Bien le bonjour, lecteurs !

Nous poursuivons notre petite escapade avec Mathias, lol

Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz


Affaire 24 : Le sauvetage

Les autres adultes vinrent à la rencontre de Mathias, Vladimir et Wiremu, se demandant à leur tour ce qui les avait arrêtés dans leur élan. Mathias leur intima aussitôt le silence. Etant le plus à même de comprendre implicitement ce qui taraudait son ami, Tino s'approcha à sa hauteur.

Soudain, le téléphone de Wiremu sonna, manquant de faire sursauter tout le monde. Paniqué, il décrocha aussitôt, sans prendre la peine de vérifier l'interlocuteur.

- Abi', où es-tu ?

- Abi' ? Comment ça, Abi' ? T'as perdu ma petite poupette ? s'exclama-t-on horrifié à l'autre bout de la ligne

Wiremu fut pris d'un profond soupir.

- Ah… ce n'est que toi, Kyle.

Les épaules de tous les adultes présents s'affaissèrent, déçus que ce ne soit que le père d'Abigail. Lequel s'agita.

- Mais réponds-moi ! Pourquoi tu t'attendais à Abigail ? Qu'est-ce qui se passe ?

- Rien du tout ! Je gère.

- Non, non et non ! Je voulais prendre des nouvelles et j'apprends que tu as paumé ma fille adorée. Tu déconnes, j'espère ? Je prends le premier avion, j'arrive.

- Arrête un peu tes bêtises, s'énerva Wiremu. C'est déjà bien assez stressant comme ça, n'en rajoute pas.

- Je viendrai à la nage s'il le faut !

- C'est ça, parfait !

Wiremu lui raccrocha au nez, puis inspira profondément pour retrouver un semblant de calme.

- Désolé. Nous disions ?

Mathias et Tino avaient le regard rivé sur le hangar.

- Rebroussons chemin, décréta Mathias

Mieux valait rester à bonne distance de ce genre d'individus. Il n'avait aucune envie de rencontrer d'autres ennuis qui ne le concernaient pas. Sans compter qu'il avait déjà bien assez de mauvais souvenirs qui ressurgissaient dernièrement. Pourtant, il ne bougea pas.

- Continuez à chercher dans les bois si vous voulez, mais je tiens à en avoir le cœur net, déclara finalement Tino

- Le cœur net de quoi ? demanda Neolkis

Quand bien même Mathias afficha une moue défavorable, une part de lui ne put s'empêcher d'être d'accord avec Tino. Lui aussi avait envisagé cette éventualité. La partie de lui qui s'inquiétait pour les adolescents. Mais une autre part, plus égoïste, en fuite, aurait préféré tourner les talons. Le fait était qu'il n'avait cependant toujours pas bougé de son poste d'observation.

Berwald, qui tenait encore fermement le ballon de son fils entre ses mains, le lâcha involontairement en réalisant ce que sous-entendait son conjoint.

- Faut prévenir la police, bredouilla-t-il

Tino l'approuva. Sadiq n'était pas sûr de comprendre ce qui se tramait mais ils avaient de toute façon erré bien trop longtemps en forêt sans retrouver la trace de leurs enfants pour qu'il ne soit pas temps de prévenir les forces de l'ordre. Il alla passer son appel.

- Restez ici ou rebroussez chemin. Moi, j'y vais.

Tino était prêt à s'élancer discrètement vers le hangar mais Mathias le retint par la manche.

- On peut pas écarter cette hypothèse, Mathias.

Il était clair que Tino aurait préféré lui aussi. Mais le fait était que leurs enfants avaient disparu dans les environs et qu'il s'y trouvait également des individus suspicieux. Ce n'était pas pour l'enchanter, mais il se devait de s'assurer qu'il avait tort.

Mathias esquissa un sourire un peu maussade, sachant que son ami avait parfaitement raison. Il aurait simplement aimé pouvoir éviter ce genre de choses en ce moment. Il avait certes besoin de distraction, mais pas de ce genre. Mais bon ! pensa-t-il en s'étirant, mieux valait en finir au plus vite dans ce cas.

- Je viens avec toi.

Tino le remercia silencieusement.

