Bonjour à tous,
(Comme je ne suis pas là du weekend, occupée et sans Internet notamment, je publie dès maintenant.)
En toute honnêteté, ce chapitre et le suivant n'existeraient pas si quelqu'un (une certaine lectrice qui se reconnaitra !) ne m'avait pas soufflé il y a bien des chapitres de cela qu'elle attendait un certain évènement à l'issu d'une affaire antérieure. Et je dois dire qu'en concevant et montant cette ultime affaire eh bien, ça m'a permis de raccorder plein de petits détails qui participent grandement à la –presque- bonne tenue de cette affaire.
Mais je pense qu'elle n'était pas la seule à vouloir voir cet évènement se dérouler :p
Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz
Affaire 24 : Jour de félicité
Mathias ne pouvait nier qu'il avait été angoissé et aux aguets toute la semaine. Mais aujourd'hui était un jour particulier qu'il ne voulait pas entacher. Ce devait être un jour de félicité, loin de tout le marasme de son passé, qui était tout dédié à Antonio et Lovino. Lui, Lukas et Emil avaient été conviés à leur mariage et il ferait l'effort de mettre de côté ses préoccupations. Ajouté à cela, il était en un sens soulagé de se savoir en vacances. Plus besoin d'aller au travail tous les jours, quand bien même cela lui permettait dans la journée de détourner son attention, et ainsi plus besoin d'opérer de multiples détours, de rentrer à pas d'heure et de bredouiller des excuses face au regard perplexe de Lukas.
Mathias se contempla dans le miroir, le torse bombé, habillé sur son trente-et-un. Il lissa les pans de sa veste bleu gris que Lukas l'avait aidé à choisir. Il n'avait trop su dans quelle couleur s'habiller pour l'occasion, ni même comment la journée allait se dérouler véritablement, mais il avait opté pour une chemise légère blanche et cette veste ouverte. Formelle et décontractée tout à la fois. Parfait. Il sourit à son reflet, d'un air déterminé.
Rien ne viendrait gâcher le mariage de ce couple qui comptait désormais parmi ses amis.
Il tourna les talons et alla retrouver Lukas dans sa chambre. Ce dernier avait une liasse de papier en main et, un doigt songeur sur le menton, était perdu dans ses pensées.
Mathias lui sauta au cou par derrière.
- On laisse tomber le boulot pour aujourd'hui !
- Plus vite j'aurais fini de faire le tour de mes témoins, mieux je progresserai.
- Lukas, le sermonna Mathias, c'est jour de mariage. Tu peux décrocher deux secondes.
- Un homme est mort et un coupable usurpateur d'identité est en cavale.
- Et la police fait son travail.
Lukas serra les dents. Ce n'était pas la chose à mentionner devant lui apparemment. Il marmonna quelque chose. Soudain, il fit volte-face et s'accrocha au cou de Mathias.
- Dis, tu ne veux pas y aller en mon nom également ?
Mathias pouffa de rire avant de réaliser que Lukas était on ne peut plus sérieux.
- Tu déconnes ? M'enfin, Lukas ! Ils nous ont invité tous les trois. Tu ne vas pas les planter comme ça, tout de même.
Lukas s'enferma dans une expression impassible et haussa les épaules. Mathias engloba aussitôt son visage entre ses mains.
- Ah non. L'expression je-m'en-foutiste dans le genre « ça ne m'atteint pas », ça prend pas avec moi. C'est une question de politesse envers des amis.
Lukas laissa donc tomber son masque et prit un air boudeur en détournant le regard de son compagnon.
- J'ai une enquête. Sans compter qu'Antonio est ton ami, à toi. Moi, je n'ai fait que les sortir du pétrin.
- Tss, tss ! Je veux rien entendre. Tu ramènes tes fesses avec les miennes. Point.
Lukas soupira et abandonna ses papiers sur le bureau. Mathias l'embrassa sur le front avant d'aller voir Emil qui trainait également. Il eut l'impression d'être un parent ayant à trainer de force deux garnements récalcitrants à une réunion de famille. Ce qui lui rappelait des souvenirs qu'il chassa bien vite. Tout le long du trajet, il leur fit la leçon, ne se départissant pas d'une puissante gaieté.
Il ne voulait pas croire qu'il en faisait trop, mais il savait bien au fond de lui qu'il se cachait derrière cette bonne humeur.
Antonio et Lovino avaient opté pour un mariage à l'église, surtout selon le souhait d'Antonio pour qui la foi occupait une place importante dans sa vie. Sur le parvis de ce petit édifice rouge et blanc dans la banlieue campagnarde d'Oslo, les deux fiancés accueillirent leurs convives avec joie, quand bien même Lovino avait du mal à l'exprimer autrement que par son caractère habituel, c'est-à-dire en se retranchant derrière les insultes.
