Bonjour à tous,
Euh… rien à déclarer ?
Norvège : Lukas Bondevik
Danemark : Mathias Khøler
Islande : Emil Steilsson
Sealand : Peter
Wy : Abiagail
Finlande : Tino Oxenstierna-Väinämöinen
Bonne lecture !
Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz
Affaire 21 : L'enchainement absurde des évènements
Tino était furieux. Il gravit les marches d'un pas ferme et appuyé qui rendit d'autant plus atroce le grincement de chacune d'elles. Mathias le talonnait, soucieux.
Peter apparut sur le perron, toujours son chocolat chaud en main.
- Papa ? Mais comment tu as su que j'étais là ?
Lukas trouva le moment opportun pour descendre.
- La veste dans l'entrée.
- Exactement !
Tino se planta devant son fils, mains sur les hanches, les joues rouges de colère.
- Sans compter l'appel de la part du père d'Abigail. Ah ça ! Je n'ai pas eu à chercher bien loin pour te retrouver, petit garnement ! Quitter la maison sans prévenir ! Nous faire le coup une fois ne t'as pas suffi ? Ton père est mort d'inquiétude, prostré sur le canapé à l'heure où je te parle. Tu es prié de l'appeler illico-presto et lui donner de tes nouvelles !
Peter baissa la tête sur son chocolat chaud et passa devant son père en grimaçant.
- Oh ça va… je suis assez grand et je peux me balader tout seul en journée.
- Non, ça ne va pas, Peter ! s'exclama de nouveau Tino en faisant volte-face, la question n'est pas de te balader tout seul, mais de prévenir ! Simplement de prévenir, bon sang ! Est-ce que c'est trop demander ? Qui plus est alors qu'on devait décorer le sapin de Noël !
Peter descendit au rez-de-chaussée trouver son téléphone portable dans la poche de son blouson. Tino souffla un bon coup tandis que Lukas se rapprochait.
- Je suis désolé de tout le désagrément qu'il cause, celui-là. Il sait pourtant à quel point je suis extrêmement pointilleux sur les évènements à Noël. Et plus encore, il sait combien Berwald s'inquiète énormément pour lui. Il ne peut donc pas prendre en considération nos sentiments des fois ? Les adolescents, je vous jure…
Lukas avisa sa tasse vide. C'était bien dommage. Il en aurait bien pris une nouvelle gorgée. Tino était bien parti à se montrer bavard. Heureusement, il y avait Mathias.
- C'est vrai que j'ai principalement pensé à Abigail, mais j'aurais dû vous prévenir aussi que Peter était là.
Tino secoua la tête.
- Non, non, ne t'excuse pas Mathias. Peter aurait très bien pu le faire. On ne demande pas la lune tout de même…
La colère retomba d'un seul coup chez Tino. D'autant plus lorsque son regard croisa les décorations dans le salon. Il s'élança aussitôt dans la pièce. Il s'en émerveilla, comme si plus rien d'autre n'avait d'importance.
Sur le palier, Mathias et Lukas demeuraient côte à côte, à écouter son expertise sur le sapin.
- Alors, pour Abigail ?
- Ce n'est pas la fugue le plus important.
- Tu ne trouves pas ça important, toi ?
- Ce n'est pas le plus important pour Abigail, nuança Lukas, il doit se passer quelque chose prochainement. Et c'est ce quelque chose qu'elle veut éviter.
- Elle cherche quand même à fuir.
- En effet.
Mathias soupira.
- Et dire que sur un terrain, elle est la première à se ruer sur la balle. Quoiqu'elle ne manque pas de stratégie.
- Exactement.
- « Exactement » ? Comment peux-tu dire ça ? Tu ne l'as jamais vu jouer.
- Mais j'ai bien saisi qu'elle était stratégique. En l'occurrence, sa stratégie est de s'éloigner pour ne pas être touchée par cet évènement.
- Quel évènement… telle est la question, n'est-ce pas ?
Alors que Lukas hocha la tête, Tino revint vers eux.
- Je ne peux pas vous laisser avoir le meilleur sapin. Le nôtre sera beaucoup plus beau ! affirma-t-il enflammé par une compétition qu'il s'était lui-même imposé.
