Bonjour lecteurs !

J'ai désormais la certitude, voire la preuve, que je suis peut-être bien complètement timbrée : j'ai décidé de me lancer officiellement dans la version anglaise de cette fic… lol

Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz


Affaire 24 : Les offrandes

Lukas sonna furieusement à la porte de l'appartement des Adnan-Karpusi. Il avait un millier de questions qui se pressaient dans son esprit et qu'il avait urgemment besoin de poser à Heraclès.

Ce dernier lui ouvrit à peine qu'il jaillit dans le vestibule, trépignant d'impatience.

- La vengeance passionnelle ! s'écria-t-il

Juste quelques détails. Juste quelques détails à vérifier et il serait à même d'affirmer l'identité du coupable. Il sentait, il savait qu'il arrivait au bout de ses réflexions. Il pressentait la résolution. Il avait juste besoin de s'en assurer par encore quelques témoignages et quelques preuves.

L'agitation du détective ne manqua pas d'attirer une partie des chats d'Heraclès Karpusi qui vinrent lui tourner autour sans qu'il en soit réellement conscient. C'était un déluge de questions-réponses, de flèches qui s'agitaient en tout sens dans son crâne, de petites ampoules qui s'allumaient à droite à gauche. Il en avait le tournis.

- Je dois juste savoir. Je dois juste savoir, répétait-il dans un marmonnement frénétique

Heraclès Karpusi l'attrapa soudain par les épaules et le força à se calmer. Lukas recouvra instantanément ses esprits et réalisa qu'il était entré chez les Adnan-Karpusi. Il ajusta sa chemise, toussota et reprit plus posément. Ne précipitons pas les choses, se répéta-t-il tout en mettant de l'ordre dans ses pensées.

- Bien. Tout d'abord, vous m'avez dit que vous aviez retrouvé ces dernières semaines une bouteille de vin et un bijou. A quelle date les avez-vous découverts ?

Heraclès se prit à contempler le plafond, plongé dans ses souvenirs.

- C'était le jour du messager. Le jour d'Hermès. Le jour de Mercure.

- Donc mercredi.

- Oui, le mercredi. A chaque fois.

Il y avait donc un pattern : le coupable venait toujours visiter la tombe d'Evangelía le mercredi. Trois objets, trois mercredis, trois meurtres. Parfait, se dit Lukas, parfait.

- Je veux voir ces objets.

Heraclès hocha la tête. Il l'invita à pénétrer dans le salon où se trouvaient déjà des invités qui dégustaient des pâtisseries et des fruits secs, accompagnés d'une tasse de thé à la menthe. Lukas connaissait l'un d'eux, Gupta, le voisin et ami qui venait garder les chats de temps à autres. A ses côtés, se tenait une femme d'âge mûr à la beauté indéniable, à la stature altière et aux traits semblables à ceux de Gupta. Pour un peu, c'en était presque déconcertant. Nul doute qu'il s'agissait de sa mère.

Après une poignée de mains avec Gupta, Lukas la vit se lever dans un tintement de bracelets et de boucles d'oreilles scintillantes, puis vint le saluer à son tour.

- Bonjour. Je suis Miral.

- Elle est en visite pour voir Gupta, crut bon de préciser Heraclès

Sauf que le détective n'avait pour l'heure qu'une idée en tête : voir ces fameux objets déposer sur la tombe d'Evangelía. Il pressa Heraclès. Mais qu'importe, celui-ci prit son temps, se rendant dans le bureau de sa défunte mère où la famille entreposait désormais ses effets. Ou peut-être bien que depuis la dernière visite de Lukas avaient-ils fait du rangement. Heraclès revint avec une bouteille de vin et une broche argentée.

Dès qu'elle l'aperçut, Miral écarquilla les yeux et s'en empara.

- Ma broche ! Moi qui croyais l'avoir perdue. Mais où était-elle ?

Lukas savait que Miral Muhammad Hassan et Evangelía Karpusi s'étaient connues à l'université romaine. Il se souvenait avoir découvert qu'elles avaient formé un triangle amoureux avec Ottavio Vargas.

