Bonjour à tous,

x)

Voilà.

Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz


Affaire 24 : Le cataclysme

Lukas persista à se concentrer sur son enquête mais le silence dans lequel était plongée la maison le préoccupait. En rentrant, il avait d'abord cru que Mathias s'était absenté. Ce qui se serait avéré une bonne nouvelle en somme. L'espérait-il du moins. Il était monté au dernier étage. La porte était toujours close. Il avait frappé mais personne ne lui avait répondu. C'est en redescendant qu'il croisa son compagnon.

Torse-nu et en jogging, ce qui lui servait de pyjama, Mathias était cerné, les cheveux à plat et le regard perdu. Il aperçut à peine Lukas et le salua d'un murmure distrait. Lukas l'avait observé retourner dans sa chambre en trainant la patte. La porte de la chambre s'était refermée, puis plus rien.

Son inquiétude croissait sans qu'il ne puisse s'en empêcher. Il avait de nouveau frappé à la porte. Mathias l'envoya paître d'une voix molle.

- Laisse-moi, je t'ai dit.

Lukas était redescendu, s'était laissé tombé sur son siège de bureau et avait un moment observé le mur, dans le vague.

Il ne comprenait pas. Que Mathias ait des baisses de régime, qu'il désire un peu de solitude, pourquoi pas. Là n'était pas tant la question, et bien loin de Lukas de ne pas saisir ce genre de choses que lui-même vivait au quotidien. Mais il s'agissait de cette lettre. Elle avait retourné Mathias dans il ne savait trop quel sens. Elle l'avait bousculé et, indirectement, avait bousculé aussi Lukas. Il n'avait plus aucun repère vis-à-vis de son compagnon. Mathias devenait un mystère plus épais et troublant que jamais.

C'est pourquoi il eut beau se dédier à son enquête, il éprouvait toutes les difficultés du monde à rester concentré dessus. Les sens en éveil, il guettait le moindre bruit à l'étage et son esprit bifurquait à la moindre occasion sur Mathias et la lettre.

Plus préoccupant encore fut le diner. Mathias appréciait la cuisine mais ne s'en était pas soucié un seul instant ce jour-là. Cela, ce n'était pas l'important. Ce qui l'était en revanche, c'était son absence totale à table. Quand bien même il était présent physiquement, il avait le nez plongé dans son assiette.

Ne sachant trop comment s'y prendre, Lukas avait finit par lâcher, d'une voix où se mêlait le souci, un brin de réprobation et une supplication implicite :

- Je m'inquiète, tu sais.

Mathias avait daigné relever la tête et lui sourit. Pour sûr, il avait voulu afficher sa jovialité ordinaire, mais il n'avait l'air que d'un clown triste à qui on aurait dessiné un faux semblant de sourire maladroit jusqu'aux oreilles à l'aide d'un rouge à lève. C'était ridicule. Il tapota distraitement la main de Lukas.

- Faut pas.

Puis, il se leva, débarrassa son assiette et retourna dans sa chambre, le tout dans le plus grand silence.

Lukas n'arrêta pas de se retourner toute la nuit durant, brassant l'espace vide à ses côtés. De ne pas réussir à comprendre ne serait-ce qu'un peu ce qui se tramait avec Mathias, de ne pas réussir à poser des mots, des hypothèses, une explication même saugrenue le faisait bouillir de l'intérieur.

Lorsque Willem lui avait présenté Mathias en photo, il ne lui avait raconté que le strict nécessaire. Cet homme avait besoin d'un toit rapidement et discrètement. Lukas n'avait pas besoin d'en savoir plus à l'époque et n'avait donc posé aucune question supplémentaire. Mais désormais… Il imaginait bien qu'il avait coupé les ponts avec son passé. Quel était-il cependant ? Il n'en avait aucune idée.

Il en était à son troisième café, ou peut-être quatrième, il ne savait plus, lorsqu'il aperçut la silhouette de Mathias traverser le couloir vers la cuisine. Il repassa quelques minutes après, une tasse fumante en main. Il remonta pas à pas les escaliers et Lukas décida de le suivre, bien décidé à faire quelque chose. Alors qu'il s'apprêtait à enfin franchir le pas de cette chambre qui demeurait close depuis des jours, Mathias fit volte-face et lui fit barrage, renversant au passage quelques gouttes de café.

- Laisse-moi, grinça-t-il

Lukas fronça les sourcils et l'affronta du regard.

- Non.

Mathias voulut refermer la porte mais Lukas glissa son pied. Il grimaça de douleur lorsqu'il le sentit se comprimer entre la porte et le chambranle. Mathias souffla, laissa brutalement retomber sa tête contre le panneau.

