Bonjour à tous,
La plupart d'entre vous l'ont compris, je pense. Je ne dirais pas quoi, parce que j'aime bien rester inutilement mystérieuse, mais je sais que vous savez x)
Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz
Affaire 24 : L'élément surprise
Ainsi poussé par l'angoisse et l'envie de retrouver son frère cadet le plus vite possible, Lukas s'activa toute la nuit durant, entrecoupée de quelques sommes qu'il ne put empêcher. La cafetière fonctionna à plein régime. Il avait élu domicile dans la cuisine, étalant sa paperasse sur la table et les plans de travail. Le macareux dans l'entrée s'agitait dans sa cage, l'incendia jusqu'à ce Lukas réalise que le volatile n'avait plus rien à manger ni à boire. Pour sa part, le détective ne ressentit pas la faim.
Il voulait aller au bout de cette enquête.
Armé d'un marqueur rouge, il traça consciencieusement des lignes et des cercles pour schématiser tout ce qu'il savait. Mais rien n'y faisait, il manquait quelque chose à cette énigme.
Pourquoi tuer s'il était plus profitable de les garder en vie pour mettre la main sur un patrimoine ?
Lukas ne doutait pas de l'existence de celui-ci. C'était ce qu'avait laissé entendre Dariush Mirza. Cela dépassait l'entendement et sa connaissance de l'être humain, mais si les faits étaient tels, Lukas n'allait pas les remettre en question. En revanche, l'existence de cette clé fragmentée n'avait jamais été avérée. Ce n'était peut-être bien qu'un mythe et peut-être pouvait-on avoir accès à ce fameux patrimoine inestimable sans opérer une chasse au trésor de grande envergure.
Alors tuait-on parce qu'on était le prochain héritier ?
Zoltàn et sa fille Erzsébet s'entendaient à merveille. Le père avait tout donné à sa fille, sans jamais la moindre concession. Peut-être Roderich Edelstein avait-il quelques animosités à l'égard de son beau-père, mais il l'avait suffisamment côtoyé pour savoir que c'était un homme très terre-à-terre, guindé et pétrie de bienséances. Dans le cas d'Ottavio Vargas, il lui connaissait trois petits-fils, sans que jamais n'ait été fait mention de ces propres enfants, au moins au nombre de deux, Valeriano étant le cousin de Feliciano et Lovino. Etait-ce ces enfants-là qui s'en était pris à Ottavio ? Possible. Enfin, pour Hermann Beilschimdt, son fils Ludwig était apparu trop entier pour feindre l'affliction. La réaction de Gilbert pouvait apparaître surfaite, certes. Il était le plus à même de se présenter comme un coupable. Cependant, dans aucun des cas, il ne pouvait lier les trois homicides perpétrés par un homme de main au titre d'une seule personne, à moins de persister dans l'hypothèse de Dariush.
Et que dire du bijou et du brevet disparus ? Quel lien y avait-il entre eux et les décès ?
Son cerveau épuisé le força à sombrer dans le sommeil alors que le soleil s'était levé pour une nouvelle et belle journée estivale. Lorsqu'il émergea, ankylosé, son téléphone lui signala deux messages. Le premier était d'Andrey qui lui confirmait que le poison qui avait eu raison d'Hermann Beilschmidt avait bien été retrouvé sur la mine du critérium et qu'il s'agissait bien de la même toxine que dans les deux précédents cas.
Lukas se frotta les yeux vigoureusement.
Au moins cela corroborait-il tout son chemin de pensées jusqu'à présent.
Le deuxième message était de la part de l'inspecteur qui lui rappelait sa promesse et qu'il n'avait pas intérêt à y déroger. Grommelant, Lukas composa rapidement une réponse, alignant succinctement les nouveaux éléments et s'épargnant les détails. Là.
Puis, il se replongea corps et âme dans ses réflexions. Mais les mots dansaient devant ses yeux et il relisait un nombre incalculable de fois les mêmes phrases avant de s'en rendre compte. Il avait besoin de repos, il le savait. Mais la simple pensée d'Emil séquestré il ne savait où ne manquait jamais de lui injecter une dose d'adrénaline bien sentie.
