Bonjour tout le monde !

Comme je veux pas vous spoiler, je m'abstiens de tout commentaire dans ce petit préambule. Mais sachez que c'est très frustrant ! Il y a par exemple certains passages que j'ai adoré écrire, certains personnages que j'ai adoré faire parler !

Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz


Affaire 24 : L'esprit lourd

Le souhait de Mathias ne fut pas exaucé. Il ne s'était pas réveillé en réalisant que tout ce qu'il avait vécu la veille au soir n'avait été qu'un mauvais rêve. Et, à dire vrai, il n'avait pas pu se réveiller non plus vu qu'il n'avait pas réussi à fermer l'œil de la nuit. Il n'avait pas arrêté de se tourner et de se retourner. Au petit matin, Mathias avait les yeux grands ouverts. Il s'était assis dans son lit. Il avait préféré dormir dans le sien et seul. De toute façon, lorsqu'il avait entendu Lukas et Emil rentrer dans la nuit, chacun avait rejoint sa chambre sans un mot. Lukas n'avait pas tenté de le rejoindre et avait opté pour son propre lit. Et ce n'était pas plus mal ainsi.

Le regard perdu dans le vague, Mathias était resté là, perdu dans ses pensées les plus sombres des heures durant. Il avait aperçu par la fenêtre les rayons du soleil illuminer de plus en plus la rue, au point que les murs blancs du bâtiment d'en face en était devenus aveuglants. Mais Mathias n'avait pas bronché.

Il s'était dit qu'il ferait mieux de ne plus sortir de la maison. Pourtant, il avait encore une semaine de travail. Et comment devrait-il circuler désormais ? Il n'était plus en sécurité nulle part. Peut-être devrait-il démissionner ?

Toute la nuit durant, l'angoisse s'était emparée de lui par vagues, allant et venant, l'engouffrant puis le délaissant. Dès qu'il fermait les yeux, il revoyait cette silhouette blafarde, l'albinos qu'il avait rêvé ne plus jamais revoir de sa vie.

La matinée était désormais bien engagée. Alors que la clameur tranquille d'Oslo s'élevait dans l'air estival, la maison était encore plongée dans le plus grand silence néanmoins.

Mathias eut une soudaine envie de fumer. Surement pour se distraire de ses pensées oppressantes. Il ne fumait plus que très rarement mais il avait toujours dans un coin un paquet qui trainait. Il attrapa une cigarette, ouvrit l'une des fenêtres de sa chambre et s'y posa. Il exhala un petit nuage de fumée tout en laissant reposer sa tête contre la pierre.

Tout était normal. Oui, tout était normal, ne cessait-il de se répéter.

Mais dans un coin de son esprit, une idée s'insinuait sournoisement : il aurait peut-être mieux fait de s'établir bien plus loin dans le nord, coincé entre deux pics, seul et ignoré de tous.

oOo

Lukas avait beau savoir qu'un tel crime ne resterait pas impuni, les questions relatives au meurtre de Zoltàn Hédèrvàry tournaient en boucle dans son esprit. Toute la nuit durant déjà, il y avait pensé, voire même rêvé. Il avait peut-être bien même fantasmé réussir à mettre la main sur le coupable. Il ne pouvait affirmer avec sincérité qu'il était affecté par le décès en lui-même. Il était bien plus frustré que chagriné, mais cela ne se disait pas en société. Non seulement l'attrait de l'investigation était-elle intenable mais plus encore il comptait parmi ses connaissances la victime, ainsi que son entourage. Il lui devenait insupportable de demeurer ainsi sans rien faire.

Les lèvres pincées, il replia le journal après avoir lu le dernier article concernant la disparition subite du patriarche hongrois. Il tapota un instant l'accoudoir de son fauteuil, puis attrapa sa tasse de café encore fumante.

Le bois dans le couloir craqua. La silhouette d'un Mathias trainant la patte se découpa dans l'encadrement de la porte. Il était rare qu'il se lève à une heure aussi avancée.

