Bonjour à tous,
Là ! On entre (un peu) dans le vif du sujet !
Bonne lecture !
Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz
Affaire 24 : Fin de soirée
La nuit s'installait désormais doucement. Bien moins douce était la descente de Tino et Mathias qui, hilares, partageaient encore des boissons tout en refaisant le monde. Tout avait démarré avec de pauvres cacahuètes aux formes atypiques qu'ils avaient commandées comme amuse-gueule. Impossible à expliquer, la conversation avait fini par dévier sur les personnalités politiques mondiales dont ils referaient bien le portrait.
Mathias aimait bien partager avec Tino pour cela. Simple à vivre, jovial, il pouvait même discuter baston avec lui. L'un et l'autre n'étaient pas nécessairement violents, mais ils aimaient bien passer leurs nerfs en frappant quelque chose.
- La prochaine fois, tu sais quoi, on devrait se trouver une salle et taper dans un punching-ball.
- Je te suis !
- Un punching-ball plein de cacahuètes, comme ça…
- On pourra en profiter après.
- Ah ah ! Exactement.
Ils trinquèrent, se félicitant de leur idée.
Puis, Mathias soupira en se passant une main sur le visage tandis que Tino reprenait de plus belle. Pour sûr, son ami n'avait besoin de personne pour discuter. Décrochant un peu, il laissa son regard errer dans la salle qui s'était peu à peu remplie. On était bon vivant, bruyant, enthousiaste. Au comptoir cependant, se tenait un homme aux cheveux très clairs qui, dans la lumière crue des plafonniers leur donnait une teinte décolorée. Seul, de dos et silencieux, il était concentré sur son verre, visiblement loin de l'engouement ambiant.
Mathias se figea. Cette carrure familière lui glaça les sangs.
Non, il devait faire erreur. Il était impossible que ce soit la personne à laquelle il pensait. Il faisait erreur.
Il déglutit et avisa sa chope de bière qu'il avala cul-sec. Il tenta de se concentrer sur Tino.
- Et alors là, on me sort : « mais une arme déchargée, ça sert plus à rien. » Quelle andouille ! Une arme, ça ne devrait même pas servir, d'abord. C'est une contrainte, pas un outil. Ça me fait penser aux formations que je donne. Ce sont pas des ados mais crois-moi que des perles, j'en ai plein !
Les battements du cœur affolé de Mathias se mêlaient au bavardage de Tino. Lequel ne semblait pas s'être aperçu du changement d'attitude chez lui. Bien, très bien, il n'avait qu'à poursuivre ainsi, se dit Mathias. Mais son esprit bifurqua presque aussitôt.
Pourquoi cette personne se trouverait là, d'abord ? Non. Ce n'était pas lui. C'était un effet de la lumière. Il n'avait pas les cheveux blancs. Cet homme ne devait pas reparaître dans sa vie. Et de toute façon, tout le monde pouvait lui ressembler. Sans compter que Mathias n'avait pas les idées très claires. Forcément que ce n'était pas lui. C'était à cause de la lumière.
Mathias ne put cependant pas s'empêcher de couler de nouveau un regard vers l'homme au bar. Celui-ci tapota distraitement le comptoir, attrapa son verre et fit tournoyer les glaçons dedans. Puis, il avala cul-sec le fond de son whiskey et paya pour sa boisson. Le barman parut prêt à lui rendre la monnaie mais l'homme balaya l'air de la main et s'en alla. Mathias manqua de se dévisser le cou en le suivant du regard.
- Tu veux une autre bière, Mathias ?
Il manqua de sursauter en entendant la voix de Tino.
- Hein ? Euh… ouais, allez !
Il afficha un franc sourire. Cette fois non plus, Tino ne parut rien relever et alla commander deux nouvelles chopes.