La sonnerie de l'entrée le sortit d'un songe cauchemardesque. Lukas réalisa qu'il s'était endormi. On pressa de nouveau la sonnerie. Epuisé, il se traina pour aller ouvrir. La personne sur le pas de la porte eut le mérite de le surprendre bien assez pour achever de le réveiller.
- M. Karpusi… c'est bien cela ?
Heraclès Karpusi hocha la tête dans une lenteur qui lui était toute propre. Cet homme avait cette caractéristique, tant dans ses manières que dans sa parole, non pas de prendre son temps mais de décomposer chaque mouvement, chaque syllabe, ainsi que d'apporter à toutes choses une substance méditative voire philosophique. Il tendit une main pour saluer Lukas.
- J'ai besoin que vous m'aidiez à comprendre.
Le détective empoigna la main qu'il lui présentait, puis l'invita à entrer. M. Karpusi prit même le temps de saluer le macareux, lequel était ravi de voir enfin un autre visage que celui tiraillé et à bout de Lukas.
- Vous aidez à comprendre quoi ?
Lukas priait intérieurement pour que cela ne soit pas trop long. Bien mal lui en pris car il s'agissait d'Heraclès Karpusi. Bien évidemment que cela prendrait du temps. Il avisa sa paperasse qui attendait dans la cuisine et regretta presque d'avoir ouvert sans y réfléchir à deux fois.
- Un objet, ce n'est rien. N'est-ce pas ? Ce n'est que ce qu'on lui influe. Le nom qu'il porte ne tient qu'à nous.
Lukas espéra très fort que le philosophe ne soit pas parti à lui étayer la théorie des idées.
- Mais je ne comprends pas ce qu'on associe à ce papier. Ce matin, je suis allé visiter ma mère.
La mère d'Heraclès, Evangelía, avait été poussée au suicide voilà près de quatre ans. C'était du moins ce qu'avait déduit Lukas lorsqu'Heraclès avait requis ses services la première fois, il y a deux ans de cela. Le fils n'avait jamais pu croire que sa mère ait pu commettre un tel acte sans y avoir été forcée. Lukas n'était pas tant étonné qu'il vienne lui parler d'Evangelía.
Heraclès sortit de la sacoche qu'il avait avec lui une feuille rangé dans une pochette plastique.
- J'ai trouvé ce document sur sa tombe. Mais je ne saisis pas. Quelle est la pensée profonde derrière cet acte ?
Lukas attrapa le papier. La vague d'adrénaline qui l'assaillit fut d'une violence peu commune. L'intitulé de ce document officiel le frappa de plein fouet. Il sentit ses veines être parcourues à la vitesse de la lumière par un vif courant électrique tandis qu'il relisait plusieurs fois par peur de rêver éveillé : G01J120830.
C'était le brevet d'Herman Beilschmidt.
Impossible. Mais pourquoi se retrouvait-il sur la tombe d'Evangelía Karpusi ?
Lukas passa le document au crible. Il le plaça à la lumière du soleil, pour vérifier la transparence. Il le détailla à la loupe pour en vérifier chaque grain. Le logo de l'entreprise était sagement cacheté dans le coin à droite. La signature d'Hermann Beilschmidt était apposée dans une encre noire épaisse. Ce n'était pas un fac-similé.
- Vous avez trouvé ça sur la tombe de votre mère ?
La question était parfaitement inutile, mais Lukas était tellement décontenancé par la réapparition soudaine de ce document qu'il avait besoin de s'en assurer.
Heraclès Karpusi le lui confirma.
- Et vous n'avez aucune idée de pourquoi on l'y a déposé ?
- Ma mère était une autrice reconnue. Il arrive que je retrouve des sortes d'offrandes ornant sa tombe. De l'encens, des fleurs, des livres, voire de la nourriture ou des cadeaux. Chacun ses croyances. C'est fascinant, pour moi, d'essayer de décrypter quel lien a pu ainsi unir ma mère à ses personnes qui me sont inconnues.
Sauf qu'un brevet technique est un document très particulier. Personne ne va déposer un tel papier sans qu'il y ait une signification extrêmement précise derrière. Ce n'est certainement pas par gentillesse désintéressée ou par mélancolie qu'on dépose un brevet sur une tombe d'une autrice à succès.
