Bien le bonjour à tous,

C'est le premier chapitre de septembre. Donc grosso modo le premier chapitre pour la rentrée des classes (pour qui en a bien entendu) et… ma foi, ce chapitre passe plutôt bien.

Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz


Affaire 24 : La sortie à Aker Brygge

Lukas n'avait jamais vu autant de personnes d'affilée et c'était exténuant. D'autant plus lorsque certaines lui opposaient une résistance farouche. La police, le détective… au total, en l'espace d'une semaine à peine, elles avaient été interrogées près de quatre fois. Pour certains, c'en était devenu indécent et intolérable. Lukas dut se résoudre à se passer de certains employés pour identifier l'inconnu suspect.

Il avait dans l'idée de reconstituer le portrait-robot de ce faux horloger. Une fois n'est pas coutume, Lukas imaginait très bien que la police opérait de même mais que l'inspecteur lui imposerait un barrage sans concession pour accéder à ces éléments de l'enquête. Il devrait tout faire par lui-même.

Certaines personnes se souvenaient d'un horloger. Elles étaient vaguement capable de donner un détail ou deux, mais il était difficile d'établir un portrait concret. Pour d'autres, un horloger ne leur disait rien. Il était tout à la fois possible que cette partie du personnel n'ait rien à voir avec et ne soit de fait pas au courant, ou trop attelés à leurs tâches pour se préoccuper des autres. Mais il était également possible que l'intrus ait comme changé de métier au cours de la soirée. Après tout, il s'était suffisamment approché de Zoltàn au cœur même de la réception pour pouvoir l'atteindre. Peut-être avait-il troqué sa couverture d'horloger pour celle de serveur. Peut-être même cet intrus n'opérait-il pas seul et s'était juste attelé à créer une diversion, tandis que dans la grande salle, quelqu'un d'autre, convive parfaitement connu par exemple, avait à charge le meurtre même. Le nombre de possibilités était encore beaucoup trop important pour tirer des conclusions à ce sujet, ce qui complexifiait les choses.

Le détective se retrouvait avec des éléments qui paraissaient, au bout du compte, assez lambda : un homme caucasien de taille moyenne pour un Norvégien, les cheveux brun clair légèrement bouclés avec un début de calvitie, des sourcils broussailleux, une barbe et une moustache fournies, des yeux creusés et clairs sans précision, des oreilles légèrement décollées. Voilà tout ce que Lukas avait en sa possession. En somme, cela s'avérait bien maigre pour se lancer dans des recherches plus approfondies et plus précises.

Comme si ce n'était pas suffisant pour lui mener la vie dure, Lukas était sans cesse sorti de son enquête par son inquiétude à l'égard de son petit frère et de Mathias.

Alors qu'Emil ne sortait pas de sa chambre, Mathias pour sa part était de moins en moins présent à la maison. Bien sûr, qu'il sorte de temps à autres ou qu'il prenne un peu de bon temps après le travail n'était pas extraordinaire, mais que cela se répète immanquablement tous les soirs de la semaine était intriguant.

C'est que, de son côté, Mathias devenait de plus en plus méfiant. Les hommes qui l'avaient passé à tabac le lundi soir avaient bien réussi à le retrouver. Qui sait ce qu'il savait de lui ? Pour sûr, il connaissait son lieu de travail. Vigilants, il prenait soin de se garer désormais au plus près de l'école ou trouvait un parking largement fréquenté. Par mesure de sécurité, au cas où on le suivrait même quand il était au volant, il opérait des détours dans la banlieue d'Oslo.

Parfois, il s'arrêtait à un bar. Ce n'était pas tant pour s'assurer qu'on ne le filait pas que pour réellement se vider l'esprit. Il commandait une pinte ou deux puis la buvait, le regard perdu dans le vague, grattant distraitement d'un doigt nerveux le bois de la table à laquelle il s'était installé, seul.

Il aimait sa nouvelle vie. Il aimait ce qu'il avait réussi à construire en trois ans et demi. Il aimait les personnes qui constituaient son entourage, Lukas, Emil, Tino et Berwald en première ligne. Mais qu'il était bien bête. Après tout, il l'avait toujours su que ça n'en valait pas la peine de s'investir trop profondément où qu'il s'établisse. Il était tombé dans le piège. Le piège de la vie tout simplement, celui qu'il ne pouvait décidément pas éviter, celui de vivre pleinement chaque instant. C'était plus fort que lui, il ne pouvait pas être détaché.

Mais il devait se rendre à l'évidence : ainsi donc cette vie-là s'achevait-elle.