De toute façon, c'était stupide de sa part. Etre interpellé par une carrure et des cheveux clairs… n'importe quoi. Quoique sa démarche aussi. Du peu qu'il avait vu, c'était bien sa démarche. Mathias secoua brusquement la tête. Ah non ! C'était idiot ! Parfaitement idiot. Il n'allait pas jouer les paranoïaques. Il était grisé et n'avait simplement pas les yeux en face des trous. Voilà tout.
Au même moment, Mathias aperçut l'homme passer devant la vitrine du bar. Son cœur rata un battement et son sang ne fit qu'un tour avant de déserter son corps.
Impossible de se tromper pourtant. Avec son teint clair, ses cheveux blancs et surtout le rouge irisé de ses yeux, son physique était trop caractéristique pour douter. Un albinos, ça ne courait pas les rues. Cette conclusion foudroya Mathias.
Tino revint, chopes pleines à ras-bord en main.
- Et voilà !
Il devait en avoir le cœur net.
Les mains tremblantes, Mathias se releva brusquement, surprenant son ami par la même occasion.
- Désolé, Tino, bredouilla-t-il, faut que j'y aille.
Tino le héla à plusieurs reprises, mais il fendait déjà la foule à la recherche de la sortie.
Mathias jaillit dans la rue et s'élança dans la direction prise par cette apparition qui ne lui évoquait que des cauchemars. Il était certain que c'était un albinos et dès lors, il ne pouvait se tromper sur l'identité de la personne. Pourtant, il lui était nécessaire, vital même de comprendre ce que cet homme faisait là, à Oslo.
Il retrouva sa trace alors que l'homme, mains dans les poches, trainait la patte dans la rue, apparemment sans autre but que de se promener.
Mathias demeura à bonne distance et entreprit de le filer. Tout en observant sa silhouette de dos, errant à travers les rues, il sentait son cœur s'affoler de plus en plus à mesure que l'idée faisait son chemin dans sa tête. Cet homme n'était pas là par hasard. Il ne pouvait pas être là par hasard. Il savait forcément que Mathias était à Oslo. Il était forcément venu pour lui. Il était forcément venu régler son compte avec lui. Il n'y avait pas d'autres explications, même s'il ne comprenait pas du tout comment ce type avait fait pour retrouver sa trace.
Ils débouchèrent sur les docks, animés à cette heure de la soirée où une douce fraicheur remontait depuis les eaux du fjord. L'homme alla s'acheter une bouteille de bière, puis s'accouda à une balustrade face au port, légèrement à l'écart de la foule. Mathias s'arrêta et s'installa non loin, caché parmi les joyeux nocturnes.
Sa jambe tressautait de nervosité. Les mains serrées l'une dans l'autre, il tentait de contenir ses tremblements. Plus il détaillait l'homme, moins il avait de doute. C'était tout bonnement la pire chose qui pouvait lui arriver.
Il observa encore un moment l'albinos. Celui-ci avala une rasade de sa bouteille, leva la tête vers les étoiles avant de la laisser retomber dans une main et de se frotter le visage, fatigué. Ses épaules tressautèrent comme s'il s'était pris à rire silencieusement ou à sangloter. C'était difficile à dire à une telle distance.
Mathias commençait à avoir la nausée. Il se leva brusquement et prit le chemin de la maison. Il n'avait qu'une envie : se réveiller demain et réaliser que tout ça n'était qu'un vil cauchemar.
oOo
Natalya replaça silencieusement le buste en marbre à son exacte place, dans l'état où elle l'avait trouvé. Elle affichait une moue contrariée et déçue.
Lukas ouvrit à peine la bouche que, soudain, l'alarme incendie résonna dans toute la résidence. Aussitôt, l'un et l'autre se jetèrent un regard à la fois méfiant et interrogateur. Puis, Natalya haussa les épaules et se rua sur l'une des fenêtres. Dès qu'elle l'ouvrit, une étrange odeur fit irruption dans la pièce et tous deux se plaquèrent une main sur le visage.
Lukas accourut à la fenêtre. L'un comme l'autre aperçurent des volutes de fumée s'échapper du bâtiment adjacent.
Emil ! pensa aussitôt Lukas, affolé.
