Bonjour à tous,
Comment vous dire que je n'y connais pas grand-chose en mariage… Je n'en ai pas vécu beaucoup, très personnel dans leur genre et en petit comité, et moi-même ne suit pas une adepte de la foule. Sans parler de l'aspect religieux où j'ai un peu dû potasser… De même pour les spécificités italiennes et espagnoles, j'ai demandé à des personnes de là-bas. Autant vous dire que c'est un gros mix entre les deux pays mais aussi la Norvège, vu que ça se passe là-haut. Bref. J'espère que c'est pas trop farfelu comme déroulé ah ah
Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz
Affaire 24 : La célébration
Nul besoin de remonter l'allée pour l'un comme pour l'autre, Antonio et Lovino se faisaient d'ors et déjà face, l'émotion palpable dans le regard qu'ils s'adressaient. Le pasteur entama la liturgie en demandant la bénédiction divine sur la vie du futur couple. Puis, les fiancés échangèrent leurs promesses mutuelles.
Sur le banc à l'avant, Feliciano ne pouvait s'empêcher de renifler et Valeriano lui fournissait mouchoir sur mouchoir, s'en gardant discrètement un au passage. Ottavio avait croisé les bras et se tenait bien droit, quoique les yeux embués. Du côté des invités d'Antonio, on n'était pas en reste. Manon avait mal à la mâchoire tant son sourire cherchait à s'étirer à l'infini. Francis tapotait élégamment le coin de ses paupières fardées, tandis qu'Arthur levait les yeux au ciel. Gilbert quant à lui serrait les poings sur ses genoux, guindé sur le banc par fierté.
Après quoi, Antonio et Lovino prononcèrent leurs vœux. Simão, témoin de son cousin, et Feliciano, témoin de son frère, apportèrent les alliances. L'Italien trébucha sur la marche de l'estrade, lâchant au passage un hoquet de surprise caractéristique, et se présenta la morve au nez face à son frère. Mais celui-ci était tellement stressé qu'il n'entendait que les battements de son cœur et ne voyait rien d'autre que cet anneau dans l'écrin de la petite boîte. Antonio et Lovino se firent de nouveau face, puis passèrent délicatement l'alliance au doigt de l'autre, quoique l'un et l'autre tremblaient un peu sous le coup de l'émotion, submergés.
Les doigts entrelacés, ils inspirèrent profondément et attendirent les derniers mots de la part du pasteur, plongeant dans le regard l'un de l'autre.
- Vous pouvez embrasser le marié.
Antonio avança à peine la tête que Lovino fondit sur lui, plaquant brutalement ses lèvres sur les siennes tandis que de grosses larmes de joie dévalaient ses joues précipitamment. Il serra fort les mains d'Antonio dans les siennes et son désormais époux répondit à ce baiser avec passion. Antonio n'était pas en reste. Tout tremblant d'émotion, il passa une main dans les cheveux de son bien-aimé, percevant à peine les applaudissements qui fusèrent de la part de leur modeste mais précieuse assistance.
Au dernier rang, Mathias se moucha bruyamment. Il était d'ordinaire déjà sensible, mais avec l'angoisse et les préoccupations qu'il avait accumulées ces derniers temps, la corde vibrait d'autant plus facilement. La joie émue s'épanouissant sur les visages d'Antonio et Lovino était telle qu'elle occulta tout le reste aux yeux de Mathias, même la présence de ce Gilbert à quelques mètres de lui devant pourtant.
Les invités suivirent alors les témoins, ou plutôt suivirent-ils Simão qui soutenait un Feliciano chancelant tant il pleurait comme une madeleine jusqu'à la sortie. Là, ils récupérèrent des ballotins de pétales d'œillets et de cyclamens de Naples qu'ils jetèrent sur les jeunes mariés à leur sortie de l'église, en référence à leurs terres d'origine respectives, symbolisant un peu plus encore leur union. Aussitôt, Francis s'improvisa photographe talonné par sa fille qui brandit son téléphone.
- Allez, allez, on s'embrasse les tourtereaux !
Lovino grimaça, faussement contrarié, tandis qu'Antonio éclatait de rire. Sans crier gare, il attrapa son époux cramoisi par le bassin, l'attira à lui et le bascula en arrière tout en l'embrassant. Gilbert les siffla, hilare.
C'est alors que Gilbert aperçut pour la première fois nettement le visage du seul invité qu'il n'avait pas eu l'occasion de saluer. Il se figea, passa au ralenti de la surprise la plus totale à la colère la plus sombre, tandis que tous les autres n'avaient d'yeux que pour les jeunes mariés.