- Sacrée gueule de bois ? l'interpella Lukas

Il se leva et vint à sa rencontre.

Mathias se laissa tomber dans ses bras plus qu'il ne l'étreignit et souffla un petit « oui ». Puis, il attrapa le visage de son compagnon entre ses mains, plongea son regard dans le sien avant de l'embrasser sans crier gare.

Lukas fronça un peu les sourcils, ne s'étant clairement pas attendu à une telle démonstration, mais répondit au baiser.

Après quoi, Mathias demeura un long moment dans les bras de Lukas, lequel finit par lui frotter le dos tendrement.

- T'as déjà déjeuné ? demanda Mathias

- A moitié.

- Tu mangerais un morceau avec moi ?

- Si tu veux.

Tandis qu'ils se préparaient une collation et s'installaient à table, Mathias lui demanda comment s'était déroulé la soirée sur l'île Kildholmen. Lukas lui raconta placidement les évènements tragiques qui y étaient survenus. Il passa outre sa rencontre avec Natalya cependant. La nouvelle du faux incendie et du meurtre de Zoltàn Hédèrvàry eurent pour effet d'animer Mathias. Il écarquilla les yeux et dévisagea Lukas avec surprise.

- Quoi ? Tu ne vas pas me faire croire qu'un meurtre puisse t'étonner.

- C'est juste que d'ordinaire… ça concerne pas vraiment notre entourage.

Lukas haussa les épaules. L'enfance enfouit dans son inconscient et qu'il niait avait été ponctué de meurtres. Cela ne lui paraissait pas si étrange.

- Ça te démange, pas vrai ?

Lukas releva la tête et observa un instant Mathias.

- Oui, admit-il avant d'avaler une tartine de fromage

- Tu vas enquêter de ton côté ?

- Je crois, oui.

L'échange s'arrêta là. Lukas aperçut le regard de Mathias se perdre par-delà la fenêtre mais ne dit rien.

Bien évidemment, les premières questions étaient évidentes : qui et pourquoi ? La méthode était, dans les grandes lignes, évidente. On avait créé une diversion pour pouvoir mieux atteindre Zoltàn en toute discrétion. De quoi était-il mort exactement cependant ? La police scientifique était la plus à même de répondre à cette question. Mais pour le moment, Lukas n'était pas intéressé par ce détail. Celui-ci s'avèrerait peut-être essentiel par la suite. Cependant, pour l'heure, il était question de dégager les hypothèses principales. En revanche, Lukas était sûr d'être le seul à se poser une question que nul autre ne pouvait avoir en tête.

Qu'était-il advenu de ce que devait voler Natalya, ce qui devait normalement se trouver dans le buste de marbre ?

Dans un premier temps, il apparaissait que le meurtre et le vol pouvaient être liés. Mais là était bien la nuance : « pouvait ». Avait-on cherché à profiter du meurtre pour dérober l'objet ? Cela paraissait bien peu probable. D'une part parce que le vol avait été perpétré avant le meurtre. D'autre part, Natalya ayant le même objectif de vol, elle aurait nécessairement croisé la personne ou su qu'il y avait quelqu'un d'autre sur le coup. Pour cela, Lukas faisait confiance au professionnalisme de la voleuse. Dans ce cas, avait-on à l'inverse profité du vol pour commettre un meurtre ? Cela paraissait encore plus invraisemblable. On n'aurait pas orchestré un faux incendie s'il s'agissait d'une diversion. D'autant plus que la diversion aurait été bien maigre. Personne n'avait été interpellé ou n'avait semble-t-il remarqué le vol de l'objet.

Non, décidément, le vol et le meurtre ne paraissaient pas liés. Pas pour le moment. Il ne pouvait décemment pas écarter l'hypothèse.

L'incendie avait été une vile mise en scène devant servir de diversion. Qui dit diversion, dit préméditation. On ne peut décemment pas décider à la dernière minute de mettre en place une diversion d'envergure comme celle-ci. Il avait fallu trouver l'opportunité d'installer la machine à fumée et le diffuseur d'odeur, tout comme être présent mais discret pour profiter de la panique occasionnée pour piquer Zoltàn.