- Ottavio Vargas vous l'a offerte il y a de cela bien longtemps, affirma-t-il

Miral sursauta à la mention du nom d'Ottavio.

- Jamais de ma vie je n'aurais crû à nouveau entendre le nom de ce sacripant. C'est juste, mais… comment le savez-vous ?

- Il est détective.

Aux yeux de Gupta, c'était apparemment une justification suffisante. Elle dévisagea tour à tour son fils et Lukas, sans rien y comprendre. Le doigt songeur sur le menton, Heraclès tentait également de saisir la situation.

De son côté, Lukas exultait. Voilà donc un premier lien d'établi ! Et chacun des objets devaient assurément évoquer un pan de la vie d'Evangelía. Cela ne faisait plus aucun doute. On avait tué les trois hommes par vengeance passionnelle. On avait subtilisé un effet qui les liait à Evangelía. C'était pareille à une restitution à qui de droit. Dans le cas présent, on considérait qu'Evangelía aurait dû être celle qui recevrait la broche et non Miral.

Ça y est ! Il tenait toutes les pièces ! Il n'avait plus qu'à les assembler pour contempler l'image entière !

Lukas fit volte-face vers la bouteille de vin dont il s'empara. Il fut à peine étonner de découvrir le nom du millésime : EveK 1986. Le célèbre et unique vin que Zoltàn Hédèrvàry ait jamais produit. Cela lui apparaissait maintenant clairement. EveK pour Evangelía Karpusi. Pourquoi cependant Zoltàn Hédèrvàry avait-il nommé ce cru ainsi ?

Lukas se tourna subitement vers Heraclès et lui posa la question.

- Ah, ça. C'est que c'est maman qui l'a fait.

Il n'en crut pas ses oreilles. Pour confirmer ces dires, Heraclès alla chercher une médaille et un certificat daté de 1987, octroyant une distinction au mérite pour ce cru de qualité à Evangelía Karpusi. Miral s'étrangla à moitié en découvrant le nom entier.

- Evangelía était ta mère ? s'exclama-t-elle

- Ben, oui.

Pour Gupta, tout était l'évidence même.

- Il partage le même nom de famille.

- Non, c'est juste que j'ai croisé une Karpusi. Par le passé. Mais je ne pensais pas qu'Heraclès serait son fils. C'est que… enfin, on est à des milliers de kilomètres du bassin méditerranéen et…

Elle balaya l'air de sa main en constant les airs interrogateurs de son fils comme d'Heraclès qui tentaient de comprendre ses explications confuses. Seul Lukas avait l'étincelle dans le regard prouvant qu'il avait, pour sa part, absolument tout saisi. Au contraire, il reporta bien vite son attention sur l'étiquette de la bouteille.

- Zoltàn Hédèrvàry se serait attribué sa création ?

Heraclès secoua la tête. Il s'assit sur un pouf tandis qu'un de ces chats, Héra toujours en quête de câlin, vint se lover sur ses genoux en ronronnant.

- Oh non, révéla-t-il calmement, elle s'est juste essayé à l'œnologie. C'était sympa mais cinq minutes seulement, elle me disait. Elle a quitté son travail dans cette entreprise viticole du jour au lendemain, sans même avoir nommé le cru. Elle était plutôt contente de voir qu'on l'avait nommé d'après elle mais ça l'a pas fait revenir à l'œnologie. Elle était déjà partie à faire autre chose.

Lukas n'était pas étonné. Evangelía Karpusi avait toujours été décrite comme une incroyable touche-à-tout capable d'exceller dans les domaines les plus divers et variés.

- J'avoue que j'ai été surpris de trouver une bouteille d'EveK 1986. Elles sont rares. Maman en a gardé une. Mais les autres… Surpris mais pas étonné, cela dit. Vous saisissez la nuance, monsieur le détective ?