Mathias s'arrêta aussitôt dans son mouvement et perdit toutes ses couleurs. Il savait que ce moment finirait tôt ou tard par arriver. Dès lors que ce Gilbert avait fait son entrée, il était impossible pour lui d'échapper à la confrontation. Mathias voulut tenir sa promesse intime et sourit, fidèle à l'image qu'on avait de lui, goguenard, bon vivant. Le visage de l'albinos ne se déforma pas, seul ses yeux se rétrécirent lentement, comme un film développé image par image, marqués par un éclat de violence accentué par la couleur rouge singulière de l'iris. Tout s'effaça autour d'eux telle une aquarelle trempée dans l'acidité de leurs souvenirs communs. La peinture aux couleurs chatoyantes célébrant un mariage un beau jour d'été s'estompait tandis que roulait à leurs oreilles le tonnerre du passé. Les deux hommes se faisaient face dans leur bulle hors du temps et de l'espace, transportés des années en arrière. Le poing de Gilbert était serré sur les derniers pétales qui coulèrent sur le sol comme des feuilles mortes. Il rehaussa le menton et ne cligna des yeux que lorsqu'il décida qu'il était temps de retrouver la félicité de son meilleur ami. Alors seulement, tout reprit vie autour d'eux et ils furent assaillis par les exclamations de joie, les rires et les discussions.
Mathias ne le quitta pas des yeux quand bien même Gilbert le dédaignait désormais. Il recula d'un pas, effrayé car parfaitement conscient de ce qui se cachait derrière ce regard de braise. C'était comme si son cœur même s'était arrêté de battre, terrassé, au lieu de s'accélérer. Comprimé dans sa poitrine, Mathias dut porter une main à son cœur pour s'assurer qu'il était toujours là, bien vivant.
- Eh allez ! Qui c'est que j'emmène dans ma super bagnole ? Feliciano, je t'en prie.
D'une euphorie insolente, Gilbert avait retrouvé son entrain. Il mit genou à terre devant le jeune homme et lui offrit une main galante. Feliciano pouffa de rire avant de lui tapoter gentiment la tête puis trotta jusqu'à son grand-père.
En effet. Mathias avait vu juste. Il n'avait pas voulu perturber le mariage de son ami. Mais cela lui en coutait clairement.
- Dès le premier regard, il ne t'aime pas. A vrai dire, moi aussi c'était au premier regard.
Mathias sursauta et se tourna brusquement vers Lukas. Ce dernier avait voulu titiller Mathias en jouant sur les mots, mais son compagnon parcouru de sueurs froides ne saisit pas. Au contraire, il paniqua aussitôt.
Non ! Hors de question que Lukas sache quoi que ce soit !
Les deux univers étaient entrés en collision mais n'avaient pas encore explosé, comme des bulles de savon qui, appuyant l'une sur l'autre, se comprimaient, se tordaient, mais ne daignaient pas encore éclater. Mathias pouvait encore sauver les apparences. Aussitôt, il fit volte-face vers Emil à ses côtés, l'attrapa par les épaules et l'entraina gaiement vers la voiture. Il proposa à Manon et Carlos de monter à bord, le couple ayant emprunté les transports en commun pour arriver jusque là. Ils acceptèrent avec joie.
Là ! Lukas n'oserait pas lui poser de questions pendant le trajet.
Ils passèrent par la mairie pour achever la cérémonie et officialiser l'union d'Antonio et Lovino. Mathias aurait voulu en rester là mais ayant agi dans la précipitation, il ne pouvait décemment pas laisser tomber Manon et Carlos. Sans compter que s'il décidait de rentrer, Lukas lui imposerait assurément un florilège de questions. Quitte à devoir souffrir de la vue de Gilbert et de ce qu'il symbolisait, Mathias préférait encore cela que de devoir s'expliquer auprès de son compagnon. Au moins, il était certain que ce Gilbert ne ferait pas d'esclandre par respect pour son meilleur ami.
Ils rejoignirent par la suite la salle de restaurant loué pour l'occasion, sur une colline au nord d'Oslo, surplombant la capitale et offrant une vue magnifique du fjord depuis la terrasse où se déroulait la fête. Les tables en U avaient été dressées sous une pergola dont les grappes de raisins ne manquaient pas de rappeler l'Espagne et l'Italie, qui était clairement mises à l'honneur. La décoration tout comme le menu apportait l'ambiance et la chaleur de cette méditerranée latine. Les traiteurs avaient savamment alliés les saveurs épicées et sucrées de chacun des pays, de quoi régaler les cinq sens dans un carnaval de plats à n'en plus finir.
