Eh bien, chers lecteurs, le moins qu'on puisse dire, c'est que c'est un véritable roller coaster d'émotions ces derniers temps…

Nous voici reconfinés. En France, du moins. Enfin, j'ai envie de mettre des énormes guillemets parce qu'à part tuer la culture (entre autres), on reste sur « allez travailler et consommez ». Pardon, j'étale pour ainsi dire jamais mes coups de gueule. Mais là, ça me révulse profondément. Et la parenthèse s'arrête ici !

Hetalia revient bien l'année prochaine, je vais m'accrocher à ça lol

Et en attendant, bonne lecture ! Là, cette fois, le chapitre est dans l'ambiance du moment ah ah

Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz


Affaire 24 : L'émersion

Lukas zappait sans ambition. Il ne regardait pour ainsi dire jamais la télévision d'ordinaire. Pourtant, il venait de passer son après-midi à sauter de chaîne en chaîne. Mathias n'était toujours pas rentré. Il n'avait toujours aucun moyen de le joindre. Il n'avait pas plus trouvé la foi de contacter Emil. Qu'il reste avec Jia Long. De toute façon, Lukas ne voulait voir personne, pas même son cher petit frère. Il était pris d'ennui et de lassitude, comme enfermé dans sa tour dans l'attente d'un prince qui ne venait pas. Chose qui ne lui ressemblait pas du tout.

La sonnerie de son téléphone le fit sursauter. Il sauta dessus avec le soudain espoir que s'affiche le nom de Mathias sur son écran. Soufflé aussi rapidement qu'il était apparu, cette attente douce-amère fut balayée lorsqu'il découvrit le nom de Xavier-Henri.

Il se demanda un moment ce que le jeune homme lui voulait.

Ah, oui, c'est vrai. L'enquête. Le double homicide. Ce Magnus Andersen.

Lukas déglutit. Il ne savait pas s'il serait à même de parler mais c'était toujours ça pour l'occuper. Il inspira profondément et décrocha.

- Bonjour, Lukas. J'ai déniché quelques trucs qui pourraient vous intéresser.

- Hum.

- Magnus Andersen semble bien être un magnat des affaires. J'ai trouvé plusieurs sociétés, autour de la Baltique notamment, qui sont à ce nom-là en tout cas. Est-ce que c'est le même homme à chaque fois après… ça, j'en sais rien !

- Hum.

- Par contre ! Au cas où, j'ai zyeuté dans la Cour des Comptes. Et j'ai trouvé des mentions de Magnus Andersen. Et croyez-moi que son nom se retrouve pas dans les bons dossiers, si vous voyez ce que je veux dire. Il a l'air d'avoir bien établi son petit réseau et de faire plier n'importe qui assez facilement. En gros, il ne ment pas, mais c'est pas l'entière vérité.

Lukas écarquilla les yeux, comme frappé par une révélation. Cette dernière phrase résonna étrangement en lui.

« Il ne ment pas, mais c'est pas l'entière vérité. »

Il se crispa sur le combiné.

- Hum.

- Voilà, c'est tout ce que j'ai. Ça vous ira ?

- Hum.

- Euh… c'est-à-dire ?

Lukas ferma les yeux. Allez, un petit effort. Il ne pouvait tout de même pas raccrocher au nez. Il aurait mieux fait de s'abstenir de répondre à l'appel en premier lieu, se dit-il en pinçant les lèvres.

- Oui, ça m'ira. Merci. Au revoir.

Xavier-Henri ne parut pas le moins du monde perturbé par la froideur que Lukas dégageait. Il le salua et raccrocha jovialement. Peut-être bien que la personnalité du détective, connue pour être assez réservée sinon renfermée, lui permettait de ne pas éveiller les soupçons. Seuls des proches étaient à même de s'apercevoir que quelque chose s'était brisé.

oOo

Le lendemain, sans qu'il puisse se l'expliquer, Lukas sentit que sa voix était revenue. Il n'avait pas prononcé un mot pourtant depuis la veille et les quelques balbutiements qu'il avait adressé à Xavier-Henri, mais il sentait qu'elle était là, lovée au creux de sa gorge. Il se retrouva à discuter avec le macareux. Juste comme ça, pour voir comme résonnait sa propre voix à ses oreilles.

Il était encore en grande conversation avec le volatile lorsque le téléphone sonna. C'était à croire que petit à petit, le monde reprenait vie autour de lui. Peut-être bien était-ce l'inverse.

