Bonjour à tous,

J'aurais mis 165 chapitres à mettre mon ship en couple, ah ah. Si c'est pas du slow burn, ça. Merci pour vos retours !
Et pour répondre à la lectrice assidue qui n'a pas remis la main sur son mdp (pardon, mais ça m'a fait rire, j'avoue XD), je suis toujours dans la fandom mais je comprends très bien qu'on ne soit plus dedans, qu'on soit passé à autre chose, même pour les fanfictions de manière générale. Du coup, ça me touche énormément qu'il y ait encore des lecteurs qui, indépendamment finalement de l'œuvre d'origine et du format, soient encore au rendez-vous et suivent cette histoire pour ce qu'elle est. Et qui sait combien je trouve que j'ai encore un looooong chemin à faire pour améliorer ma construction narrative du policier ! C'est encore très bancal tout ça…

Ce qui me permet de faire la transition sur l'A24, la dernière !, qui suivra après celle-là. Je tiens, autant pour vous que pour moi que pour l'histoire elle-même, à travailler au mieux sur sa structure. D'autant que, omg, dans un mois, ça fera 6 ans que j'aurais démarré la publication ! SIX. Ça me paraît presque absurde… Enfin bref. C'est une grosse affaire et faut que je compose avec mon perfectionnisme qui me freine énormément depuis allez, une bonne année au bas mot sur cette intrigue. L'A23 est courte, je ne vous dirai pas de combien, mais elle est courte. Et dans le temps imparti, il faut bien que je me rende à l'évidence, je ne pourrai décemment pas enchaîner directement après par l'A24. Parce que ça ne me laisse pas assez de temps pour finir la conception, ni pour l'écriture, et parce que, comme pour toutes les précédentes, je préfère attendre d'avoir bouclé une affaire pour la poster. Tout ça pour dire que, et ça me mâchera jusqu'au bout quoiqu'on en dise et qu'on me rassure ah ah !, suite à cette petite A23, le Sherlock Holmes d'Oslo repartira en pause…

Mais je suis bien déterminée à aller jusqu'au bout. Si je pouvais vraiment la finir cette année, ça m'arrangerait énormément ! CROTTE. Fin du blabla ! XD

Norvège : Lukas Bondevik

Danemark : Mathias Khøler

Islande : Emil Steilsson

Bonne lecture !

Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz


Affaire 23 : Réflexions sur la route

D'un coup d'épaule, Emil ajusta la bandoulière de son sac. Il ne paraissait pas particulièrement pressé, les mains dans les poches, mais avait tout de même un pas assuré. Plongé dans ses pensées, il fendait la foule de badauds, flânant aux premières douceurs du printemps. Il avait depuis longtemps appris à se fondre parmi les passants sans jamais en percuter un seul, quand bien même son regard était rivé sur le sol.

Il fallait bien dire qu'il y avait de quoi être en pleine réflexion. Il se demandait comment il n'avait pas pu remarquer les changements dans la maisonnée lorsqu'ils étaient apparus. Il avait bien fini par les constater, raison pour laquelle il avait actuellement quitté le foyer. L'ambiance devenait presque insupportable pour lui. Et quand Emil se sentait mal quelque part, il avait tendance à fuir et se réfugier ailleurs. D'ordinaire dans sa chambre. Sauf quand celle-ci se trouvait au beau milieu de cette atmosphère étrange. Dans ce cas, il ne lui restait plus qu'à profiter d'une petite escapade chez Jia Long.

Emil pensa tout à coup à sa relation avec lui. A dire vrai, il ne comptait plus les années qu'ils avaient traversées ensemble. C'était comme un long voyage à la destination inconnue. Ils avaient embarqué sur le même navire et, il devait bien avouer que dans le tumulte de la vie, partager les évènements comme les instants était loin d'être désagréable. Cependant, il n'avait pas l'impression d'avoir changé à partir du moment où lui et Jia Long avait officialisé une relation de couple, dont la dénomination leur passait au-dessus à tous les deux. Emil se sentait toujours fidèle à lui-même. Même lorsqu'ils n'étaient que tous les deux, il n'avait pas la sensation de se montrer foncièrement différent. Bref, à ses propres yeux, Emil n'avait pas changé d'un iota.

Ce qui n'était pas le cas de Lukas.

Ce qui précisément lui avait mis la puce à l'oreille.

