Bonjour à tous,
Je dirais juste une chose : uh uh !
Norvège : Lukas Bondevik
Danemark : Mathias Khøler
Espagne : Antonio Hernandez Carriedo
Portugal : Simão Ferreira da Silva
Bonne lecture !
Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz
Affaire 22 : Le cœur de l'instant présent
Mathias soupira d'aise en reposant sa chope de bière vide. Voilà qu'ils fêtaient dignement un plan savamment orchestré. Ne restait plus qu'à Antonio de le mettre à exécution et de le tenir au courant du déroulement de leur surprise.
- Voilà une bonne chose de faite ! s'exclama Antonio aux anges, j'en tremble d'ors et déjà d'excitation. Si avec ça, Lovi' ne me tombe pas dans les bras…
- Je crois qu'il en pince déjà pour toi, mon vieux.
- Ah ? Peut-être bien.
Ils pouffèrent de rire tous les deux comme des idiots. Mathias était capable de dire que cela remontait à son adolescence, une complicité aussi simple et joviale. Et cela lui faisait un bien fou. Il n'était pas mécontent de s'être lancé dans cette petite aventure, et d'ainsi participer à sa façon à un heureux évènement.
- Tu sauras quand tu recevras l'invitation. Ce serait bien si la cérémonie pouvait se dérouler cet été…
Antonio était parti à rêvasser. Mathias lui avait découvert ce côté grand romantique dans l'âme. Dès qu'il s'agissait de Lovino, il ne répondait plus de rien. Il trouvait cela adorable. D'un autre côté, il finissait immanquablement par penser à sa propre relation avec Lukas. Le dénouement lui semblait beaucoup plus lointain et incertain. Voire même tout bonnement improbable. Il ne put s'empêcher de lâcher un soupir à cette pensée.
- Allons bon, gloussa Antonio en jouant du coude, que s'est-il passé cette fois avec Lukas ?
- Rien du tout.
- Ah, je vois. Et c'est ça le problème, pas vrai ?
- Oh non. Pas tant que ça. La situation est plus complexe qu'elle en a l'air. Mais ça n'a pas tant à voir avec Lukas…
- Voilà que monsieur recommence avec ses cachotteries.
- Tu ne sauras rien, Antonio.
Ce dernier leva les mains en signe de rémission.
- J'ai arrêté de te demander depuis un moment, tu remarqueras. Néanmoins, je maintiens que, quelles que soient les raisons qui te poussent à ne pas t'engager, je trouve cela dommage que tu sacrifies l'instant présent.
- Et c'est bien la première fois de ma vie qu'on peut me le reprocher.
Mathias était quelqu'un du présent. Pourtant, c'était à croire que le passé l'avait enchaîné à lui tout en le propulsant de force dans un futur inconnu.
Il ne pouvait décemment pas s'engager avec Lukas. Et c'était vrai, quand il disait que cela n'avait pas grand-chose à voir avec son partenaire. Il n'était question que de Mathias et des choix qui allaient inéluctablement s'imposer à lui. Il était pourtant du genre à vivre au jour le jour.
Mais pas cette fois.
Au bout de quelques bières de plus, Mathias et Antonio se quittèrent en se serrant la main, dans un sourire complice. Mains dans les poches, il observa son nouvel ami sautiller entre les passants, le froid hivernal ne pouvant décidément rien contre ce rayon de soleil ambulant. Puis, il tourna la tête vers le café d'en face.
Lukas n'y était plus.
Mathias esquissa un sourire amusé. Lukas croyait-il sérieusement qu'il n'était pas capable de s'apercevoir qu'on le filait ? Ils avaient pourtant vécus tellement d'aventures ensemble. Il devait bien le savoir. Surtout que Mathias était convaincu que si Lukas était dans les parages, il le saurait toujours.
Décidément. Plus il y pensait, plus il se rendait compte de la teneur de ses sentiments. Il repensa alors aux paroles d'Antonio. Sacrifier l'instant présent…
Mathias haussa machinalement les épaules, quand bien même il ne s'adressait qu'à lui-même. En tout cas, il ne savait pas trop ce qui avait bien pu passer par la tête de Lukas pour décider d'ainsi le surveiller lui et Antonio. Peut-être était-il finalement jaloux de ne pas avoir participé à la demande en mariage. Mathias pouffa de rire. Oh non, c'était bien trop loin de ce à quoi on pouvait s'attendre de la part de Lukas.
Sur ces pensées, Mathias rentra pour un déjeuner tardif.
oOo
Alors en plein préparatif pour son casse-croûte, Mathias entendit les marches de l'escalier grincer. Les pas furent accueillis par les cris du macareux qui s'agitait dans sa cage. On marcha dans un sens, puis dans un autre. A tel point que Mathias releva finalement la tête de ses tranches de fromage. Il découvrit alors Lukas à l'autre bout du couloir.