Lukas hésita longuement lorsqu'il découvrit le nom d'Andrey. Lui, il serait capable de déceler si quelque chose n'allait pas. Et Lukas n'avait pas envie de subir d'interrogatoire. C'était lui qui les faisait subir, pas l'inverse. A cette pensée, il se rembrunit, se rappelant que c'était précisément ce que Mathias lui avait reproché.

Le cœur battant, il décida de décrocher finalement.

- Je te le dis tout de suite, t'as intérêt à me remercier.

Andrey prit une longue inspiration.

- Si tu veux venir au 10 Jomfrubråveien, on a retrouvé mort un autre invité de Zoltàn Hédèrvàry.

Tout s'embrouilla alors dans la tête de Lukas tandis que l'enquête tentait de retrouver sa place dans ses priorités. Il en avait mal au crâne. Cette nouvelle fit jaillir un flot de questions et le ramena d'un seul coup à une certaine réalité qu'il avait totalement mise de côté ces derniers jours.

Deux homicides.

Un usurpateur en cavale.

Un poison dans les deux cas.

Le mobile encore inconnu.

Il se redressa dans son fauteuil

- Qui ?

Sa voix était encore un peu rauque.

- Hermann Beilschmidt.

- Du poison ?

- Possible. D'ailleurs, tu m'as pas rappelé mais en effet, le poison dans le café était le même que celui qui a eu raison de M. Hédèrvàry.

- J'arrive.

C'était comme une bouée de sauvetage à laquelle Lukas se raccrocha fermement. Cet appel, l'enquête, le nouveau meurtre, tout lui apparaissait comme un évènement salvateur venu le délivrer de sa léthargie. Et Lukas ne voulut pas la refuser. Fuir loin de cette dispute, de ce tourment suite à la disparition de Mathias. Il embrassa aussitôt cette porte de sortie et sauta dans la voiture.

oOo

Le 10 Jomfrubråveien était une magnifique villa dans son écrin de verdure, à l'écart des autres résidences alentours dans un style résolument moderne, désireuse de prendre soin de l'environnement. Au portail, l'inspecteur attendait Lukas de pied ferme, sa moustache frétillante.

- Je veux bien concéder à votre participation à l'enquête à une seule et unique condition. Que ce soit précisément une participation ! Vous nous faites part de vos déductions et je vous laisse accéder à la scène.

L'esprit encore embrumé, noirci par la fin de semaine éprouvante qu'il venait de vivre, Lukas ne chercha pas à parlementer. Ce qui décontenança profondément l'inspecteur.

- Vous… vraiment ?

- Vous me laissez entrer si j'accepte, non ?

- Euh… oui. Oui, c'est bien ça.

- Eh bien, d'accord.

Lukas franchit le portail sans autre mot et remonta le sentier de graviers qui menaient à l'entrée de la villa. L'inspecteur était encore dans la rue, le doigt en l'air, à cligner des yeux, se demandant bien pourquoi ce détective Bondevik était tout à coup aussi docile. Il ne lui avait même pas trouvé une seule trace de sarcasme dans la voix. Puis, il s'élança finalement à sa suite.

Lukas salua d'un bref mouvement de tête Andrey qui était occupé à transporter un verre d'eau. Parfait, l'envie ne lui prendrait ainsi pas de venir discuter avec lui. L'inspecteur le rejoignit bientôt et le guida jusqu'à la scène du crime, qui se trouvait être le bureau.

La police scientifique et son florilège de spécialistes n'étaient pas encore sur les lieux. Il était donc impératif de rester sur le seuil dans un premier temps, afin de ne pas perturber la scène du crime. L'inspecteur ne manqua pas de le lui rappeler et Lukas balaya l'air de la main. Il n'était pas idiot, pitié. La villa occupée par les Beilschmidt était une location saisonnière, pour leur venue en Norvège. La pièce était ainsi tout à fait sobre : un bureau, une table basse, deux fauteuils, quelques étagères et de la décoration. Le corps d'Hermann Beilschmidt se trouvait encore là, comme endormi la tête contre son bureau, le visage tourné vers la fenêtre et le reste du corps avachi dans le fauteuil. Ses bras étaient ballants le long de son corps.

- Position pas très naturelle.

L'inspecteur approuva.

D'autant plus que sur la table basse se trouvaient deux tasses encore pleines, une assiette de biscuits emballés, de la paperasse et un crayon.

- Le coupable était en présence de la victime, semblerait-il. Mais pourquoi avoir voulu déplacer le corps cela dit ?

