Bonsoir à tous,
Je n'ai pas oublié de poster ! J'ai l'impression que c'est une victoire à fêter désormais…
J'aimerais adresser un remerciement tout particulier à Yuedra qui prend à chaque fois le temps de me laisser un commentaire, quand bien même je zappe de lui répondre… désolée ! Mais je lis toujours avec plaisir tes messages.
Norvège : Lukas Bondevik
Danemark : Mathias Khøler
Espagne : Antonio Hernandez Carriedo
Bonne lecture !
Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz
Affaire 22 : Du point de vue de Lukas
Lukas s'avança vers la fenêtre en baie. La chose était en soi ridicule : c'était comme s'il avait le besoin de vérifier que cet Antonio bis ne se trouvait pas dehors. Le macareux caqueta dans sa cage. Lukas le foudroya du regard. Puis, il perçut de nouveau les rires et la discussion étouffée à l'étage. Lukas rehaussa son étui à violon sur son épaule et grimpa les marches. Sur le pas de la porte du salon, il dévisagea Antonio.
- Bonjour.
Mathias tout comme l'invité sursautèrent et firent volte-face.
- Oh ! Bonjour Lukas, s'empressa aussitôt de le saluer Antonio en lui tendant une main amicale.
Lukas l'observa un instant, ainsi que le visage de l'homme qu'il avait en face de lui.
Cela ne faisait aucun doute. Il s'agissait de la même personne. Sa capacité était profondément piquée. En voilà une énigme étrange.
Il serra finalement la main d'Antonio.
Mathias se gratta machinalement l'arrière du crâne.
- Je pensais pas que tu rentrerais si tôt. Désolé du coup, hein ! On veut pas te déranger.
- Oh non, surtout pas, confirma Antonio
- Ce qui veut dire qu'on n'a fait pour ainsi dire que papoter cet aprèm', bon sang. On n'est pas rendu !
Antonio pouffa de rire.
- Je ne nierai pas ma responsabilité dans nos bavardages. Mais je ne vais pas vous déranger plus longtemps. Je vais rentrer. En plus de ça, j'ai surement un Italien qui s'impatiente à la maison. C'est soirée paëlla !
- Hum… la paëlla, c'est une idée ça.
Les deux hommes poursuivirent leur discussion toujours dans la jovialité, tandis que Mathias raccompagnait son invité.
Lukas ne dit rien. Il suivit du regard les deux hommes le dépasser, quitter la pièce, puis descendre. Un doigt songeur sur le menton, il demeura encore un moment sur le pas de la porte à faire le tour de la question.
Les sosies existent, se dit-il, mais la probabilité d'une rencontre fortuite dans un périmètre aussi restreint était quasiment nulle. Des êtres aussi proches physiquement… ce fait le faisait tout naturellement arrivé à la conclusion qu'il devait s'agir d'un membre de sa famille. Pour mettre à l'épreuve sa théorie, il n'y avait qu'une seule chose à faire cependant.
Mathias remonta pour débarrasser les tasses et l'assiette de biscuits, dans laquelle ne restait d'ailleurs que des miettes. Lukas n'avait pas bougé d'un pouce, ce qui l'interpella.
- Quelque chose ne va pas ?
Lukas releva brusquement la tête.
- Qu'est-ce qu'Antonio t'a confié sur sa vie ?
La question parut prendre totalement de court Mathias. Il cligna plusieurs fois des yeux, une main empoignant une tasse figée en l'air.
- Euh… comment ça ?
- Je veux des détails sur sa vie, ici à Oslo, sa famille, ses relations.
Mathias se gratta le crâne, franchement perplexe.
- On papote plus sur l'école ou son compagnon. Un jour, il faudra qu'il nous fasse une de ses pizzas. Parait que c'est une vraie tuerie !
Lukas pinça les lèvres. Puis, il tourna les talons et alla s'enfermer dans sa chambre.
Mathias demeura quant à lui dans le salon, très perturbé par l'attitude de son colocataire.
Dans sa chambre, Lukas avait entrepris des recherches. Il tenait à en avoir le cœur net, et peut-être trouverait-il une réponse tout simplement sur les réseaux sociaux. Cependant, il dut bientôt se rendre à l'évidence : Antonio ne devait certainement pas être le genre de personnes présentes sur la toile. Lukas eut beau parcourir les homonymes, personne ne correspondait au jeune trentenaire.
Lukas soupira. Cela ne l'avançait pas plus. Il ne lui restait plus qu'une solution : guetter. Guetter et attendre que l'occasion se représente de rencontrer ce sosie d'Antonio. Et peut-être même de finalement comprendre les intentions de cet homme mystère. Lukas ne pouvait pas croire aux coïncidences.