Peut-être bien fidèles à leur caractère latin, Ottavio enlaça chacun des invités suivi de près par Feliciano et Valeriano, qui avait fait tout le trajet depuis San Remo en compagnie de sa conjointe Stéphanie. Le grand-père et le frère de Lovino avaient beau avoir été tout autant aux premières loges que Lukas et Emil pour le meurtre de Zoltàn Hédèrvàry, il apparaissait aujourd'hui que l'heure était à la fête et à la célébration, que l'aîné de la fratrie était à l'honneur et que rien ne pouvait ni ne devait entacher cette belle journée ensoleillée.
- Et son autre grand-père, Pietro, c'est ça ? demanda Mathias après l'accolade chaleureuse d'Ottavio
- Ah, des examens de santé, le pauvre !
Lorsqu'on connaissait la relation entre les deux patriarches, on était en droit de se demander s'il se sentait sincèrement désolé pour Pietro. Mais qu'importe ! Lumineux dans ses habits pourpres, Ottavio tournoya presque pour aller serrer Lukas et Emil dans ses bras.
Stéphanie salua poliment les trois hommes quoique les lèvres pincées. Elle avait surement encore le goût des vacances quelque peu gâchées par la bourde de son époux que le détective avait révélé au grand jour. Lukas se contenta d'un vague sourire poli. Il avait autre chose en tête et il n'en avait que faire de la nostalgie amère d'autrui.
La cérémonie n'avait même pas commencé que Feliciano était déjà en larmes.
- Mais arrête donc de chialer, grogna Lovino le rouge aux joues, gêné
- Mais mon grand frère… hoqueta Feliciano, mon grand frère qui se marie, c'est…
- Oh mon petit Feli ! s'exclama son grand-père en venant aussitôt l'enlacer
Mathias, Lukas et Emil étaient arrivés un peu en avance. La famille de Lovino quoique réduite était d'ors et déjà sur place depuis la venue des futurs époux. De toute façon, Lovino avait été très méticuleux sur le choix de ses invités et s'était contenté du strict minimum. Le fait est qu'il ne comptait pas d'ami à ses yeux, révélant un caractère solitaire.
Jaillissant hors de l'annexe de l'église où se trouvaient les toilettes, Simão, le cousin d'Antonio, faisait aussi partie des premiers arrivés, et pour cause, il était monté à bord de la même voiture que son cousin. Il serra chaleureusement les mains des trois nouveaux venus, un peu plus fermement celle de Lukas en souvenir de leur rencontre. C'était là le seul membre de sa famille leur apprit Antonio en passant un bras par-dessus l'épaule de Simão qui fit de même. La ressemblance physique était assez troublante, d'ailleurs.
- C'est pas comme si j'avais voulu inviter que lui, mais…
Une ombre passa sur le visage d'Antonio, dont la jovialité rivalisait pourtant avec le soleil. Simão cracha par terre par dégoût.
- Faut croire que y a des crétins partout.
- Ah ah ! C'est un peu dur quand même, ça, Simão.
Son cousin croisa les bras.
- Ah non. Je serais inflexible là-dessus. Heureusement que j'ai bataillé, petit insolent, sinon je serais pas là aujourd'hui !
Il attrapa Antonio et lui ébouriffa vigoureusement les cheveux.
- Attention, tu vas me décoiffer !
- Tu n'as jamais été coiffé, mon cher Antonio ! le héla une voix
Mathias, Lukas et Emil ne manquèrent pas d'être estomaqués en découvrant Francis Bonnefoy débarquer comme une fleur, main dans les poches de son costume trois pièces crème. Derrière lui se tenaient Arthur Kirkland, son compagnon bougon, et Tania, sa fille qui, faisant fi de la génétique, considérait avoir trois parents, deux papas et une maman.
En découvrant Emil, la jeune fille sauta d'ailleurs de joie. Ni l'un ni l'autre ne s'était attendus à se revoir ce jour-là, comme en témoignait l'air abasourdi d'Emil. Une simple journée au parc à aider Tania en avaient définitivement fait de bonnes connaissances qui échangeaient régulièrement, et ce qu'importent leurs dix ans de différence. Tania était une jeune adolescente, mais cela n'affectait que peu leur amitié. Elle vint lui sauter au cou et s'élança aussitôt dans un récit détaillé des dernières aventures qui lui étaient arrivées, photos à l'appui.