- Il ne l'a pas forcément déplacé.

- Allons bon. Vous venez vous-même de déclarer que la position n'était pas naturelle.

- Pas naturelle pour piquer un somme, mais il n'est pas impossible qu'il se soit assit de lui-même avec un autre but en tête.

- Empoisonné comme les deux autres, hein ? Vingt-minutes environs entre l'introduction de ce poison et une réaction. C'est possible, oui. Mais rien ne nous dit qu'il s'agisse du même poison, ni même d'une mort par poison.

- Je vous en prie, inspecteur. Un troisième homicide en l'espace de deux semaines, les trois victimes se connaissaient et toutes se trouvaient à la réception. Evidemment qu'il est mort par empoisonnement au même titre que les deux autres. L'analyse toxicologique aura tôt fait de me donner raison.

La moustache de l'inspecteur s'agita. Il était mi-figue mi-raisin mais le détective semblait enfin s'éveiller. Il était ravi de constater qu'il n'avait pas perdu de son répondant apparemment, même si cela l'agaçait.

La police scientifique arriva alors, chargé de tout son matériel et des précautions nécessaires pour ne pas perturber le moindre petit élément potentiellement révélateur. Elle put fournir le nécessaire à Lukas et l'inspecteur pour se protéger et protéger la scène, et ils purent enfin passer les lieux au peigne fin.

Lukas se rendit aussitôt vers le cadavre.

- On touche avec les yeux, lui rappela l'inspecteur

- Je sais.

Il détailla les traits figés d'Hermann Beilschmidt. Il était impressionnant de constater à quel point cela ne changeait absolument rien au souvenir qu'il avait de cet homme. Il semblait sur pause, égale à son austérité et sa prestance de son vivant. Il n'aurait même pas été étonnant de le voir se redresser.

L'inspecteur l'interpella alors. Sur la main droite, il venait de repérer une tâche vert-jaunâtre, presque à la jointure entre deux doigts. Cela ne faisait que confirmer son hypothèse, ayant déjà eu la preuve par le meurtre de Zoltàn que l'injection cutanée était possible avec le poison en question.

- Il ne semble pas s'être débattu à première vue. La médecine légale nous le dira plus en détails.

Lukas observa le bureau, ainsi accroupi. Il testa les placards et les tiroirs. Aucun d'eux n'était fermé à clé. Seul l'un d'eux comportait quelques dossiers sous forme de chemises à rabats. Lukas les extirpa et feuilleta l'ensemble. Il ne s'agissait que de documents techniques, de mails imprimés, de tableurs et de listes au sujet de la Beilschmidt Incorporation. Il nota la présence d'une seule chemise à élastique vide. En tout cas, Hermann ne s'estimait clairement pas en vacances.

Pour qui le coupable avait-il bien pu se faire passer cette fois ?

Lukas remisa les dossiers dans le tiroir, dans l'ordre exact où il les avait trouvés. Il s'approcha par la suite de la table basse. Il observa avec minutie chaque objet. Le rebord des tasses semblait parfaitement intact. Un membre de la police scientifique appliqua une fine couche de poudre qui, en effet, ne révéla aucune marque de lèvres. On n'avait donc pas touché aux boissons. Cela ne l'étonna pas. Il avisa le critérium. En revanche, voilà qui corrélait avec la tâche jaunâtre sur le dos de la main droite d'Hermann. Une mine de critérium pouvait s'avérer redoutable, ce n'était pas improbable. D'autant plus si on l'avait imbibée de poison. L'hypothèse se tenait.

- Je vous suggère de considérer cet objet prioritaire.

L'agent le dévisagea.

- Il a raison, marmonna l'inspecteur

L'agent hocha la tête. Elle prit plusieurs photos, puis s'empara précautionneusement du critérium et plaça à sa place un petit écriteau numéroté.

Lukas se pencha sur les feuilles étalées sur la table. Elles se présentaient toutes au nom d'un refuge animalier et étaient accompagnées d'une brochure présentant l'association. Ainsi donc, voilà l'identité qu'avait usurpée le coupable cette fois.

Alors que, peu après avoir quitté la scène du crime, Lukas et l'inspecteur marchaient côte à côte en direction du salon, son cœur se serra. D'ordinaire, à ses côtés, il n'entendait pas le claquement sec de petits pas pressés. C'était plutôt des pas allongés, légers. Il n'avait pas pour habitude d'apercevoir du coin de l'œil une moustache nerveuse, mais plutôt des épis blonds en bataille. Il secoua la tête alors qu'ils arrivaient à destination.