La boule au ventre, Mathias pensa à sa relation avec Lukas. Cela signifierait l'abandonner. C'était couru d'avance. Et pourtant, il avait décidé de se mettre en couple avec. Il n'aurait jamais dû, pensait-il parfois. Lukas avait beau en avoir vues, avait beau être détective à ses heures, Mathias se refusait à l'impliquer. Il ne voulait pas le retrouver mêler à tout ce capharnaüm. C'était trop risqué.

Il avalait alors d'un trait le reste de sa pinte et contemplait l'animation dans le bar où il se trouvait ou bien le paysage vallonné.

Mathias devait prendre une décision mais ne pouvait s'y résoudre. Alors pour l'heure, il rangerait comme d'habitude ses doutes et ses angoisses bien loin en lui et ne montrerait qu'à voir un joyeux gaillard.

oOo

La journée s'avérait des plus agréables. Le pic de chaleur était redescendu et dans le fjord dans lequel se lovait Oslo, une douceur d'une vingtaine de degrés rafraichissait les visiteurs errant dans les rues de la capitale. Aux yeux d'Emil, c'était l'idéal. Très sensible aux UV, il était hors de question qu'il mette un pied dehors si c'était pour cramer comme une écrevisse. Sans parler de la chaleur. Néanmoins, lorsqu'il alla retrouver Jia Long et sa famille, la lumière perçante le fit cligner plusieurs fois des yeux. Surement parce qu'il n'était pas sorti de sa chambre depuis plusieurs jours, plongée dans la pénombre, les rideaux épais rabattus devant les fenêtres. La casquette bien vissée sur sa tête, Emil demeura tout de même à l'ombre des immeubles.

Il fut le dernier arrivé. Yong Soo, l'oncle de Jia Long et Shanda, était tout excité et mitraillait les alentours de son téléphone portable. Comme s'il ne connaissait pas les lieux alors qu'il habitait la rive d'en face, se dit Emil en haussant un sourcil dubitatif. Il eut tout à coup peur de se retrouver à nouveau cerné par des discussions anecdotiques et des éclats de joie qu'il ne saurait pas gérer. Shanda était une personnalité calme et respectueuse qui se contenta de le saluer poliment. Quant à Yong Soo, il semblait avoir été prévenu ou bien n'avait-il d'yeux que pour les milles et une couleurs et formes de la belle Oslo. Il lui adressa un bonjour enthousiaste avant de sautiller gaiement le long des quais d'Aker Brygge, entrainant son neveu en visite.

Emil sursauta à moitié en sentant la main de Jia Long se glisser dans la sienne. Son compagnon l'accueillit d'un baiser rapide comme à son habitude. D'ordinaire, Emil était gêné par les démonstrations en public, qu'il soit concerné ou non, mais il décida qu'il ne quitterait cette main sous aucun prétexte aujourd'hui.

Shanda s'avéra très curieux des environs. Il était attentif à chaque information qu'on lui communiquait, hochant pensivement la tête de temps à autres. Même si Jia Long s'avérait un piètre connaisseur de sa ville de résidence, et que Yong Soo n'était capable que de parler de courants artistiques, quoique l'architecture ne soit pas son domaine de prédilection. En revanche, il était capable de nommer tous les artistes et ateliers résidant dans les bâtiments qu'ils croisaient.

Au début, Emil n'ouvrait pas la bouche, regardait peu autour de lui. Personne ne s'en offusquait. Puis, au fur et à mesure de leur escapade, il ne put s'empêcher de rectifier deux, trois détails dans ce que pouvaient expliquer Jia Long et Yong Soo. Il en vint à répondre directement aux questions de Shanda, qui fut ravi de trouver en lui un interlocuteur expérimenté.

Emil réalisa alors qu'en effet, il connaissait Oslo comme sa poche. Mais plus encore, c'était une partie de son travail. Jusqu'à récemment du moins. Il n'arriva pas à déterminer si cette pensée le perturbait ou pas. En tout cas, il était certain qu'elle le laissait dans un état étrange. Cela lui rappelait immanquablement son employeur et sa disparition, mais sans que cela ne déclenche quelque vague d'émotion que ce soit. Comme un vide. Peut-être s'habituait-il à sa disparition ? Etait-ce normal ? Etait-ce bien ?

- Milou ?

Il releva brusquement la tête. Jia Long avait son téléphone en main et le brandissait face au port.

- On prend un selfie ?

- Pour quoi faire ?

- Je sais pas. Il fait beau. T'es beau. Je suis beau. Ça sera beau.

Emil esquissa un sourire.

- N'importe quoi. Mais si tu veux.

Aussitôt, Jia Long passa son bras par-dessus les épaules d'Emil et présenta au petit œilleton de la caméra deux doigts en signe de victoire. Emil l'imita timidement. Son téléphone aurait pu être silencieux, mais Jia Long aimait toujours rajouter des bruits et il n'avait pas manqué de laisser le son d'un déclencheur d'appareil photo.

