Bien le bonjour, lecteurs,

J'ai juste envie de dire : uh uh ^J^

Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz


Affaire 24 : Distractions

Dans sa chambre, Mathias avait la jambe qui s'agitait nerveusement. Il avait jeté l'enveloppe sur son bureau et l'observait de loin avec méfiance, comme une bombe prête à exploser à n'importe quel moment.

Il écumait de savoir que Willem avait pris tous ces risques pour lui faire parvenir une lettre. Pourquoi avait-il pris tant de risques ? Il savait pourtant qu'il avait voulu disparaître ! Qui donc avait bien pu essayer de le contacter ? Willem n'avait tout de même pas accepté de jouer les coursiers pour ces gens-là ?

Mathias laissa tomber sa tête entre ses jambes et frotta violement ses cheveux.

Les réponses se trouvaient dans cette enveloppe, c'était évident. Mais ne serait-ce que l'idée de la toucher, Mathias en avait la nausée.

Rien que sa présence ajoutait une couche de stress à tout ce qu'il avait emmagasiné ces derniers jours.

Il se leva brusquement, n'y tenant plus. Il attrapa rageusement l'enveloppe et arracha le rabat. Dedans se trouvait une autre enveloppe sur laquelle, cette fois, était inscrit un nom, calligraphié dans une écriture cursive élégante.

Tout tourna autour de Mathias. Il laissa tomber l'enveloppe à la vue de ces lettres joliment déliées et s'effondra sur le lit, pantelant. Des spasmes le parcoururent soudain, l'obligeant à s'allonger un moment. Il dut faire un immense effort pour retrouver sa respiration et l'usage de ses membres. Fiévreux, il se hissa sur ses jambes et alla récupérer l'enveloppe. Il arpenta sa chambre de long en large, inspirant et expirant profondément, le regard coincé sur le nom.

Lorsqu'il se résolut enfin à la décacheter, il se laissa glisser contre le mur, près de la penderie, reclus dans un coin. Ses doigts tremblaient. Doucement, effrayé à l'idée de déchirer involontairement ne serait-ce qu'un millimètre, il extirpa plusieurs feuillets entassés. Retenant sa respiration, il les déplia. Dès que les premiers mots jaillirent, les larmes lui montèrent aux yeux. Il aurait voulu détourner le regard mais la lettre l'avait happé, aspiré tout entier, s'accrochant comme une sangsue à cette étincelle qu'il pensait pourtant avoir enfoui assez profondément pour ne plus jamais la voir reparaître et en souffrir.

Mathias lut la lettre d'une traite. Beaucoup trop vite, trouva-t-il et il la relut aussitôt, s'efforçant de s'arrêter sur chaque mot. L'écriture manuscrite, avec ses pleins et ses déliés, ses courbes et ses traits, parut s'échapper de son papier pour venir le caresser tendrement, se glissant et s'enroulant tout autour de lui.

Le coup de grâce lui fut porté lorsqu'il s'aperçut qu'après le dernier feuillet se trouvait un dernier petit écrin de papier. Timide, surmené, Mathias l'ouvrit. C'était une photo. Une seule. Et elle eut le don de déclencher en lui un cataclysme.

Mathias porta la main à sa bouche pour étouffer ses sanglots. Bientôt, il ne lui fut plus possible de distinguer le cliché. Il lui glissa des doigts, tout comme les feuillets et l'enveloppe, et bientôt, tout se retrouva par terre, tandis que Mathias, les genoux ramenés contre lui et la tête cachée au creux de ses bras, sanglotait silencieusement, coincé entre la penderie et la table de chevet.

Il demeura prostré hors du temps.

Lorsqu'il releva finalement la tête, les yeux rouges et bouffis, la nuit été tombée. Les réverbères avaient pris le relais, illuminant de clartés orangées les rues d'Oslo.

Il se redressa lentement, alla ouvrir la fenêtre et passa un long moment à observer le néant. La rue était pour ainsi dire déserte. Une brise fraiche la parcourait, agitant les frondaisons verdoyantes. Les sons de la nuit, calmes et vaporeux, apaisèrent la cacophonie qui résonnait en lui.

Se retournant, il avisa ce courrier maudit qui gisait à terre. Il vint s'accroupir, les rassembla puis les délaissa sur son bureau, pêle-mêle. Il s'affala sur son lit et empoigna son portable. Il passa un long moment à faire défiler les quelques noms de son répertoire. Il appuya finalement sur l'un d'eux et porta le téléphone à son oreille.

- Eh, salut Manon. Je te dérange pas ?

- Pas du tout ! Qu'est-ce qu'il y a ?

- Oh, rien. Je voulais juste… papoter.

Il sentit un silence interrogateur à l'autre bout du fil. Il passa une main lasse sur son visage.