Emil avait beau réfléchir, il n'avait pas su déterminer à partir de quand ce changement s'était opéré. Mais au fil des jours, puis des semaines, il avait constaté des changements dans l'attitude de son frère aîné. A sa décharge, ceux-ci s'avéraient minimes. Même, à dire vrai, invisibles pour qui ne connaissait pas Lukas. Mais voilà : Emil était son frère. Une étrange frustration s'était emparée de lui lorsqu'il avait compris ce qui se tramait. Et non pas qu'il était frustré de n'en n'avoir jamais rien su, mais il était frustré de ne pas l'avoir compris plus rapidement. Car il s'agissait de son frère, que diable ! Plus de dix ans de vie commune, il aurait dû saisir la chose directement.

A son grand damne, cela lui avait échappé.

Ce n'est pas Mathias qui l'aida à y voir plus clair. Mathias était, somme toute, fidèle à lui-même. Grand gaillard aux cheveux en bataille, joyeux luron disposé à étaler ses anecdotes quotidiennes, ponctuées de grands rires, il accaparait comme toujours la parole lors des repas, s'attelait régulièrement aux tâches ménagères en sifflotant, et passait son temps à regarder le cyclisme à la télévision. Rien de transcendant.

Lors des repas, Emil devait reconnaitre qu'il ne levait pas beaucoup le nez de son assiette. Il voulait bien écouter. Mais il n'aimait pas réagir. Il n'aimait pas se sentir pris à partie. Et il savait très bien qu'on ne prenait pas à partie les gens qui se perdaient dans leurs assiettes. Lorsqu'ils ne vivaient que tous les deux, lui et Lukas mangeaient en silence, discutant parfois, mais aucun des deux ne cherchaient outre mesure à accaparer le temps de parole. Puis, quand ils avaient commencé à accueillir des colocataires, Emil avait plongé dans son assiette. S'il ne s'enfermait pas dans sa chambre avec son repas ou ne mangeait pas à l'extérieur. Lukas se montrait tout aussi indépendant que lui. Plus encore, enferré dans ses enquêtes, il déjeunait souvent dans sa propre chambre, s'il n'oubliait pas tout simplement l'heure du repas. Ce n'est finalement qu'à l'arrivée de Mathias que ce dernier réussit le tour de force de les rassembler midi comme soir pour les repas. Il cuisinait pour tout le monde et ne manquait jamais d'aller à la rencontre de l'un et l'autre pour s'assurer qu'ils descendent s'installer autour de la grande table napée. De même, Mathias avait toujours veillé à ce que chacun se soit sustenté.

Quelle mère poule ! s'indigna faussement Emil dans sa tête

Ainsi, un soir, Emil releva finalement le nez de ses petits légumes vapeurs qu'il avait mélangés à la sauce mousseline. Encore du grand art de la part de Mathias. Mais l'apparence attractive tout autant que le goût fort alléchant du met furent très vite occultés par la découverte d'Emil.

Installé au bout de la table, comme à son habitude, Lukas picorait tranquillement dans son assiette, tout en écoutant le monologue de Mathias. Concrètement, cela se manifestait par une tête résolument tournée vers Mathias et un regard attentif. Et ça, ce n'était pas comme d'habitude. Ce qui l'était encore moins, achevant de figer Emil les yeux ronds, fut sans conteste l'esquisse de sourire qu'il vit poindre aux coins des lèvres de son frère. Il n'était même plus question d'habitude, là.

Bien entendu, Emil avait déjà vu Lukas sourire. Mais devant quelqu'un en dehors d'un cercle très restreint de personnes se comptant sur les doigts de la main… cela relevait de la fable. Or, ce sourire était bien présent. Il ne faisait aucun doute.

L'équation fut vite réglée. Si Lukas ne souriait qu'en présence de membres d'un cercle restreint, alors Mathias faisait partie de ce cercle restreint.

Mais depuis quand ?!

L'interrogation fut si vive dans son esprit que, pendant une seconde, Emil avait bien cru avoir laissé échapper tout haut cette pensée.

Ce fut à partir de ce moment-là qu'Emil se sentit investi de la mission d'observer son aîné. Plus encore que de comprendre, c'était d'affirmer son hypothèse dont il se sentait incombé. Il savait très bien, et depuis longtemps ce que son frère éprouvait à l'égard de Mathias. Du moins l'avait-il ressenti sans poser véritablement de mot dessus. Mais jusqu'à présent, Lukas s'était muré dans une austérité solide, tout au plus pouvait-on parler de convivialité. Et voilà qu'un soir, il le découvrait absorbé dans les bavardages et les mimiques de Mathias. Emil avait plissé les yeux et s'était promis de se montrer plus attentif.