Il fit volte-face et se rua vers la porte de la chambre. Il se tourna une dernière fois vers Natalya, laquelle se tenait d'ors et déjà juchée sur le rebord de la fenêtre. Ne lui prêtant pas la moindre attention, elle sauta sans aucune hésitation et se fondit dans la nuit. Lukas ne put s'empêcher de pincer légèrement les lèvres avant de disparaître à son tour.
Il dévala les escaliers et se précipita à l'extérieur pour contourner le bâtiment et arriver devant l'entrée de la salle de réception. L'alarme résonnait avec force dans l'air, à peine étouffée par les murs. Toutes les personnes présentes ce soir là étaient en train de se ruer dans le jardin, poussant des exclamations paniquées et trébuchant les unes sur les autres, quand bien même certains incitaient au contraire au calme et à la prudence.
Lukas s'élança à travers la foule, le cœur battant en quête de la silhouette familière de son petit frère. Il aperçut d'abord la chevelure en désordre d'Erzsébet avant de découvrir Emil à ses côtés, l'air hagard. Lukas franchit les derniers mètres et l'attrapa dans ses bras.
- Lukas… c'est toi ?
Il resserra d'autant plus son étreinte sur son cadet. Il le relâcha finalement et se tourna vers Erzsébet qui était penchée sur son père. Le patriarche s'était écroulé à terre, essoufflé par cette course soudaine, ses vieux membres lui faisant souffrir le martyre.
- Que s'est-il passé ?
Erzsébet releva la tête et balaya la scène du regard, le front barré par l'inquiétude.
- Je…
Elle parut soulagée lorsqu'elle aperçut au loin la silhouette de Roderich au sortir de la forêt, avec à ses côtés celle minuscule de leur fils Edwin. Elle se tourna alors vers Lukas, les yeux ronds.
- Aucune idée.
Lukas interrogea Emil du regard mais celui-ci secoua la tête, tout aussi ignorant qu'Erzsébet. Il observa les convives et le personnel regroupés à l'extérieur. Tout le monde était désarçonné, le souffle court, affolé et chancelant.
- Ah, ouf, Yao est là, souffla Emil
Toutes les personnes de leur connaissance l'étaient en effet. Dariush était à ses côtés. Ottavio fendait à grandes enjambés la foule pour retrouver Feliciano, lequel, tremblant comme une feuille était soutenu par Ludwig Beilschmidt, et non loin se trouvaient Hermann et Iryna. Tous jetèrent un œil inquiet au bâtiment d'où s'échappait toujours de la fumée et cette odeur âcre caractéristique. Dans une attente angoissée ponctuée par l'alarme stridente qui hurlait à l'intérieur, personne n'osait bouger. Les plus clairs d'esprit opérèrent un tour des personnes pour s'assurer que tout le monde était en sécurité. On ne pouvait rien faire d'autre qu'attendre les pompiers.
Les yeux rivés sur le bâtiment, Lukas fronça les sourcils. Il trouvait que quelque chose clochait dans cet incendie. Il manquait… une chaleur étouffante, se dit-il.
Alors qu'il se relevait à peine, Zoltàn émit un râle de douleur. Erzsébet lui vint aussitôt en aide mais le patriarche s'effondra, surprenant toutes les personnes alentours.
- Papa ?
Lâchant sa canne, Zoltàn plaqua ses mains sur son ventre et sur son cœur et se plia en deux. Il expira bruyamment, se crispa et se tordit pendant de longues minutes. Paniquée, Erszébet se pencha vers lui.
- Papa ? Papa, qu'est-ce qu'il t'arrive ? Doucement ! Papa !
Elle lui frotta le dos du mieux qu'elle put, répétant inlassablement des mots rassurants d'une voix qui se voulait assurée mais bégayant par moment. Lukas s'accroupit aussitôt et tous deux entreprirent de mettre à l'aise le vieillard. Pourtant, il ne faisait que suffoquer, les membres crispés. Ses yeux se révulsèrent finalement et son corps se figea.
