Bonjour à tous,
Que dire ? J'adore lire vos réactions et vos hypothèses. Mais c'est un peu frustrant parce que je ne peux encore rien dire en retour ah ah
Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz
Affaire 24 : Les quatre familles
L'inspecteur conclut l'entretien pour le moment, renouvela ses condoléances et fit signe à Andrey et Lukas qu'ils partaient. Par politesse, Ludwig les raccompagna. Lukas trouva un moment pour se retrouver seul avec l'inspecteur. Il ne pouvait décemment pas quitter les lieux sans avoir soumis le portrait réalisé par Edwin au regard de Ludwig Beilschmidt.
- Vous avez quoi ? s'offusqua l'inspecteur, mais depuis quand ? Comment ?
Lukas repensa aux parents d'Edwin, qui cherchaient à protéger leur fils.
- Ça, vous n'en saurez rien. Mais faites-moi confiance…
- Vous faire confiance, hein ? La belle affaire !
- Mais faites-moi confiance, ce portrait est fiable. Si Ludwig Beilschmidt le reconnait, alors nous aurons là la preuve irréfutable que nous avons un coupable pour trois meurtres.
- Parce que vous avez pu vérifier l'identité dans le cas de Vargas aussi ? Tiens donc.
L'inspecteur se lissa la moustache, suspicieux. Puis, il soupira.
- C'est l'épreuve du feu, cependant. On pourrait bien le faire entrer en état de choc avec ça…
- Vous remarquerez que j'ai attendu la fin de l'interrogatoire et que je nous ai isolés.
- Oui, oui, bravo. Vous voulez une médaille, peut-être ?
L'inspecteur se gratta l'arrière du crâne, indécis. Il prit finalement la décision de jouer franc-jeu et alla à la rencontre de Ludwig.
- Soyez sûr de vous. Nous comprenons parfaitement que ce soit traumatisant et pouvons attendre.
- Mais je devrais en passer par là, n'est-ce pas ?
- Oui, c'est vrai.
- Alors, allons-y.
Lukas ne prit aucune pincette. De toute façon, il était convaincu que l'effet serait le même. Il présenta la photo sur son téléphone à Ludwig. Ce portrait lui arracha aussitôt des larmes amères. Il se contenta d'un hochement de tête ténu. Lukas remisa son téléphone dans la poche de son pantalon, sans mot dire. Voilà qui était plus que concluant.
C'est alors que la porte d'entrée claqua suivit d'aboiements de chiens.
- C'est quoi tout ce chambard ? Lud' ?
Un teckel coincé entre un berger allemand et un hovawart se ruèrent sur Ludwig comme s'ils étaient déjà au courant de tout. Le jeune homme s'accroupit et les étreignit. Ils lui léchèrent le visage avec bienveillance tandis qu'il se laissa perdre dans leur pelage.
A leur suite, jaillit le seul et unique Gilbert présent au mariage de Lovino et Antonio. Lukas se figea aussitôt. Ce visage lui évoquait désormais sa dispute avec Mathias, la disparition de ce dernier, et toute cette fin de semaine anxiogène.
- Pourquoi je dois prouver que je vis ici pour rentrer chez moi, oh ? Et c'est quoi tout ce bardas de camionnettes à l'avant de la baraque ?
Gilbert dévisagea tour à tour l'inspecteur, Andrey et Lukas. A la vue de ce dernier, il fronça les sourcils mais passa outre. Son attention fut aussitôt accaparée par Ludwig à genoux avec les chiens. Il se précipita sur lui.
- Eh, Lud', ça va ?
- Oui, t'inquiète pas, souffla Ludwig d'une toute petite voix sans relever la tête.
Gilbert lui frotta le dos avant de darder son regard vers les étrangers.
- Et alors ? Vous êtes qui ? De la police aussi ?
La mine grave, l'inspecteur s'avança et lui tendit une main officielle. Derrière lui, Andrey se redressa et croisa les bras dans le dos, prenant une posture solennelle.
- Bonjour, monsieur. Inspecteur de la police centrale d'Oslo. Puis-je savoir qui vous êtes ?
- Gilbert Beilschmidt, le frère ainé de Ludwig. Et donc ?
- Nous sommes ici pour une bien terrible nouvelle, je le crains.