- Ah, je suis un peu claqué. Désolé !

Manon pouffa de rire.

- Mais enfin, t'excuse pas pour ça, voyons. Tu veux discuter de quoi ?

- Je sais pas… Vous êtes toujours en Norvège avec Carlos ?

- Eh non ! On est rentré hier chez moi, à Bruxelles.

- Ah, cool. Pas de problème d'avion cette fois ?

Manon éclata de rire à la référence. Carlos avait en effet eut bien des peines à les rejoindre la première fois, depuis Cuba, alors que des grèves avaient parasité le trafic. Elle lui assura que tout s'était très bien passé et qu'ils venaient juste de rentrer d'une représentation de danse. Mathias enchaina les questions, sans saveur dans sa bouche, juste histoire de. Manon répondit à chacune d'entre elles. Néanmoins, vint un moment où elle ne put refreiner son inquiétude.

- Il s'est passé quelque chose, Mathias ?

- Hein ? Ah, non… non, t'inquiète pas. C'est rien.

- C'est avec Lukas ?

- Pas du tout. Et mieux vaut que ça ne le concerne pas d'ailleurs, bredouilla-t-il inconsciemment

Mathias pouvait clairement distinguer le froncement de sourcils de la jeune femme, même ainsi à des kilomètres de distance.

- Juste… promets-moi de ne pas lui en parler. S'il te plaît.

- Tu es sûr ?

- Oui.

- Bon, d'accord.

Manon dévia alors la conversation sur des faits anecdotiques et volontairement joyeux. Ils passèrent ainsi une bonne partie de la soirée à discuter de tout et de rien. Mathias se sentit rassuré lorsqu'il arriva à rire de temps à autre.

oOo

Mathias n'avait pas quitté sa chambre de la soirée, n'avait pas diné et ne s'était pas plus montré le lendemain matin. Lukas ne savait pas comment gérer la chose. Il était à nouveau devant la porte de sa chambre, close, et s'interrogeait. Dans un coin de son esprit, l'enquête impatiente de se poursuivre réclamait son attention.

Alors qu'il était en pleine réflexion, Emil sortit de sa propre chambre en s'étirant.

- Qu'est-ce tu fais ?

- Je… je me pose des questions pour Mathias. Ce n'est pas son genre de vouloir rester seul.

Emil haussa un sourcil.

- Bah ! Ça arrive à tout le monde.

Lukas ne lui mentionna pas la lettre. Il hocha pensivement la tête, avant de se résoudre à redescendre.

Pour tromper son inquiétude, il revint à son investigation première. La sensation de victoire s'était ternie avec l'apparition de cette lettre qui avait clairement chamboulé son compagnon. C'est donc très calmement qu'il se rendit à l'hôtel Hausteens hus.

A la réception, Eduard von Bock rentra instinctivement la tête dans les épaules et rajusta maladroitement ses lunettes. Il l'accueillit néanmoins chaleureusement.

- Que puis-je pour vous aujourd'hui ?

- Toujours pas de concerto, lui affirma Lukas, j'aimerais voir les vidéos des caméras de surveillance de l'hôtel.

Eduard grimaça. Lukas tapota son téléphone portable dans laquelle il avait enregistré le portrait dessiné par Edwin.

- Il faut absolument que je vérifie mon hypothèse. Si elle s'avère juste, alors l'enquête pourra faire un grand pas en avant.

- Vous n'avez pas d'autorisation légale, je suppose, souffla timidement Eduard

Lukas esquissa un sourire. Eduard soupira. Il l'invita d'un signe de la main à le rejoindre dans une salle privée derrière le comptoir de la réception. Dans cette petite sale exigüe, il s'installa à un ordinateur et pianota quelques instant jusqu'à ouvrir un fichier daté du lundi 19 juin au matin.

- Je suppose que c'est cette vidéo-là que vous voulez regarder. Mais vous savez, la police les a déjà visionnées et n'y a rien trouvé.

- Je ne suis pas la police, se contenta de répondre Lukas en se penchant pour mieux observer

Les couloirs étaient calmes à travers l'écran. Pas un client ne fit son apparition. Parfois, un groom ou un employé de l'hôtel passaient par-là à petits pas sur la moquette soignée. Lukas fit pause sur tous les visages. Aucun ne correspondait bien évidemment, mais c'était une précaution. Enfin, le groom chargé du petit-déjeuner d'Ottavio Vargas fit son apparition. Lukas arrêta de nouveau le cours de la vidéo lorsqu'il fut bien en vue. Malingre, les cheveux blonds et ras, très grand et distingué, il n'avait rien en commun avec l'individu qu'il recherchait. Le détective relança l'enregistrement et observa le professionnalisme du jeune groom, saluant avec convivialité et déférence un Ottavio Vargas en robe de chambre tout à son aise. Il disparut dans la suite et reparut quelques minutes à peine après, déchargé de son plateau, puis s'en alla poursuivre ses tâches.