C'est ainsi que, les jours qui suivirent, Lukas s'évertuaient à réaliser des tours dans le quartier, partant plus tôt et rentrant plus tard. S'il ne s'agissait pas d'une coïncidence comme il en était convaincu, cet homme referait tôt ou tard son apparition. Les fois où Antonio venait à la maison, Lukas feignait l'indifférence, chose aisée, s'entrainant aux échecs, lisant un livre ou autre, des activités silencieuses qui lui permettaient d'avoir une oreille tendue vers la discussion du rez-de-chaussée. En effet, Mathias se sentait semble-t-il gêné par la présence de Lukas, quand bien même celui-ci lui avait affirmé qu'il ne voyait aucun inconvénient à ce que lui et Antonio se retrouvent ici. Mathias avait finalement accepté à condition qu'ils n'empiètent pas sur l'espace de Lukas. En d'autres circonstances, il en aurait été touché. Mais pour le coup, il ne s'agissait que d'une réaction suite à son refus de se lancer dans cette fomentation de demande en mariage.
oOo
De retour du Conservatoire ce matin-là, Lukas croisa au loin Antonio et Mathias marchant gaiement côte à côte. Aussitôt, il prit la décision de les suivre. Tout était bon pour recroiser l'homme mystère. Lukas ne désespérait pas de découvrir la vérité derrière ce mystère. Ce dernier devait bien chercher à le contacter. Si sa théorie se tenait, il faisait partie de la même famille, après tout.
Il éprouvait par ailleurs une excitation candide à poursuivre cet inconnu. Pas de meurtre perpétré, pas de vol, pas de kidnapping. Non, simplement la joie de courir après l'inconnu, de résoudre un puzzle par ses propres moyens.
Lukas s'arrêta à une distance prudente afin de ne pas se faire repérer. Il porta une main à son cœur et s'aperçut qu'il battait la chamade, enivré par cette petite aventure.
Ce qu'il ressentait en cet instant était bien réel. Pourquoi les autres ne le comprenait-il pas ?
Dans la vitrine d'un magasin fermé, il aperçut son reflet. Des yeux indigos dans lesquels il se reconnaissait. Des cheveux blond cendré sagement relevés sur le côté par une épingle. Et un visage inexpressif. Pas l'once d'un sourire, d'un froncement de sourcil. Ces éléments qui était à même de lui permettre de dresser le portrait psychologique d'une personne, qui lui permettait de voir au travers des mensonges et du ressenti de tous ces témoins qu'il avait pu interroger, de toutes ces victimes qu'il avait écoutées, de tous ces coupables qu'il avait dévoilés, ne semblait pas avoir de prise sur son propre visage. Il avait beau se concentrer, son visage demeurait impassible. Il se voyait tous les matins dans le miroir. Pourtant, cette apparition lui fit tout à coup prendre conscience de la réalité de la chose. C'était donc cela que les passants, son entourage, croisaient dans la rue.
En même temps, pourquoi serait-il en train d'afficher quelque émotion que ce soit, ainsi en pleine rue ? C'était inutile. Voire même passablement ridicule à son sens. Avait-on besoin de savoir ce qu'il se passait dans sa tête ? La seconde d'après, il trouvait sa propre réponse. Les inconnus non, mais son entourage… Il repensa alors à son père. Lui qui lui avait toujours tendu la main. Etait-ce ce visage impénétrable qu'il avait toujours vu ? Non. Avant, il n'était pas comme ça. Avant sa disparition. Mais Emil n'avait dû voir que ce visage là. Tout à coup, Lukas ressentit une pointe de culpabilité. Il aimait sincèrement son petit frère et serait capable de tout pour le protéger et le chérir. C'était un fait indiscutable, limpide et évident.
« Ce que tu peux être insensible parfois… »
Les mots de Mathias résonnèrent à nouveau dans son esprit. Emil pensait-il la même chose ?
Lukas observa Mathias et Antonio qui traversèrent, le feu étant passé au vert. Il jeta un dernier coup d'œil à son reflet avant de rehausser son sac sur l'épaule et de reprendre sa filature.
Les deux hommes déambulèrent encore un temps dans le centre ville avant de trouver chaussure à leur pied en matière de bar. Lukas ne pouvait décemment pas les suivre dans le même établissement. Il se ferait de suite repérer. Il opta pour un café en face, de l'autre côté de la rue. Il opéra un léger détour afin de se fondre dans la foule, tout en ne perdant pas de vue son objectif.
Si cet homme était à la recherche d'Antonio, Lukas aurait tôt fait de le repérer dans la rue. En pénétrant dans le café, il fut tenté de remercier un destin auquel il ne croyait pas.
L'homme était déjà là, attablé, le regard rivé vers le bar en face. Il ne faisait aucun doute qu'il s'agissait de l'homme que recherchait Lukas. Tout aussi basané qu'Antonio, les cheveux tout aussi châtain, quoiqu'un peu plus long, il possédait des traits pour ainsi dire identiques. Il fallait être assez proche pour distinguer les différences.
Jouant sur la fréquentation des lieux, Lukas l'interpella en anglais.
- Cette place est libre ?
L'homme sursauta en comprenant qu'on s'adressait à lui. Semblable à Antonio, il ne possédait cependant pas le même regard. Plus effronté, plus ambitieux. Et une pointe de colère, réussit à dénicher Lukas.