Il semblait… en pleine hésitation ?
Lukas aperçut à son tour Mathias. Il avait son étui à violon dans les mains, mais s'avança à grande enjambée précipitée et débarqua dans la cuisine.
- Tu dois savoir quelque chose. Je vous ai vu toi et Antonio.
Mathias écarquilla les yeux. S'il s'était attendu à entendre de la part de Lukas des aveux sur sa filature, il n'en aurait jamais cru un mot.
- Et j'ai rencontré quelqu'un.
Le cœur de Mathias bondit dans sa poitrine. Il ne chercha pas à comprendre l'enchainement des phrases. Cette dernière l'avait trop heurté de plein fouet pour qu'il ait une idée globale du propos.
- Comme si vous étiez en couple toi et Antonio…
Mathias secoua brusquement la tête, complètement désarçonné. Il était encore coincé sur cette phrase étrange, tant et si bien qu'il n'avait pas écouté la suite. Cette dernière déclaration eut le don de le faire revenir à lui.
- Je t'assure qu'on n'est pas en couple !
Ce fut au tour de Lukas de s'arrêter dans son élan. Il fronça les sourcils.
- Je le sais bien. J'étais en train de te dire que…
- Je ne pourrais jamais être avec personne d'autre que toi. Je t'aime trop pour cela, Lukas !
Mathias avait réagi dans la précipitation, fidèle à lui-même. Il avait laissé parler son cœur. A son grand damne.
Lukas le dévisageait maintenant les yeux ronds. Il ouvrait et fermait la bouche, très clairement décontenancé. Il tritura subitement son étui à violon comme s'il n'y avait rien de plus important. Mais surtout, Lukas rougit violemment.
Puis, il rétorqua :
- Qu'est-ce que tu me chantes ? Je te disais juste que j'avais rencontré le cousin d'Antonio. Tu n'écoutes donc rien.
Il tourna promptement les talons et s'en fut sans autre mot.
Ce ne fut que lorsque la porte d'entrée claqua que Mathias sortit finalement de sa léthargie.
Mais qu'est-ce qui venait de se passer ?
Il s'étrangla.
Mais pourquoi donc avait-il dû lâcher ça ?
Il se laissa tomber sur le premier siège venu et s'arracha les cheveux.
Mais quel triple imbécile il faisait ! Et Lukas qui venait de le planter, pris au dépourvu. En même temps, comment lui en vouloir ? Il s'était pris lui-même au dépourvu ! Allons donc !
Il laissa brusquement son front rencontrer la table.
Ah ! Elles étaient belles les promesses de ne pas impliquer Lukas, de réfléchir cette fois aux conséquences de ses actes. Mais il fallait croire qu'il était décidément bien trop stupide pour cela ! Pourquoi devait-il être aussi spontané ? Jamais il n'avait autant regretté de l'être.
Mathias soupira profondément et tourna la tête, observant vaguement ses tranches de fromage en gros plan.
Que faire désormais ?
oOo
Ce n'était pas la première fois de sa vie que Mathias avait le cœur palpitant d'excitation. Il était même du genre à rechercher l'adrénaline. Mais en ce début de soirée, l'excitation prenait une forme qu'il n'avait encore jamais ressentie. Non dénué de bravoure, il avait pour la première fois les mains moites, peu sûr de lui et surtout des conséquences. Ou plutôt, il n'était pas sûr d'assumer les conséquences, quelles qu'elles soient. Tout l'après-midi, il n'avait cessé de douter. Peut-être s'était-il fait des films. Des films sur la façon dont Lukas le percevait, des films sur la place qu'il occupait à ses côtés.
Et si Mathias s'était inventé leur amitié ? Leur complicité ? Peut-être tout cela n'était que le fruit de la politesse et du respect qu'imposait le savoir-vivre, que même une personne comme Lukas possédait.
Il s'était même dit que Lukas avait tout simplement pitié de lui, un sans-abri expatrié un peu trop bruyant à la sincérité parfois un peu inconvenante. Malgré les années de cohabitation, Mathias n'était finalement pas certain de ne pas avoir imaginé toutes les attentions de Lukas, voire même leurs échanges.
En cet instant précis, tout lui apparaissait comme une vaine illusion, une mascarade pour laquelle il avait eu le rôle de l'Arlequin.
Il était là, face à l'opéra d'Oslo et sa figure blanche éclatante, moderne, ses lignes se découpant clairement dans le ciel nuageux. Derrière lui, les rayons du soleil orangés faisaient scintiller les eaux calmes du fjord. Ses cheveux en bataille, peut-être bien à l'image de son chaos intérieur présent, étaient traversés par la brise marine hivernale.
La belle ironie pour lui dont le cœur tourbillonnait dans une allégresse printanière, presque estivale !