L'inspecteur fit volte-face vers lui.

- Je mène l'interrogatoire. Sans compter que nous sommes face au fils de la victime. Il est sous le choc et a besoin de temps et d'empathie. Je ne veux pas vous entendre.

La mine de Lukas s'assombrit. Combien de fois lui avait-on reproché son manque d'empathie ? Une seule fois, Mathias le lui avait reproché également, bien maladroitement. Mais lui au moins s'était excusé et avait reconnu que c'était faux. Combien de fois également, Mathias s'était-il chargé d'adoucir les conversations, d'être le cœur quand lui était la tête froide et implacable qu'il se bornait à être pendant une investigation ?

Ils pénétrèrent dans le salon où se trouvait Andrey en pleine conversation avec le fils d'Hermann, Ludwig Beilschmidt. Le pauvre jeune homme prenait sur lui. Il contenait ses tremblements du mieux qu'il pouvait, agrippant son verre d'eau. Andrey lui posait des questions anecdotiques, lui souriait et lui adressait des paroles compatissantes. Ludwig ne cilla pas à la présence de Lukas, quand bien même ils s'étaient rencontrés lors de la réception.

- Toutes mes condoléances, lui adressa aussitôt l'inspecteur en s'installant face à Ludwig

- Merci…

- Je suis désolé de devoir en passer par là. Vous vous doutez bien que lumière doit être faite sur ce tragique évènement. J'aurais besoin de vous à un moment ou à un autre. Aussi, quand vous vous sentirez prêt à témoigner…

Ludwig hocha gravement la tête.

- Il le faut, oui.

Il inspira profondément, puis afficha un regard résolu.

- Allez-y.

L'inspecteur commença alors son entretien. Il sortit un enregistreur tandis qu'Andrey se posait à côté de lui avec une tablette pour prendre des notes. Il lui demanda la présentation d'usage sur son identité, puis démarra en douceur avec quelques questions. Ludwig était déterminé à se montrer inébranlable. Quoique sa voix chevrotait et bafouillait parfois, il prenait soin d'articuler chaque réponse.

- Votre père a accueilli quelqu'un ce matin, n'est-ce pas ? Avez-vous eu l'occasion de l'apercevoir ?

Ludwig se tut, la gorge nouée. Sa bouche se tordit en un rictus et ses yeux s'embuèrent, en plein combat intérieur. Cette réponse fut terrible à apporter pour lui. Plusieurs minutes s'écoulèrent tandis qu'il essayait de se reprendre. L'inspecteur, Andrey et Lukas patientèrent en silence. Les poings serrés de rage, Ludwig hocha la tête avant de la laisser retomber.

- C'est moi… c'est moi qui ai ouvert, hoqueta-t-il

Il fondit en larmes mais voulut poursuivre ce qu'il considérait comme un aveu de culpabilité.

- Cet homme s'est présenté au portail pour une interview avec… avec mon père. Il… il était bénévole dans un refuge. Mon… mon père…

Il prit une grande inspiration.

- Mon père aime énormément les animaux. Il se dédie volontiers aux associations et… et à toute personne qui pense comme lui. Alors, c'était… c'était normal. D'avoir cet entretien avec un bénévole. Et… tout était en règle… tout était en règle.

Andrey lui tendit un mouchoir. Ludwig bredouilla quelques remerciements.

Lukas pensa au portrait-robot dessiné par Edwin et qu'il avait dans son téléphone. Il avait besoin de se voir confirmer que c'était bien encore cet homme qui avait frappé. Ludwig était à même de lui prouver qu'il s'agissait du même coupable. Mais en l'état, cela aurait été lui porter le coup de grâce et il y avait bien d'autres questions à lui poser. Sans compter qu'il était certain que l'inspecteur l'éjecterait aussi sec d'un coup de pied dans le derrière s'il brisait son témoin.

Une question le taraudait notamment. Mais vu que l'inspecteur lui avait bien fait comprendre qu'il n'avait pas intérêt à ouvrir la bouche, il se résigna à la rédiger sur son téléphone et la lui soumit. L'inspecteur cligna plusieurs fois des yeux puis la lut à voix haute.

- Pourrait-on vous demander si vous connaissiez bien le travail de votre père ?

Ludwig acquiesça.