Au même moment, on sonna. Le macareux cria dans sa cage.
- Ah ! Ce doit être le père d'Abigail cette fois.
Mathias croisa Peter dans les escaliers. Ce dernier n'osa pas affronter le regard de son père. Il aperçut Abigail assise sur les marches de l'escalier menant au dernier étage, à moitié dans l'ombre. Il alla à sa rencontre. Tino interrogea du regard Lukas, lequel se contenta d'un bref haussement d'épaule.
- Abi choupi ! s'exclama-t-on depuis le rez-de-chaussée
Les personnes à l'étage se tournèrent vers l'adolescente dont les épaules s'étaient aussitôt raidies, le visage déformé à la fois par la colère et l'ennui profond. Elle plongea aussitôt la tête dans ses genoux en soupirant profondément.
- Oh… c'est ton frère, ça.
A peine Peter l'avait-il dit qu'une tête apparut dans la cage d'escalier tout sourire.
- Bonjour ! Leonard, le grand frère d'Abigail ici présente, salua-t-il en serrant chaleureusement les mains de Lukas, je suis sincèrement désolé pour le désagrément.
Avec son sourire révélant des dents blanches éblouissantes, il était quelque peu difficile de croire à la sincérité de sa déclaration. Tout du moins paraissait-il poli et propre sur lui, avec ses cheveux laqués et plaqués en arrière, ses vêtements sans un pli dans lequel il était tiré à quatre épingles. A dire vrai, il aurait tout aussi bien pu être sur le chemin d'une cérémonie officielle que cela aurait donné la même chose.
A l'autre bout du couloir, Abigail avait relevé la tête et observait, blasée, son frère ainé.
- Allez, Abi choupi, tu dois finir tes cartons. On rentre ! Mille excuses pour le dérangement, qui plus est de si bon matin. Nous nous volatilisons de ce pas, affirma-t-il ensuite à Lukas
- Cartons ? tiqua Peter
- Arrête avec ce surnom débile, marmonna la jeune fille
Le rire de Mathias monta alors depuis le rez-de-chaussée. Tout le monde se tourna vers les escaliers, la même question en tête. Lukas décida que c'était le bon moment pour descendre : sa tasse était vide, il avait compris les motivations d'Abigail, et il avait ce besoin vital d'assouvir sa curiosité. Qu'est-ce qui pouvait bien avoir fait exploser de rire Mathias ?
Dans l'entrée, ce dernier était en pleine discussion entrecoupée de rire avec un autre homme. La vision était étrange : les cheveux blonds en bataille de Mathias étaient en miroir avec ceux bruns de son interlocuteur. Sans compter qu'ils étaient très expressifs tous deux et présentaient une attitude similaire.
Mathias avisa Lukas du coin de l'œil.
- Oh ! Voici, Lukas. En vérité, c'est chez lui. Lukas, je te présente Kyle, le père d'Abigail.
- Ravi de vous rencontrer ! Je suis vraiment désolé que ma petite poupette se soit invitée chez vous. Je ne sais pas quelle mouche l'a piquée…
- Quelle mouche m'a piquée ?!
Les trois hommes se retournèrent pour découvrir Abigail dans l'escalier, furibonde. Elle fustigea du regard son père. Leonard qui était à côté d'elle la tapota sur la tête. Elle l'éjecta aussitôt d'une claque bien sentie.
- J'ai dit stop, espèce de pédant !
Leonard pinça les lèvres, puis parut s'interroger.
- Je ne nierai pas le sobriquet.
Abigail ne se préoccupa pas de son frère ainé. Les poings serrés, elle fit face à son père.
- Tu te demandes sincèrement quelle mouche m'a piquée ? Tu n'as vraiment pas une petite idée ? Je te déteste !
Furieuse, elle fit volte-face, prête à remonter s'enfermer dans les toilettes de l'étage. Cependant, elle percuta aussitôt Tino. Elle détourna la tête et s'évertua à gravir les escaliers, quoique les joues rouges de honte.
Lorsqu'elle passa devant Peter, ce dernier hésita un instant. Il se contenta finalement de lui effleurer le bras. Mais la jeune fille demeura muette à son appel et préféra poursuivre. Dérouté, Peter l'observa jusqu'à ce qu'il la perde de vue. Puis, il se tourna vers les adultes présents dans l'entrée et croisa les bras, affichant un air strict clairement calqué sur celui de son père.
