Bonjour, bonjour

Petite chapitre cette semaine, tout simplement parce que je ne pouvais décemment pas l'inclure avec le précédent ou le suivant, cela aurait trop fait tâche. Mais bon, je pense qu'il est bien assez jouissif pour s'en satisfaire :p

Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz

Affaire 24 : La rencontre

D'ordinaire, Lukas n'était pas très matinal. Cependant, à l'idée de se retrouver volontairement face à Natalya Arlvoskaya et de pouvoir échanger avec elle, il se sentait fébrile. Ce qui paraissait pour le moins étrange au vu de leur relation et du peu de confiance qu'il éprouvait pour elle. C'était comme s'il ne pouvait se défaire d'une partie de son admiration pour la ballerine en elle. Sans compter que, pour une fois, c'était lui qui avait occasionné la rencontre. Il avait l'impression de reprendre possession de ce lien singulier qu'ils partageaient. C'était définitivement quelque chose qui l'exaltait.

Cinq minutes précisément avant l'heure de rendez-vous, il se présenta chez Feliks Łukasiewicz qui l'accueillit en grande pompe. L'hôte était clairement bien loin de se douter de la gravité de la situation, ou du moins le feignait-il brillamment. Il avait préparé un brunch gargantuesque, faisant étalage de spécialités de son pays natal qu'était la Pologne, et s'était apprêté comme pour une réception, jusqu'à se maquiller soigneusement. Pour sûr, Feliks Łukasiewicz savait mettre les formes.

Mais Lukas ne fit pas cas de cet étalage de victuailles et attendit nerveusement de voir Toris et Natalya franchir le pas de la porte d'entrée.

- Vous voulez un café ?

La question était surprenante sachant que Feliks lui tendait d'ors et déjà une tasse fumante. Lukas l'en remercia. Il ne refusait jamais un café.

- Par contre, je vous préviens. On touche pas à la bouffe tant qu'ils ont pas ramené leurs fesses.

Lukas n'en avait aucunement l'intention. Pas même après leur arrivée. Il n'était pas là pour manger.

C'est alors qu'il perçut des bruis de pas sur le palier. Son cœur battit en rythme à chacun d'eux, bien malgré lui. On sonna. Tourbillonnant, Feliks alla ouvrir. Collée à la porte, Natalya surprit l'hôte qui fit un bond en arrière avant de se cacher derrière son fauteuil.

- Faut pas me foutre la frousse comme ça de si bon matin.

La jeune femme ne se préoccupa pas le moins du monde de Feliks et fit directement face à Lukas. Ses longs cheveux blond cendré relâchés ornés d'un ruban bleu ciel, elle portait une robe légère et des escarpins. Hormis sa carrure finement musclée due à sa carrière de danseuse, rien ne laissait entendre qu'elle puisse exercer quelque autre activité que ce soit.

Lukas opta pour une expression insondable, son excitation de fan et sa méfiance d'investigateur se confrontant encore en lui.

Derrière Natalya se tenait Toris, qui referma poliment après lui. Aussitôt, Feliks lui sauta au cou.

- Super ! On va pouvoir grailler !

- Po… je ne suis pas sûr que ce soit le but de notre visite, déclara son ami en détaillant la voleuse et le détective se faire face

- Eh ! C'est eux qui doivent tchatcher ensemble. Nous, on peut se poser pépère et goûter tout ça. Regarde, j'ai même des pierogi !

Il présenta l'assiette, rayonnant d'une joie enfantine.

- Un café, commanda soudain Natalya

Toris s'exécuta aussitôt tandis qu'elle prenait place dans le fauteuil qu'occupait d'ordinaire Feliks. Celui-ci gonfla les joues, agacé, mais ne se permit aucune remarque. Il se laissa tomber sur son canapé, son assiette de pierogi sur les genoux, et engouffra plusieurs de ces ravioles à la suite.

- Voulez-vous reprendre notre petite conversation de vendredi soir ? taquina la jeune femme

Lukas prit place également. Il était nécessaire qu'il se sente sur un pied d'égalité avec elle.

- Je viens vous interroger suite au meurtre de Zoltàn Hédèrvàry, déclara-t-il sans détour

- Qu'on mette les choses au clair directement. Je suis peut-être voleuse, mais certainement pas assassin.

Elle s'empara de la tasse que Toris lui présenta.

- Mais peut-être n'opériez-vous pas en solo.

- J'opère toujours en solo. Des boulets, non merci.

Cela avait au moins le mérite d'être clair.

- Avez-vous croisé quelqu'un de suspect durant votre… escapade ?

- Non.

- Je vais avoir besoin de quelques détails supplémentaires.

- Quels détails ? Je n'ai croisé personne. Pour la simple et bonne raison que le meilleur moyen de ne pas se faire prendre, c'est encore d'éviter tout le monde. Je n'ai croisé personne parce que je n'ai voulu croiser personne.

Elle se moquait ouvertement de lui. Lukas tiqua mais conserva son calme.

- Comment avez-vous fait pour pénétrer la chambre de Zoltàn sans vous faire voir ?

Elle détailla le détective suspicieusement.

- J'ai traversé le silence, ai opté pour la voie de l'agilité et me suis dirigée dans le conduit de la discrétion ultime.

Le pire, c'est que son sourire mutin trahissait clairement sa satisfaction de parler ainsi en énigme. Lukas rongea son frein. Il avala tranquillement une gorgée de café.

- On se croirait dans un film noir. C'est géant, commenta Feliks

- Bien. Dans ce cas, reprit Lukas, comment auriez-vous fait pour vous immiscer dans une réception sans éveiller les soupçons ?