Gilbert haussa un sourcil.
- M. Hermann Beilschmidt est décédé ce matin dans de tragiques circonstances.
L'aîné perdit toutes ses couleurs à mesure que ses yeux s'écarquillaient. Sous sa main qui continuait de frotter son dos, il sentit son cadet tressaillir.
- Vous déconnez ?
L'inspecteur ferma les yeux et secoua la tête tristement. Gilbert se redressa subitement et l'attrapa par le col. Aussitôt, Andrey s'interposa d'une main calme mais ferme sur son avant-bras.
- C'est une putain de blague !
Gilbert le lâcha brusquement, jura et assena un coup de pied dans un grand vase décoratif. Les chiens glapirent et semblèrent pleurer à leur tour la mort du patriarche. Gilbert se tourna dans tous les sens avant de hurler à nouveau. Il ne semblait avoir aucune limite dans l'expression entremêlée de son chagrin et de sa colère. Il avait tout de la bête sauvage et déchaînée.
Ludwig se redressa subitement.
- Gilbert ! Ça suffit !
Les deux frères se dévisagèrent, le chagrin coincé au fond de la gorge. Gilbert serra les dents puis fit volte-face avant de s'enfuir.
- Putain, je sais ! Merde !
Ludwig s'excusa auprès des personnes présentes. Andrey le rassura aussitôt.
- On ne peut pas le lui reprocher.
- Pour l'heure, nous en resterons là. Mais nous devrons tôt ou tard prendre la déposition de votre frère également.
Ludwig hocha la tête.
- Je tâcherai de le préparer.
- Prenez soin de vous, lui adressa l'inspecteur avant de le quitter
oOo
Après cette matinée riche en émotions, Lukas était de nouveau sur sa lancée pour cette enquête qui prenait des proportions inquiétantes. Cela lui occupait l'esprit. Même s'il était très gêné de constater qu'il y avait désormais un lien, même ténu, avec Mathias au travers de Gilbert. La question ne cessait de le hanter, en arrière-plan, comme des nuages gris à l'horizon : comment s'étaient connus les deux hommes ? La réaction de Gilbert avait été si violente, quoiqu'il ait pu se produire par le passé, il était normal que Mathias se soit senti mal à l'aise face cette personnalité farouche.
Il fit de son mieux néanmoins pour se concentrer sur son investigation et reprit les hypothèses qui avaient fait leur chemin pendant l'inspection de la villa des Beilschmidt. Soit un meurtre avait été prémédité et les deux autres avaient suivis pour enterrer des preuves compromettantes au premier, soit ils avaient affaire à une série de meurtres. Et à partir de là, qui sait quand cela s'arrêterait et qui serait le prochain sur la liste.
Le fait que le même mode opératoire ait été utilisé dans les trois cas, sans compter mine de rien qu'une semaine s'était à chaque fois écoulée entre chacun des homicides, tendait à faire croire que c'était la deuxième hypothèse qui était à prendre en compte. D'autant plus que, réfléchit Lukas, même s'il n'en savait rien dans le cas d'Ottavio Vargas pour le moment, le premier et le troisième homicides étaient d'autant plus similaires qu'un objet de valeur avait disparu.
Ainsi, en dehors de la réception, quel lien unissait donc les trois hommes ?
Il se rappela alors la conversation qu'il avait interceptée au début de cette fameuse soirée, lorsque deux individus avaient mentionné le fait que Zoltàn Hédèrvary, Ottavio Vargas, Dariush Mirza et Hermann Beilschmidt formaient un quatuor sans que personne n'en connaisse véritablement la raison. Si quelqu'un était ainsi à même de déceler un mobile au coupable, c'était donc surement Dariush. Voire peut-être même, se dit Lukas alors qu'il recherchait là où logeait cet homme, qu'il pouvait être considéré comme un suspect. Peut-être avait-il engagé un homme de main et avait-il en effet cherché à mettre la main sur ces objets de valeurs avant de ses débarrasser de ses comparses.
Sans compter qu'avec un coupable certes identifié physiquement mais à l'identité autrement inconnue, jonglant entre plusieurs couvertures, il devenait urgent de découvrir le mobile. C'était bien là le seul moyen pour mettre la main sur lui. Découvrir ses ambitions pour remonter le fil. Pour le moment, il envisageait l'appât de la fortune ou du pouvoir.