Cela le ramena à ses réflexions sur son propre visage. Etait-ce impossible pour autrui de décrire son état comme il venait de le faire sur un parfait inconnu ? Il resserra sa poigne sur son sac en bandoulière.
- Hum… oui.
Il ne voulait pas qu'on traine dans ses affaires décidément. Lukas sourit intérieurement. Rien d'étonnant à cela. Il était clairement en train d'espionner Antonio.
Lukas s'installa nonchalamment, commanda un bon café et fit mine d'observer les passants, quant il dévisageait en biais les réactions de cet homme.
- Vous vivez à Oslo ? demanda-t-il soudain à l'inconnu
- Hein ? Ah, non.
- Notre belle capitale vous plaira dans ce cas. Même en cette période, elle est magnifique.
- Je ne suis pas vraiment venu faire du tourisme.
Ah, parfait ! Une ouverture. Il avait senti le besoin de se justifier. Le voilà pris au piège, jubila Lukas. Son café arriva à point nommé. Croisant élégamment les jambes, il en sirota une gorgée.
- Le travail ? Même pour le travail, Oslo est facile à vivre.
- Non, pas pour le travail.
L'homme tapota nerveusement la table. Lukas mima la malice.
- Allons bon. Ne me reste plus qu'à croire que vous courez à l'aventure.
L'expression ambigüe arracha un sourire en coin à son interlocuteur.
- Non plus ! Mais, d'une certaine manière, vous n'êtes pas loin de la vérité.
- Si vous me mettez au défi, je finirai bien par le découvrir.
L'inconnu se tourna finalement vers Lukas et croisa les bras derrière la tête, bombant le torse par la même.
- Allez-y.
Lukas prit son temps. Il avala une nouvelle gorgée de café, puis se cala confortablement dans son siège. Il croisa finalement les doigts avant de planter son regard dans celui de son interlocuteur.
- Vous êtes en visite familiale, mais vous ne vous êtes pas encore présenté à la personne, intrigué par ses agissements et avez décidé de l'espionner afin d'en apprendre plus. Tout ceci n'est qu'une pure supposition, affirma Lukas après une légère pause
- En voilà une supposition bien détaillée.
L'homme ne le toisa pas. Il se contenta de le scruter. Puis, il soupira et avala d'une traite le fond de sa boisson.
- Qui êtes-vous ?
- Le colocataire de celui qui discute en ce moment avec Antonio. Et vous êtes ?
- Vous n'avez pas deviné mon nom ? Je suis déçu, plaisanta l'individu, Simão Ferreira da Silva, le cousin d'Antonio.
Ils se serrèrent la main. Aussitôt, Simão sembla se détendre.
- Dites-moi tout. Comment avez-vous deviné ?
- Rien de plus simple. La ressemblance physique est évidente. Sans compter que je vous ai aperçu trainer autour de chez nous. Il m'a suffi de les suivre aujourd'hui, persuadé de vous croiser sur le chemin. Mais que cherchez-vous à savoir au juste ? Au point de cacher votre présence à votre cousin.
- Ces deux là se connaissent bien ? demanda Simão pour toute réponse
- Une étrange complicité qui s'est instaurée.
- Hum… Je ne savais pas qu'Antonio était de ce bord-là. Et dire qu'il m'a caché ça. Je veux qu'il me l'annonce de lui-même.
Lukas leva le nez de sa tasse brusquement.
- Vous faites fausse route. Ils ne sont pas ensemble, s'empressa-t-il d'affirmer
Simão écarquilla les yeux.
- Mais… ils se rencontrent quasiment tout le temps. Ils vont chez l'un et chez l'autre.
- Si la conclusion était aussi simple à chaque fois… Mais je vous assure qu'il n'en est rien. Antonio est d'ailleurs en couple avec un autre.
- Ah ! s'exclama Simão, il est donc bien en couple avec un homme ! Et dire que toutes ces années, il ne m'en a rien dit ! Je suis son plus proche cousin mais il ne me parle jamais de ses histoires. Il pourrait bien se marier demain que je n'en saurai rien !
- Peut-être a-t-il ses raisons.
- Sa seule raison, c'est qu'il me déteste.
Lukas fut surpris de découvrir au personnage un trait boudeur et renfrogné. Ainsi donc, le personnage mystère qu'il avait traqué jusque là n'était autre qu'un cousin frustré de ne pas faire plus que cela partie de la vie d'Antonio. Soit. Au moins le puzzle était-il complet, pensa-t-il en achevant sa tasse de café. Une bonne petite distraction journalière. Le reste ne l'intéressait guère.
- Je vous souhaite bon courage pour la suite, déclara-t-il simplement en se levant
Sans accorder de regard à son interlocuteur, il reporta son attention sur le bar en face. Mathias et Antonio trinquaient, le sourire jusqu'aux oreilles.
Mathias avait cette faculté qui, aux yeux de Lukas, paraissait bien étrange, lointaine, de croquer pleinement toute chose, tout évènement. De s'émouvoir plus que n'importe qui le ferrait. Plus que lui, évidemment.
Affaire à suivre…
(oui, parce que ce n'est pas fini)
