Bonsoir à tous,
De nouveau un weekend plutôt chargé pour ma part, je vous poste le chapitre un peu en avance. Vous l'aurez compris, les choses vont de plus en plus mal. Mais si seulement ça s'arrêtait là ! x)
Bonne lecture !
Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz
Affaire 24 : Tragédie du lundi matin
Lukas reçut l'appel lundi dans l'après-midi. Il était plongé dans son enquête sur Zoltàn Hédèrvàry, touchant à la fin de son second tour. Il avait de nouveau passé en revue le plus grand nombre de témoins, personnel comme invités, dans l'espoir d'établir le portrait-robot de l'intrus. Même au bout de ce processus, les éléments récoltés étaient toujours aussi maigres et le portrait était peu évocateur à la majorité. Le détective avait une dernière personne dont il voulait quérir l'opinion, mais à peine l'idée lui avait-elle traversé l'esprit qu'il reçut cet appel.
- Euh… Lukas ? Salut, désolé de te déranger.
A l'autre bout du combiné, la voix d'Antonio était faible et hésitante.
A son bureau, Lukas haussa un sourcil perplexe, se demandant sincèrement ce qu'il lui voulait, et surtout pourquoi il entamait la conversation d'une voix aussi éteinte. Antonio était d'ordinaire si joyeux et rayonnant, ou bien impétueux et colérique par moment, qu'on l'imaginait difficilement épuisé.
- Je… je sais pas trop comment aborder la chose, en fait.
Lukas l'entendit déglutir puis inspirer profondément. Sa voix se fit plus tenue encore comme pour se cacher.
- Il s'est passé quelque chose ce matin…
Lukas n'avait toujours pas dit un mot. Il attendit patiemment qu'il poursuive, quand bien même il tapotait d'un doigt impatient les feuilles du dossier sur le meurtre.
- C'est à propos d'Ottavio. Euh… il…
Pour la première fois de sa vie, Lukas entendit Antonio lâcher un chapelet d'injures au loin. Il devait avoir éloigné le combiné. Il perçut à nouveau plusieurs inspirations, lentes et maitrisées.
- Ok. Ok… Voilà, Ottavio est décédé ce matin.
A l'autre bout du fil, Antonio renifla fort, contenant surement son émotion.
Lukas pouvait bien comprendre la peine que pouvait engendrer la perte d'un être cher, fussent les deux hommes seulement liés par Lovino. En revanche, ce qui lui échappait totalement, c'était la raison de cet appel. Certes, il connaissait également Ottavio Vargas, mais le prévenir moins de douze heures après sa disparition était quelque peu incongru. Cela lui sauta alors au visage. Il se releva brusquement de son siège, les yeux écarquillés.
- Un homicide ?
Il avait prononcé le mot distinctement, sans détour, et ne réalisa qu'après coup qu'il avait encore Antonio au bout du fil, lorsqu'il l'entendit sangloter et articuler difficilement. Son norvégien lui échappa même et il se retrouva d'abord à parler en espagnol, très vite et de manière très confuse. Au bout de quelques minutes, il retrouva un calme apparent et put s'adresser à Lukas sans craquer.
- Tu as deviné juste. Bien sûr, la police est sur le coup, mais… tu sais, Lovino, depuis mon accusation et ma garde à vue la dernière fois… enfin, je me suis dit que ça lui ferait du bien de savoir que tu enquêtes sur… la disparition de son grand-père. Il est… Lovi est furieux.
Il s'arrêta là, renifla encore un peu.
Plus encore de savoir dans quel état se trouvait la famille Vargas, et il imaginait bien le caractère dévastateur de la nouvelle du décès d'Ottavio, Lukas était particulièrement perturbé d'apprendre qu'un autre meurtre avait eu lieu à une semaine d'intervalle, peu ou prou. Plus encore, tous les éléments s'alignèrent dans son esprit. Ottavio Vargas avait été présent à la réception. Ottavio Vargas comptait parmi les proches de Zoltàn Hédèrvàry. Lukas ne pouvait pas croire que c'était une pure coïncidence que de se retrouver avec deux homicides.
Ottavio avait-il été témoin de quelque chose ? Que ce soit en rapport avec le meurtre ou le vol. Ou bien avait-on une raison particulière d'en vouloir à Ottavio ?
L'esprit de Lukas bouillonnait tout à coup.
- Où est-ce que ça s'est déroulé ?
- Dans sa chambre d'hôtel. Au Hansteens hus.
- Bien. Je me mets en route. Où êtes-vous de votre côté ?
- Au poste de police. Ils discutent avec un inspecteur et une psychologue, je crois.