Lukas avait besoin de vérifier tout cela, et en premier lieu de savoir si le brevet se retrouvait comme par hasard dans les affaires de ce Dariush Mirza.
oOo
Cette personnalité avait pris ses quartiers pour son séjour osloïte dans le faste d'une suite luxueuse du Midtøstenlinjen, un hôtel s'étant installé dans les anciens locaux d'une ligne maritime désormais fermée. Le magnat l'accueillit dans un sourire chaleureux qui s'effaça bien vite lorsque Lukas lui demanda de but en blanc de fouiller ses affaires.
- Et en quel honneur, je vous prie ?
- Vous, M. Hédèrvàry, M. Vargas et M. Beilschmidt, vous vous connaissiez tous les quatre. Peut-être aviez-vous des griefs contre eux ?
Dariush éclata de rire à s'en frapper la cuisse.
- Ah, des griefs ! Pour sûr que j'aurais eu bien des reproches à faire à cette saleté d'Ottavio…
Son regard se perdit un instant, mélancolique.
- Mais il en avait surement tout autant que moi. Non, tous les quatre, nous nous entendions bien mieux que ne pouvaient le comprendre les autres. Nous avions des querelles, certes, m'enfin… rien ne peut être toujours tout rose.
Dariush s'avança vers une tasse de thé d'un rouge profond aux reflets moirés. Il en proposa à Lukas qui déclina aussitôt. Il sirota une gorgée, les yeux fermés, avant d'en revenir à son invité.
- Si je vous suis bien, vous oseriez me suspecter d'avoir attenté à la vie de mes deux vieux amis. Quelle folie !
- Vos trois amis.
- Trois ?
Dariush manqua de faire tomber sa tasse. Il la reposa en tremblant sur un guéridon, puis s'approcha de Lukas. Il l'attrapa par les épaules, horrifié.
- Hermann… Hermann aussi ?
Le détective se contenta d'un hochement de tête.
Dariush se laissa tomber dans un fauteuil.
- Hermann aussi…
- Donc malgré vos griefs, vous m'affirmez qu'il ne vous serait jamais venu à l'esprit de s'en prendre à l'un d'eux.
Aussitôt, Dariush sauta sur ses pieds et tonitrua :
- Bien entendu ! Tous les quatre, nous partageons bien plus que vous ne pourriez l'imaginer. Aucun de nous n'aurait voulu voir les autres disparaître. C'est une question de dignité dans l'adversité !
- Et que partagiez-vous donc ? La fortune ?
- La fortune, pff ! Je suis bien plus riche que les trois autres réunis. Quoique… Zoltàn a bien failli me dépasser à un moment donné. Ce vieux sauvageon…
- Alors pourquoi tout le monde fait-il grand cas de votre quatuor ?
- Je vous l'ai dit et je vous le répète. Ce que nous partageons va au-delà de ce à quoi on pourrait s'attendre.
- Et donc ? J'ai besoin de connaitre ce lien soit pour ne plus vous considérer comme suspect, soit pour appréhender un tueur en cavale, M. Mirza.
Dariush fronça les sourcils, goûtant peu le ton du détective.
- Je vous l'affirme. Il serait stupide de s'en prendre à nous pour ce que nous sommes en tant que quatuor. Pour le reste, comment pourrais-je avoir confiance en vous de mon côté ?
Lukas inspira profondément.
- En effet, je n'ai rien de tangible à vous proposer. Je peux vous assurer cependant que je connais la famille de M. Hédèrvàry ainsi que celle de M. Vargas. Je…
Lukas n'avait pas pour habitude de prononcer haut et fort ce genre de choses.
- J'enquête notamment pour eux.
Il sentit le regard de Dariush le passer au crible. Ce dernier se frotta le menton d'un doigt songeur, tournant autour du détective. Puis, il retourna avaler une gorgée de son thé.
- Tous les quatre, nous entretenons un héritage particulier. Multiséculaire. Voilà.
- Vos familles ont donc une ancienneté avérée.
Dariush eut un sourire dans le vague.
- Oh oui. Et des disputes entre les quatre familles, croyez-moi qu'il y en a eu. Mais jamais nous n'avons remis en question la préservation de cet héritage. Car nous croyons tous fermement en cet adage de l'union fait la force.
