'il en retira fut une moue dubitative et un commentaire :

- Les épines vont se glisser entre les lattes du plancher. Ça va être galère à balayer.

Mais cela n'avait en rien entaché l'enthousiasme de Mathias.

A le voir ainsi dans le salon depuis quelques jours, Emil se dit que, finalement, cet arbre n'était pas si mal. Il baissa les yeux vers le sol. Mais qu'est-ce que ça perdait ses aiguilles de pins quand même…

- Je pose mes affaires et j'arrive.

Il fila dans sa chambre n'ayant aucune envie d'avoir affaire à l'étonnement puis l'enthousiasme de Mathias, ce qui ne se fit pas attendre en effet. Mathias releva brusquement la tête. Il s'élança vers le couloir, mais déjà Emil avait disparu à l'étage. Il sourit en comprenant très bien quels efforts animaient le jeune homme. Son regard se porta sur la porte close de la chambre.

Il inspira profondément puis s'avança. Il leva le poing, hésita un moment, avant de finalement frapper. Il entendit vaguement une réponse.

- Lukas ? appela-t-il en passant la tête par l'entrebâillement de la porte, ton frère est rentré.

Lukas était assis dans le vieux fauteuil de son père, un livre ouvert sur les genoux. Accoudé, la tête dans le creux de sa main, il le feuilletait distraitement, à la lueur de sa lampe de chevet. Les rideaux n'étaient pas tirés et les lumières des réverbères venaient ajouter une teinte dorée à l'éclairage tamisé. Mathias se demanda un instant comment Lukas pouvait lire avec un éclairage aussi faible.

- J'ai entendu le macareux, oui, répondit finalement Lukas sans s'arrêter de tourner les pages

Mathias s'autorisa à pénétrer un peu plus dans la pièce.

- Il va venir décorer le sapin ! C'est génial, non ? J'ai réussi à embarquer Emil là-dedans.

- Oui, c'est génial. Félicitations, Mathias.

Il n'avait qu'une seule envie. Il détestait voir Lukas aussi détaché de tout, enfermé dans sa bulle de deuil. Il n'avait qu'une seule envie, celle de lui sauter au cou, de l'étreindre, de lui dire que de le voir ainsi lui serrait le cœur et qu'il était prêt à tout pour le voir de nouveau le cœur allègre. Mais il ne le ferait pas. Il s'était promis qu'il ne le ferait pas parce qu'il savait que Lukas était mal à l'aise avec le contact physique, surtout brusque. Mathias savait qu'il ne pouvait espérer plus et n'avait aucune envie d'entacher leur amitié.

Pour lui, il était évident que, finalement, si Lukas avait accepté sa présence par-delà la tâche qu'il lui avait incombée, c'était qu'ils étaient amis. Il imaginait bien que son colocataire n'oserait peut-être jamais le dire de vive voix et en des mots aussi clairs, mais oui, ils étaient amis. Ils devaient bien l'être pour que Lukas se soit laissé aller à plusieurs reprises.

Il savait combien le deuil était une épreuve terrible et horriblement difficile à surmonter, que pour certains c'était quelque chose qui se surmontait en solitaire. Néanmoins, Mathias avait peur que, dans le cas de Lukas, ce soit plus un choix par défaut. Mathias tentait désespérément de lui montrer qu'il n'était pas seul, qu'il y avait encore un monde fourmillant de vie.

Ces trois mois durant, Lukas n'avait résolu aucun mystère, aucune enquête, et pire, avait refusé les quelques personnes venues le voir. La seule personne qu'il allait voir se trouvait être son grand-père. Les premières semaines, il était tout bonnement resté enfermé dans sa chambre, refusant jusqu'à toucher son violon ou son ordinateur. Il passait son temps dans les livres et les vieux journaux. Mathias lui avait bien proposé des parties d'échecs, mais Lukas avait froidement refusé. Il avait repris le travail il y avait de cela deux mois, mais dès qu'il rentrait, il délaissait son instrument. La lecture semblait être sa seule distraction. Mathias le soupçonnait d'ailleurs d'avoir déjà fait largement le tour de sa bibliothèque, jusqu'à relire certains ouvrages.