Lukas rédigea une nouvelle question. L'inspecteur fronça les sourcils, ne comprenant pas où le détective voulait en venir. Mais de nouveau, il se fit le passeur de ses interrogations.

- Savez-vous quels documents il avait emportés ici avec lui ?

- Peut-être pas tous, mais la plupart, oui.

Lukas poursuivit.

- Seriez-vous à même de déterminer s'il manque un document ?

- S'il manque un document ?

- Mais qu'est-ce que vous avez dans la tête à la fin, Bondevik ?

Lukas conserva le silence, tel qu'il l'avait promis. La moustache de l'inspecteur s'agita. Il leva les bras en signe de défaite.

- Roh, allez-y ! Parlez donc.

- Dans un seul tiroir du bureau, Hermann Beilschmidt a glissé des affaires au sujet de son entreprise. Les papiers sont minutieusement classés dans différentes chemises, révélant un caractère très ordonné et pratique. Pourtant, une seule chemise à élastique est vide. Or, nous sommes ici dans une location saisonnière. Les Beilschmidt ne sont que de passage à Oslo. Hermann n'a emmené que le strict nécessaire et on ne s'embarrasse pas de papeterie inutile lorsqu'on voyage. La chemise à élastique avait donc une utilité.

Face au silence qui accompagna son explication, Lukas crut bon d'ajouter.

- Je pense donc qu'il manque un document.

Au moins cela eut-il le mérite de calmer Ludwig, qui le dévisageait avec surprise, comme s'il le découvrait pour la première fois dans son salon.

L'inspecteur s'agita dans son siège.

- Qu'est-ce que ça peut à voir avec ce qu'il s'est passé ? Franchement !

- Vous vouliez que je vous fasse part de mes déductions, oui ou non ? Eh bien, voilà, pour aboutir à l'une d'elle, j'ai besoin de vérifier ceci.

L'inspecteur rongea son frein.

- Euh… je ne peux pas dire, répondit Ludwig, mais votre interrogation est légitime. Mon père n'emporte que le nécessaire.

Lukas fit volte-face, quoiqu'en dise l'inspecteur, et alla récupérer la petite pile de document qui se trouvait dans le tiroir du bureau. Ludwig feuilleta le tout, consciencieusement tandis que les autres patientaient en silence. Lorsqu'il découvrit en effet la chemise à élastique vide de tout contenu, il ne put retenir un froncement de sourcil. Il refit le tour des documents, puis apporta son verdict.

- Il manque un brevet.

- Un brevet en particulier ? demanda aussitôt l'inspecteur

- Plutôt oui. Mon père comptait mettre à profit ce séjour pour partager ce brevet en particulier à un laboratoire norvégien spécialisé dans la recherche de prothèses médicales pour animaux. Quand il l'a annoncé aux médias après sa visite du laboratoire, la semaine dernière…

Ludwig dut faire une pause. Il parlait vite pour éviter de se faire rattraper par l'émotion mais elle eut raison de lui à nouveau.

- Ce brevet a fait la renommée de la Beilschmidt Incorporation. Qu'il décide de le partager comme ça, sans prévenir personne, ça a beaucoup surpris.

- Quel nom ce brevet a-t-il ?

- G01J120830, prononça Ludwig machinalement

Lukas prit bonne note de ce nom.

Jusqu'à présent, il s'était convaincu que les meurtres et le bijou volé chez Zoltàn Hédèrvàry n'avaient rien à avoir. Il devait désormais revenir sur cette assertion. Voilà trois meurtres avec le même mode opératoire et dans deux d'entre eux, il constatait la disparition d'un objet de valeur. Personne n'avait eu vent du forfait chez les Hédèrvàry, et si l'inspecteur l'avait sommé de faire part de ses déductions à l'avenir, il n'avait jamais mentionné de devoir faire part de ses déductions passées. C'était presque joué sur les mots mais Lukas n'avait toujours aucune envie de révéler la présence de Natalya ce soir-là et de la compromettre. Cela tenait uniquement à lui d'explorer cette piste qui recelait peut-être le mobile du coupable. Il se demandait aussi s'il manquait de fait quelque chose dans les effets d'Ottavio Vargas.

Par ailleurs, il s'était dit qu'Ottavio avait peut-être été assassiné pour avoir été témoin du premier meurtre, d'une manière ou d'une autre. Mais le fait que vienne s'ajouter celui d'Hermann rebattait les cartes. Hermann était-il aussi un témoin gênant ? Ou bien y avait-il une raison à viser chacun des trois hommes ?


Affaire à suivre…