- Cela arrive régulièrement ?
- Plutôt oui. Ces dernières semaines encore, j'ai retrouvé une bouteille de vin et un bijou.
Lukas sursauta presque. Des bijoux ? Serait-ce possible que…
Il se rua sur la cuisine, s'empara de la photo que Natalya lui avait confié et la soumis au regard d'Heraclès Karpusi.
- Ce bijou là ?
Le philosophe détailla longuement la photo. Le cœur battant, Lukas guettait la moindre de ses réactions. Le temps semblait s'étirer indéfiniment lorsqu'Heraclès lui rendit le cliché.
- Non, ce n'était pas lui.
Lukas s'en trouva décontenancé. Un instant, il avait cru qu'il tenait enfin quelque chose. Mais le bijou restait donc introuvable. Il n'avait donc pas de lien avec les meurtres ? Ou bien était-ce le brevet qui n'avait pas de lien avec les meurtres ? Ou bien Magnus Andersen lui aurait-il menti ? Devait-il considérer Heraclès Karpusi comme un suspect potentiel ? Pourtant, il était venu de lui-même lui remettre le brevet. C'était insensé !
Lukas avait la tête qui tournait tant toutes ses cellules grises s'étaient soudainement activées et turbinaient à plein régime. Il dut se poser sur le rebord de la fenêtre en baie, plus que perplexe.
- C'est étrange ? demanda Heraclès Karpusi
- Oui, très, avoua le détective sans quitter le brevet des yeux, avez-vous croisé la personne qui a déposé ce document ?
- Non.
Sautant sur ses pieds, Lukas accourut de nouveau dans la cuisine pour récupérer le portrait-robot dessiné par Edwin et le présenta à son invité.
- Ce visage vous dit-il quelque chose ?
Une fois encore, son interlocuteur se plongea dans une profonde analyse de ce qu'il avait sous les yeux.
- C'est peut-être bien…
Le cœur de Lukas rata un battement.
- C'est peut-être bien ce qu'on appelle la Beauté.
Lukas claqua sa langue, agacé.
- Mais je ne connais pas ce visage, non. Ça ne me dit rien.
- Bien. Où est enterrée votre mère ?
oOo
Lukas pénétra précipitamment dans le cimetière. Il se répéta le chemin qu'Heraclès Karpusi lui avait indiqué et se retrouva bientôt face à la tombe d'Evangelía. Sa stèle était d'une propreté étincelante. Son fils devait venir la nettoyer régulièrement. Il observa les alentours. Il était impensable qu'on manque un visiteur dans la configuration présente. Quiconque venait se recueillir devant la tombe d'Evangelía était forcément à la vue de tous.
La personne qui avait déposé le brevet n'avait donc pas ressenti la moindre once d'inquiétude à déposer le document ?
Lukas avait beau relire le document, l'ayant conservé avec lui, il n'arrivait pas à comprendre en quoi un papier pareil pouvait avoir un quelconque lien avec une autrice de roman de fictions et de réflexions.
- Ah mais oui, c'est bien vous. Le détective n'est-ce pas ?
Lukas tourna brusquement la tête et découvrit des jumeaux. Concentré qu'il était dans ses hypothèses, il mit quelques secondes avant de remettre des noms sur les visages. La jeune femme eut un sourire un brin railleur à son égard.
- Eh bien quoi ? Vous nous avez déjà oubliés ?
- Anna et Johan Trnka. Non, je me souviens bien de vous.
Johan Trnka semblait ému et émerveillé qu'on puisse ainsi se souvenir d'eux. Pourtant, il était évident que Lukas les reconnaitrait. Il les avait aidés à comprendre pourquoi leur mère disparue avait un jour co-signé un album jeunesse en norvégien, alors qu'elle avait toujours vécu en Tchécoslovaquie, lorsqu'il n'y avait qu'une entité politique. Mais surtout, Lukas ne pouvait pas les avoir oubliés alors qu'il avait enquêté pour eux tandis qu'à l'hôpital, sa grand-mère avait atteint la fin du fil de ses jours.
Anna vint lui serrer la main vigoureusement.