Trois mois plus tard, Mathias avait du mal à savoir s'il constatait un mieux dans l'attitude de Lukas. Les quelques mots qu'il venait de lui adresser n'allait pas vraiment dans ce sens à ses oreilles : Lukas n'était pas du genre à féliciter les gens autrement qu'ironiquement.

- Tu… C'est quand la dernière fois qu'Emil a décoré le sapin de Noël ?

- Depuis ses treize ans. Ce n'était plus de son âge, qu'il disait.

- Ah, ça lui ressemble bien, tiens. C'est ce qu'il m'a sorti, d'ailleurs.

- Hm…

Mathias aurait espéré l'attirer par cette conversation à les rejoindre. Le cœur gros, il n'y tint plus et se rua sur Lukas. Il s'agenouilla, ses deux mains sur le genou de Lukas et débita à toute vitesse :

- Je t'en prie, Lukas. Je sais bien que c'est une épreuve extrêmement difficile et complexe que tu traverses mais tu n'es pas tout seul. Ton frère est là. Ton grand-père est là. Je suis là ! En tant qu'ami, je veux pouvoir faire quelque chose pour toi. Ça me… met dans tous mes états de te voir comme ça ! Je ne supporte pas de te voir comme ça et de ne pas savoir quoi faire. Je déteste me sentir impuissant. Je dois bien pouvoir faire quelque chose pour un pote tout de même !

Lukas le dévisagea les yeux ronds. Mathias piqua un fard. Il se releva aussitôt. Il inspira profondément, puis déclara solennellement :

- Oui, je suis désolé, Lukas. Mais quoique tu en dises, je considère que nous sommes amis. Pour moi, tu es un ami.

Lukas demeura un long moment impassible, avant de lentement hausser un sourcil.

Mathias en avait oublié de respirer.

- Ok.

Il ne sut comment réagir face à cette réponse des plus évasives.

- Respire. Je ne vais pas te manger.

Mathias ne put s'empêcher d'esquisser un petit sourire. C'était déjà un progrès. Lukas ne lui avait pas sorti de pique de ce genre depuis un moment.

- Ça te dit de venir au moins dans le salon avec nous ?

Et pour l'inciter un peu plus, il lui tendit une main amicale.

Lukas l'observa tellement longtemps que Mathias se sentit presque gêné d'être ainsi, main tendue. Enfin, Lukas referma le livre et se leva, dédaignant le geste mais prenant tout de même la direction du salon.

- Ça fait longtemps que je n'ai pas vu Emil accrocher des décorations de Noël, murmura-t-il

Néanmoins, Emil venait d'arriver à l'intersection des deux pièces et intercepta les paroles de son frère.

- Eh !

Lukas passa devant lui sans un mot ni un regard. Il s'assit dans son fauteuil habituel et rouvrit son ouvrage, s'y plongeant de nouveau. Emil et Mathias le rejoignirent bientôt. Ils jetèrent un bref coup d'œil à Lukas, puis l'un à l'autre : tous deux étaient ravis de voir Lukas sortir de sa chambre. Cela faisait bien deux mois qu'il ne sortait que très rarement, la plupart du temps pour partager les repas, boudant le salon et ce qui s'y trouvait.

Emil entreprit de décorer le sapin comme il se devait, quand bien même cela faisait des années qu'il n'avait pas fait cela, ce qui lui procurait un étrange sentiment. Mathias quant à lui prit le parti d'allumer un bon feu dans la vieille cheminée. Bientôt, dans le silence de cette soirée hivernale, seulement ponctué par le crépitement chaleureux des flammes dansantes dans l'âtre, les guirlandes et boules de Noël prirent leur place.

Aucun des trois hommes ne le formula à voix haute, mais tous apprécièrent ce moment particulier, partagé ensemble, comme une singulière petite famille.


Affaire à suivre…