Bonsoir (enfin, moi, c'est le soir, là)
Petite journée pour Lukas si j'ose dire.
Je le dis pas tout le temps parce que j'aurais l'impression que ça perdrait de sa valeur à force, mais je vous remercie toujours de lire/commenter/suivre la fic, ça me fait toujours extrêmement plaisir !
Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz
Affaire 24 : La rencontre avec l'inspecteur
Depuis sa conversation téléphonique avec Andrey, Lukas se tenait prêt à affronter l'inspecteur. Cet homme à la moustache frétillante dès qu'il était agacé lui avait souvent reproché de trainer dans ses pattes et de fourrer son nez là où il n'avait pas à le faire. L'affaire de l'émeraude volée à l'opéra d'Oslo avait sonné le glas de la tolérance de l'inspecteur vis-à-vis de Lukas. Lorsqu'il avait réalisé qu'ils avaient arrêté une innocente en croyant sur parole les déductions du détective, il était entré dans une rage folle et avait froidement congédié Lukas quand bien même il n'avait jamais réellement exercé.
Lukas ne voulait pas admettre que l'inspecteur était dans son plein droit, qu'il avait des raisons légitimes d'agir ainsi. Tout ce qu'il en avait retenu, c'était qu'on l'avait invectivé alors qu'il se tramait quelque chose de beaucoup plus grave qu'un simple vol d'émeraude. Il ne comptait pas non plus les longs mois à tenter de retrouver une confiance en lui et ses aptitudes. Et là-dessus, il remerciait intimement Mathias chaque jour pour son soutien, quand bien même il ne le lui avait jamais dit clairement.
Ainsi, remonter l'allée qui menait au poste central de la police d'Oslo, en sachant que l'inspecteur avait besoin de lui, avait quelque chose de particulièrement satisfaisant et jouissif.
Lukas croisa Andrey à son arrivée, un gobelet de café tiède entre les mains. Son ami vint aussitôt à sa rencontre.
- Exactement comme tu l'as prédit…
Lukas s'autorisa un petit sourire en coin.
- Je ne prédis rien, voyons.
Andrey lui fit signer quelques papiers avant de le guider vers un local où l'attendait l'inspecteur.
- Merci, Boyadjiev. Tu peux nous laisser à présent.
Après qu'Andrey eut refermé la porte, laissant Lukas et l'inspecteur seuls tous les deux, les deux hommes se fixèrent. Ils ne se toisèrent pas, ils s'observaient simplement. Lukas demeurait de marbre, cachant son plaisir malicieux de se retrouver de nouveau face à ce cher inspecteur. Ce fut d'ailleurs ce dernier qui détourna les yeux le premier. Il soupira et attrapa sa chaise par le dossier.
- Restez pas planté là, Bondevik. Asseyez-vous.
- Comment allez-vous depuis tout ce temps ?
- Ah non, vous allez pas commencer avec vos insinuations mesquines.
Lukas haussa les épaules puis prit place.
- C'est moi qui pose les questions, insista l'inspecteur en tapotant nerveusement la table
- Pour l'instant, bien sûr. Mais vous savez pertinemment que je prendrai la main à un moment donné.
L'inspecteur siffla entre ses dents tandis que sa moustache frétillait. Il attrapa vivement le dossier, sagement posé sur un coin de la table, et enclencha un enregistreur portable. Il commença par rappeler le nom de l'enquête, la date du jour et demanda à son témoin de se présenter. Lukas obtempéra, déclinant nom, prénom, âge, date et lieu de naissance, nationalité, adresse de résidence et profession. Alors, l'inspecteur croisa les mains, se pencha en avant et entama son ballet de questions.
Quelle était la raison de la présence de Lukas ce vendredi 9 juin au soir ? Connaissait-il la victime ? Connaissait-il son entourage ? Qu'était-il en train de faire au moment où l'alarme s'est déclenchée ? Au moment du meurtre ? Avait-il noté quelques mouvements ou gestes suspicieux ? Avait-il une idée de la raison pour laquelle on aurait voulu assassiné Zoltàn Hédèrvàry ?