- Lukas, sérieux… vaut mieux que tu me laisses.

- Non.

Lukas ne sut pas ce qui s'était passé à la vitesse de la lumière dans la tête de Mathias, mais le fait est qu'il entra dans un accès de colère.

Mathias ouvrit la porte à la volée, manquant de la faire sortir de ses gonds. Il posa furieusement la tasse sur la table de chevet, la moitié du café au moins giclant au dehors. Il attrapa Lukas par le poignet, le tira sans ménagement dans la chambre et lui jeta à la figure des papiers.

- Là ! Vas-y ! Qu'on en finisse !

La tête entre les mains, Mathias se laissa tomber sur son lit, haletant. Prêt à s'arracher les cheveux, il contenait le reste de sa rage comme il le pouvait.

Lukas comprenait encore moins. Le cœur battant, il observa un moment Mathias tandis que les papiers autour de lui s'étalaient sans un bruit. Il se pencha finalement pour les ramasser.

Il s'agissait d'une lettre. La fameuse lettre.

Ce qu'il prit d'abord pour des fautes d'orthographes à chaque mot s'avéra être du danois et non du norvégien. La lettre était rédigée dans une belle écriture. Le dernier feuillet entre les mains, il découvrir le nom de Rakel. Soucieux, Lukas se demanda un instant s'il s'agissait d'une épouse qu'il aurait abandonnée derrière lui. Il découvrit ensuite la photo, un couple et ses deux enfants, rayonnant de bonheur. Il devait surement s'agir de cette Rakel. Elle se serait donc reconstruit une famille ? Puis, en parcourant la lettre en diagonale, dans le désordre des pages, il réalisa que Rakel n'était pas une épouse oubliée lui faisant étalage de sa nouvelle vie, mais sa sœur qui lui avait fait parvenir une photo de son neveu et de sa nièce. Elle mentionnait aussi le nom d'une cadette, Maren. Mathias avait donc deux sœurs. Une, il l'avait bien su, mais pas deux. Pourquoi cela le chamboulait-il autant ? Pourquoi était-il furieux ?

Lukas eut soudain la terrible sensation de ne pas avoir la confiance de Mathias.

L'amertume et le doute le gagnant, il rangea les feuillets dans l'ordre et eu enfin la première page sous les yeux. Là, il se figea, son cœur se serra et il le sentit comme s'effriter.

Rakel ouvrait sa lettre à l'intention de Søren.

Lukas crut d'abord que c'était un surnom ou une blague, peu importe, mais qu'il y avait erreur d'une manière ou d'une autre. Aussitôt, il jeta un coup d'œil à l'enveloppe et découvrit dans la même écriture le nom de Søren Densen. Bien malgré lui, il froissa ce courrier.

Incapable de prononcer un seul mot, Lukas dévisagea gravement Mathias. Ou quel que soit son prénom. Tout demeurait bloqué dans son esprit. Les onze lettres s'y répercutaient et résonnaient avec une force douloureuse. Søren Densen. La gorge nouée, il finit par articuler très lentement, à voix basse :

- Tu m'as menti.

Le prononcer rendait la sentence d'autant plus terrible aux oreilles de Lukas. Il ne pouvait pas croire que Mathias, plus que quiconque, avait pu lui mentir, qui plus est sur son identité. Qu'il ne parle pas de son passé était une chose. Mais là, Lukas avait la sensation de se retrouver soudain face à un parfait inconnu qui ne cillait pas.

Lukas lui jeta la lettre froissée à la figure.

- Tu m'as menti !

Mathias ne bougeait toujours pas.

Lukas ne savait pas d'où lui venait cette colère, ce sentiment de trahison qui afflua en lui et décida d'exploser à ce moment précis sans qu'il ne puisse le contenir.

- Tu m'as menti ! Vous passez donc tous votre temps à me mentir ! Toi, Natalya, ma mère… vous n'êtes que des menteurs qui abusez de ma confiance ! Et moi qui croyais que pour une fois… pour une fois ! Je pouvais faire confiance à quelqu'un, mais même pas ! Même pas ! J'ai baissé ma garde, je me suis laissé berner parce qu'après le faux nom, ça va être quoi ? Hein ? Je suis même pas moi-même assez digne de confiance pour que tu me parles, Mathias ?

A ce nom, Mathias se releva brusquement et lui fit face.

- Me fous pas dans le même sac que ta mère ! Je t'ai pas menti ! Je ne t'ai pas menti à toi mais à tout le monde ! Là, c'est rassurant, hein ! T'inquiète que ça ne t'a jamais concerné ! J'ai changé de prénom depuis que j'ai quitté le Danemark ! Et qu'est-ce qu'on en a battre de mon prénom, sérieux ? C'est bon, tu sais maintenant ! T'es content ? Tu peux me lâcher ?

