Bonsoir à tous,

Je perds un peu le compte des jours, semble-t-il… oups !

Norvège : Lukas Bondevik

Danemark : Mathias Khøler

Islande : Emil Steilsson

Espagne : Antonio Hernandez Carriedo

Bonne lecture !

Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz


Affaire 22 : La visite

Le lendemain matin, les interrogations de Mathias s'en était allées avec ses rêves. Il avait passé une très bonne nuit et se trouvait prêt à affronter la journée. En descendant dans la cuisine, il constata que Lukas dormait toujours, la porte étant close. Il considéra que c'était le bon moment pour se faire pardonner. Il partit dans l'idée de lui offrir un agréable petit déjeuner en lui présentant ses excuses.

Mathias mit aussitôt la machine à café en route, s'assura que la tasse favorite de Lukas était propre. Les biscuits qu'il avait cuisinés il y a quelques jours étaient encore nombreux mais qu'importe ! Mathias voulait du frais, quelque chose de préparé pour l'occasion. De fait, il retroussa les manches de son pyjama et entama sa journée par un peu de pâtisserie.

Deux heures plus tard, lorsque Lukas descendit, enveloppé dans son peignoir et le regard encore embrumé, Mathias se tenait en bas des escaliers, mains sur les hanches, le torse bombé.

Lukas haussa un sourcil. Ensommeillé, il ne prit pas la peine de demander des explications. Il s'apprêtait à passer son chemin, mais Mathias l'attrapa par les épaules et le força à prendre la direction de la salle à manger. Il l'obligea à s'asseoir.

Là, il découvrit le petit déjeuner qui n'avait rien de « petit » justement. Lukas observa un instant ce véritable festin déployé sous ses yeux, puis leva la tête vers Mathias qui se tenait debout sur le pas de la porte. Il se frottait les mains nerveusement.

- Je pensais avoir été clair. Je ne participerai pas à ce projet de mariage.

Lukas empoigna la tasse de café. Il en huma profondément l'arôme avant de souffler sur la vapeur et de tremper les lèvres dedans.

Mathias paniqua. Il attrapa une chaise et s'assit précipitemment.

- Non, non, tu n'y es pas !

- Allons bon. Je deviens bien piètre en matière de déduction dans ce cas. Ce n'en est que plus alarmant encore. Tu ne crois pas ?

Mathias agrippa la main de Lukas qui reposait sur la nappe.

- C'est faux, tu es encore très doué. Tu es juste encore un peu endormi.

Lukas sirota son café sans un regard pour Mathias. Ce dernier percuta qu'il avait la main de Lukas dans la sienne. Il la reposa diligemment, puis inspira profondément.

- Je tiens à m'excuser. Lukas, je suis profondément désolé d'avoir dit que tu étais insensible.

Mathias s'attendait à ce que Lukas tourne au moins la tête vers lui, mais il n'en fut rien. Il grimaça : peut-être lui en voulait-il plus profondément qu'il ne le pensait. S'en suivit un long silence pesant. Mais Mathias était bien décidé à ne pas bouger jusqu'à obtenir une réaction de la part de Lukas.

- Tu es une des rares personnes à t'en être rendu compte et t'être senti désolé de m'avoir dit ça, souffla finalement Lukas sans détacher son regard de la tasse de café

Mathias se gratta l'arrière de la nuque.

- Ah… euh… on… on te l'a souvent dit ?

- Oui.

Mathias ressentait un profond malaise désormais. Plus encore que lorsqu'il avait réalisé la bourde qu'il avait laissé s'échapper de sa bouche.

- Je suis désolé.

- Je sais.

Lukas n'osa pas même porter de nouveau la tasse de café à ses lèvres.

- La logique voudrait que… que les propos soient véridictes puisque plusieurs personnes, étrangères les unes aux autres, ont formulé la même assertion.

Mathias ouvrit des yeux ronds. Puis, il esquissa un doux sourire. Il posa une main affectueuse sur son bras.

- Tu te ranges derrière la raison pour te protéger. Si tu fais ça, c'est bien parce que tu te sens blessé. Et je ne vais pas t'apprendre qu'être blessé est une forme de sensibilité.

Lukas tourna enfin la tête vers lui. Etrangement, Mathias constata qu'il y avait au fond de ces yeux indigo beaucoup d'interrogations. Il ne savait pas trop lesquels et tout ce qu'il trouva à faire, c'est de sourire de plus belle.

- T'as vu ? Moi aussi, je suis en passe de devenir un maître de la déduction. Plus sérieusement, je regrette sincèrement ce que j'ai dit. Parce que je sais que c'est faux.

Il tapota le bras de Lukas et quitta la pièce.

Lukas l'observa disparaitre dans l'entrée. Alors qu'il percevait le craquement des marches de l'escalier, une seule question demeurait dans son esprit : s'il était sensible malgré tout, alors pourquoi autrui le percevait-il à l'opposé ?

oOo

Ce jour-là, Mathias proposa à Antonio de le rejoindre chez lui. L'idée lui était venue en repensant à la ribambelle de petits biscuits qui pleuraient l'absence de mangeurs qui se dédicaceraient à leur sort. Lukas était par ailleurs parti travailler à l'opéra, permettant à Mathias de se sentir d'autant moins gêné. Travailler sur la demande en mariage d'Antonio le ramenait toujours à sa réplique fatidique qu'il avait eue pour Lukas.