Au cœur de l'après-midi, naviguant dans les rues réaménagées de ce quartier animé, Jia Long et Shanda se proposèrent d'aller chercher des bubble tea tandis que Yong Soo s'effondrait sur un des gradins en escalier plongeant dans les eaux calmes du fjord aux côtés d'Emil.

Ce dernier boudait, n'ayant pas réussi à convaincre son compagnon de rester avec lui et ayant été obligé de lui lâcher la main. Jia Long lui avait bien proposé de l'accompagner mais la simple vue de la foule lui avait fait faire la grimace. Il s'était résolu à s'asseoir sur le gradin. Pendant un instant, il eut peur que Yong Soo se montre trop enthousiaste et engage une conversation qu'il aurait eu du mal à suivre.

Mais bien au contraire, l'oncle de Jia Long soupira d'aise en massant ses pieds, laissant ses tongs de côtés.

- Ça faisait bien longtemps que j'avais pas tant crapahuté.

Emil se fit la même réflexion. On prenait rarement le temps d'explorer sa propre ville. Mais c'était plaisant, dut-il reconnaitre. Se laisser ainsi aller au fil des rues, lever pour une fois la tête et se contenter d'observer les alentours.

Yong Soo le fit sursauter lorsqu'il posa une main solennelle sur son épaule.

- Je crois que c'est le moment idéal pour te remercier.

- Me remercier ? Ah, pour les infos sur Oslo. Non, c'est pas la…

Yong Soo ne lui laissa pas le temps d'achever sa phrase.

- Non, non, je parle pas de ça. Je parle de Jia Long.

Si l'oncle de son compagnon s'apprêtait à sortir des remerciements dignes d'une comédie romantique, comme quoi Emil avait sauvé Jia Long d'un quelconque désespoir de célibataire, il irait sagement vomir aux toilettes.

- Le bout de chemin que vous avez fait ensemble jusqu'à présent…

Il s'agissait vraiment de ça ? Emil grimaça intérieurement.

- C'est intervenu au bon moment je crois.

Il s'agissait vraiment de ça. Pitié.

- Euh… c'est-à-dire ? ne put-il s'empêcher néanmoins de demander

Yong Soo lui tapota amicalement l'épaule avant de se laisser aller en arrière, goutant aux rayons du soleil qui se faufilaient au travers des nuages.

- Il a évolué. Bon, certes, c'est l'âge aussi. Mais votre relation l'influence forcément. Il a toujours été impulsif.

Emil ne pouvait que lui donner raison. Il ne comptait pas le nombre de fois où Jia Long débarquait avec une idée certes ingénieuse mais sortie de nulle part. A commencer par leurs parties en ligne.

- La différence, c'est que maintenant il ne s'en fiche pas de son entourage. Il est impulsif mais il prend l'avis des autres. Et je crois bien qu'il a commencé à changer sur ce point en trainant avec toi.

- Ah bon ?

Emil observa Jia Long discuter gaiement avec Shanda. Il n'avait pas le recul nécessaire pour s'en rendre compte. Une chose était certaine cependant, c'était qu'Emil n'était pour sa part pas de cette trempe et préférait prendre son temps. Faire les choses dans son coin, oui, mais sans importuner personne.

Un bout de chemin ensemble. C'est vrai qu'il ne s'était jamais arrêté pour regarder en arrière, mais ils avaient traversé voilà quelques années aux côtés l'un de l'autre. Sauf que tous les deux avaient perdu le compte. Il sourit à cette pensée, le regard toujours rivé sur son compagnon.

Yong Soo l'aperçut et, prenant un air mystérieux et contemplatif, il prit une pause méditative.

- Tu sais, Emil, je sais pas si t'es au courant et je vois pas pourquoi tu le serais, mais je suis un enfant adopté. Un enfant de 35 piges que notre mère a adopté. Ça a rien de très dramatique comme histoire, hein. Mais tu sais, pour ma mère biologique, ça a du être une lourde décision. M'abandonner pour peut-être une vie meilleure. C'est tout ce que j'en sais. Si elle savait ! Je crois qu'elle en serait heureuse. Un jour peut-être que je prendrai moi aussi une décision conséquente et que je partirai à la recherche de cette famille de sang.

Certes, c'était émouvant, mais Emil ne comprenait décidément pas le chemin de pensées de Yong Soo.

- Ce que je veux dire, c'est que vous avez tout le temps du monde, les jeunes !

Il lui assena une claque amicale quoiqu'un peu trop forte.

