Bien le bonjour !
J'ai oublié de vous dire, et en même temps mieux vaut peut-être vous le dire qu'à partir de ce chapitre là, mais vu la longueur totale de cette affaire, il y a plusieurs chapitres d'exposition. Vous vous apercevrez très vite du moment où on entrera véritablement dans le vif du sujet, mais pour l'heure, encore beaucoup d'installation et de questions.
Par ailleurs, il y a quelqu'un dans ce chapitre… j'espère que vous comprendrez qui sait ! Et le ship qui va avec est assez rare mais j'avoue que c'est mon petit péché-mignon secret lol (d'ailleurs ma bêta-lectrice me taquine allègrement à ce sujet)
Bonne lecture !
Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz
Affaire 24 : Gaieté estivale
Lukas ne fut pas déçu du spectacle. A peine l'orchestre eût-il joué quelques notes que l'attention de tous fut attirée par du mouvement à l'entrée. Si Ottavio s'était d'ors et déjà affiché comme une personnalité voyante, il faisait pâle figure à côté du nouvel invité. Tonitruant à qui voulait l'entendre qu'il venait d'arriver, l'homme salua la foule dans un sourire carnassier et enjôleur.
- Ottavio, vieux croûton !
Le patriarche Vargas, pourtant à l'autre bout de la salle, ne manqua pas de faire volte-face, un large sourire sur le visage, quoique tout aussi vorace que celui du nouveau venu. Il vint à sa rencontre à grandes enjambées, entrainant avec lui Hermann Beilschmidt. Celui-ci n'en avait pas l'air mais Lukas nota un petit air faussement agacé.
- Dariush, sale crapule ! Viens là que je te bouffe !
- Amène-toi donc pour voir ! Je ne vais faire qu'une bouchée de toi.
Ils se jetèrent dans les bras l'un de l'autre. Leur étreinte, pourtant amicale, avait des airs de lutte acharnée. Appuyé sur sa canne à leurs côtés, Zoltàn rit discrètement. Hermann se contenta d'une poignée de main ferme, alors que Dariush lui assena une claque dans le dos bien senti. Mais le grand homme ne broncha pas.
- Ce que ça fait plaisir de vous voir ! s'exclama Dariush
On eut dit quatre amis d'enfance qui se retrouvaient une décennie après leurs années d'étude pour faire un point sur leurs vies.
Néanmoins, la plus grande surprise de Lukas, tout comme d'Emil, fut de loin la personne accompagnant Dariush. Son « plus un » de la soirée. Plus encore que surpris, ils en furent tout bonnement estomaqués. Il n'y avait pas d'autres mots tant la chose était inattendue.
Apprêté dans ses plus beaux atours, au même titre que Dariush formant ainsi un duo littéralement étincelant, Yao se présentait comme son partenaire. Tous deux affichaient la même expression bienheureuse et chaleureuse et, en cela, ils faisaient décidément bien la paire.
Yao eut tôt fait de découvrir Emil dans l'ombre de Zoltàn. Aussi, il se jeta sur lui et l'étreignit.
- Ah, Emil ! Mais qu'est-ce que tu fais là ?
- Je travaille.
- Aiyaa ! Vraiment ? Bon courage alors, mais n'oublie pas de te reposer. Et de bien t'hydrater aussi.
Emil se sentit rougir à vue d'œil. Tenir de tels propos alors que son patron était juste à côté de lui le mettait dans l'embarras. D'autant qu'il n'avait rien à reprocher à Zoltàn en matière de traitement, sauf bien sûr le fait de lui avoir imposé d'être présent à cette soirée. Il était aussi gêné car son patron ainsi que les convives alentours portèrent sur lui un regard curieux, s'interrogeant sur la nature de leur relation. C'était de l'ordre du privé et bien loin de lui l'envie d'expliciter sa relation avec Jia Long, le fils de Yao. Il n'échappa pas à la question pourtant.
Dariush passa un bras sur les épaules de Yao et se pencha vers Emil avec la curiosité d'un enfant. Il avait au fond des yeux quelque chose de presque pugnace qui lui donnait un air de garnement.
- C'est le père de Jia Long et je… euh…
Yao assena un coup de coude dans le torse de Dariush.
- Roh ! Tu vois bien que tu le gênes, là ! Allez, Dariush, allons voir ailleurs. Ne t'inquiète pas, Emil. Fait comme si nous n'étions pas là. Tu te débrouilles très bien.
Difficile de passer outre leur présence, pensa néanmoins Emil.
Dariush se redressa et éclata d'un rire sonore.
- Oui, allons goûter les petits fours.
Il fit volte-face vers Zoltàn.