Et pourtant, le plus gros doute de Mathias, c'était justement son propre cœur. Et s'il avait tout imaginé ? S'il avait rêvé ses propres sentiments ? C'était une angoisse soudaine, dont il n'arrivait pas à se détacher.
Dans ces moments où cette angoisse précise lui caressait le visage, Mathias se sentait tout à coup démuni. Que faisait-il là ? A quoi tout cela rimait-il ? A plusieurs reprises, il s'était dit qu'il valait mieux revenir sur ses pas, ce qu'il avait fait, bien loin de sa spontanéité habituelle. Il voulait se donner du temps pour réfléchir car enfin peut-être se trompait-il sur ses propres sentiments. Et il fallait prendre en compte le futur. Le futur ! ne cessait-il de se répéter. Mais toujours lorsque ce faisant, il se retrouvait bien vite confronté à lui-même.
Il voulait lui dire ! Il voulait lui dire ces quelques mots, lui sauter dans les bras, le couvrir de baiser, l'étreindre tendrement.
A cette pensée, Mathias rougit.
Il ne se reconnaissait plus, à dire vrai. Il se sentait littéralement malade à gamberger sans oser, chose qui ne lui ressemblait pas, raison pour laquelle il s'interrogeait profondément. Jamais, de toute sa vie, il n'avait eu peur de dire quelque chose qui lui venait du fond du cœur. Jamais.
Et pourtant, il était là, les genoux tremblant et la gorge sèche.
Il fut brusquement traversé par une question saugrenue : allait-il réussir à articuler proprement ? Il passa machinalement une main sur sa gorge. Puis, il soupira.
Qu'est-ce qu'il se sentait bête d'agir et penser ainsi.
Il n'avait qu'à le dire, comme il le faisait toujours. Mathias était un homme du présent, de l'instant.
Il n'avait qu'à le dire.
Lukas apparut alors à la sortie de l'opéra, illuminé par un rayon doré qui l'éblouit. Lukas était beau. Pour Mathias, cela ne faisait aucun doute. La lumière aidant, il le trouvait sublime.
Et il sentit par la même ses jambes se dérober sous son poids.
Pourquoi était-ce si dur ? Pourquoi était-ce si dur de parler ? De prononcer ces quelques mots sincères ?
C'était peut-être cela. Peut-être cette sincérité là était effrayante, au point que même une personnalité telle que Mathias en avait les mains moites et les jambes en coton.
Lukas l'aperçut.
Pense au futur… au futur, Mathias, se répétait-il encore inlassablement. Mais c'était comme si cette pensée ne pouvait avoir aucune emprise sur lui.
Les pensées se multiplièrent et se mélangèrent à mesure que Lukas approchait. Mathias sentit son estomac se nouer. Alors que Lukas se plantait devant lui, étui sur l'épaule, Mathias fut pris d'une certitude : ses sentiments n'étaient pas un mensonge. Mais il était terrifié à l'idée qu'ils ne soient pas réciproques.
- Lukas. Ce que je t'ai dit dans la cuisine…
C'était le moment ou jamais. C'était le moment de s'affirmer.
- Ce que je t'ai dit dans la cuisine, je te le redirai autant de fois qu'il le faudra. Parce que c'est vrai.
Lukas le dévisagea. Peut-être était-ce parce que les sens de Mathias étaient embrouillés, mais il lui parut plus insondable que jamais.
- Est-ce que… est-ce que je peux m'attendre à une réponse de ta part ?
Lukas baissa la tête et Mathias se sentit déconfit. Mais c'est alors que tout comme les nuages vont et viennent, libérant les rayons cachés derrière, Lukas reporta son regard dans celui de Mathias, un léger mais doux sourire épanoui sur le visage.
- Voilà un an et demi ou plus que tu as ma réponse.
Mathias ne fit pas le calcul. Les papillons avaient envahis son estomac à voir le sourire de Lukas, lequel détourna légèrement les yeux, les joues roses. Mathias vint lui effleurer délicatement la joue. Il sentit le sursaut de Lukas, mais ce dernier ne se déroba pas. Alors qu'il approchait ses lèvres des siennes, Mathias s'arrêta soudain.
- T'es bien gay au fait ?
Lukas leva les yeux au ciel.
- Ça se pourrait. Tout est possible en ce monde, Mathias.
Son prénom s'éleva dans un souffle qui pénétra sa propre bouche, avant que leurs lèvres ne se rencontrent tendrement.
Oui, tout est possible en ce monde, se répéta Mathias dans sa tête, caressant d'une main enjôleuse l'autre joue de Lukas. Tout est possible, même tomber amoureux d'une personne qu'on prenait simplement pour son colocataire.
Fin de l'affaire 22
(Bienvenu au royaume de la guimauve)