C'était inattendu. Tout son discours et son geste. En tout cas, Emil était certain que Jia Long s'était plus ou moins confié à son oncle. Ou peut-être Yong Soo était-il plus alerte qu'il n'y paraissait de prime abord avec son caractère frivole.

Shanda et Jia Long revinrent chargés des bubble tea qu'ils dégustèrent tranquillement au bord de l'eau. Emil trouva enfin la foi de discuter plus sereinement avec Shanda, sans le voir comme une espèce d'ultimatum.

La dernière phrase de Yong Soo continua de tourner en boucle dans l'esprit d'Emil. Alors qu'ils poursuivaient leur balade, Jia Long s'amusant à balancer leurs mains au rythme de leur pas, Emil pensa longuement à sa vie, à leur relation, à ses projets. En effet, ils avaient tout le temps du monde. Et jusqu'à présent, ils ne s'étaient jamais pressé pour quoi que ce soit. Mais plus il y repensait, plus s'affirmait la certitude que le foyer familial devenait un peu trop pesant à son goût. Ça avait démarré bien avant Mathias, mais ça s'était accentué lorsque son frère s'était mis en couple. Avoir un chez lui le tentait. Avoir un chez eux avec Jia long ? Peut-être bien.

A dire vrai, réalisa Emil alors qu'ils prenaient doucement le chemin du retour, il savait pertinemment ce qu'il en était. Simplement, jusqu'à présent, il n'avait jamais voulu abordé véritablement le sujet. C'était surtout ça, la décision qu'il avait à prendre. Décider de mettre les choses à plat proprement et d'initier ce projet, pas le projet en lui-même.

Yong Soo et Shanda partirent devant tandis que Jia long choisit de raccompagner Emil. Ils se quittèrent au bus qu'empruntèrent son oncle et son frère. Le 4 Meltzers gate n'était pas très loin d'Aker Brygge. On y accédait facilement à pied.

Ils demeurèrent tous deux silencieux jusqu'à ce qu'Emil inspire profondément et s'arrête dans un coin, un peu en retrait des quelques passants, sous des glycines odorantes. Jia Long le dévisagea, interpellé.

- Jia Long, commença Emil solennellement

- Oulah. Je dois avoir peur ?

Emil ne se laissa pas déconcentrer. Il prit chacune des mains de son compagnon, le cœur battant. Lequel l'observa faire, intrigué.

- Jia Long. J'aimerais… Je veux qu'on s'installe ensemble. Est-ce que… ça te tente ?

Il se sentit le rouge monter aux joues. D'autant plus lorsque Jia Long éclata de rire.

- Eh mais, c'est sérieux !

- Pardon, Milou, pardon. Mais bien sûr que ça me tente. Ça me tente total, ouais !

Il entrelaça ses doigts dans ceux d'Emil.

- Quitter le vieux, mais grave que je suis d'accord. Et si c'est pour être avec toi !

- Oui, mais euh… doucement, hein. Faut d'abord chercher un appart' et tout.

- Grave ! Ça va être fun de visiter ensemble !

- Mais sur Oslo. Ça te va quand même ? Je veux pas partir…

Jia Long haussa les épaules.

- Tu sais, c'est parce que j'avais des opportunités du côté de Shanda que j'avais pensé à Macao. Mais, eh, t'inquiète pas, hein, s'empressa-t-il de rajouter en voyant le regard alarmé d'Emil, je me démerde toujours pour faire mon trou quelque part.

- D'accord…

- Tu crois qu'on pourra embarquer Mei pour les visites ? Je suis sûr que ça lui fera trop plaisir ! Par contre, hors de question que le vieux se ramène.

Jia Long débordait d'enthousiasme. Il enchainait les phrases à tour de bras et Emil saisissait à peine ce qu'il disait. Submergé par son propre enthousiasme, bouillon enfoui en lui qui remonta tout le long de son être comme le magma en fusion, il se jeta soudain sur Jia Long et l'embrassa fougueusement, le coupant dans ses exclamations. Son compagnon répondit aussi avec tout autant de passion. Ils demeurèrent ainsi longtemps jusqu'à ce qu'Emil se détache de ses lèvres.

- T'as les mains baladeuses, feignit-il de reprocher en sentant courir les doigts de Jia Long sous son t-shirt

- Et toi, la langue.

Il ne nierait pas. Front contre front, il ferma les yeux. Il se demandait encore ce qu'il lui avait pris.

- On est en public.

- C'est toi qu'as commencé.

- Ouais.

Un large sourire gêné s'épanouit sur le visage d'Emil qui n'osait pas rouvrir les yeux. Lui aussi était impulsif comme Jia Long. Cette impulsivité ne s'exprimait pas de la même manière, mais c'était définitivement un point qu'ils avaient en commun.


Affaire à suivre…