Bonjour, bonjour,

La deuxième partie de ce chapitre est un de mes passages préférés de cette affaire, je pense. J'espère que ça vous plaira.

J'ai commencé mon périple de traduction et je relis donc ma toute première affaire… Je hurle tellement je trouve ça mauvais ah ah Dans la forme, je veux dire.

Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz


Affaire 24 : Le coupable

Dès lors, et vu la vie trépidante qu'avait connue Evangelía Karpusi, il était plus que probable que le coupable n'en reste pas à trois meurtres. Quelle serait sa prochaine victime ? Voilà donc la question que se posait désormais Lukas.

Il tendit un doigt autoritaire vers Miral.

- Je vous conseille plus que vivement de veiller à vous-mêmes et de sortir le moins possible tant que nous n'aurons pas arrêté cet homme.

- Moi ? Mais pourquoi ?

Pas peu gonflé d'orgueil d'avoir brillamment atteint son but, Lukas relata brièvement cette longue investigation cherchant à débusquer le coupable de trois homicides. Tous en tombèrent des nues.

Ne restait plus au détective qu'une ultime vérification à opérer. Il se tourna vers Heraclès.

- Dariush Mirza.

Ce simple nom assombrit le regard d'Heraclès, qui entra dans une colère noire et sourde. Même Sadiq le dévisagea, sans que le nom ne paraisse lui évoquer quoi que ce soit.

- Il semblerait bien que cela vous dise quelque chose. Un quelconque lien avec votre mère ?

Pour toute réponse, Heraclès se leva silencieusement, alla chercher quelque chose dans les affaires de sa mère, sous le regard intrigué de tous, mais plus encore impatient de Lukas.

Ainsi donc on aurait bien des raisons de s'en prendre à cet homme-là.

Lorsqu'il revint dans le salon, il présenta à Lukas un acte de vente en marmonnant des paroles incompréhensibles. L'acte portait sur une propriété insulaire de la mer Egée dont l'acheteur n'était autre que Dariush Mirza lui-même.

- C'était une toute petite île. Il n'y a rien dessus mais elle faisait partie de la famille de ma mère depuis des générations. Elle a dû se résoudre à la vendre mais c'était bien à contrecœur.

La question était finalement de savoir où et quand le coupable pourrait attenter à la vie de ce magnat richissime. Suivant son mode opératoire, il voudra aussi mettre la main sur l'acte de propriété qu'il restituera à Evangelía par le biais de sa tombe. Dariush Mirza ne résidant pas en Norvège, étant simplement de passage, il lui fallait une raison d'avoir amené avec lui l'acte de propriété. Or, si le coupable en avait entendu parler, cela signifie qu'il avait eu vent de la chose via les médias.

Lukas se souvint alors de Dariush Mirza fanfaronnant lors de la réception, conviant tout à chacun à sa propre soirée. Le jeudi 29 juin, à 18h. Autrement dit, demain soir.

Aussitôt, le détective se jeta sur son téléphone portable et fouilla la presse numérique. Il retrouva bientôt la mention de l'évènement : cérémonie d'ouverture officielle de la résidence d'artistes La Scène de Ganesh, ce jeudi 29 juin, à 18h, salle de réception du Midtøstenlinjen ouvert à tous, gratuit. L'article résumait ensuite les intentions de Dariush Mirza d'établir sur une petite île de la mer Egée une résidence pour artistes de la scène, en cédant à titre gracieux l'acte de propriété au futur président de l'association, Neeraja Patel, et se faisant mécène de cette entreprise artistique.

Voilà un nom qui était également connu de Lukas. Neeraja Patel était un chorégraphe indien à la renommée internationale dans sa catégorie, qu'il avait rencontré pour le coup tout à fait fortuitement il y avait de cela trois mois à peine.