Lukas répondait placidement, en détails. Il omit soigneusement sa rencontre avec Natalya Arlovskaya. L'inspecteur aurait fait une syncope en entendant ce nom. Cela n'aurait fait que remettre cette histoire d'émeraude volée sur le tapis. Lukas était convaincu que ni l'un ni l'autre n'avait désormais envie d'en entendre parler. Sans compter qu'il savait ce qu'il faisait, et tout ce qui concernait Natalya et sa présence sur l'île Kildholmen ce soir-là relevait de son enquête personnelle. Hors de question qu'il en fasse mention à qui que ce soit. A la place, il opta pour l'histoire d'un passage aux toilettes, puis isolé de tous pour se détendre, solitaire qu'il pouvait être. Il ne s'étala pas sur ses sentiments, c'eut été trop soupçonneux de sa part.
Une fois qu'il eut achevé son récit, l'inspecteur le détailla un moment avant de se redresser.
- Bien. Merci de votre coopération, M. Bondevik.
- Laquelle est réciproque. N'est-ce pas ?
La moustache de l'inspecteur frétilla.
- Boyadjiev m'a prévenu, oui, maugréa-t-il
Lukas esquissa un sourire.
- Pourquoi vous mêler d'un meurtre ? Ah, ne répondez pas. Je devrais plutôt dire, ne vous mêlez pas d'un meurtre. Nous sommes sur le coup. Nous nous passerons de vos menus services.
- Je ne tiens pas à m'immiscer dans votre enquête. Je souhaite simplement mener ma propre investigation de mon côté.
- Et c'est tout là le problème, figurez-vous.
- Je tiens simplement à consulter les dépositions des témoins que vous avez interrogés ce week-end. Rien de plus.
L'inspecteur grimaça. Puis, il lâcha un profond soupir. Il se leva, embarqua le dossier et l'enregistreur sous le bras et ordonna à Lukas de le suivre. Lequel ne se fit pas prier. Ils se rendirent dans le bureau de l'inspecteur, croisant en chemin Andrey qui les suivit du regard, curieux. Arrivé dans la pièce, l'inspecteur désigna d'un coup de menton une table où se trouvait empilé une pile de feuilles volantes, agrafées pour certaines.
- Je vous laisse les lire mais uniquement en ma présence. Aucun de ces papiers ne sort de ce bureau. Vous aurez intérêt à remercier votre ami.
Lukas hocha la tête, ne se préoccupant pas le moins du monde du regard suspicieux que l'inspecteur lui adressa. Le détective prit place avec joie devant la pile et entama silencieusement sa lecture. De temps à autres, il sentait l'inspecteur l'observer pendant de longues minutes, mais Lukas ne se laissa pas déconcentrer. Il n'estimait pas avoir quoi que ce soit à lui prouver. C'est qu'il était surtout inutile d'échanger avec lui. Ce qui l'intéressait pour le moment se trouvait imprimé en caractères noirs sur chacune de ces feuilles.
Il fut néanmoins contraint de relever la tête de la pile lorsque vint l'heure du déjeuner. L'inspecteur l'avait prévenu et demeura inflexible : pas de consultation sans qu'il soit présent. Lukas dut se résoudre à prendre une pause d'une heure et demie pour déjeuner, quoique son esprit soit toutes à ses réflexions. Andrey était pourtant ravi de pouvoir partager sa pause-repas avec son ami.
- Heureusement que Mathias était là du coup.
Le prénom de son compagnon le tira de ses pensées.
- Pardon ?
Andrey soupira.
- Tu ne m'écoutais pas, hein ? Alala, toi comme Vlad'… y en a pas un pour rattraper l'autre. Je te disais que c'était pas plus mal que Mathias ait aidé Vlad' et les autres à retrouver les ados.
Lukas dévisagea Andrey sans sourciller. Son ami se désespéra.
- Ah ouais… à ce point là.
Il inspira profondément et reprit son récit depuis le début, lui racontant la disparition des adolescents, tel que Vladimir la lui avait relatée.
- Il a même essayé de te joindre.
- Ah ?
Lukas se souvenait vaguement du nom de Vladimir sur l'écran de son portable en vibreur.
- Ah, oui. C'était Vlad', ça me paraissait futile de répondre.