Lukas pinça les lèvres. Il ne pourrait donc pas s'entretenir avec les Vargas avant qu'ils n'en soient sortis. L'inspecteur lui ferait certainement barrage. Et vu l'émotivité de Feliciano, Lovino et même Valeriano, il y en avait pour un moment surement.
- Qui a découvert le corps ?
Il entendit Antonio déglutir.
- Je crois que… c'était la femme de chambre. Désolé, mais je suis pas sûr et tout est un peu embrouillé dans ma tête, là.
- Si tu te retrouves avec Lovino, tu pourras lui glisser discrètement que je suis sur le coup, conclut Lukas
Antonio le remercia infiniment, surement les larmes aux yeux, mais Lukas précipita un peu la fin de l'appel, pressé de retrouver la scène du crime. Dès qu'il eut raccroché, il se rua hors de la maison.
oOo
Le Hansteens hus était un établissement trois étoiles au bâtiment très distingué de style néoclassique derrière lequel se cachait un confort moderne et luxueux. Lukas se rendit au comptoir où se trouvait un visage connu, lequel s'égaya à sa vue.
- Monsieur le violoniste ! Quel plaisir de vous revoir. Vous venez pour un concerto ?
Aussitôt le jeune homme jeta un œil à son registre.
- Eduard von Bock… c'est ça ? lui répondit Lukas
- C'est cela même, oui.
C'était à croire que Lukas connaissait la capitale entière. Où qu'il aille se trouvait un visage connu. Mais qu'importe. Le point positif, c'était qu'il n'aurait pas à contourner la méfiance d'un inconnu. Il demanda ainsi d'emblée la chambre d'Ottavio Vargas. Eduard tenta de ne pas se départir de son professionnalisme mais blêmit tout de même. Il bredouilla quelques mots avant que Lukas n'insiste.
- Vous savez de quoi je suis capable.
- Pour arrêter des voleurs, oui. Mais euh… c'est que la police a réquisitionné la chambre et… enfin, je ne peux pas.
Lukas se pencha volontairement en avant, s'accoudant au comptoir nonchalamment.
- Eduard.
Le réceptionniste rentra la tête dans les épaules.
- Suite 404.
Une suite ? Emil lui avait bien dit qu'Ottavio Vargas ne paraissait pas sa fortune.
- Merci infiniment.
Lukas tourna les talons et prit l'ascenseur jusqu'au 3ème étage. Devant la suite se tenait un agent de police pour garder les lieux. Lukas en fut à moitié amusé à moitié agacé. L'agent pour sa part soupira bien profondément.
- L'inspecteur avait vu juste…
- Et c'est pour ça qu'il a décidé de te placer là, mon cher Andrey.
Andrey grommela.
- Parce que je connais tes petits tours et que je te laisserai pas entrer.
- Parce que tu sais que mes intentions sont louables et que tu vas me laisser entrer.
- Lukas…
Andrey raffermit sa pose et croisa les bras, se tenant devant la porte de la suite.
- Je sais pertinemment que la chambre a déjà été passée au peigne fin et que je ne trouverai rien que la police n'ait pas déjà embarqué comme preuve. Je peux bien y jeter un œil et te poser quelques questions, non ?
- Secret professionnel. Tu connais ça, n'est-ce pas ?
Lukas lui adressa un regard entendu et Andrey pesta intérieurement contre lui-même de ne pas savoir résister à son ami. C'était pareil avec Vladimir. Andrey était beaucoup trop bon, surtout avec ses proches. Il lui en fallait peu pour franchir certaines limites et Lukas le savait pertinemment.
- J'ouvre mais je ne te laisse pas entrer, prévint-il
- Entendu.
La chambre avait en effet été débarrassée de tous détails relatifs à l'affaire. Ne restait en place que des marques et une signalisation sommaire numérotée pour indiquer d'où provenait chaque élément récupéré. Le numéro 1 se trouvait sur le lit encore défait. Une grosse tâche avait bruni les draps blancs sur la tête droite du matelas, à côté de l'oreiller où quelques gouttes s'étaient retrouvées également.
Ottavio était donc au lit lorsqu'il était mort et en avait lâché sa boisson.
- Comment as-tu su qu'il y a eu un meurtre ?
- Un membre de la famille m'a appelé.
- C'est pas possible. Tu connais tout le monde ou quoi ?
- Possible. Cause du décès ?
Andrey s'autorisa un soupir.
- Empoisonnement, très certainement. Son plateau petit-déjeuner était entamé et sa tasse de café renversée sur le lit. Le poison se trouvait peut-être même dedans d'ailleurs.
Lukas hocha la tête.
Le procédé n'était pas le même et pourtant voilà qu'Ottavio s'était retrouvé lui aussi mort par empoisonnement, au même titre que Zoltàn Hédèrvàry. Restait à savoir si les poisons étaient identiques.
- Quand aurez-vous les résultats de l'analyse toxicologique ?