- Tu as intérêt à avoir bien composé ton menu.
Emil pâlit. Zoltàn avait surtout délégué bon nombre de tâches, précisant quelques consignes, dont celles à adresser aux traiteurs. Consignes qu'Emil lui-même avait dû superviser et, quand bien même son patron avait donné l'approbation finale, il ne s'en sentait pas moins responsable. Cela dit, il comprenait maintenant pourquoi les consignes alimentaires, voire gastronomiques, avaient été si nombreuses.
- Pas d'inquiétude à avoir, mon cher Dariush. Mes convives profitent ce soir des mets les plus raffinés, ainsi que des spécialités norvégiennes. Vous pourrez même vous régaler de cuisines expérimentales, alliant les cultures de nos contrées respectives.
Aussitôt, les regards de Dariush et de Yao s'illuminèrent, comme embrasés par la flamme de l'aventure. Déclarant d'une voix puissante que nul autre qu'eux ne pouvaient donner leur approbation en la matière, ils se ruèrent sur le buffet, en quête de découvertes gustatives.
C'est lorsque ses épaules s'affaissèrent qu'Emil réalisa à quel point il avait été tendu tout le long de l'arrivée de tant de personnalités, plus extravagantes les unes que les autres. Mais que Yao soit présent, ça, c'était peut-être bien la chose la plus incongrue à laquelle il ne se serait jamais attendu. Il coula un regard vers son frère, convaincu qu'il n'avait rien raté de la scène.
En effet, Lukas n'en avait pas loupé une miette. Son expression demeurait insondable et professionnel, mais son cadet le connaissait bien trop pour ne pas remarquer l'éclat rieur dans ses yeux. Lukas avait beau avoir été tout aussi stupéfait que lui par la présence de Yao, il raillait intimement son frère. Emil nota dans un coin de son esprit de ne pas manquer une opportunité pour mettre son aîné sous le feu des projecteurs à son tour.
Pour l'heure, la réception accueillait encore ses invités. En attendant, chacun profitait du buffet, des toiles de Feliciano, de retrouvailles inattendues parmi l'aristocratie moderne, et on ne manquait clairement pas une occasion de faire bonne impression dans des buts sous-entendus, que personne n'évoquait ouvertement mais dont tout le monde était conscient.
L'avantage de la position de Lukas, c'est qu'à ses côtés se trouvaient les canapés et donc les conversations qui se voulaient intimistes. Pourtant, il n'y avait qu'à tendre un tant soit peu l'oreille pour avoir vent de mille et une rumeurs circulant dans la haute société.
- Je ne me serais jamais attendue à voir Hermann Beilschmidt à ce genre de réception, murmura-t-on derrière lui
- Comment ? Pourtant, c'est l'évidence même, répondit-on. Vous ne savez donc pas que ces quatre là forment un quator ?
- Un quator ?
- Oui. M. Hédèrvàry, M. Vargas, M. Mirza et M. Beilschmidt sont tous les quatre connus pour former un groupe uni.
- Uni ? Mais uni par quoi ?
- Là est toute la question à dire vrai. Nul ne sait vraiment.
- Ce serait leur fortune ? Il est vrai que la Beilschmidt Incorporation est plutôt bien cotée, mais elle est loin de rivaliser avec la richesse de M. Mirza.
- Si moi-même j'avais la réponse… Ah, que diriez-vous d'un autre verre ?
- Je vais m'abstenir pour le moment. J'attends avec impatience l'annonce de M. Hédèrvàry.
- Vous avez raison. Je devrais faire de même.
Sur ce, la discussion des deux interlocuteurs dériva sur la beauté des paysages norvégiens, certes conversation agréable aux oreilles de Lukas, mais bien loin de l'intérêt pour ce qui s'était dit auparavant. Fort de ces informations, il observa tour à tour les quatre hommes.
Chacun entouré de faux admirateurs, surement plus amateurs de leurs biens que de leur personne, ils dégageaient une aura charismatique, certes différente mais imposante dans tous les cas. Hermann Beilschmidt était assurément le plus discret, talonné par Ludwig qui, sans se défaire d'un certain sérieux, était plus avenant. Venaient ensuite Zoltàn Hédèrvàry et sa fille en pleine discussion animée. Roderich s'était dérobé aux mondanités pour retrouver Iryna, l'heure de la représentation étant proche. Ottavio Vargas et Dariush Mirza étaient, en termes de démonstration, sur un pied d'égalité. C'était bien simple, même de là où il était, et bercé par les petites notes de musique, Lukas n'avait pour ainsi dire aucune peine à suivre leurs conversations. L'un vantait à qui voulait l'entendre les mérites de son petit-fils, l'autre faisait grand cas de tout ce qui se trouvait sous ses yeux. Sans échanger officiellement tous deux, ils menaient une étrange bataille verbale, à qui capterait la plus grande attention. Dariush finit par attaquer de front.