Dariush Mirza était-il la prochaine victime ? Lukas ne pouvait l'affirmer. Une chose était sûre cependant, Heraclès Karpusi paraissait déjà lui-même bien rancunier à l'égard de cet homme pour qu'on puisse le considérer comme cible principale. Entre lui et Miral, cela faisait déjà deux victimes potentielles. C'était une certaine prise de risque, certes, mais le détective était convaincu que c'était le seul moyen de mettre la main sur le coupable.

oOo

Pendant vingt-quatre heures durant, Lukas s'était acharné à lister des cibles possibles afin d'anticiper au mieux les actions du coupable.

Il avait, qui plus est, tenu sa promesse. Par égard pour Andrey. Et pour son propre plaisir d'imaginer l'inspecteur devant bien se rendre à l'évidence que Lukas était véritablement un détective compétent. Il avait ainsi transmis toutes ses découvertes, toutes ses déductions à la police d'Oslo. C'était une question également d'efficacité, de mettre ainsi toutes les chances de son côté afin de mieux quadriller les environs et mettre enfin la main sur l'individu. Lukas n'oubliait certainement pas que plus vite le coupable serait officiellement arrêté, plus vite il retrouverait son petit frère.

Le détective ne se ménagea pas le moins du monde et, quand vint l'heure de la cérémonie, il avait l'air plus éreinté encore que jamais, mais dégageait pourtant une certaine aura acharnée. Il faisait quelque peu peur à voir. Il avait intégré la foule, quoiqu'en restant en retrait, les sens en alerte. Certains convives le dévisageaient avec étonnement au passage.

La cérémonie se déroulait dans l'hôtel même où logeait Dariush Mirza. L'établissement était déjà de haut standing, mais l'homme d'affaires en avait semble-t-il rajouté une couche, ne lésinant pas sur le faste clinquant et les lumières tamisées. Sans surprise, il avait confié le buffet conjointement à l'hôtel et à Yao Wang, lequel avait ajouté sa touche de saveurs sucrées, épicées et chaudes de l'autre bout du continent. Le restaurateur courrait partout, ne manquait pas de sermonner le premier serveur qui passait par là, trouvant que rien n'était assez parfait. Il n'avait clairement pas le temps de remarquer Lukas. Et c'était tant mieux.

Lukas savait que quelques agents en civil surveillaient les entrées de l'hôtel. Peut-être certains s'étaient-ils fondés tout comme lui dans la foule enthousiaste, laquelle jouissait de chacune des douceurs présentes dans la plus grande insouciance.

Pour sa part, Andrey lui avait dit qu'il avait été affecté à la surveillance de Miral. Cette femme ne semblait pas faire grand cas d'un meurtrier en cavale. Elle avait du mal à réaliser la teneur des évènements, et Andrey lui avait confié qu'il avait déjà eu l'opportunité de faire le tour de la gastronomie égyptienne, sans que ça ne soit pour lui déplaire.

Lukas continua de scruter la foule, en silence, à l'ombre d'un pilier. La pièce était vaste, avec une belle hauteur sous plafond qui lui donnait l'opportunité d'avoir un balcon courant tout le long des murs, à l'exception de celui comportant des baies vitrées donnant sur un jardin intérieur. Une fontaine au centre de la pièce présentait son ballet de jets d'eau miniatures. Dans de gros pots en grès, d'immenses fougères s'élançaient vers le plafond. On s'attardait devant les œuvres d'art placées sous verre ou devant les peintures accrochées assez en hauteur pour être à l'abri des mains baladeuses. Tout était décidément à l'insouciance et à la joie.

Bientôt, un verre tinta. Tout l'assistance se tourna vers Dariush Mirza dont le charisme était une vague sauvage et pourtant chaleureuse d'une certaine manière. Il se tenait sur l'estrade installée pour l'occasion et présenta un sourire flamboyant aux convives. Soudain, il écarta grand les bras.

- Bonsoir à tous ! Quel honneur pour moi de pouvoir enfin officiellement lancer ce projet de grande envergure. Mais avant de nous plonger dans l'allégresse, je tiens avant toute chose à rendre hommage à trois de mes amis les plus intimes.