- Tout dépend s'il est facilement identifiable. Après, vu que le poison a vraisemblablement été ingéré peu avant le décès, on le retrouvera facilement. Je dirais sous 48 à 72h.
Ingéré vingt minutes avant grand maximum, se dit Lukas en mettant en corrélation les deux meurtres. Il existait trop de liens et trop peu de temps entre les deux. Les chances étaient faibles pour que ces homicides soient distincts. Il pouvait toujours y avoir la piste du suicide, suite par exemple au choc de la mort de Zoltàn Hédèrvàry mais, très sincèrement, Lukas n'y croyait pas. Se suicider une semaine après en ayant entre temps célébrer l'union d'un de ses petits-fils dans la joie et la bonne humeur, quand bien même les profils des suicidaires pouvaient s'avérer extrêmement variés, cela ne lui paraissait pas crédible.
- Je prendrai de tes nouvelles d'ici deux à trois jours dans ce cas.
Andrey fit la moue.
- Des pistes pour le coupable ?
- On a pris la déposition du groom qui lui a apporté le plateau. Il était retourné mais difficile de porter un jugement pour le moment. Aux dernières nouvelles, la femme de chambre est encore aux soins d'un psy. Très chamboulée.
L'usurpateur qu'il recherchait depuis des jours avait tout du moins été clairement identifié comme un homme. La femme de chambre pouvait être exclue. Pour ce qui était du groom, malheureusement, vu le peu d'éléments tangibles dont le détective disposait, il ne pouvait encore tirer de conclusion à son égard.
Quant au mobile, bouffi d'orgueil, Lukas n'avait pas envie de savoir ce que la police en pensait. D'autant que, pour l'heure, les hypothèses étaient encore trop nombreuses, du simple témoin oculaire du meurtre du patriarche hongrois à un secret enfoui entre les deux hommes qu'on chercherait à déterrer.
Lukas remercia Andrey, lequel balaya l'air de sa main en refermant la porte de la suite.
oOo
Le soir venu, Lukas était tout de même quelque peu frustré. Non seulement, il n'avait pu s'entretenir avec les Vargas, qui se trouvaient toujours au poste, surement à ressasser tout ce qu'ils connaissaient de leur grand-père, mais plus encore voilà que la journée s'était écoulée sans qu'il ait pu s'entretenir avec cet ultime témoin. Il était impensable qu'il essaye de le joindre à cette heure-ci, il était certain de se faire proprement envoyer balader.
Renfrogné pour la soirée, Lukas avait même reproché à Mathias d'avoir passé sa journée à jongler entre le salon et sa chambre, trainant en pyjama comme une grosse loque, selon ses termes. Plus que mal le prendre, son compagnon avait été assez perplexe de se voir affubler d'un tel qualificatif. Mais Lukas n'avait pas donné d'explication et s'était enfermé dans sa lecture, avant de se coucher tôt, prêt à bondir hors de son lit le lendemain matin. Il n'avait qu'une hâte : pouvoir enfin mettre la main sur ce dernier témoignage.
Pourtant, il dut se résoudre à changer ses plans au dernier moment. Au saut, du lit, il avait été prêt à décrocher son téléphone que celui-ci sonnait déjà. Lorsqu'il porta le combiné à son oreille, une voix grave et suave, ponctué d'un léger accent presque indicible, s'assura qu'elle avait bien à faire à Lukas Bondevik.
- Lui-même.
- Etes-vous bien détective ?
Lukas fronça les sourcils dans le silence de la cuisine.
- Oui.
- J'aurais besoin de vos services.
Allons bon. Comme s'il n'avait que cela à faire en ce moment. Il était prêt à refuser poliment, quelle que soit l'offre, quand l'inconnu déclara :
- C'est au sujet de Zoltàn Hédèrvàry et d'Ottavio Vargas.
Trop intrigué, Lukas accepta de rencontrer la personne dans un café du centre-ville.
Peu de temps après, au cœur d'un café distingué aux goûts savants pour la peinture, il s'installa en face d'un homme dans la soixantaine qu'il n'avait jamais vu. Sa grande stature et sa large carrure n'impressionnaient pas tant que son regard dur et froid, au milieu d'un visage carré et buriné par l'âge. Propre sur lui, sa coiffure comme sa tenue étaient lissées avec soin et ses doigts, étonnamment allongés, ornés de plusieurs bagues. Sur la table, devant Lukas, l'attendait déjà un café serré que l'inconnu lui avait commandé.
Avant même d'y toucher cependant, Lukas tint à savoir à qui il avait à faire.
- Magnus Andersen. J'aimerais faire appel à vos services.
- Avant toute chose, comment avez-vous appris pour mon activité ?