Peut-être même y avait-il eu plusieurs individus…

La raison qui avait poussé le ou les coupables à agir, en tout cas, devait s'avérer solide, pour ainsi orchestrer tout ce stratagème. Néanmoins, pour l'heure, le champ des possibles étaient beaucoup trop large.

Lukas en était là de ses réflexions lorsqu'il vint toquer à la chambre d'Emil. Il entendit une vague réponse et pénétra dans la pièce.

Emil était encore au lit mais bien réveillé. Lukas vint s'asseoir à ses côtés sans que son cadet n'esquisse le moindre mouvement. Il lui dégagea quelques mèches de cheveux. Emil ne broncha pas. D'ordinaire, il aurait été gêné, même seuls tous les deux. Mais ce jour-là, il paraissait absent.

- Tu veux un câlin ?

Lukas savait qu'il essuierait un refus. Mais la question eut l'effet escompté. Emil réagit. Il se retourna dans ses draps et grimaça face à son frère aîné.

- Laisse-moi.

- J'aurais juste besoin que tu me rendes un petit service.

Le regard d'Emil s'assombrit.

- Tu as forcément quelque part la liste des convives et du personnel de la soirée d'hier.

Lukas sentit son cadet se crisper à l'évocation de la réception. Puis, il tendit le doigt vers sa mallette de travail, laissée à l'abandon sur le sol, près de son bureau. Lukas le remercia et alla chercher la tablette qui se trouvait dedans.

- Mot de passe ?

Emil soupira profondément. Il se redressa dans son lit tandis que Lukas lui apportait la tablette. Il tapota mollement sur les touches digitales puis rendit l'appareil à son frère.

- Et maintenant, laisse-moi. Je veux être seul.

Lukas hocha la tête, compréhensif. Il sortit sans un bruit, refermant doucement la porte derrière lui.

Par la suite, il alla se chercher un nouveau café et s'installa dans le salon. Il éplucha en premier lieu la liste des invités. Il n'y avait que des noms qu'il connaissait au moins de vue, ce qui était un atout. Il était ainsi capable de confirmer de mémoire qu'aucun des convives n'avait usurpé l'identité de qui que ce soit. Il ne trouva pas plus de nom inconnu, puisque même dans ce cas là, il les avait rencontrés la veille, comme c'était le cas pour Hermann et Ludwig Beilschmidt, ainsi que Dariush Mirza.

En revanche, n'étant pas sur les lieux au moment du vent de panique, Lukas était bien incapable de dire ce que chacun d'entre eux était en train de faire à ce moment-là. A dire vrai, quand bien même il l'aurait été, il aurait été bien en peine d'avoir absolument tout le monde en vue. Sans compter que ses sens n'auraient pas été en alerte non plus.

Il lui fallait recourir aux témoignages de chacun. La police avait forcément pris les dépositions. Peut-être même étaient-ils encore en train de faire passer des entretiens. C'était même une certitude à dire vrai.

Lukas attrapa son téléphone. Tandis que les tonalités s'enchainaient, il parcourut de nouveau la liste des noms.

- Que me vaut le plaisir, Lukas ? décrocha-t-on

- Bonjour, Andrey. J'ai besoin que tu me rendes un service.

- Lukas… tu sais ce que j'en pense.

- Je veux juste accéder à des dépositions.

Il entendit Andrey marmonner à l'autre bout du fil, puis grommeler :

- Il s'agit de quoi ?

- Le meurtre de Zoltàn Hédèrvàry.

Andrey s'étouffa.

- Mais Lukas, c'était hier soir ! L'enquête vient seulement d'être ouverte, et en plus de ça, je crois que les entretiens sont encore en cours. Rien ne sera disponible avant lundi quoiqu'il arrive.

- Oui, je sais bien. Je prends les devants.

