Bonjour à tous,
Et désolée pour le week-end dernier que j'ai zappé ! Déménagement oblige, c'était sportif et j'avais autre chose à penser ah ah
Norvège : Lukas Bondevik
Danemark : Mathias Khøler
Islande : Emil Steilsson
Bonne lecture !
Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz
Affaire 22 : La demande
Les flocons virevoltaient dans une danse mystérieuse, enveloppant les alentours d'une douce et froide blancheur. Emmitouflé dans un plaid, recroquevillé sur un coin du canapé, Mathias observait le tournoiement des flocons enchanteurs par-delà la fenêtre. Dans l'âtre, les flammes leur répondaient de leur crépitement. Mathias souffla sur sa tasse fumante.
Il était seul aujourd'hui. Et dans le calme. Deux choses tout aussi inhabituelles l'une que l'autre.
Emil était chez Jia Long, profitant d'un week-end de repos dûment mérité. De ce que Mathias avait cru comprendre, la maison d'hôte de monsieur Hédérvàry allait accueillir un évènement de haute importance à la belle saison, ce qui laissait à Emil énormément de travail en ce début d'année.
Quant à Lukas, il déjeunait avec son grand-père et profitait d'un après-midi entre eux, surement dans un grand silence nostalgique et partagé, ponctué de quelques mots. Ils venaient de passer les premières fêtes sans la grand-mère de Lukas. Pourtant, malgré le deuil ravivé en cette période d'allégresse familiale, on avait insisté pour que Mathias soit là. Il faisait partie de la famille : elle lui aurait préparé un couvert. Ces propos étaient-ils du grand-père ou de Lukas lui-même, Mathias était certain de ne jamais avoir accès à la réponse. Il s'était senti à la fois très ému et très gêné par l'invitation. Cela avait fait remonter en lui une multitude de souvenirs. Parfois heureux, parfois moins.
Et si même pour lui cet instant de silence et de calme était hors norme, Mathias avait précisément besoin de cela. C'était rare, très rare qu'il se fasse cette réflexion mais il ressentait le besoin de faire pause et de penser. Surtout se remémorer un passé qu'il n'avait pas envisagé de retrouver maintenant.
Le claquement sec de la bûche dans la cheminée le ramena à la réalité du mois de janvier frissonnant. Les flocons l'avaient hypnotisé.
Combien de mois, combien d'année encore pourraient-ils les observés ainsi affalé dans ce canapé ? se demanda-t-il soudain.
Plus ça allait, plus il se sentait proche de Lukas, et plus il se demandait s'il ne devrait pas tout lui avouer. Au départ, il n'était pas question de cela puisque Lukas ne cherchait officiellement qu'un colocataire, qu'une présence pour combler le vide d'une maison trop grande, peut-être, s'était dit Mathias à l'origine. Il avait par la suite découvert que les ambitions du maître de maison étaient tout autres. Là encore, Mathias n'avait pas jugé opportun de mentionner d'où il venait. Après tout, Lukas lui avait montré à l'époque une certaine froideur, calculatrice et manipulatrice. Mathias appréciait déjà Lukas à ce moment là et s'en était trouvé désarçonné.
Et il devait bien l'avouer, un brin blessé.
S'attachant de plus en plus à son colocataire, qui devint ami, puis désormais l'objet d'une affection toute particulière, Mathias hésitait à se confier. Il n'était d'une part pas certain que Lukas montre un quelconque intérêt. Les confidences, ça ne lui ressemblait pas vraiment. Certes, il écouterait. Mais il écouterait pour tout emmagasiner sans s'impliquer dans une certaine complicité. Mathias en était certain.
Et d'autre part, Mathias n'était pas sûr de vouloir lever lui-même le voile sur sa propre existence. Cela ne lui ressemblait clairement pas, lui qui à la moindre hésitation préférait opter pour l'action immédiate. Sa relation était devenue trop importante à ses yeux cependant pour qu'il prenne cette décision à la légère. Il avait déjà perdu beaucoup trop dans ses actes précipités, surtout lorsqu'ils impliquaient de découvrir des choses de sa personne.