- Bien. J'imagine donc que vous n'avez pas d'utilité à dérober un brevet.
Dariush le dévisagea, interloqué.
- Un brevet ? Quel brevet ?
- Le brevet ayant fait la renommée des Beilschmidt.
- Je vois à peine de quoi vous me parlez.
Par la suite, Lukas prit congé, fort de ces nouvelles informations.
oOo
On avait confié à Søren la tâche minutieuse de brûler plusieurs piles de paperasse inutile. Elle ne devait laisser aucune trace et finir dans le néant. Ainsi, il veillait sur ces brûlots dans le coin d'une pièce agrémentée d'une kitchenette.
Il ne savait toujours pas où il était. Les fenêtres du bâtiment donnaient vraisemblablement sur une cour arborée. Les personnes dehors faisaient toutes parties de son nouvel entourage. Ce n'était pas comme s'il aurait cherché à s'échapper de toute façon. Il avait embrassé le retour à son ancienne vie. Il s'était fait une raison. Il pouvait bien fuir des années, ils se retrouvaient forcément sur sa route.
Pour le moment, il n'avait pas à se plaindre, se disait-il régulièrement. Il avait un toit, un lit, des repas d'assurés, une douche à disposition. Même s'il devait bien avouer qu'il n'avait pas goût à grand-chose. Qu'est-ce qu'il était allé chercher une autre vie ? Il avait tout à disposition. Quel idiot ! Søren, l'idiot. Ça lui allait bien, tiens. Il ne dormait quasiment pas, par contre. Il se trainait ainsi, les traits tirés. Au moins ses cheveux en bataille ne détonnaient-ils pas dans son apparence. Son supérieur lui confiait des petites tâches rébarbatives. C'était très bien ainsi : il était dans son coin, au calme, à s'occuper de vieux papiers compromettants, d'astiquer le matériel ou de préparer des collations pour son chef.
C'était moins valorisant qu'au bon vieux temps. Mais en même temps ! Ne le méritait-il pas, hein ? A jouer au déserteur, il fallait bien qu'on le remette à sa place.
Au contraire des flammes qui avalaient goulument le papier, le regard de Søren était placide. Il était très calme, ne s'était jamais emporté une seule fois depuis son retour. Ceux qui l'avaient connus avant et qui passaient par cette résidence se moquaient parfois de lui.
- Eh ben, alors, Søren ? On est crevé ? Fallait pas aller gambader pendant tout ce temps !
Il ne réagissait pas. Ils avaient surement raison. Ces trois ans à sursauter dès qu'il pensait qu'on avait pu le retrouver, à adopter son nouveau nom, à fournir de lourds efforts pour se reconstruire une vie et faire fi de son passé, c'était beaucoup d'énergie dépensée. Et pour quoi ? Pour se retrouver à la case départ.
Souvent son chef lui disait :
- Je t'en veux pas, Søren. Mais c'est mal, ce que tu as fait.
Il commençait à le croire.
Søren était donc tout à son brûlot, ajoutant quelques feuilles de temps à autres, lorsque deux hommes pénétrèrent dans la pièce et le saluèrent gaiement tout en se servant un café. Il leur répondit d'un sourire fade. Puis, les nouveaux venus reprirent leur conversation où ils l'avaient arrêtée.
- Je peux pas te demander dans cette équipe. Etre trop nombreux, c'est pas bon. Faut pas qu'on se loupe.
- Justement, si on est plusieurs, y aura plus de chances de notre côté.
- Trop visible, oui. C'est un gros casse. Le boss l'a bien dit et redit. Il les veut et hors de question que ça foire.
L'homme soupira avant d'interpeller Søren.
- Eh, comment tu faisais toi, pour toujours faire partie des meilleurs coups ?
- Arrête, Søren, c'était le chouchou.
- J'ai prouvé ma valeur, répondit-il finalement
Les deux hommes délaissèrent leur tasse et l'un d'eux assena une claque à l'arrière de la tête de Søren.
- Et tu l'as bien gâchée. Ah ah !
Bientôt, Søren se retrouva de nouveau seul. Il soupira. Il avait tout gâché. Ça aussi, c'était peut-être bien vrai.
Affaire à suivre…