- Oui, j'imagine. En général, quand on voit le nom de Vlad', on a du mal à s'imaginer que c'est du sérieux !
Andrey pouffa de rire avant de mordre dans son sandwich.
- Et donc Mathias leur est venu en aide ?
C'était donc pour ça qu'il était rentré dans la soirée, samedi. Il l'avait trouvé très pensif et exténué. Lukas comprenait mieux. Ces adolescents occupaient une place particulière dans le cœur de ce grand gaillard capable de beaucoup trop d'amour.
- Un trafic d'armes sérieusement. C'est rageant de pas réussir à pouvoir leur mettre plus facilement la main dessus à ces types là.
Lukas approuva d'un hochement de tête.
- Sans compter qu'évidemment que c'est qu'un groupuscule, un poisson dans l'océan de la pègre...
Andrey soupira. Travailler pour la loi était une réelle fierté pour lui, mais il se sentait parfois frustré de ne pouvoir faire mieux et plus, contraint par des normes, des règlements, des directives à n'en plus finir.
La pause déjeuner toucha à sa fin. Dès que Lukas aperçut de nouveau la silhouette de l'inspecteur se diriger vers son bureau, il sauta sur ses pieds, s'excusa vaguement auprès d'Andrey et courut presque retrouver la pile des témoignages. Tout l'après-midi durant, il poursuivit ainsi sa lecture dans le silence seulement marqué par les touches du clavier que l'inspecteur martelait, ses marmonnements intempestifs et les quelques appels qu'il fut contraint de passer. Lukas était si concentré et si immobile que l'inspecteur finit par oublier sa présence. Raison pour laquelle il sursauta lorsque Lukas se releva brusquement et vint se planter devant lui.
- Bonne lecture ?
- Très agréable mais complètement inutile.
- Ça arrive dans le métier, vous savez.
- C'est surtout vous qui saviez que ça s'avérerait inutile. Evidemment que ça ne vous posait pas problème que je lise ces dépositions, puisque vous considérez qu'elles ne présentent que peu d'attrait. Sans parler du fait qu'il ne se trouve que celles des convives.
L'inspecteur leva les mains en l'air innocemment.
- Ah mais c'est que les dépositions des employés sont en cours. Vous devez bien vous en douter, vu que vous en faites partie.
Lukas le fustigea du regard.
- Vous ne me prenez pas au sérieux. Comme toujours.
- La raison me semble évidente.
- Si vous sortiez un peu de votre bureau, vous comprendriez que je fais preuve de rigueur et d'efficacité !
- Et si vous sortiez un peu de votre bulle, vous remarqueriez que j'ai un travail prenant et toute une équipe à charge !
- Je ne vous demande que d'accéder à de la documentation !
- Et à des comptes-rendus de la police scientifique ! Et aux preuves ! Et à notre équipement ! Et à notre réseau ! Vous vous prenez pour qui, sérieusement ?
- C'est du passé ! Voilà deux ans que je ne vous demande absolument rien.
- Et vous voudriez que je vous félicite peut-être ?
- Dois-je vous rappeler l'affaire du train miné ?
- Dois-je vous rappeler que vous avez délibérément dédaigné notre cérémonie officielle de remerciements ? Et croyez-moi que ça m'en mastiquait une surface.
On frappa à la porte.
- Entrez ! aboya l'inspecteur, la moustache électrique
Andrey marqua un temps d'arrêt en apercevant les deux hommes en plein échange courroucé.
- Euh… je peux repasser plus tard si vous voulez, inspecteur.
- Non. Dis.
Lukas tourna les talons, attrapa ses affaires et prit la direction de la sortie.
- Je vous ai à l'œil, Bondevik !
- Ne vous donnez pas cette peine ! Vous avez déjà toute une équipe à charge.
Andrey rentra la tête dans les épaules tandis que son supérieur frappait du poing sur le bureau.
Lukas quitta le poste de police frustré et énervé. Mais cet échange houleux avait également éveillé en lui la flamme de la compétition. Qu'à cela ne tienne ! L'inspecteur verrait bien de quoi il était capable ! Lukas était déterminé à mener cette enquête à bien et dans les meilleurs termes.
Affaire à suivre…