- Parlons donc d'art !
Attrapant une fourchette à dessert, il fit tinter le verre de sa coupe. Une fois la plupart des visages tournés vers lui, il lança à la cantonade :
- Que vous tous ici présents ce soir en soient tenus informés ! Vous êtes tous conviés le jeudi 29 juin à 18h pour la cérémonie d'ouverture officielle de la résidence d'artistes dont je suis le mécène ! Là, ni Ottavio ni Zoltàn ne peuvent se vanter de pareille entreprise.
On applaudit sa déclaration, accompagné de quelques rires amusés.
- Sale fripouille, le réprimanda faussement Ottavio. Profiter ainsi de l'évènement de Zoltàn pour louer tes mérites. Je te reconnais bien là !
- Je te ferais remarquer, vieille canaille, que tu n'es pas en reste.
- Oh, mais il ne s'agit pas de moi ! C'est tout à l'honneur de Feliciano.
Gêné, son petit-fils sourit maladroitement et passa une main dans ses cheveux. Zoltàn secoua la tête.
- Parfois, je me demande pourquoi je vous ai conviés. Vous n'êtes que des gamins.
- On te manquait. Avoue-le.
Le patriarche se contenta d'un sourire quand Erzsébet se permit de pouffer de rire discrètement.
C'est alors que Roderich parut et toussota pour capter l'attention de son beau-père.
- Si tout le monde est présent, il est l'heure de la représentation.
Zoltàn avisa Emil, lequel hocha la tête, lui confirmant silencieusement que les convives étaient tous présents. Le patriarche approuva son gendre d'un signe de la main puis frappa le sol de sa canne.
- Mes chers amis, avant de vous adresser un mot, je souhaiterais d'ors et déjà vous faire profiter d'un instant de grâce musicale, portée par nul autre que mon gendre, l'émérite pianiste Roderich Edelstein, ainsi que par la prodigieuse, que dis-je, la fabuleuse Iryna Chernenko, qui nous fait la faveur ce soir d'être parmi nous. Mesdames et messieurs, je vous souhaite un bon spectacle.
Il alla trouver un fauteuil pour laisser place symboliquement à Roderich et son orchestre, tout en profitant de ce moment pour reposer ces vieilles jambes. Chacun s'installa à son tour, quoiqu'une majeure partie préfère rester debout.
L'attention ainsi portée sur l'orchestre, Lukas, tout comme ses comparses, se redressa proprement sur son siège et ajusta sa prise sur son instrument. Il aperçut vite fait Emil se glisser aux côtés de Yao et lui souffler quelque chose à l'oreille. Dans le silence ambiant, on perçut distinctement Yao lâché un peu trop fort :
- Oh, mais oui, c'est Lukas !
Le violoniste pinça les lèvres et fit mine de rien, même s'il n'était pas certain de ne pas avoir rougi un peu malgré lui.
On tamisa les lumières et illumina la belle silhouette d'Iryna, splendide dans sa robe de mousseline bleue. On applaudit bien fort son arrivée, auquel elle répondit par un sourire chaleureux. Puis, Roderich brandit sa baguette, Lukas releva son archet, et le spectacle commença.
oOo
Les soirs d'été, le soleil était long à se coucher. Il descendait à peine dans le ciel lorsque Mathias ferma la porte à clé et dévala les quelques marches du perron en sifflotant. Mains dans les poches, il déambula dans les rues d'Oslo d'un air guilleret, humant l'air estival. Il aimait ces moments où il faisait bon vivre et où tout lui semblait absolument parfait et imperturbable. Il se laissa aller à trainer et bifurquer par moment quand bien même le trajet jusqu'à son point de rendez-vous n'était pas bien loin. Il avait beau avoir arpenté plusieurs fois ces rues, il aimait bien garder le nez en l'air, observer les façades de cette capitale tranquille.
- Mathias !
La voix enjouée de Tino le sortit de sa rêverie.
- Eh, Tino !
Il pressa le pas pour rejoindre son ami avec lequel il échangea une poignée de main et une accolade affectueuse. Puis, comme ils en avaient l'habitude, ils se posèrent dans un bar et commandèrent des bières. Ils trinquèrent tout en commençant à discuter de tout et de rien.
- Ça y est ! On a rempli toute la paperasse. Enfin, Berwald l'a fait. Moi, ça m'énerve assez vite.
- Vous allez pouvoir démarrer les cartons, du coup.