- Merci encore pour tout, déclara-t-elle gravement
- On est revenu pour rapatrier notre grand-oncle au pays.
Lukas avait en effet découvert qu'un membre de leur famille avait été enlevé enfant et s'était retrouvé en Norvège où il avait fini par s'établir et y avait passé le restant de sa vie avant de décéder au début des années 90.
- Toute cette paperasse, souffla Anna en secouant la tête
- Et vous ? Qu'est-ce que vous faites de beau ? demanda Johan
- J'enquête.
- Ça ne vous quitte donc pas !
- Mais dites-moi, les interpella Lukas, votre grand-oncle serait-il enterré ici ?
- Exactement ! Décidément, on ne peut rien vous cacher.
Anna leva les yeux au ciel face à l'enthousiasme de son frère jumeau.
- Pourquoi tu voudrais qu'on traine dans un cimetière norvégien sinon ? Même moi, j'aurais pu faire une déduction pareille.
- Ah ah ! C'est vrai !
- On est venu entretenir les fleurs sur sa tombe, précisa Anna à l'adresse de Lukas
- Vous étiez déjà venus déposer une gerbe.
- En effet. La semaine dernière.
- C'est qu'on a le temps, expliqua Johan, le temps d'avoir les papiers nécessaires pour le ramener au caveau familial. Il parait qu'on en a même encore pour une semaine.
C'était parfait ! se dit le détective. Il extirpa aussitôt son téléphone et leur présenta la photo du portrait dessiné à l'encre de Chine.
- Auriez-vous croisé cet homme ?
- Oui, je crois bien, répondit Johan quoique songeur
Anna s'empara du téléphone et détailla l'image.
- Si, je m'en souviens. Il avait l'air bizarre.
Lukas ne put s'empêcher de jubiler ouvertement.
- Est-ce qu'il avait la sale manie de se toucher le lobe de l'oreille gauche ?
- Euh…
- Aucune idée, mais quitte à parler de sale manie, répondit Johan, il était un peu louche, ce type. Il avait l'air très triste mais déterminé aussi. Et il a enlacé la stèle.
Johan frissonna, mal à l'aise à ce souvenir.
- Pourriez-vous me dire ce qu'il faisait ? Où il était ?
Les deux jumeaux se concentrèrent. Ils observèrent autour d'eux.
- Nous, on était là-bas. Pour sûr, ça devait être vers cette allée, oui.
- Quant à ce qu'il faisait, on l'a surtout croisé en partant. Mais il tenait dans les mains un bijou.
- Oui, une espèce de broche argentée.
Anna approuva d'un hochement de tête.
- Ça, on n'a pas pu se tromper. Un rayon de soleil est tombé dessus et ça a nous aveuglé. Il s'est même excusé pour ça.
- A quelle date et quelle heure précisément vous trouviez-vous au cimetière ?
Johan se gratta le crâne, le nez en l'air.
- Mercredi dernier… mercredi 21 juin, vers 11h. Un peu comme aujourd'hui, en fait.
Lukas s'empressa de noter ces nouvelles informations. Par deux fois, à une semaine précise d'intervalle, voilà qu'on avait visité la tombe d'Evangelía, qu'on y avait déposé quelque chose. Certes, le bijou n'était pas celui dérobé chez Zoltàn Hédèrvàry, mais deux jours après, tout comme deux jours après le meurtre d'Hermann Beilschmidt, on s'était rendu sur la tombe de l'autrice. Heraclès était passé après lui et n'avait pas croisé l'individu, mais les jumeaux Trnka, par un heureux hasard, oui. Et ils venaient d'apporter la preuve à Lukas, que cet homme s'étant rendu au cimetière, et celui ayant perpétré les meurtres était une seule et même personne. Ce ne pouvait pas être une coïncidence. Il était maintenant certain d'une chose. Le coupable ne tuait ni pour la fortune, ni pour le pouvoir, mais pour Evangelía.
Et tout faisait désormais presque sens ! Ne lui restait que quelques détails à régler.
En pleine effervescence, il remercia vivement les jumeaux Trnka, voyant enfin se profiler des retrouvailles avec Emil, et se précipita chez Heraclès Karpusi.
Affaire à suivre…