Les jours qui suivirent ne firent que confirmer sa pensée. Aux yeux de tout à chacun, rien ne semblait transparaitre. Lukas était fidèle à lui-même, homme dans la réserve, d'autant plus hors de son foyer. Passé le pas de la porte, en revanche, il se dégageait de sa personne un air détendu, presque nonchalant ou rêveur. Dans un mélange de nostalgie et de perplexité, Emil redécouvrait le Lukas de son enfance. Ce frère tantôt grave à résoudre des enquêtes allant parfois jusqu'au morbide, tantôt allègre à manipuler l'archet, ailleurs à dévorer des romans folkloriques. Ces mêmes ouvrages qu'il ne laissait jamais trainer dans le salon lorsqu'un colocataire occupait la maison avaient retrouvé leur place. Un peu partout au point que Mathias lui en avait même fait la remarque.

Et Lukas ne s'en était pas offusqué. Il s'était contenté d'un haussement d'épaule et d'un regard faussement contrit à l'adresse de Mathias. Lequel n'avait pu que soupirer avant de lever les yeux au ciel, un large sourire sur le visage. Il avait même ébouriffé les cheveux de Lukas sans que celui-ci ne s'en formalise, lui accordant en retour une pichenette sur la joue.

Emil aurait pu être abasourdi par un tel geste de la part de son frère. Il ne lui connaissait pas ses familiarités. Pas même avec Vladimir. Ou alors cela remontait à l'enfance, qu'Emil n'avait bien entendu pas connue.

Il n'était cependant pas au bout de ses surprises et le plus flagrant arriva un jour qu'il avait son après-midi de libre. Chose rare, Emil assista de fait à la fois au retour de Mathias comme à celui de Lukas. Comme un fait exprès, et il était bien loin d'avoir voulu provoquer cette situation, il s'apprêtait à remonter à l'étage avec un casse-croûte pour mieux poursuivre sa partie de jeu vidéo lorsque son frère avait franchi le pas de la porte. Et Mathias de descendre au même moment. Les deux frères se saluèrent mais, en jetant un bref regard en arrière au milieu des marches, Emil écarquilla les yeux. Il découvrit avec surprise Mathias opérant un détour vers Lukas pour l'embrasser brièvement en guise de bienvenue.

Pour une raison inconnue, Emil s'en était trouvé gêné. Comme s'il n'aurait pas dû assister à ce genre de scène.

Depuis qu'il faisait attention à toutes ces petites marques, à ces petits échanges tendres, Emil ne voyait plus qu'eux. Dès qu'il avait Lukas ou Mathias en face de lui, il ne pouvait s'empêcher de se répéter inlassablement dans son esprit le fait indubitable : Lukas et Mathias étaient en couple.

Il se fichait royalement qu'on lui fasse une annonce officielle. Cependant, vivre sous le même toit qu'eux, être involontairement témoin de leur attitude avaient fini par le mettre quelque peu mal à l'aise. Auparavant, Lukas s'était montré résolument solitaire et Emil ne lui avait jamais connu qui que ce soit dans sa vie. Composer avec l'intimité de son frère ne lui avait jamais effleuré l'esprit. Pas plus qu'il ne s'était posé la question vis-à-vis de lui et Jia Long.

Mais lui et Jia Long, c'était différent. Lui et Jia Long ne vivaient pas sous le même toit. Heureusement. Auquel cas, Emil n'aurait pas su où se réfugier pour changer d'air. Lukas et Mathias n'étaient pas envahissants, loin de là. Mais il avait l'impression, lui, de piétiner leur espace.

D'être de trop ? se demanda Emil en arrivant devant la porte de Jia Long. Il grimaça et sonna. C'était bien la première fois qu'il ne se sentait pas à sa place.

Alors qu'il prolongeait ses réflexions, se demandant sincèrement s'il n'allait pas découcher chez Jia Long juste pour cette nuit, ce dernier vint lui ouvrir la porte à la volée.

- Salut Emil.

Oh ? Emil arqua un sourcil. Pas de « Milou » qui tienne ? Jia Long était de mauvaise humeur.

- Ravi de te voir aussi.

- Non, pardon, Milou. C'est le vieux qui me court sur le haricot.

- Comme c'est nouveau.

- Ouais…

Jia Long l'embrassa et l'invita à entrer. En pénétrant la demeure, Emil se demanda tout à coup s'il avait bien fait de venir squatter chez son petit ami. Il n'y avait donc nulle part où trouver le calme ?


Affaire à suivre…