Leonard descendit finalement les dernières marches dans un soupir las. Avisant le macareux, il approcha un doigt des barreaux de la cage. Mais l'oiseau écarta aussitôt les ailes en réflexe défensif.
- Elle me déteste…
Tous se tournèrent vers Kyle. Planté comme un piquet devant la porte d'entrée, il pleurait à chaudes larmes.
- Ma petite poupette me déteste…
Lukas se retint de lever les yeux au ciel. Puis, sans un mot, il alla se chercher un nouveau café.
Pendant ce temps, Leonard s'avança vers son père et extirpa d'une poche un élégant mouchoir en tissu soyeux, qu'il lui tendit entre deux doigts. Kyle se moucha bruyamment dedans tandis que Mathias lui tapota gentiment le dos. Croisant élégamment les jambes, le fils prit place à la fenêtre en baie.
- Je suis certain qu'elle ne te déteste pas. Tu sais ce que c'est. J'ai été un ado avant elle, papa.
Brisant le silence naissant, Tino décréta que lui et Peter ferait mieux de rentrer. L'adolescent se déroba pourtant.
- Avant je veux savoir ce que c'est que ces histoires de cartons.
- Peter, s'offusqua son père, cela ne nous concerne pas, je crois. Et nous avons un sapin de Noël qui nous attend.
- Abi est mon amie ! Elle ne va pas bien et je veux savoir pourquoi.
- Tss, Peter, Peter, soupira Lukas en revenant dans l'entrée, que peut-on bien faire avec des cartons ?
Il souffla sur sa tasse de nouveau pleine.
- Du bricolage avec papa ?
Toutes les personnes présentes lui envoyèrent un regard réprobateur. Peter se laissa tomber sur une marche en grommelant.
- Oui, oui, je sais ce que ça signifie faire ses cartons… mais…
Mathias eut tout à coup l'air de se réveiller subitement.
- Vous déménagez ? s'exclama-t-il, oh… je comprends du coup : Abigail est triste de quitter ses amis.
- Mais, reprit Peter à l'intention de Kyle, on pourra continuer à se voir. N'est-ce pas ?
Le père d'Abigail grimaça.
- Alala, mon cher père, c'est bien là où tu t'es magistralement pris les pieds dans le tapis, déclara Leonard, m'enfin, je suppose que c'est une rengaine chez toi. Après tout, maman est partie pour ça aussi. Tu fonces en oubliant les autres autour de toi.
- Ouch, ça fait mal, souffla Mathias
Leonard aperçut son père prêt à fondre de nouveau en larmes.
- Ah mais ne t'inquiète pas ! Je t'aime quand même, moi.
- On pourra continuer à se voir, hein ? répéta Peter légèrement inquiet
Lukas prit la parole. Cette histoire était bien trop longue et commençait presque à lui faire perdre son temps. D'autant plus que son entrée était décidément trop encombrée de si bon matin.
- Abigail s'est enfuie de chez elle. Elle est en colère contre son père. Les cartons sont en cours. Elle l'a donc appris sur le moment. Où qu'ils déménagent, elle n'a pas eu le temps de penser la chose.
- Non seulement je n'ai pas eu droit à du temps pour intégrer l'information, mais en plus de cela, je l'ai apprise de la pire des façons.
Toutes les têtes se tournèrent vers Abigail, en haut des marches. Elle gratta distraitement le bois de la rambarde. Les joues encore un peu rouges, elle ne focalisa son regard sur personne. Elle inspira profondément et reprit.
- On doit déménager en Australie.
Le visage de Peter se liquéfia.
- On ne pourra plus se voir aussi souvent, Peter…
- En Australie.
- Oui, en Australie ! T'imprimes un peu ce que je te dis, des fois ? s'énerva-t-elle
Mais aussitôt elle relâcha la pression.
- C'était stupide de ma part de prendre mon sac et quitter la maison.
- Ah ! C'est bien la première fois que j'entends ma chère sœur être raisonnable, s'autorisa Leonard
Abigail le fusilla du regard.