Que ce soit de part son témoignage ou au travers de cette vidéo, le groom n'avait eu que le malheur d'apporter le plateau fatal. Se rappelant les estimations qu'il avait établies dans le cas du meurtre de Zoltàn Hédèrvàry quant à la durée nécessaire au poison pour entrer en action, il les interpréta dans le cas d'Ottavio Vargas. Le poison avait été introduit avant. Cela ne faisait aucun doute.

- Qui a eu accès au plateau avant le groom ?

- Ceux qui ont préparé son petit-déjeuner.

- Me feriez-vous visiter vos locaux ? demanda Lukas

Eduard ne pouvait consentir. Le ramenant de l'autre côté du comptoir, il s'occupa d'un client venu régler avant de lui expliquer que les règles sanitaires étaient très strictes, qu'en tant que réceptionniste, il n'avait aucun droit sur les cuisines, et que, de toute façon, tout le monde était occupé à préparer le déjeuner.

- Par contre, vous pouvez interroger mon pupille, si vous le souhaitez. Il ne travaille que pour les petits-déjeuners et ne devrait pas tarder à finir sa journée.

Lukas se retrouva à l'arrière de l'hôtel, par où allaient et venaient les employés, face à Raivis, qu'il avait déjà rencontré auparavant, tout comme Eduard, chez Feliks Łukasiewicz. Le jeune homme avait beau sortir petit à petit de l'adolescence, il n'en restait pas moins étonnamment petit pour son âge et tremblait comme une feuille face au détective. Il ne se priva pas d'ailleurs de lui faire remarquer qu'il le mettait mal à l'aise, quoique la remarque se veuille innocente. C'était une des caractéristiques de Raivis : sa franchise déconcertante dont il semblait lui-même inconscient. A dire vrai, Lukas s'en fichait, et trouvait même que c'était idéal dans la situation présente.

Ils s'installèrent sur un banc.

- Qui a accès aux plateaux petit-déjeuner ?

- Moi. Je suis tout seul à préparer les plateaux au petit matin. Après, il n'y a que les grooms qui s'en chargent.

- Il n'y avait personne avec toi lundi matin ?

- Ça arrive qu'on m'assigne quelqu'un en plus parce que, vous savez, c'est qu'un job d'été. Je connais pas encore bien tout le monde, donc ça m'a pas perturbé de voir quelqu'un débarquer.

- Il y avait donc quelqu'un avec toi.

Raivis hocha vigoureusement la tête.

- Qui a touché au plateau d'Ottavio Vargas ?

Sans attendre de réponse, Lukas lui présenta le portrait de l'inconnu qu'il recherchait sur l'écran de son téléphone. Raivis le pointa aussitôt du doigt.

- Ah, oui, lui, je m'en souviens ! Je faisais mon travail bien mieux que lui alors que je suis qu'un pauvre stagiaire.

- C'est-à-dire ?

- On a pas arrêté de me répéter que le lait, le sucre et tout ce qui pouvait être ajouté dans une boisson, on n'y touche pas. C'est le client qui dose. Et cette tête en l'air a rajouté du sucre dans un café.

Dans un café, tiens donc. Il tenait donc non seulement la preuve que les deux meurtres avaient été perpétrés par le même individu, mais aussi que cet individu mystère usurpait des identités et des professions pour atteindre ses victimes, et qu'il employait un poison qu'on pouvait tout autant introduire sous la peau comme dilué dans une boisson.

Il n'en restait pas moins malheureusement que le portrait-robot ne permettrait pas d'appréhender l'individu dont on ne connaissait rien d'autre que le visage. Quand bien même la ville d'Oslo était bien loin d'être surpeuplée, passer au peigne fin une ville entière était hors de portée de Lukas.

- Avait-il des signes distinctifs ?

- A part son inconscience professionnelle ?

- Oui, à part ça.

Raivis plongea dans ses souvenirs.

- Il arrêtait pas de se triturer le lobe de l'oreille. Je m'en souviens bien parce que j'ai pas arrêté de lui répéter de se laver les mains. On travaille dans la cuisine d'un trois étoiles, quand même !

Il paraissait outré.

Lukas eut presque envie de lui tapoter la tête pour le féliciter. Le détective n'avait certes toujours aucune idée du nom de l'inconnu, et il ne doutait pas un seul instant qu'il ait une fois de plus fraudé sur son identité, mais au moins avait-il réussi à confirmer ses hypothèses.

Sur le chemin du retour, il réalisa qu'il n'avait pour l'heure qu'une piste à explorer pour tenter de lever le voile sur ce double homicide, celle du mobile.


Affaire à suivre…