Le plan de table donna des sueurs froides à Mathias lorsqu'il s'aperçut qu'il était certes en diagonale à la table d'en face, mais bien en vue de Gilbert. Coincé entre Lukas et Emil, son compagnon faisait barrage avec Carlos et Manon qu'il aurait pourtant adoré avoir à ses côtés pour converser. Il se tourna donc sur sa droite et tint la jambe à Emil, évitant ainsi d'avoir à affronter Lukas.
Dès l'apéritif, Ottavio prit la parole, hélant tout le monde d'un petit coup de fourchette sur sa coupe de vin. Il entama avec émotion un discours sur l'importance que revêtait cette union et combien son petit-fils comptait pour lui. Lovino rougit. Il savait pourtant qu'il serait au centre de toutes les attentions toute la journée durant mais il ne pouvait s'en empêcher.
- Et maintenant, laissez-moi vous chanter une ode à l'amour de ma voix de ténor.
- Même pas en rêve ! Retourne t'assoir direct, bordel ! l'arrêta aussitôt Lovino
On en rit gaiement. Se prêtant au jeu, Antonio n'y coupa pas et c'est Simão qui se chargea volontiers de détailler la vie et surtout les quatre cents coups de son cousin, dont la jeunesse était digne d'un brigand des temps jadis. Francis et Gilbert avaient préparé une petite surprise pour Antonio, une collection de clichés compromettants qu'ils diffusèrent sur projecteurs entre deux entrées. Bien loin d'être avares de commentaires, ils prodiguèrent nombre détails qui rendirent Antonio tout à la fois hilare et embarrassé.
- Olala, les gars, franchement ! J'étais bourré !
- Il n'empêche, mon cher Tonio, que tu as mis le feu cette nuit-là et pas qu'à la scène.
Gilbert éclata de son rire caractéristique, un brin railleur.
Feliciano adressa une chanson à son frère aîné. Il était d'abord bien parti, s'élançant d'une voix claire et entrainante, jusqu'à s'émouvoir de lui-même et de se voir secouru par Valeriano qui acheva la chanson à sa place. Lovino frappa alors du poing sur la table et se redressa.
- T'es sérieux, Feli ? Jusqu'au bout, putain !
- Mais c'est que vous êtes beaux, balbutia Feliciano entre deux sanglots et s'écrasant sur sa chaise, et que vous devez être heureux.
L'alcool n'était peut-être pas innocent dans l'émotivité du jeune homme.
Mathias était bien heureux de constater que Gilbert n'avait de toute façon pas d'attention à lui accorder vraisemblablement. Il prit néanmoins soin de se faire tout petit et de contenir ses élans d'allégresse ordinaire. Il ne cessait d'apercevoir Lukas du coin de l'œil. Inquisiteur et prêt à l'interroger à la moindre opportunité, Lukas s'agaça de son comportement et le bouda finalement dans un claquement de langue avant de se tourner vers Carlos et Manon. Ces derniers le sollicitaient de toute façon pour entendre ce qu'ils nommaient, outrageusement selon Lukas, ces milles et une aventures de détective.
En plein après-midi, alors qu'on abordait seulement les plats de résistances, on lança une tarentelle. A croire que les Vargas avaient ça dans le sang, et peut-être bien, mais tous les membres de la famille présente sautèrent aussitôt sur leurs pieds et formèrent une ronde, entrainant avec eux les autres. On en créa une deuxième, on passait sous les bras les uns des autres, on s'emmêlait, se démêlait au rythme de la musique. Il fallut attendre la mise en place du buffet à desserts pour qu'Antonio et Lovino initient solennellement les danses en couple. Les autres binômes eurent tôt fait de se former.
Emil n'était pas un grand adepte de la danse, mais il ne put se résoudre à repousser Tania. La jeune fille trépignait et l'entraina sur la piste, toute guillerette. Lukas, pour sa part, n'aimait pas du tout danser et Mathias n'avait aucune envie de rester assis à ses côtés pour le moment. Son compagnon le dédaignait de toute façon. Mais si c'était le prix à payer pour qu'il le laisse tranquille… se dit-il en se mordant la lèvre inférieure. De fait, lorsqu'il s'aperçut que Simão n'avait aucun partenaire, il sauta sur l'occasion.