M. Andersen extirpa d'une sacoche à ses côtés un journal d'un an et demi. Janvier 2015. Le train miné, bien évidemment. Voilà une raison de plus pour que l'inspecteur en ait la moustache qui frétille, pensa Lukas en portant finalement la tasse de café à sa bouche, s'il commençait à attirer des personnes dans le besoin.
- Pourquoi avoir besoin de mes services au sujet de deux homicides d'ors et déjà perpétrés et aux bons soins de la police à n'en pas douter ?
Lukas n'avait aucune raison de mentionner le fait qu'il était déjà sur le coup.
M. Andersen plia le journal en quatre et le laissa sur la table.
- J'ai besoin de voir le coupable arrêté au plus vite.
Alors qu'il s'apprêtait à avaler une nouvelle gorgée de café, Lukas s'arrêta et leva les yeux vers son interlocuteur. Il reposa délicatement la tasse dans sa coupelle.
- Ainsi que je vous le disais, la police est surement déjà en charge de cette enquête. Pourquoi faire appel à moi ?
- J'ai besoin d'être plus rapide que la police.
- Pour quelle raison ?
- Je vous paierai à bon prix.
Lukas haussa les épaules.
- L'argent m'importe peu. Pour quelle raison ?
- Je peux vous donner des moyens efficaces.
Lukas plissa les yeux et M. Andersen fit de même.
- En quoi ce double homicide vous concerne-t-il ?
- La disparition aussi soudaine que tragique de deux personnalités telles que M. Hédèrvàry et M. Vargas est tout autant intrigante que préoccupante pour le vaste entrepreneur européen que je suis.
Lukas profita de déguster son café pour détailler ce M. Andersen, qui avait clairement en tête de passer en marge de la légalité pour appréhender le coupable des meurtres, et ce dans les plus brefs délais. Lukas se garda bien de lui dire qu'il avait déjà commencé à mener sa propre enquête et qu'il n'avait besoin d'aucune motivation supplémentaire. Sans compter qu'il n'avouerait jamais que soutenir Lovino et Feliciano revêtait une importance tout autre que de rendre des comptes à un quelconque entrepreneur européen qu'il ne connaissait ni d'Eve ni d'Adam.
Néanmoins, il ne pouvait laisser filer cet homme qui insistait pour que non seulement le coupable soit arrêté mais également pour qu'il le soit rapidement. Impossible de savoir ce qui poussait cet homme à s'investir dans cette enquête. C'était précisément la raison pour laquelle Lukas voulait garder un œil sur lui.
- Très bien. Je veux bien me lancer dans cette investigation et vous rendre des comptes réguliers.
M. Andersen hocha pensivement la tête.
- Parfait.
Il leva sa tasse comme pour trinquer à leur collaboration et acheva sa boisson.
Au sortir du café, Lukas l'observa s'éloigner, mains dans les poches. Marchant d'un bon pas, le torse bombé et assuré, il avait en effet le profil de l'entrepreneur bien établi. Mais la méfiance était de mise.
Lukas composa un numéro étranger. Il savait parfaitement à qui s'adresser pour retrouver quelqu'un qui prétendait officier à l'échelle de l'Europe.
- Allô ? décrocha-t-on d'une voix qui baillait aux corneilles dans le même temps
- Bien le bonjour, Xavier-Henri.
- C'est qui ?
- Lukas. A Oslo, précisa-t-il alors qu'il n'obtenait aucune réaction de la part du jeune homme à l'autre bout de la ligne
- Oh ! Oui, Lukas. Pourquoi vous me réveiller ? Il est tôt…
- 11h. Il me semble que nous sommes pourtant dans le même fuseau horaire avec le Luxembourg.
- C'est bien ce que je dis.
Il l'entendit se frotter les yeux puis s'étirer.
- Et donc ? Il fait beau chez vous ? On s'en fiche, hein ?
- J'aurais besoin que vous me rendiez un petit service. J'aimerai savoir si un certain Magnus Andersen est connu pour disposer d'entreprises à travers l'Europe.
- Mais ça n'a rien à voir avec la Cour des Comptes. Vous le savez, ça ?
- Bien entendu. Mais les arcanes administratifs vous sont familiers et vous travaillez sur des aspects financiers et industriels qui m'intéressent dans le cas présent.
- Ah. Bon bah… je ferai de mon mieux.
Lukas le remercia et raccrocha. Plutôt que de repasser par la maison, il opta pour un déjeuner frugal et sur le pouce. Enfin ! Il allait pouvoir passer son fameux de coup de fil. Obtenir l'autorisation de venir fut moins aisé qu'il l'aurait cru. Il avait omis de prendre en compte l'impact émotionnel. Mais il réussit notamment à obtenir son entrevu pour le début de l'après-midi.
Affaire à suivre…