- Ton inspecteur favori est en charge de cette enquête, crut bon de préciser Andrey

Lukas grimaça.

- Eh bien… au moins, il me connait.

- Oui, un peu trop à son goût même, je crois.

- Et il devra bien me contacter à un moment donné de toute façon.

- En quel honneur ?

- J'étais à la réception.

Andrey manqua de lâcher son téléphone.

- C'est une blague ?

- Pas du tout. Il est en train de passer en revu les convives, et devra bientôt s'intéresser au personnel. J'étais dans l'orchestre, donc j'imagine que je serai calé entre les deux avec les autres musiciens.

- Mais comment tu fais ?

- Allons, Andrey, ce n'est pas compliqué à deviner.

- Non, comment tu fais pour être toujours mêlé à ce genre de choses ?

- Une force supérieure.

- Ah ah, hilarant. Et donc ? Pourquoi tu me demandes ça en avance sachant que tu vas forcément rencontrer ce cher inspecteur ?

- Pour que tu me prépares le terrain.

Il savait qu'Andrey était trop gentil pour refuser. Sans compter qu'il le soupçonnait depuis des années maintenant de vouloir secrètement les rabibocher, lui et l'inspecteur. A l'autre bout du fil, Andrey soupira.

- Ça marche… Je le préviendrai que tu as de la suite dans les idées.

- Oh, ça ! Il s'en doutera forcément. Il va s'étrangler en voyant mon nom dans la liste, te dévisager parce qu'il sait qu'on se connait, tu vas lui sourire et il va profondément soupirer en voyant venir la chose pendant que tu viendras lui parler. Non, contente-toi juste de lui préciser que je ne veux rien d'autres qu'accéder aux dépositions.

- Ça me déprime d'avance de savoir que tu as raison sur toute la ligne.

- Merci beaucoup.

- A très vite dans ce cas !

- A bientôt, Andrey.

C'était une chose de faite.

Désormais, Lukas consacrerait son week-end à la seule carte qu'il était le seul à posséder : Natalya. Personne ne viendrait l'interroger puisque personne n'était au fait de sa petite visite sur l'île au moment du meurtre. Et personne ne le saurait jamais car Lukas n'avait décidément aucune envie que quiconque soit au courant. La question étant : comment faire pour contacter cette ballerine aussi intrépide qu'évanescente ?

oOo

Alors qu'il sonnait à l'appartement 402 du 67B, Markveien, Lukas était taraudé par une question ayant émergé en cours de route. Ne pouvant exclure l'hypothèse de plusieurs coupables, Natalya pouvait-elle être de mèche avec les instigateurs du meurtre et de la diversion ? Tout comme lui, elle avait eu l'air profondément surprise par l'alarme incendie. En outre, sa réaction face à l'odeur âcre en ouvrant la fenêtre paraissait être un pur réflexe. Malheureusement, Lukas mettait des points d'interrogation partout. Natalya pouvait très bien avoir feint la surprise et le dégoût. Plus rien ne pouvait vraiment le surprendre de la part de la voleuse acrobate.

Lukas avait le regard sombre quand on lui ouvrit finalement.

- Me regardez pas comme ça ! J'avais pas envie, c'est tout !

Lukas cligna des yeux et observa Feliks Łukasiewicz se cacher derrière la porte d'entrée de son appartement, simplement vêtu d'une salopette courte en toile.

- J'aime carrément pas ce genre de plan au tèl. Et puis… un truc pareil, je peux pas vous laisser faire ça n'importe où.

Lukas ne connaissait de l'entourage de Natalya que son frère et sa sœur. Il n'avait pas les coordonnées d'Ivan Braginski, véritable nom de famille de la fratrie, et il ne ferait qu'éveiller les soupçons s'il contactait Iryna qui avait été aux premières loges du drame. En revanche, Lukas connaissait une autre personne en lien avec Natalya : son admirateur le plus fidèle et surement bien plus encore, Toris Laurinaitis. Contacter ce dernier paraissait impossible de prime abord, sauf que Lukas connaissait son meilleur ami, Feliks Łukasiewicz. Ainsi avait-il remonté le fil pour pouvoir joindre Natalya.