- Je viens aussi dans ce cas, déclara Wiremu avec détermination

Mathias et Tino le dévisagèrent. Ils se savaient l'un et l'autre capable de faire face à pareille situation. Ils avaient même déjà opéré en duo pour secourir une jeune fille, Elise, retenue en otage par des malfrats. Mais ils ne savaient rien de Wiremu.

- C'est pas pour vous offenser mais on peut pas se permettre, refusa Mathias

- Je veux savoir également ce qu'il en est.

- On vous préviendra par téléphone.

Mais impossible de convaincre Wiremu. Il prenait déjà la direction du hangar par un chemin détourné. Mathias et Tino échangèrent un regard inquiet, puis dévisagèrent les autres. Vladimir secoua les mains de droite à gauche.

- Ouais, non, très peu pour moi. Je suis pas assez fou pour me jeter dans la gueule du loup. Vous nous tiendrez au courant. Ça sera déjà super, hein. Et nous, on va attendre la police.

Berwald semblait fusiller du regard son conjoint. Mais Tino se contenta d'un petit soupir et d'un sourire en coin. Il s'avança vers lui et lui déposa un baiser au coin des lèvres.

- T'inquiète pas. Je vais pas prendre de risques. On part juste en reconnaissance.

- Vous êtes sûr de vous ? se permit néanmoins Neoklis, maintenant que la police est prévenue…

- Il est juste question de s'assurer que leur disparition n'ont rien à voir avec ces activités.

- On se contentera juste de mâchonner un peu le travail de la police, assura Mathias dans un sourire de grand garnement

Ils se séparèrent.

Habitués qu'ils étaient des missions d'infiltration, Mathias et Tino firent signe à Wiremu de les suivre. Quitte à ce qu'il les accompagne, mieux valait qu'il reste sous leur protection. Les trois hommes se glissèrent entre les buissons et les arbres, sans éveiller l'attention d'aucun des hommes sur les docks. Ils se postèrent au pied d'un buisson qui leur offrait une vue confortable sur les environs sans risque de se faire repérer.

- Six, dont deux qui font des allers-retours. Les quatre autres en poste fixe, décrivit Tino

- Vous croyez qu'ils nous ont entendu tout à l'heure ? demanda Wiremu

- Assurément.

L'oncle d'Abigail déglutit.

- Ils n'ont pas eu l'air de bouger pourtant.

- Ça les aurait trahis. Mais c'est bien pour ça qu'ils sont autant dehors. D'ordinaire, on ne laisse que deux à trois hommes en surveillance pour ne pas éveiller les soupçons, expliqua Mathias

Wiremu détailla les visages concentrés de ces deux hommes dont il ne connaissait finalement rien. Il devait surement se demander d'où leur venaient ces aptitudes.

Le hangar n'était rien de plus qu'un bloc de parpaings, recouvert d'un toit en taule pourvu de grands velux. Il n'y avait qu'une porte à l'arrière. La façade n'était pas visible, mais devant présenter une ouverture plus large. En tout cas, aucun mur visible n'était pourvu de fenêtre. Tino pointa discrètement du doigt l'arrière du hangar, accolé contre la pente abrupte d'une colline.

- Il doit y avoir deux mètres, deux mètres cinquante entre les deux.

- Le toit est plat avec une corniche. Ouais, ça le fait.

- Je te couvre.

Mathias hocha la tête avant de s'élancer furtivement à travers les fourrés pour rejoindre le bord de la colline. Il faisait encore assez clair pour qu'ils échangent des signes de la main. Tino observa les mouvements des hommes aux abords du hangar, du côté des docks, puis présenta un rond avec ses doigts à Mathias, lequel leva le pouce en réponse.

Mathias prit son élan puis sauta sur le toit. Délicate affaire que de ne pas faire de bruit lorsqu'on atterrissait sur de la taule. Il grimaça puis demeura couché au plus près de la corniche un instant, calmant sa respiration et se concentrant sur les bruits alentours. Il laissa ainsi quelques minutes s'écouler avant de jeter un coup d'œil vers Tino, lequel lui fit signe que tout allait bien.

Il se redressa légèrement et s'avança vers l'un des velux. Tous étaient fermés et l'isolation semblait bonne. Il ne parvenait à déceler aucun son. En revanche, il y avait à voir !