- Vous connaissez parfaitement la réponse. Vous me soupçonnez encore mais je vous le répète. Je subtilise certains objets de valeur pour les rendre à leurs propriétaires légitimes. Et uniquement cela.

Lukas dut reconnaitre qu'elle avait vu clair dans sa question. Il savait en effet que la piste des employés était la plus à même d'être celle empruntée par le coupable. Quand bien même il n'avait pas encore pu se pencher sur la question plus que cela.

- Je n'ai rien vu, rien entendu. Mon objectif était tout autre. Je n'ai rien à témoigner. Je ne peux rien pour vous. Rendez-vous à l'évidence.

Le détective observa Natalya se délecter de sa boisson et engloutir plusieurs plats, tout à son aise. Feliks ne perdait pas une miette de la scène, mais plus encore Toris gardait une main sur l'épaule de Natalya sans quitter Lukas des yeux.

- J'ai une ultime question pour vous, déclara finalement le détective

- Chouette.

- Que devait-il se trouver dans le buste en marbre ?

- Ah, ça !

La jeune femme paraissait parfaitement amusée. Elle se tourna subitement vers Toris.

- Tu crois que je suis obligée de lui dire ?

- Euh… je ne sais pas. Ce n'est peut-être pas très prudent.

Elle afficha un air faussement désolé à Lukas.

- Quel dommage ! Ce n'est pas très prudent apparemment.

Lukas reposa brutalement la tasse sur la table basse, manquant de faire sursauter Feliks.

- Eh, oh. Faites gaffe ! Elle m'a couté une blinde, cette table.

- Je ne peux pas croire à votre innocence si vous ne vous montrez pas coopérative.

- Je suis venue.

- Et ce n'est pas suffisant. Vous rendez-vous compte que si je témoigne de votre présence à qui que ce soit, alors que vous aviez des velléités de vol, un vol en lien direct avec la victime de cet homicide, et alors que vous aviez pénétré la résidence par effraction, vous pourriez être suspectée de meurtre ?

Natalya le dévisagea avec un étonnement qui paraissait on ne peut plus sincère. Il en allait de même pour Toris et Feliks qui s'étonnaient du geste et du débit de parole tout à coup véloce du détective. Puis, un sourire que Lukas ne lui connaissait pas s'épanouit sur le visage de la jeune femme.

- Vous êtes donc vraiment un grand fan.

Lukas fronça légèrement les sourcils avant de réaliser à quel point il avait perdu ses moyens. Son élan l'avait trahi sans même qu'il n'en ait conscience. Il était bien obligé d'admettre que persistait une inquiétude en lui : il voulait à tout prix éviter d'avoir à reconnaitre la jeune femme comme coupable d'un autre méfait. Qu'il le veuille ou non, il était attaché à la figure de Natalya Arlvoskaya, qui plus est depuis qu'elle lui avait fait part de ses motivations, semblait-il en toute sincérité.

La jeune femme lâcha un soupir et se laissa aller contre Toris en lui attrapant la main. Elle s'amusa à pianoter dessus avant de déclarer à l'adresse du détective :

- Il s'agissait d'un pendentif. Enfin, le pendentif, je m'en fiche.

Elle attrapa un petit sac en toile et en extirpa un cliché. Elle le tendit au détective qui observa consciencieusement la photographie.

- Je souhaitais juste rendre à qui de droit la pierre qui l'orne.

Tout en contemplant l'objet, Lukas se demandait si, en dehors de la gemme qui se nichait au creux du pendentif, on pouvait trouver un quelconque intérêt à voler pareil objet. De même, il se demanda pourquoi diable Zoltàn Hédèrvàry avait bien pu cacher ce pendentif dans un buste en marbre.

- Etes-vous bien sûr de l'endroit où devait se trouver ce bijou ?

- Une certitude, oui.

Pouvait-on tuer pour cet objet ? La question demeurait, quand bien même le faux incendie se rappelait à son bon souvenir. Il était difficile de croire à pareille hypothèse, mais il ne pouvait écarter la singularité de l'emplacement du pendentif.

- Pensez-vous qu'il y ait un intérêt à assassiner Zoltàn pour récupérer le pendentif ?

Natalya parut profondément offusquée.

- C'est absurde. Je ne suis qu'une voleuse. Comment aurais-je pu accepter de dérober ce pendentif si j'avais dû en venir là ?

Lukas approuva d'un hochement de tête, le regard toujours fixé sur le cliché.

- Puis-je garder la photo ?

La jeune femme esquissa un sourire malicieux.

- Pour quoi faire ?

- Au cas où.

- Au cas où de quoi, je me le demande bien.

Elle en était parfaitement consciente. Lukas le savait pertinemment.

Soudain, Natalya se leva en abattant brutalement ses mains sur les accoudoirs du fauteuil.

- Il faut que je vous laisse ! J'ai une sœur qui doit me chouiner dans les bras.

Elle entraina Toris avec elle sans qu'il ait son mot à dire. Elle fit volte-face une dernière fois.

- Merci pour ce festin, Feliks. Quant à vous, mon cher Lukas, merci d'avance !

Le regard malicieux, elle lui tira la langue, comme une enfant assumant la bêtise qu'elle s'apprêtait à commettre. Lukas sentit ses joues rosir bien malgré lui.

Alors que la porte d'entrée se refermait sur Natalya et Toris, Lukas résuma dans son esprit les pistes à explorer. La voleuse n'ayant croisé personne, elle-même en marge de la réception, le ou les coupables s'étaient fondus dans la foule, en tant que convives ou en tant qu'employés.

Affaire à suivre…