Antonio avec Lovino, et Francis avec Arthur, Gilbert se retrouva bien vite seul à sa chaise à les observer, sirotant sa boisson. Son regard rouge finit par se poser sur Mathias. Il avait fait de son mieux mais n'avait pas pu s'empêcher de lorgner sur lui du coin de l'œil de temps à autres. Se crispant naturellement à sa vue, cela lui demandait un effort surhumain de ne pas exploser. Il avala cul-sec le reste de son verre et s'en resservit un autre sur-le-champ.
- Oh, allez, papy, geignit Feliciano de l'autre côté de la table
Mais Ottavio balaya l'air de la main et demeura assis sur sa chaise. Il attrapa son verre de vin.
- Je ne suis plus tout jeune, mon petit Feli. Mais je suis sûr que tu trouveras bien quelqu'un d'autre.
Feliciano lâcha un petit soupir déçu avant d'apercevoir Gilbert. Retrouvant aussitôt sa gaieté, il sautilla jusqu'à lui.
- Gilbert !
Ce dernier manqua de s'étouffer en entendant son prénom, trop concentré qu'il était sur la carrure de ce type qui faisait mine de rien avec le cousin d'Antonio. Ses joues rosirent lorsque Feliciano lui attrapa les deux mains et l'obligea à se lever. D'un sourire enfantin et tout à fait innocent, il l'incita à le rejoindre sur la piste de danse. Le cœur de Gilbert se réchauffa doucement. Il n'y avait bien que Feliciano qui avait ce pouvoir étrange de l'apaiser en toute circonstance.
Le jour déclina petit à petit, quoique le soleil se couche tard en cette saison. On alluma des bougies sur les tables tandis qu'on amenait le gâteau de mariage. Antonio et Lovino vinrent le trancher et on s'en régala. On dansa encore, on but encore, on rit encore à gorge déployée et on dut bien se séparer à un moment donné. On félicita une dernière fois les jeunes mariés, leurs adressant des vœux de bonheur et de longévité.
Mathias proposa à Manon et Carlos de les ramener où qu'ils logent. C'était de nouveau une opportunité pour lui d'éviter les questions embarrassantes de Lukas. Devant leur hôtel, légèrement en banlieue, il sortit de la voiture pour saluer le couple. Lukas et Emil somnolaient dans l'habitacle, ce qui arrangeait bien Mathias.
- Merci beaucoup, Mathias.
Manon vint l'enlacer chaleureusement et Mathias ne se priva pas d'y répondre, tentant désespérément comme d'échapper à cet étau qui le prenait de plus à plus à la gorge. La jeune femme lui avait toujours fait penser à cette sœur qu'il avait pourtant remisée dans le passé.
Ils échangèrent une accolade amicale avec Carlos. Puis, il les observa disparaître à l'intérieur de l'hôtel.
Mathias reprit alors la route pour le 4 Meltzers gate dans un lourd silence. Toute l'adrénaline de la journée commençait à redescendre et il se sentait de plus en plus fébrile. Agrippant le volant fermement, il se concentra sur la route. Mais ses pensées divaguèrent et tout ce qu'il avait vécu aujourd'hui s'enchaina à une vitesse folle dans le cinéma de sa mémoire. A chaque vision, il voyait quelque part le visage de Gilbert.
Il s'appelait donc Gilbert. Il ne l'avait jamais su.
Il se mordit la lèvre inférieure, la gorge nouée. Il n'aurait su définir en un seul terme cette journée qui, de son point de vue, avait vu s'enchainer la félicité la plus pure et la plus tendre et l'angoisse pétrifiante, tranchées par ce regard rouge porteur d'une fureur sourde. Mathias ne pouvait que reconnaitre qu'elle était légitime. A cette pensée ravivant ces souvenirs funestes, il sentit ses yeux s'embuer. Il s'efforça d'être silencieux. Bientôt, il sentit la main ensommeillée de Lukas lui caresser tendrement la cuisse. Il n'avait pas la force de lui faire face et se contenta de garder le regard fixé sur la route.
Cette nuit-là, ils dormirent ensemble. Harassé par cette semaine oppressante, Mathias trouva malgré tout rassurant de pouvoir se coller au dos nu de Lukas, aussi paradoxale cela soit-il, enfouissant sa tête dans la nuque de son compagnon, et s'accrochant à lui avec la force du désespoir.
Affaire à suivre…