Les issues étaient closes, même à l'avant. Des caisses s'alignaient tandis que, dos à Mathias, deux hommes en faisaient l'inventaire, l'un avec un calepin, l'autre avec un pied de biche. Ils ne paraissaient pas armés. En revanche, les caisses l'étaient, elles. Une véritable mine d'or pour trafiquants d'armes.

Mais Mathias n'était pas au bout de ses surprises. Lorsque les deux hommes firent demi-tour pour passer à une autre caisse, il découvrit leurs visages. Là, il écarquilla les yeux, épouvanté par cette vision.

Si l'un d'eux lui était totalement inconnu, le second ne pouvait que lui être familier. La joue gauche était traversée par une longue cicatrice blanchâtre. Elle lui déformait la commissure des lèvres qui était demeurée boursoufflée, et appuyait sur l'antitragus, cette petite partie triangulaire à l'entrée de l'oreille.

Pétrifié mais le cœur s'accélérant à chaque seconde, Mathias ne pouvait décrocher son regard de ce visage déformé. Il n'y avait aucun doute à avoir sur l'identité de la personne, parce que cette cicatrice, Mathias ne pouvait que la reconnaitre. Parce que c'était lui-même, Mathias, qui la lui avait infligée.

C'était un véritable cauchemar.

Déjà la veille au soir, il avait crû que croiser l'albinos avait signé la fin de tout ce qu'il avait construit jusqu'alors. Mais cette cicatrice rivalisait farouchement avec. L'albinos n'était pas là mais dans sa tête, les deux visions se conjuguaient pour former l'apocalypse ultime de Mathias Køhler.

Il sentit des sueurs froides lui parcourir l'échine.

Si cet homme à la cicatrice se trouvait dans les environs d'Oslo… qui d'autre ?

Livide, Mathias déglutit. Tout s'embrouillait dans son esprit. Une partie de lui hurlait de fuir. Fuir ce hangar, fuir cette ville, fuir ce pays. Fuir. Néanmoins, il était bien incapable de bouger. Ses membres refusaient de répondre. Et pour cause, alors qu'il tentait d'échapper à cette vision, son regard se posa sur un coin de la pièce.

Peter, Ernst, Abigail, Vassili, Ruben et Rauf étaient tous là. Pieds et poings liés, prostrés dans ce coin, mais tous vivants. La bouche obstruée, ils ne communiquaient entre eux que par regards angoissés et alertes, ou apeurés et défaits.

Incapable de supporter plus longtemps le poids de son corps. Mathias s'étendit sur le toit, face au ciel encore bleu vif. Il sentit une larme couler le long de sa joue. Il se mordit la lèvre presque jusqu'au sang avant de se passer une main sur le visage.

Il fallait qu'il se reprenne.

Oui, cet homme était dans ce hangar.

Et oui, les adolescents s'y trouvaient aussi.

Chancelant, il rebroussa chemin pour aller prévenir Tino. En sautant, il se rattrapa maladroitement dans les fourrés sur la colline. Un peu sonné, il s'enfonça dans les bois, opéra un détour et rejoignit Tino et Wiremu.

Ces derniers le dévisagèrent avec inquiétude.

- Mathias, tu…

- Ils sont dans le hangar, coupa-t-il d'une voix plus rauque qu'il ne l'aurait souhaité

Il s'accroupit et laissa sa tête retombée entre ses genoux, à bout.

- Ils sont en danger ?

- Des trafiquants d'armes. Ils les ont ficelés dans un coin. C'est tout.

- Ils sont armés ? Nombreux ?

Wiremu perdit toutes ses couleurs. Mathias secoua la tête.

- Deux hommes.

- Dans quel coin ?

- Arrière gauche.

- Bien. On va aller les sortir de là, ni vu ni connu.

- Leur vie n'est pas menacée pour le moment, articula Mathias

Il releva la tête et adressa un regard dur tentant de contenir le flot d'émotions en train de le submerger. Mais Tino avait pris sa décision.

- Pour le moment, exactement. Mais s'ils ont décidé de les séquestrer, c'est qu'ils sont bien décidés à ne pas laisser couler.

- La police ne va pas tarder, tenta Wiremu d'une toute petite voix

Il rentra la tête dans les épaules en découvrant le regard implacable de Tino.

- Je vais y aller. Tu me suis si tu veux, Mathias. Wiremu, hors de question que vous veniez. A moins que vous n'ayez un passé militaire. Ou quoi que ce soit en rapport, ajouta Tino en coulant un regard vers son ami. Si jamais vous constatiez que ça tourne au vinaigre, prévenez les autres.