Erzsébet lâcha un hoquet.
- Pa… papa ?
Lukas apposa de suite deux doigts sur le cou du patriarche. Il ne lui fallut que quelques secondes. Son regard s'assombrit. Erzsébet plaqua ses mains sur sa bouche. Des murmures terrifiés parcoururent les convives. Roderich arriva alors à leur hauteur, essoufflé.
- Erzsébet, tout va bien ?
Il se figea en découvrant le corps étendu de son beau-père.
- Zoltàn… ?
Tremblant comme une feuille, il s'agenouilla auprès d'Erzsébet et la prit par les épaules. Des larmes coulaient silencieusement alors qu'elle serrait les lèvres, le regard féroce comme pour se combattre elle-même.
Se fermant aussitôt à tout sentiment, Lukas devint soudain insondable, imperturbable. Il prit le parti d'inspecter le corps. Précautionneusement, il détailla le vieillard et ses effets jusqu'à apercevoir une petite tâche sombre sur son veston. Il le déboutonna lentement, prenant garde à ne rien toucher d'autres que le tissu propre, découvrit la chemise où se trouvait un point rouge. Il l'écarta également. Sur le flanc gauche de Zoltàn se trouvait une minuscule piqûre, un maigre point d'où s'échappaient quelques gouttes de sang à peine.
Toutes les personnes alentours retinrent un hoquet d'effroi.
Lukas se redressa aussitôt, sur le qui-vive. Il balaya l'assistance du regard, ne s'attardant sur aucun visage épouvanté. Mais il ne trouva aucune réponse à ses questions. Il s'élança soudain vers l'arrière du bâtiment à toute allure. Personne ne le retint.
Il se disait bien qu'il y avait quelque chose d'étrange avec cet incendie. Aucune chaleur étouffante. Forcément ! Ce n'était qu'une mise en scène. Il n'y avait pas de réel incendie. Il en était certain.
Peut-être avait-il encore une chance cependant de coincer le coupable en fuite. En débouchant sur la cour, à l'arrière de la bâtisse, il ne découvrit personne. Il avisa les bois sombres dont la silhouette des arbres se découpait difficilement dans la nuit désormais noire.
Inutile de s'élancer là-dedans. Si le coupable s'y trouvait, il avait trouvé la parfaite cachette et pourrait s'échapper en toute sécurité. Le coupable était désormais hors de portée.
Lukas pinça les lèvres, agacé. Il fit volte-face pour se retrouver face aux nuages de fumée émanant du bâtiment. Sans aucune hésitation, il se rua à l'intérieur. Remontant la piste, la main plaquée sur le visage pour freiner l'odeur insoutenable, il eut tôt fait de trouver l'origine de l'incendie.
Le faux incendie, tel qu'il l'avait justement soupçonné.
Il s'agenouilla auprès de la machine à fumée et l'éteignit. Il trouva par la suite dans un local technique un puissant diffuseur d'odeur, coincé dans la ventilation centrale de la maison. Il l'attrapa rageusement et alla aussitôt le jeter dans un évier plein de vaisselle sale et d'eau savonneuse. Alors qu'il alla retrouver tout le monde à l'extérieur, l'hélicoptère des pompiers était en train de se poser sur la piste d'atterrissage. Près du corps de Zoltàn, Erzsébet semblait furieuse et frappait des poings dans l'herbe, sans que personne aux alentours n'intervienne, les bras ballants pour la plupart. Roderich avait ôté ses lunettes et se cachait le visage. Des pleurs, des exclamations perçaient au travers de la foule. Mais tous partageaient cet état de désespoir ahuri face à la situation singulière dans laquelle ils se trouvaient. Lukas observa la scène, détaché par réflexe défensif.
Dès le lendemain, la mort du patriarche hongrois faisait l'affaire de toute la presse, et plus encore de celle spécialisée. L'une des principales fortunes était assurément morte.
Et il s'agissait d'un meurtre.
Affaire à suivre…