- Tu aurais pu me le dire à un moment donné !

- Et pourquoi faire ? Pour me retrouver assommé par tes questions jusqu'à me tirer les vers du nez ?

- Tu remarqueras que jusqu'à présent jamais au grand jamais je ne t'ai posé une seule question ! C'est donc bien ce que je dis. Tu as tellement peu confiance en moi que tu préfères tout me cacher !

- Ah ouais, quel beau salaud je suis, hein ! Prends-le comme ça si tu veux, mais si j'ai rien dit, c'était pas pour te tromper et te faire du mal mais pour te protéger !

- Me protéger ? Mais me protéger de quoi, bordel ? Tu crois que je t'ai pas vu depuis une semaine à rentrer à pas d'heure sans vouloir me parler ? Tu crois que j'ai pas fait le lien avec tes blessures ? Une bagarre de rue, hein ? Tu crois que j'ai pas compris ton petit manège débile pendant le mariage à m'éviter comme la peste ? A faire croire à tout le monde que tu pétais la forme alors que t'avais qu'une envie, c'était te casser vite fait bien fait ? Qu'est-ce qu'il t'a fait ce Gilbert ? C'est de lui que tu veux me protéger ? Non seulement tu me fais pas confiance, mais en plus de ça tu me prends pour un crétin fini et une fiche molle, alors ?

- Tu vois ! Là, ces questions ! Toutes ces questions que tu meurs d'envie de me poser. Je suis pas obligé de te déballer ma vie, non plus, oh !

Mathias se plaqua les mains sur les oreilles, puis attrapa ses cheveux, hors de lui. Il arpenta la pièce rageusement, assena des coups de pied dans le lit et éclata tout à coup de rire.

- Mais c'est exactement ça ! Tu as raison.

Il s'avança vers Lukas, un doigt menaçant pointé sur lui.

- Exactement, je te fais pas confiance, je te prends pour un crétin fini et une fiche molle ! Voilà !

Emil surgit en dehors de sa chambre.

- Mais qu'est-ce que vous avez à hurler comme ça ? Je dors, moi !

Toujours pris dans une hilarité effrayante, Mathias se tourna vers lui.

- Ah ! Eh bien je suis même pas désolé ! Et sache que tout est la faute de ton frère.

Emil le dévisagea, perplexe.

- Qu'est-ce qui te prends, Mathias ?

- Mathias, ah ah ! Je me suis bien foutu de votre gueule, hein, Lukas ?

Emil haussa un sourcil, jeta un œil à son frère. De marbre, éteint mais pas vide pour autant, il semblait prêt à exploser à tout moment. Il ne l'avait jamais vu ainsi. C'était bien la première fois que ces deux là se disputaient.

- Vous saoulez.

- Eh oui, je suis saoulant ! Pas vrai que je te saoule aussi, Lukas ?

Emil frappa du pied.

- Mais arrête à la fin ! Ah, comptez pas sur moi pour rester dans cette baraque !

Il claque sa porte de chambre. Du rez-de-chaussée, on entendit le macareux s'agiter dans sa cage.

- Pourquoi ça ne peut pas être simple ? murmura Lukas

La tension retombait petit à petit chez lui, désemparée qu'il était face à la réaction de Mathias.

- Pourquoi tu peux pas simplement me dire les choses ?

L'étrange rire de Mathias se calma enfin. Il se retourna vers Lukas, le regard sombre.

- Mais peut-être parce que rien n'est jamais simple avec toi, Lukas. Toujours en train de chercher la petite bête. Toujours en train de vouloir tout savoir. Toujours à te mêler de ce qui te regarde pas.

A chaque phrase, il se rapprocha un peu plus. Son visage à quelques centimètres du sien, Lukas s'aperçut que Mathias avait les larmes aux yeux.

- Tu veux tout savoir ? Parfait. Je suis un salaud, Lukas. Un salaud ! Et tu viens d'en avoir la preuve, n'est-ce pas ? Je fais pas confiance et on peut pas avoir confiance.

Par-dessus les battements de son cœur affolé, Lukas entendait le souffle court et rauque de Mathias. Il essaya de conserver un visage dur mais la vérité était qu'il était tellement déboussolé, et presque effrayé, par l'attitude de Mathias, qu'il en avait les lèvres tremblantes.

Soudain, Mathias fit volte-face. Il empoigna un t-shirt et s'élança vers le rez-de-chaussée.

Chamboulé, Lukas se laissa glisser à terre et sursauta lorsqu'il entendit la porte de l'entrée claquer furieusement. Il ne comprenait toujours pas.


Affaire à suivre…