- Non, je vous accompagne jusqu'au bout, déclara Wiremu catégorique, je ne suis peut-être pas entraîné comme vous l'êtes tous les deux, mais j'ai des aptitudes. Je suis cascadeur professionnel. J'ai un bon entraînement physique, des réflexes, et je sais faire face au danger.

Mathias grimaça légèrement. Tino eut un sourire rassurant à l'égard de l'oncle d'Abigail.

- Nous n'aimerions pas vous mettre plus en danger.

- Et c'est très prévenant de votre part. Mais j'ai pris ma décision.

Tino lâcha un petit soupir.

- Très bien.

Il se permit néanmoins de lui donner deux, trois consignes de sécurité.

Mathias le fixait toujours. Il les observa partir d'un pas déterminé vers la porte arrière du hangar. Puis, ce fut comme si subitement toute tension quittait son être. Mathias soupira, les yeux toujours rivés sur la silhouette de Tino s'approchant furtivement de son but. Il était quelque part soulagé que Tino prenne une décision aussi cruciale. Sans le savoir, son ami venait de trancher en lui entre son altruisme et son égoïsme.

Il ne pouvait pas les laisser tout seuls. Et il ne pouvait pas abandonner ces gamins. Il partit dans le sillage de Tino. Arrivé à sa hauteur, il lui glissa à voix basse :

- Et comment tu feras si la porte est fermée ?

- Un bon coup d'épaule.

- Tu te ferais griller.

- Ils sont que deux.

- Et ceux à l'extérieur ?

- La porte de façade est ouverte ?

Mathias n'eut rien à ajouter. Il aperçut Tino le dévisager du coin de l'œil mais n'en montra rien. Tout ce qu'il avait à faire, c'était agir en toute discrétion. Si cet homme ne l'apercevait pas, il ne se passerait rien. Et ça serait toujours ça de gagné. Mathias n'aurait plus qu'à s'enfermer pour quelques temps à la maison, faire profil bas et aviser par la suite. Il sera les poings comme pour se donner de l'assurance.

- Wiremu, vous entrerez après moi, une fois que j'aurais sécurisé la zone, souffla tout bas Tino presque dans l'oreille de son interlocuteur, vous vous occuperez de libérer les enfants.

Lorsqu'ils arrivèrent à hauteur de la porte, Tino ramassa deux pierres qu'il soupesa longuement avant de hocher la tête. Puis, Mathias testa la porte. Sans surprise, elle était verrouillée. Mais elle ne devait pas être bien résistante, constata-t-il en l'inspectant. Il fit signe à Wiremu de se caler contre le mur, puis s'échauffa l'épaule tandis que Tino se déliait les articulations et prenait place pour s'élancer. Mathias opéra un compte avec trois doigts. Arrivé à zéro, il se jeta sur la porte qu'il enfonça proprement.

Aussitôt, Tino se rua à l'intérieur. Les deux hommes avaient relevé la tête de leur inventaire, stupéfaits. Et ce fut bien la seule réaction qu'ils purent avoir. Déjà Tino leur assena les pierres avec une précision, une vitesse et une force sans égale qui les sonna. Tentant de passer outre la souffrance, ils eurent à peine le temps de voir Tino fondre sur eux.

Wiremu se glissa dans le hangar. Il n'avait pas menti sur sa dextérité et son efficacité.

Resté sur le seuil de la porte, s'assurant que personne n'arrivait de l'extérieur, Mathias aperçut l'homme à la cicatrice tentant de prendre Tino par derrière avec son pied de biche.

- Tino, derrière !

Comme au ralenti, l'homme à la cicatrice se tourna vers Mathias. Leurs regards se croisèrent. Puis, Tino lui porta un coup à la nuque. Le trafiquant le dévisagea avec stupeur avant de sombrer.

Les adolescents s'agitèrent alors que Wiremu les détachait, tirant Mathias hors de sa torpeur. Il cligna plusieurs fois des yeux avant de faire volte-face et de s'assurer que personne ne venait les surprendre de l'extérieur. Tino se joignit à Wiremu, intimant dans un sourire bon enfant le silence au petit groupe.