- Restez pas planté là. Entrez, le somma Feliks

Le jeune homme resserra sa queue de cheval haute, qui tenait plus du palmier qu'autre chose, comme pour se redonner une bonne tenue, puis referma derrière Lukas.

Quand bien même ce contact lui avait paru être la solution la plus efficace, le détective avait dû concéder à la demande de Feliks de le rejoindre chez lui pour retrouver Toris. La chose lui échappait totalement.

- Vous n'aviez qu'à me donner les coordonnées de Toris.

Feliks balaya l'air de sa main en se dirigeant vers la cuisine.

- Même pas en rêve. Y a que moi qui dérange, Liet, ok ? Vous voulez boire quelque chose ? J'ai du kirsch.

- Non merci.

- Et puis, j'aurais raté ça pour rien au monde. Liet, Nat', c'est un peu ma vie aussi, quoi. Je veux savoir, donc on parle en ma présence, chez moi. Non mais.

- Vous auriez très bien pu me proposer également de me donner les coordonnées de Natalya.

Alors en train de se servir un verre de liqueur, Feliks suspendit son geste et éclata de rire.

- Vous êtes trop drôle, vous. Genre, moi, j'ai les coordonnées de Nat' ? Carrément pas. Y a que Liet qui les a. Y a qu'à lui qu'elle fait confiance. En dehors de son frère chelou.

Lukas avait dû mal à restituer l'arbre relationnel autour de Natalya. Feliks le rendait confus. Mais qu'importe. Tout ce qui lui fallait, c'était pouvoir s'entretenir avec la voleuse. S'il fallait en passer par ces quelques détours et bien soit.

- Quand Toris doit-il arriver ?

Feliks consulta sa montre électronique.

- Dans cinq minutes, je crois. Sérieux, 27°c degrés aujourd'hui ? Tu m'étonnes que je crève.

Lukas était prêt à patienter ces quelques minutes dans le silence le plus total mais Feliks ne lui en laissa pas l'occasion. Alors qu'il était posté prêt de la porte-fenêtre, observant le défilé des passants dans la rue en contrebas, Feliks le rejoignit. Il sirota quelques gorgées de son kirsch avant de se tourner vers lui et de le dévisager longuement.

- Qu'y a-t-il ?

- Vous voulez un autographe de Nat', en fait. Pas vrai ?

- Pas du tout.

- Vous voulez jouer un petit truc pour elle ? Vous savez, comme vous êtes violoniste.

- Non plus.

- Un truc de détective ?

Lukas ne répondit pas.

- Elle a fait une connerie ?

- Ça vous étonnerait ?

- Je m'en fiche. Je l'ai vu, genre, peut-être trois, quatre fois dans ma vie. Mais elle a pas intérêt à foutre Liet dans la merde. Ça, c'est pas tolérable.

- Votre ami ne craint rien. J'ai juste besoin de poser une question à Natalya.

- Cool. Ouais, cool.

Feliks hocha pensivement la tête avant d'avaler cul-sec le reste de son verre.

Bientôt, on frappa et Feliks s'envola vers la porte. Il sauta au cou de Toris qui salua son ami puis le détective, quoique quelque peu gêné.

- J'ai fait au plus vite, excusez-moi.

Lukas secoua la tête.

- Le détective veut parler à Nat'. Tu veux un verre de kirsch ?

Sans attendre sa réponse, Feliks alla lui servir un verre. Toris écarquilla les yeux et dévisagea Lukas.

- Euh… pourquoi ?

- J'ai besoin de m'entretenir avec elle. Elle saura très bien de quoi.

Toris se tritura les doigts.

- C'est que Natalya me fait confiance. Je ne peux pas me permettre de transmettre ses coordonnées à n'importe qui.

- Je ne suis pas n'importe qui. Elle me connait.