Le couple de Francis et Arthur, digne d'un véritable ménage de cinquantenaires alors qu'ils en avaient vingt de moins, parut tout aussi surpris de découvrir le détective et son acolyte dans ces circonstances. Mathias et Lukas, quant à eux, apprirent la raison de leur présence en voyant Francis planter deux grosses bises sonores sur chacune des joues d'Antonio. Il voulut faire de même avec Lovino, mais celui-ci le rejeta aussitôt et alla trouver refuge derrière son fiancé. Arthur se montra bien plus sobre et se contenta de salutations frugales en serrant les mains de tous.
- Eh mais alors ! s'exclama Mathias en pointant tour à tour Francis et Stéphanie, le monde est petit !
Il réalisa en effet qu'Antonio était ami avec Francis, lequel était le frère aîné de Stéphanie, laquelle était la compagne de Valeriano, lequel était le cousin de Lovino, lequel était le fiancé d'Antonio. La boucle était bouclée.
Mathias n'était pas au bout de ses surprises et ne s'attendait clairement pas à voir Manon et Carlos se joindre à eux. Il se frappa le front.
- J'oubliais que tu connaissais Antonio !
Ayant fait le voyage exprès pour l'union d'un ami de longue date, Manon pouffa de rire face à l'air ahuri de Mathias.
- Je savais que je te retrouverai là. J'ai voulu te faire une surprise.
- Et quelle surprise !
Le cœur allègre, Mathias sauta au cou de Manon et salua chaleureusement Carlos qui lui répondit par une poignée de main affectueuse. Puis, la jeune femme vint embrasser et féliciter Antonio et Lovino. Ce dernier n'en pouvait plus de rougir et d'être gêné. Manon lui empoigna les mains vigoureusement.
- Comme tu es adorable, Lovino. Vous formez un très, très beau couple tous les deux.
- De véritables rayons de soleil ! renchérit Carlos
- Pour l'instant, c'est plutôt ma petite tomate, plaisanta Antonio
Lovino tenta de cacher son visage, plaqué contre l'épaule d'Antonio. Son grand-père lui assena une claque amicale en s'esclaffant.
- Nous sommes presque au complet, déclara Antonio le sourire jusqu'aux oreilles
- Quoi ? C'est tout ? s'indigna presque Valeriano
Mathias était lui-même quelque peu étonné. Il avait tant entendu parler de ces mariages méditerranéens, italiens notamment, en grande pompe où les vingt-quatre heures de la journée peinait à contenir toutes les festivités, et où il fallait compter sur la présence au bas mot d'une cinquantaine de personnes. Mais pour l'heure, il n'était qu'une quinzaine.
Antonio et Lovino avaient, semble-t-il, opéré des choix dans leur cérémonie. L'un avait invité principalement des amis, ceux qu'il avait de plus chers, ainsi que leurs compagnons, et l'autre s'était tourné vers les membres de sa famille. Exprimant difficilement son affection, c'en était même une marque d'amour de la part de Lovino que d'avoir à ce point restreint ses invités. Au final, Mathias, Lukas et Emil figuraient comme les seuls hôtes communs aux fiancés.
- Bah qu'est-ce tu crois ? lui rétorqua Lovino en se décollant à peine d'Antonio, ça coûte cher de ramener tout le monde en Norvège, oh !
- Mon petit Lovi, je pouvais bien participer à l'évènement, comme tout bon membre de la famille qui se respecte lors d'un mariage.
Ottavio secoua la tête, comme désespéré.
- Ah non ! C'est notre affaire à moi et Tonio.
Soudain, Francis attira l'attention de tous sur une Mercedes-AMG en train de se garer. Il frappa fort dans ses mains et ajusta le catogan qui relevait ses cheveux.
- Voilà ton dernier invité, Tonio !
Aussitôt, Antonio s'élança excité comme une puce vers la voiture, et attrapa Francis au passage, tout aussi impatient que lui. Bras dessus bras dessous tels les compagnons de longue date qu'ils étaient, ils se jetèrent sur le nouveau venu.
- Oh pétard, mes lascars ! Quelle tuerie de vous retrouvez !
La voix rauque s'exprimait avec une force déconcertante, comme pour s'adresser à tout individu à des kilomètres à la ronde.
- Olala ! Arrête, j'en aurai presque les larmes aux yeux !
- Tellement content de vous avoir avec moi, les potos !
- Ramenez-vous que je vous étouffe, mes gaillards !
Les trois hommes s'enlacèrent dans une étreinte acharnée qui dura une longue minute que ne manqua pas de commenter Arthur d'un soupir.
- On est mal barré, souffla-t-il
Lovino ne pouvait qu'approuver tant il paraissait déjà las de devoir faire face à ces trois joyeux larrons. Au contraire, Feliciano acclamait cette arrivée, le sourire jusqu'aux oreilles, sautillant sur place. Entrainé par leur bonne humeur, Mathias éclata de rire et était bien curieux de rencontrer cet ami qui achevait de former, semblait-il, un trio de joyeux compères.