Tout avait été si vite. Tandis qu'il jetait des coups d'œil alerte, il osa espérer que cet homme n'avait pas eu le temps de comprendre, qu'il n'avait pas imprimé son visage, le raccrochant à ce terrible souvenir.

Dès que les adolescents retrouvèrent une liberté de mouvement, ils évacuèrent promptement les lieux, Tino à l'avant, Mathias fermant la marche. Ils s'enfoncèrent dans les fourrés. Mathias observa une dernière fois les docks et le hangar, grave. Tout était calme. Les individus étaient toujours en faction, sans se douter de quoi que ce soit. Oui, sans se douter de quoi que ce soit, tenta-t-il de se convaincre avant d'aller rejoindre les autres.

Après une longue course, le groupe déboucha sur les alentours de la maison des Oxenstierna-Väinämöinen. Sadiq, Neoklis, Vladimir, Berwald ainsi que les parents de Ruben, qu'on avait finalement réussis à contacter, poussèrent des exclamations soulagées en découvrant les adolescents sains et saufs. Sadiq vint enfouir Rauf dans ses bras puissants et le serra fort contre lui, Neoklis à ses côtés. Vladimir tout comme les parents de Ruben n'eurent qu'à cueillir les adolescents qui se jetèrent à leur cou, relâchant la pression à coup de rires nerveux.

Tino posa une main sur les épaules de Peter et d'Ernst et tous les trois firent face à Berwald. Toute férocité froide et calculée avait déserté le visage joufflu de Tino. Il arborait à la place un large sourire serein. Son conjoint s'effondra à terre et attrapa ses deux fils qu'il enlaça en sanglotant. Hanatamago sauta dans les bras de son petit humain favoris, lui aboya dans les oreilles et lui lécha les joues. Peter en pleura de joie.

- Hana' ! Mais où étais-tu passée ?

Tino s'agenouilla face à eux.

- Elle s'amusait surement dans son coin. Elle est revenue dans l'après-midi, toute sale.

Il prit une grande inspiration.

- Peter ?

Son fils releva la tête.

- Excuse-moi pour ce matin. Tous les changements font peur. Même quand on les désire. Et même quand on est adulte. C'est normal d'être perdu. Je suis peut-être bien dans le même état que toi, tu sais. Faut qu'on se serre les coudes, d'accord ?

Peter ne s'était clairement pas attendu à une telle déclaration.

- Oui… pardon, papa. Oui, on va se serrer les coudes !

Il se jeta au coup de Tino qui lui ébouriffa les cheveux.

Les larmes aux yeux, Abigail s'accrochait à son oncle qu'elle avait de fait déjà retrouvé. Wiremu lui caressait tendrement les cheveux. Il eut à peine envoyé un message pour tout de même prévenir Kyle que celui-ci l'appela.

- Active la vidéo ! Je veux voir le visage de ma petite poupette !

Les joues d'Abigail s'empourprèrent, gênée. Wiremu obtempéra et ils se présentèrent tous deux face à la caméra. Kyle embrassa l'écran, soulagé.

- Papa arrête ça !

- Abi' a raison, papa, intervint Léonard, son frère aîné qui se joignit à la conversation, c'est immonde.

Léonard continua à adresser des reproches à son père et, sous le coup de la pression qui redescendait, cette scène fit pleurer Abigail.

- Ah bah voilà ! Tu l'as fait pleurer !

- Comment ? Moi ? Tu fais fausse route, papa.

C'est alors qu'une voiture de police vint se garer.

- Alors vous les avez retrouvés ?

Aussitôt, Tino bondit sur ses pieds et vint témoigner aux agents ce qu'il s'était déroulé, n'omettant que quelques menus détails à son avis, tel que la façon dont ils s'y étaient pris pour porter secours aux adolescents…

Le regard quelque peu dans le vague, Mathias observa toutes ses retrouvailles à distance. Il était certes soulagé et bien content de voir que tout le monde était sain et sauf. Mais, pensa-t-il en laissant son regard se perdre dans la forêt, sain et sauf… c'était peut-être un bien grand mot. Il éprouvait une étrange émotion douce-amère après cette soirée mouvementée. Les ombres des bâtiments alentours qui s'allongeaient alors dans l'air du soir rampèrent jusqu'à lui et l'engloutirent doucement mais surement.


Affaire à suivre…