Et il ne voulait pas perdre Lukas.
Dans tous les sens du terme.
Il considérait que ne rien dire était le meilleur moyen de le protéger.
Sur ces pensées, Mathias avala d'une traite son café, lequel lui brûla la gorge. Il toussa ce qui le sortit définitivement de cet état d'apathie qui lui était étranger.
Trop penser, ce n'était pas pour lui, se dit-il.
- Je vais aller prendre une douche, moi, lança-t-il au hasard du silence
Il sauta sur ses pieds et quitta la pièce.
Bientôt ne résonna dans toute la demeure plus que l'eau jaillissant du pommeau de la douche, accompagnée des sifflotements guillerets de Mathias.
Opérant un détour par le salon pour tisonner les braises rougeoyantes, le jeune homme se fit la réflexion qu'après près de trois ans de vie commune, il ne se voyait plus vivre seul.
Bon sang… cela faisait déjà trois ans, réalisa-t-il. Il avait tenu trois ans sans avoir à reprendre la route. Cela tenait presque du miracle, à bien y penser.
Et pourtant, il lui faudrait bien y revenir, à cette vie indépendante. Il sentit une boule d'angoisse se former au creux de son estomac. Sa période solitaire n'avait décidément rien de reluisant. C'était bien la dernière chose qu'il souhaitait au final.
Il descendit à la cuisine dresser l'état des lieux du réfrigérateur.
Mais si désormais il prenait la décision de laisser Lukas en dehors de tout cela, il devrait bien partir un jour.
Il ne pensait pas à Emil non pas parce qu'il ne le prenait pas en considération, mais... le frigo était vide.
Mathias avait trouvé sa mission de l'après-midi. Il attrapa son téléphone et nota l'essentiel avant de s'emparer dans l'entrée des sacs de courses et des clés de la maison. Il s'emmitoufla chaudement en cette rude journée hivernale. Lukas avait emprunté la voiture. Mathias était bon pour enfourcher son vélo.
Emil lui causait moins de tracas car, même s'il l'appréciait beaucoup au demeurant, il n'était pas le détective de la maisonnée. Quoiqu'il n'était pas dupe, loin de là. Et puis, en toute honnêteté, s'avoua Mathias en pédalant dans les rues déneigées, il n'avait pas du tout le même type d'affection pour Emil que pour Lukas. Non, décidément, c'était bien différent.
Mathias s'engagea dans les allées du magasin fort de ses pensées, plutôt bien décidé à en rester là finalement.
La seule chose qui l'incommodait finalement dans toute cette histoire, c'était que Lukas était un très bon détective. Il se demandait même comment il avait fait jusqu'à présent pour ne lui poser aucune question personnelle sur lui et son passé. Lukas avait l'instinct, même si ce dernier parlait plutôt de logique. Quelque part, c'était assez incongru. D'autant plus s'il savait que Mathias et Wilhem se connaissaient. Il devait forcément savoir qu'il y avait une bonne affaire à flairer.
Il attrapa un sac en papier et le rempli de muesli en vrac.
Lukas serait bien déçu, cela dit. Ou peut-être qu'au contraire, il serait tellement intéressé à aller au fond des choses qu'il finirait par mettre son quotidien en danger. Mathias grimaçait car il savait que mettre en danger son quotidien n'était justement pas chose à effrayer Lukas. Mieux valait définitivement ne rien lui dire.
Il était sur le poing de s'emparer d'un bocal de sauce tomate quand sa main rencontra celle d'un autre client. Il s'excusa vaguement, s'en prêter attention à son entourage, toujours occupé à penser.
- Mathias, c'est bien vous ?
Aussitôt il sursauta. Au regard de ses dernières réflexions, que quelqu'un soit en mesure de le reconnaitre lui glaça le sang.
Mais il ne rencontra bientôt que le regard jovial et pimpant de vie d'Antonio Carriedo.
- Oh ! Bien le bonjour, Antonio. Comment allez-vous ?