Cependant, lorsque Francis et Antonio s'écartèrent pour laisser respirer leur ami et qu'ils rejoignirent les autres, Mathias se sentit blêmir à vue d'œil.
Caché derrière des lunettes de soleil, l'ami d'Antonio avait les cheveux blancs, quand bien même il paraissait tout aussi jeune que ses complices. La démarche assurée, il avait les jambes arquées d'un cavalier expérimenté et se tenait un peu voûté, les mains dans les poches de son pantalon. Ils pouffaient encore de rire, ses lèvres remontant plus d'un côté que de l'autre, lorsqu'ils arrivèrent devant le groupe de convives. N'y tenant plus, Feliciano s'élança vers lui, bras en l'air et l'accueillit avec joie d'une étreinte joyeuse.
- Gilbert ! Ça faisait tellement longtemps !
- Eh ! Mais c'est le petit Feliciano. Toujours aussi mignon, toi.
Il lui tapota la joue.
Mathias se raccrocha au maigre espoir que les lunettes de soleil cacheraient un tout autre visage. Mais lorsque Gilbert les ôta, elles découvrirent des yeux d'albinos. Avant que le nouveau venu ne pose son regard sur lui, Mathias tourna aussitôt les talons et prétexta filer aux toilettes. Lukas lui jeta un coup d'œil interrogateur sans obtenir de réponse, s'en étant déjà allé.
Gilbert ne s'attarda pas sur cette silhouette qui s'échappa pour une envie pressante. Il vint serrer respectueusement la main d'Ottavio.
- Où étais-tu donc vendredi soir mon garçon ?
Gilbert haussa les épaules.
- Oh, vous savez, moi, les fêtes mondaines et les trucs d'aristo… Mon paternel et mon frangin, c'était bien suffisant pour faire le tour !
Ottavio et lui s'esclaffèrent. Le patriarche ne mentionna pas la tragédie, mais il était certain que Gilbert avait dû en entendre parler. Ils avaient vraisemblablement à cœur d'épargner le mariage d'Antonio et de Lovino de tout funeste événement.
Il serra les mains des autres, puis vint se planter en dernier devant Lovino, le menton relevé. Le fiancé d'Antonio n'en menait pas large, effrayé par cette attitude débordant d'une confiance presque impétueuse.
- Alors, c'est toi, Lovino ? Il a un bon goût, le Tonio !
Et il éclata d'un rire tonitruant.
Antonio vint enlacer son fiancé, sentant bien que Gilbert le décontenançait par son attitude hardie.
- Allez ! Maintenant que nous sommes tous réunis, et je vous remercie d'ors et déjà pour votre présence mes amis, je vous invite à prendre place.
Alors que le groupe pénétrait dans l'église où l'attendait l'ecclésiastique prêt à célébrer l'union d'Antonio et Lovino, Mathias était effondré sur la cuvette des toilettes.
Dans sa tête, c'était comme un horrible arrêt sur image, figé sur le visage de ce Gilbert. Il s'agissait de l'albinos qu'il avait croisé vendredi soir. L'albinos de ses cauchemars qui transportait des souvenirs parmi les plus douloureux de Mathias.
Il inspira et expira profondément pendant de longues minutes.
Il ne pouvait décemment pas se permettre de rater le mariage d'Antonio et Lovino. Lui-même avait mis un point d'honneur le matin même à ce que tous les trois soient présents et dans la meilleure humeur possible. Il s'était réveillé ce matin en se promettant de faire de son mieux pour ne pas entacher leur journée. Et il avait sincèrement à cœur de participer à la célébration sous les meilleurs auspices !
Il se leva pour rejoindre le petit évier et s'aspergea le visage comme pour se ressaisir.
Il n'avait qu'à faire comme si de rien n'était, comme si tout allait bien. Juste pour aujourd'hui. Antonio et lui s'appréciaient mais en dehors de cela, il pourrait bien s'échapper rapidement après le plus gros de la cérémonie. Antonio ne lui en tiendrait certainement pas rigueur, et Lukas et Emil seraient bien trop ravis de pouvoir retrouver leurs bulles respectives. Oui, juste pour aujourd'hui, il devait fournir un effort. Mais tout se passerait bien. S'il ne faisait pas mine de le reconnaitre, ce Gilbert non plus n'aurait pas de raison de trahir leur lien. Après tout, en tant qu'ami proche d'Antonio, il n'avait certainement aucune envie de gâcher le mariage. N'est-ce pas ?
La gorge serrée, Mathias alla retrouver les autres dans l'église, prenant place aux côtés d'Emil. Il sentit Lukas lui jeter un coup d'œil et le rassura d'un large sourire. Bientôt, la cérémonie commença.
Affaire à suivre…