- Demain, oui. Peter aura intérêt à nous aider.
Tino avala une bonne gorgée de sa bière.
- En ce moment, je sais pas ce qu'il a mais faut toujours qu'il trouve à redire. Il veut et puis du jour au lendemain, non ! même dans la seconde, il veut plus. Il change même plus d'avis comme de chemises mais comme il respire.
- Ah ah ! L'adolescence, Tino, l'adolescence.
- Non mais tu sais qu'en plus, il a commencé à se raser. Ah, si tu avais vu la tête de Berwald quand il a demandé le rasoir ! On avait l'impression que Peter allait quitter la maison le lendemain pour aller faire sa vie. Il est très sensible, mon petit Berwald.
- Oui, je m'en souviens ! Trois poils au menton, il a pas arrêté de s'en vanter au collège, le loustic.
Ils pouffèrent de rire.
- Enfin, j'imagine qu'on a pris la bonne décision. Même si Peter a l'air de nous dire un coup sur deux qu'il préfèrerait rester ici.
- L'adolescence mise à part, c'est que c'est pas une décision facile. Il a tous ses amis à Oslo.
Tino hocha la tête.
- Je comprends bien, mais on a pris cette décision tous les trois. C'est lui aussi qui, je cite, veux voir le pays où se sont rencontrés ses parents.
- T'en fais pas trop, non plus. Peter a de la ressource. Ce gamin est un aimant à personnes.
- C'est vrai, c'est vrai.
Un instant, ils demeurèrent silencieux à profiter de leurs bières.
Mathias se souvenait que, dans un premier temps, la nouvelle du déménagement de la famille Oxenstierna-Väinämöinen l'avait angoissé. Jamais il n'aurait envisagé que Berwald ou Tino puissent vouloir déménager, qui plus est en Suède. La nouvelle était sortie de nulle part, à tel point qu'elle avait décontenancé jusqu'à Emil, qui pourtant ne faisait jamais grand cas de la vie de Berwald et Tino. Sa première réaction avait même été de demander pourquoi. Les mois passant, Mathias s'était fait à l'idée. Néanmoins, sans en faire part à qui que ce soit, il se demandait s'il pourrait jamais les revoir une fois qu'ils auraient déménagé. Si Mathias devait bouger pour sa part, c'était un tout ou rien.
- Rentrer en Suède… ça fait tout drôle quand on y pense, souffla finalement Tino. Jamais je n'aurais cru qu'on y remettrait les pieds en vérité. Je m'étais fait à l'idée qu'on resterait ici, à Oslo. Et que, quand on serait plus vieux, avec Berwald, on s'installerait dans le centre du pays pour s'occuper d'une petite ferme. Ça aurait été bien.
- Eh, oh, ça peut se faire aussi en Suède, ça. Et puis, c'est pas comme si vous pouviez pas revenir en Norvège un jour ou l'autre. Après tout, tu vois bien que rien n'est gravé dans le marbre.
- Oui, c'est vrai. Je crois que c'est à Berwald que ça fait le plus étrange. Moi, la Suède, c'était déjà un pays d'adoption. Et un peu par défaut en plus, ah ah ! Mais pour lui… Il fait tout pour se rapprocher d'Ernst aussi ces derniers temps. Il ne l'a jamais dit mais je crois que ça fait partie des raisons qui l'ont poussé à déménager.
- Ah, Ernst, oui. Son fils. Il veut rattraper le temps perdu ?
- Je crois surtout qu'il ne se sent pas de faire comme si de rien n'était. Ernst est réapparu dans sa vie et il ne veut pas l'ignorer. Il a été le voir quelques fois ces derniers temps, mais je pense que de se rapprocher comme ça, ça lui donnera aussi l'opportunité de réellement redonner une place à son fils dans sa vie.
Mathias se fit songeur. Il ne pouvait s'empêcher de penser à son propre entourage. Redonner une place à ses proches et recréer un lien. Il fallait un certain courage pour prendre une telle résolution. La force calme de Berwald forçait l'admiration d'après Mathias.
- Et pour commencer, reprit Tino après avoir achevé d'un trait sa chope de bière, il a tenu à ce qu'Ernst soit présent pour le déménagement. Il est arrivé ce soir. Je les laisse un peu en famille pour le moment.
- Ah, je te serre de bouche-trou alors !
Tino éclata de rire.
- Non, dis pas ça ! J'en profite pour partager une bonne soirée avec un sacré pote tant que je peux !
Sur ces mots, quand bien même sa chope était vide, il leva son verre. Mathias l'imita et ils trinquèrent. Puis, Tino commanda la deuxième bière d'une longue lignée à venir.
Affaire à suivre…