Ils échangèrent quelques salutations et allèrent même jusqu'à discuter de leurs élèves respectifs. L'un et l'autre n'occupaient pas du tout le même type de poste, ni même ne travaillaient avec la même tranche d'âge, il n'en demeurait pas moins qu'ils échangeaient volontiers leurs anecdotes scolaires, ce qui les faisaient bien rire.
Puis, après un bon moment à papoter en plein milieu de l'allée, Mathias se résolut à terminer là la conversation. Cependant, Antonio l'attrapa par la manche.
- Vous voyez, ce n'est peut-être pas plus mal que je vous croise aujourd'hui.
Mathias haussa un sourcil interrogatif.
- Je me demandais justement si je n'allais pas faire appel à Lukas.
Le regard de Mathias s'illumina.
- Oh, oh ! Vous avez besoin d'un détective ?
Puis, se souvenant de l'affaire sordide qu'avait traversé Antonio, il s'alarma aussitôt. Il attrapa Antonio par les épaules.
- Ne me dites pas que c'est grave ? Rien d'atroce, j'espère ?
Antonio ne put s'empêcher de pouffer de rire et secoua la tête. Certes, l'affaire en question avait été bien sordide mais c'était, à son sens, désormais bien loin dans le passé.
- J'aurais besoin de son aide pour toute autre chose que me tirer d'un mauvais pas. Mais finissons nos courses et retrouvons-nous autour d'un verre. Qu'en pensez-vous ?
- Sans problème !
C'est ainsi que Mathias se retrouva peu de temps après attablé avec Antonio dans un bar animé par le brouhaha des Osloïtes venus échapper à la morsure du froid. Un serveur vint apporter leur glögi aux deux hommes, vin chaud aux épices originaire de Finlande. Ils trinquèrent. Mathias en avala aussitôt une bonne rasade qui lui brûla la gorge d'une douce saveur relevée et fruitée.
- Ah ! Il n'y a rien de mieux quand il fait froid !
- J'aime beaucoup celui d'ici car ils le font avec du vin. C'est bien meilleur !
- Alors ? Racontez-moi tout.
- Lovino et moi sommes en couple depuis… presque trois ans maintenant.
- Oui, vous vous êtes rencontrés alors qu'il accompagnait son frère dans son voyage d'études. N'est-ce pas ?
- Exact. Et même pour être plus précis, il a renversé la pizza d'un client sur moi. C'était son premier jour. Il s'en voulait tellement et avait d'ors et déjà peur de perdre son petit boulot que je l'ai retrouvé à la fin du service prostré à côtés des poubelles.
- Pauvre petit…
Antonio se gratta la joue distraitement.
- Oui, enfin, pauvre petit, c'est vite dit. Il était tellement gêné qu'on le voit ainsi que son premier réflexe a été de me foutre un coup de pied dans le genou. Et un sacré coup de pied.
Mathias ne put s'empêcher de s'esclaffer en imaginant la scène. Antonio le rejoignit bientôt.
- Et si ça n'avait été que ça ! Mais mon pauvre Lovi' s'est senti encore plus gêné en réalisant que j'étais le client qui s'était reçu la pizza sur les genoux. Comme je claudiquais, il m'a aidé à rentrer chez moi.
Antonio avala une gorgée de son glögi.
- Bref, nous sommes donc ensemble. Mais maintenant… j'aimerais passer à autre chose.
Mathias fronça les sourcils. La seule chose qui lui venait à l'esprit était bien saugrenue : il avait l'impression qu'Antonio avait besoin de se débarrasser de Lovino. Et faire appel à un détective pour ça…
Antonio le sortit de ses pensées en pouffant de rire.
- Je ne sais pas ce qui est en train de vous passer par la tête, mais je pense que vous n'y êtes pas du tout ! J'aimerais faire ma demande en mariage à Lovino.
Mathias écarquilla les yeux. Puis, son expression fondit comme neige au soleil, complètement adoucit par la tendresse des sentiments qui unissaient ces deux hommes. Il tiqua cependant.
- Mais… pourquoi avoir besoin de faire appel à Lukas ?
Un large sourire fendit le visage un peu rêveur d'Antonio.
- Pour que la surprise soit optimale, pardi !
Affaire à suivre…