Toris paraissait toujours gêné. Feliks lui planta son verre de kirsch dans les mains. Puis, il l'attrapa par le poignet et le força à s'asseoir sur le canapé. Il prit ensuite place dans le fauteuil et étendit ses jambes nues sur la table basse.

- Posez donc vos fesses, vous aussi, commanda-t-il à Lukas

Le détective pinça les lèvres mais obtempéra. Il s'assit aux côtés de Toris qui n'osait pas relever les yeux de son verre.

- Organisez-moi un rendez-vous avec elle dans ce cas. Et au plus vite.

Toris déglutit.

- Roh, allez, Liet ! s'exclama soudain Feliks

Il taquina de son pied nu le genou de son ami.

- Je sais qu'elle bouffe les gens, mais s'il la connait et qu'il a encore envie de taper la causette avec… Vous êtes maso en fait ? demanda-t-il ensuite à l'adresse de Lukas

Néanmoins, ce dernier ne décrocha pas son regard de Toris.

- Vous savez.

Toris pâlit et ne pipa mot. Lukas retint un soupir.

- Vous pouvez lui assurer que je ne veux rien d'autre que lui parler. J'ai besoin de son témoignage.

- Un témoignage de quoi ? interrompit Feliks

- Rien qui ne vous concerne.

- Bah, si, vous êtes sous mon toit. Chez moi, ma loi.

- Secret professionnel, rétorqua aussitôt Lukas

- C'est vrai, Liet ?

Toris posa délicatement le verre de kirsch auquel il n'avait toujours pas touché, ferma les yeux puis lâcha un petit soupir avant de se tourner vers le détective. D'une détermination que le détective ne lui connaissait pas, il déclara :

- Si vous me promettez que vous n'utiliserez rien de ce qu'elle pourra vous dire contre elle… je peux vous organiser un rendez-vous, oui.

Lukas fronça légèrement les sourcils. Il avait du mal à imaginer que Natalya puisse avoir besoin d'une quelconque protection.

- Je ne souhaite rien d'autre que son expertise.

- Expertise, témoignage, je veux pas me mêler de ce qui me regarde pas, interrompit de nouveau Feliks en croisant les bras derrière la tête, mais c'est pas exactement la même chose.

- Feliks a raison.

Toris avait toujours son regard concentré sur Lukas, lequel ne cilla pas.

- J'ai besoin d'informations qu'elle seule est en mesure de me donner.

- Vous… vous promettez du coup ?

Lukas leva intérieurement les yeux au ciel.

- Je promets, articula-t-il

De toute façon, il n'avait aucune raison de vouloir révéler la présence de Natalya. Non seulement, elle n'avait pas pu commettre son forfait, tout au plus pouvait-on l'incriminer pour effraction, mais révéler sa présence signifierait devoir expliquer la sienne également. Aux yeux de Lukas, l'histoire était beaucoup trop longue et sans intérêt pour être racontée.

Toris hocha la tête, attrapa son téléphone et se rendit dans une autre pièce.

- Il a même pas touché à son kirsch. Ça me déçoit.

Pour la peine, Feliks s'empara du verre et en avala une gorgée. Puis, il pointa un doigt qui se voulait certainement menaçant envers Lukas.

- Faites pas de bourde. Parce que faire du mal à Nat', c'est faire du mal à Liet. Et faire du mal à Liet, c'est me faire du mal à moi.

Lukas avait du mal à prendre la menace au sérieux. Feliks s'en rendit bien compte parce qu'il se pencha soudain en avant.

- Croyez-moi, vous voulez pas me voir en pétard.

- Ni Natalya ni Toris ne risque quoi que ce soit.

Feliks le fixa encore un moment.

- Po, ça suffit.

Toris était de retour parmi eux. Il jeta un œil à son portable, puis le remisa dans la poche de son pantalon.

- Natalya est d'accord. Demain, 10h. Ne reste qu'à déterminer un endroit sûr.

- Chez moi, ma loi ! s'exclama Feliks en levant bras et jambes en l'air


Affaire à suivre…