Antonio venait de se délester de ses affaires et appréciait le feu crépitant dans la cheminée du salon avec un soupir d'aise. Mathias le rejoignit avec les cafés. Ils donnaient bien plus l'impression de partager un moment convivial et sympathique, à échanger des bonnes nouvelles ou des ragots, que de comploteurs à la recherche de l'idée du siècle.

Leur discussion démarra même sur les excuses que Mathias avaient présentées à Lukas.

- Ah, quelle bonne nouvelle ! Alors, ça s'est bien passé ?

- Je pense.

- Du coup, la prochaine étape c'est ta déclaration !

- Woh, tout doux !

Antonio semblait s'être pris de passion pour une histoire qui n'existait pas. C'était même à se demander si sa demande en mariage lui importait encore. Cela fit rire Mathias.

- On n'est pas censé discuter d'autre chose, hein ? C'est bien toi qui voulais planifier la surprise du siècle pour ta demande à Lovino. A force de trainer, tu ne vas pas la lui formuler avant le printemps. Tu vas me dire, le printemps et les oiseaux qui gazouillent, c'est pas mal aussi comme plan, ajouta Mathias après une courte pause

Antonio attrapa un petit biscuit.

- Tu n'as pas tort. C'est juste que Lovino est de mauvaise humeur en ce moment. Il serait bien capable de me balancer la bague à la figure.

- Dis-moi, on parle de ton compagnon ou d'une amourette de lycée ?

- Ah ah ! Je n'ai jamais dit qu'il refuserait. Mais il me la balancerait quand même à la figure. Sa façon à lui de gérer son surplus d'émotion. Et je ne suis pas sûr de vouloir le mettre dans l'embarras.

Mathias imagina la scène un instant. Du peu qu'il connaissait Lovino, oui, cela lui ressemblait bien.

- On cherche donc une façon de lui faire la surprise sans le gêner.

- Exact.

- Donc on peut déjà oublier l'idée de faire ça en public.

- Complètement. Ils sont super bons ces biscuits, dis donc.

- Merci ! C'est moi qui les ai faits.

Antonio répéta qu'ils étaient délicieux avant d'en engouffrer d'autant plus dans sa bouche.

Ils poursuivirent leur échange. Mathias finit par sortir un calepin afin de répertorier les idées qui commençaient à se dessiner de façon plus sérieuse.

oOo

Alors sur le chemin au retour de l'opéra, Lukas était plongé dans ses pensées. Frottant d'un doigt songeur son menton, il se préoccupait d'une remarque de son chef d'orchestre. Ce dernier lui avait fait remarquer qu'il n'était pas en accord avec les autres. Ce n'était pas la première fois qu'on le lui disait, et cela ne l'avait jamais ainsi plongé dans une crise existentielle comme aujourd'hui. Ce faisant, le voici à tourner et retourner cette pauvre petite phrase dans sa tête depuis qu'il avait quitté l'opéra. Il en vint naturellement à la conclusion que sa brève discussion avec Mathias au matin l'avait marqué bien plus qu'il ne l'aurait pensé.

Il soupira. Mathias avait le don de le mettre dans tous ses états. Comment était-ce possible ? Pas même Emil ne le poussait ainsi.

Alors qu'il dépassait les grilles du parc royal, débouchant sur sa rue, il aperçut un dos familier. Néanmoins, bien loin d'être du genre à interpeller les personnes dans la rue, Lukas se contenta de poursuivre son chemin. Sans presser le pas, sans ralentir, la distance était naturellement adéquate entre lui et l'individu. Par ailleurs, il se doutait bien de la destination de ce dernier. Ils finiraient bien par se saluer sur le perron de la porte.

Mathias avait dû donner rendez-vous à Antonio. Voilà tout.

Pourtant, l'homme finit par tourner à droite à un croisement.

Allons bon. Y avait-il erreur sur la personne ?

Lukas aperçut brièvement au passage le profil de l'individu.

Il n'y avait pourtant pas de doute. Il s'agissait bien d'Antonio.

Il fronça les sourcils. Lui-même arrivé à hauteur du carrefour, il s'arrêta, observant tour à tour à les quelques mètres qui le séparait de la chaleur doucereuse de son foyer, et le dos de l'homme s'éloignant pas à pas dans la rue perpendiculaire. Puis, il secoua la tête et haussa les épaules.

Il n'y avait rien de particulier à ce que quelqu'un habitant la même ville fréquente également des rues similaires. Sans compter que, si Antonio cherchait à se rendre chez eux, il serait tout à fait à même de contacter Mathias. Lukas ne se voyait pas lui courir après pour l'interpeler. Ce serait bien la dernière chose qui lui passerait par la tête.

Reprenant sa route, il se demanda tout à coup si ce genre d'inaction participait à le rendre insensible aux yeux des autres ?

A deux pas du portillon, Lukas s'arrêta de nouveau.

Perdu dans ses pensées, de jeunes flocons durent venir se poser sur lui pour qu'il se décide à finalement rentrer chez lui.

Au-delà des cris d'accueil du macareux, il fut interpellé par les éclats de rire venant de l'étage. Il perçut aisément la voix de Mathias, enthousiaste et jovial. Avec, il réalisa qu'il se trouvait Antonio. Il en eut d'autant plus la certitude lorsque son nom fut prononcé. Et avec la voix de Mathias portant loin, impossible de se tromper. Lukas se tourna mécaniquement vers la fenêtre en baie.

Mais alors pourquoi était-il certain d'avoir croisé Antonio dans la rue, dans ce cas ? Il ne pouvait pas se tromper à ce point tout de même…


Affaire à suivre…