Oh que oui, approuva silencieusement Lukas en esquissant un sourire, il saisissait parfaitement. Voilà un deuxième lien d'établi entre l'autrice et le triple homicide. Le coupable s'était lourdement fourvoyé, croyant que Zoltàn Hédèrvàry s'était accaparé la création d'Evangelía alors même qu'il l'avait nommée en son honneur.

Et maintenant, se dit Lukas, un dernier homicide, un dernier objet, un dernier lien à faire et il aurait absolument tout en main. Il posa le brevet sur la table basse.

- Vous n'avez toujours aucune idée du lien qui pourrait exister entre votre mère et ce brevet ?

Heraclès accepta de le relire à nouveau. Pour une raison mystérieuse, il le tendit machinalement à Gupta et à Miral qui en prirent connaissance à leur tour. Ils n'avaient bien évidemment rien à en dire. Gupta n'avait connu Evangelía que bien peu de temps et en simple voisin de palier. Quant à Miral, il doutait que ce brevet technique date de l'époque où elles étaient toutes deux en étude à Rome.

- Ma mère a exercé bien des métiers, vous savez. Qui sait si elle n'aurait pas été à l'origine de certaines inventions. Mais le nom de Beilschmidt Incorporation ne me dit rien.

C'est alors que la porte d'entrée claqua et que Sadiq Adnan, le beau-père d'Heraclès fit son apparition. La cohabitation entre les deux hommes avait été d'autant plus houleuse après la disparition d'Evangelía. Et vu le regard qu'ils se jetaient à présent en guise de salutations sommaires, leur mésentente semblait perdurée. Puis, recouvrant sa jovialité, il vint serrer les mains de Gupta, Miral et Lukas. Il avisa ensuite avec délice les pâtisseries.

- Ah ! Je vois qu'on sait passer son temps. Mais attendez, je viens justement de passer à une pâtisserie orientale de ma connaissance. Vous m'en direz des nouvelles !

Il alla déposer ses affaires, desserrant sa cravate au passage.

- Où sont les garçons ? interpella-t-il Heraclès

- Sortis s'amuser.

Sadiq approuva d'un hochement de tête, disparut un instant dans la cuisine et vint prendre place parmi les invités. Il se servit un thé et soupira d'aise.

- Alors ? On discute du beau temps ? Certainement pas aussi chaud que part chez nous, hein ?

- Tu es toujours à côté de la plaque, toi.

Sadiq coula un regard torve à l'adresse d'Heraclès. La nonchalance dans son ton tout comme le propos l'exaspéra. Il croisa les bras et se redressa fièrement.

- En même temps, quelqu'un n'a pas cru bon de m'expliquer.

Ils se toisèrent brièvement. Puis Sadiq détourna le regard pour le poser sur Lukas. Il l'accusa d'un doigt réprobateur.

- Mais je m'inquiète de vous savoir, vous, ici. La dernière fois, c'était déjà… spécial.

Lukas lui présenta le brevet.

- Heraclès a trouvé ceci sur la tombe de sa mère. Ce qui est pour le moins insolite. Il voulait savoir pourquoi et qui. J'ai réponse à l'une des deux questions, mais pour ce qui est de la raison… Quel lien y a-t-il avec Evangelía Karpusi ? Nous voici face à une inconnue.

Le détective pinça les lèvres. Il avait été en si bon chemin jusqu'à présent. Pourtant, il était certain que se cachait quelque part dans la vie d'Evangelía Karpusi un lien avec Hermann Beilschmidt. Les deux objets et les deux homicides ne pouvaient être liés avec elle sans que ce soit également le cas du troisième. Cela lui paraissait tout bonnement insensé. Il n'était même pas à deux doigts de relier le tout. Il était à un grain de sable, même pas ! Il observa avec bien plus d'avidité qu'il ne l'aurait voulu Sadiq, qui grattait machinalement sa barbe de trois jours.

- Ah, oui, ça. La Beilschmidt Incorporation, oui, ça me dit bien quelque chose. C'était au moment où Evangelía et moi, on s'est mis en ménage. Elle avait décidé de plaquer tout ce qu'elle était en train de faire pour changer de vie, repartir de zéro avec moi. Ça lui prenait des fois.