- Etre raisonnable ? Parce que papa qui ne dit rien de sa mutation longue durée en Norvège, c'est raisonnable peut-être ? Parce que papa qui ne dit pas que ladite mutation touche à sa fin, c'est raisonnable ? Parce que papa qui cache que nos oncles ne viennent pas simplement faire du tourisme, c'est raisonnable ? Et surtout ! Surtout que toi tu savais déjà tout ça mais que j'étais bien la seule dans cette maison à n'être au courant de rien, c'est raisonnable ? Je ne pense pas, Leonard, très cher frère, siffla-t-elle, que tu aies quoi que ce soit à me dire en matière de raison !
Leonard fit la moue et dédaigna magistralement sa cadette. Quant au père, Kyle baissa la tête, affligé de ses propres actes mais également de la tournure des évènements.
- Quand on s'est installé à Oslo, tu n'avais même pas un an. Je n'allais pas dire à un bébé que d'ici quinze ans, nous rentrerions au pays, Abi…
- Mais tu aurais pu prendre le temps de me le dire à un moment !
- Je n'ai peut-être pas fait les choses correctement. Mais maintenant, nous pouvons repartir du bon pied, n'est-ce pas ?
- Rah, mais tu ne comprends décidément rien à rien, papa ! Ce n'est pas la question de faire les choses correctement mais de prendre le temps de les faire. Pourquoi ce doit être moi, du haut de mes quatorze ans, qui doit te l'apprendre ?
Kyle demeura tout penaud face à la déclaration de sa fille.
- Je dois bien admettre que le point revient à Abi, là-dessus, intervint Leonard
Il se reçut plusieurs regards noirs, dont celui de Lukas qui commençait sérieusement à s'agacer de voir se dérouler sous ses yeux un petit drame familial. Il n'était pas thérapeute que diable. Il se racla la gorge, comme pour rappeler notamment à toutes les personnes présentes qu'il était tout de même encore maitre en la demeure.
- Je pense qu'il vous faut discuter plus amplement et plus… intimement.
- Ah ! s'exclama Kyle, mon dieu, oui ! Je suis désolé. Je fais irruption chez vous et il se passe tout ça !
Ses deux enfants se jetèrent un coup d'œil entendu. C'était décidément dans les manières de leur père.
Abigail bougonna mais se résolut à rentrer chez elle. Elle rassembla ses affaires en silence, sous le regard encore perturbé de Peter. Prête à franchir la porte d'entrée à la suite de son père et de son frère ainé, Peter lui attrapa finalement la main.
- Abi… quand est-ce que tu pars ?
- Dans trois jours.
Aussitôt les yeux de Peter s'embuèrent et, pour ne pas montrer sa propre émotion, Abigail leva les yeux au ciel, faisant mine d'être désespérée par l'attitude de son ami. Peter se jeta à son cou. Déstabilisée, la jeune fille en lâcha son sac. Elle lui tapota le dos.
- Tu viendras me voir à Sidney. Et on passera notre temps à jouer au foot. Ok ?
- Tu vas me manquer, Abi.
- Eh, je suis pas encore partie ! plaisanta-t-elle
Son regard tomba sur Mathias qui se tenait non loin. Il était dans le même état que Peter. Abigail se sentit d'autant plus gênée. Il s'agissait tout de même de son surveillant de collège.
Alors que la porte d'entrée se refermait définitivement sur tous les invités impromptus, Lukas tendit un mouchoir à Mathias. Il se moucha bruyamment dedans, arrachant une grimace à son colocataire.
- Il faut définitivement profiter de notre entourage lorsqu'il est encore là, déclara Mathias
Lukas plongea dans sa tasse de café, quoiqu'approuva d'un vague hochement de tête. Mathias réalisa ce qu'il venait de dire. Lorsqu'il se retourna, son comparse était déjà en train de remonter vers l'étage. Il tenta de bredouiller une excuse mais Lukas avait déjà disparu en haut des marches.
Cette matinée était décidément bien étrange. Mathias se demanda même un instant s'il y avait une quelconque signification à cet enchainement d'évènements en apparence sans queue ni tête.
Fin de l'affaire
(oui, c'était une toute petite affaire)