Heraclès grimaça. Il détestait décidément la façon dont Sadiq parlait de sa mère disparue.

- Elle aurait pris cette décision suite au détournement de ce brevet par exemple ?

- Pas du tout. Enfin, beaucoup l'ont cru, oui. Mais Evangelía s'en fichait, alors elle a laissé courir ces ragots. La vérité, c'est qu'elle l'a cédé de son plein gré. Pour qu'il soit utilisé à bon escient qu'elle disait. Je sais pas si c'était le cas, mais elle en était ravie. Donc non, pas du tout, personne n'a rien détourné.

- Et puis, renchérit Heraclès, maman ne se serait jamais laissé faire si on avait tenté de lui dérober quoi que ce soit.

Sadiq ne put qu'approuver.

- Elle était terrible.

Pour une fois, les deux hommes étaient d'accord. C'était presque miraculeux.

Lukas se releva alors brusquement, faisant sursauter tout le monde.

- C'était donc bien lui.

- Qui a déposé ça sur la tombe de ma mère ?

- Une personne dont l'admiration et l'amour qu'il portait à votre mère étaient sans borne. Une personne qui avait fait d'elle un objet d'adoration et qui s'y dévouait corps et âme. Peut-être le reconnaitrez-vous Gupta mais j'en doute. C'était il y a quelques années, un individu qui vous avait vaguement interpellé, quoique sans plus.

Le détective présenta le portrait à l'encre à Gupta. Ce dernier le détailla et oscilla.

- Vaguement, en effet. Je ne peux pas l'affirmer.

- Eh bien pour ma part, j'en suis pour ainsi dire certain. Cet homme est l'admirateur secret de votre mère, déclara ensuite Lukas à l'adresse d'Heraclès, et pire encore, c'est le meurtrier en cavale que je recherche depuis deux semaines.

Heraclès écarquilla les yeux tandis que son beau-père, lui, sauta sur ses pieds.

- Vous avez retrouvé ce type ? Mais comment ? Cela fait maintenant quatre ans.

- Lorsqu'Heraclès est venu me voir, il n'est pas venu avec une énigme. Bien au contraire, il est arrivé avec la clé.

Les personnes présentes ne comprenaient décidément rien à ce que Lukas racontait. Il ne leur avait en effet jamais fait mention des trois homicides ayant eu lieu. N'ayant aucun lien avec les victimes, il y avait peu de chances qu'ils en aient entendu parler.

Mais pour Lukas, c'était une victoire. Il savait qui était cet homme ou si peu. Il savait ce qui le motivait à agir.

Il savait pertinemment que cela n'avait décidément rien à voir avec le fait que les quatre familles soient unies de quelques manières que ce soit. Le coupable, l'admirateur flirtant surement avec l'érotomanie, tel qu'il l'avait déterminé la dernière fois, n'en avait surement rien à faire que ces hommes viennent de telle ou telle lignée, ni même qu'ils disposent d'un patrimoine exceptionnel qu'ils conservaient jalousement. Le fait même qu'ils soient tous à la réception n'avaient pas dû lui importer.

Pour Lukas, c'était maintenant on ne peut plus limpide. On n'avait pas cessé de vanter la fameuse annonce de Zoltàn Hédèrvàry qui allait enfin sortir de sa cave la précieuse cuvée de 1986, sans que personne ne connaisse le lien avec Evangelía Karpusi. Sauf le coupable. Il avait alors décidé d'agir pour venger son amour de ce qu'il considérait être une falsification. En étant à la soirée, il avait réalisé la présence d'Ottavio Vargas, dont il connaissait la relation passée et tumultueuse avec Evangelía. Et le voilà ainsi prêt à perpétrer un nouveau crime. Quant à Hermann Beilschmidt, Ludwig lui avait bien dit que les médias avaient couvert l'information du partage du fameux brevet. Le coupable, absolument fou d'Evangelía, connaissait sa vie dans les moindres recoins. Il était persuadé d'avoir agi en justicier.


Affaire à suivre…