Intimes, en effet, ne put s'empêcher de penser Lukas.

Dariush leva une coupe de champagne, solennel.

- Zoltàn Hédèrvàry, Hermann Beilschmidt et surtout cette sacrée crapule d'Ottavio Vargas qui me tapait si souvent sur les nerfs…

Il eut un petit rire triste.

- Aucun d'eux ne méritait de partir si tôt. J'ai encore le cœur lourd mais gonflé de tous les souvenirs partagés avec eux. Je souhaite leur dédier cette cérémonie qu'ils ne doivent pas manquer où qu'ils se trouvent à présent, j'en suis convaincu.

Son regard se voila légèrement, traversant le plafond pour rejoindre les cieux, adressant un salut fébrile à ses trois amis disparus. Il avala ensuite d'une traite sa flûte. L'assistance l'imita dans un silence respectueux.

Puis, Dariush se para de nouveau d'une gaieté légère et plus rien ne transparaissait de sa tristesse. Il l'avait remisée pour la soirée au fond de lui.

- Sans plus attendre, venons-en au fait ! Vous tous ici présents savez de quoi il en retourne mais permettez que je vous le rappelle. J'ai eu l'insigne honneur de faire la rencontre de Neeraja Patel, chorégraphe de son état, il y a de cela de nombreuses années auparavant, dans un cadre privé et nous échangeons beaucoup depuis. Ce projet, c'est le rêve qui nous a effleurés voilà de cela quelques temps. Ceux qui me connaissent parmi vous le savent, je n'attends pas, j'agis ! Mais n'étant pas le seul instigateur, veuillez accueillir chaleureusement Neeraja qui va me rejoindre sur scène.

Dariush fit un signe et une personne s'extirpa de la foule à l'avant. Neeraja salua tout le monde, en toute humilité. Il serra la main de Dariush et les deux s'arrêtèrent un instant dans leur pose, le temps de quelques flashes de photographes médiatiques.

- Merci à tous. Et merci à ce cher Dariush d'avoir rondement mené à bien ce projet alors que j'étais moi-même fort occupé par ailleurs. Je crois bien d'ailleurs que ma seule contribution fut de nommer cette résidence d'artistes, la Scène de Ganesh. Mais comptez sur moi pour m'y investir bien plus à l'avenir. En tant que président, je superviserai les premières entrées, les premières formations et veillerai moi-même à la communication de nos manifestations à venir.

On applaudit poliment ses paroles tandis que Dariush lui assena une accolade. Puis, il reprit la parole.

- Propriétaire d'une petite île en mer Egée, j'ai en effet décidé de céder à titre gracieux le titre de propriété. J'y ai également supervisé la construction des infrastructures et je me ferai à l'avenir mécène des troupes éphémères qui y passeront des jours profitables. Enfin je lui ai trouvé une utilité, à ce bout de cailloux !

Il éclata de rire et l'assistance le suivit. Lukas était certain que si Herclès Karpusi s'était trouvé là, il aurait détesté entendre ces mots.

- Mais assez de vanter mes mérites, il faut que je rende honneur à notre tout premier parrain, nul autre qu'une personnalité au cœur généreux, qui s'est d'ailleurs vu attribué le prix Nobel de la paix, ici-même à Oslo, en décembre dernier, j'ai nommé Somsak Sivaraksa !

Lukas haussa un sourcil en découvrant l'homme au doux sourire et au regard sage derrière ses lunettes rectangulaires. Il se souvenait parfaitement des traits fin de ce militant qui avait un temps été en cavale, traqué par des extrémistes sectaires, lesquels avait miné le train dans lequel le détective s'était trouvé également. Il n'aurait jamais cru croiser de nouveau cette personne. Il se souvenait vaguement avoir aperçu la nouvelle de son prix Nobel, pour sa bataille durement menée pour la liberté d'expression et le pacifisme, en décembre dernier.

Cependant, si Somsak Sivaraksa se trouvait ici, il était forcément accompagné de Mademoiselle Lien, sa garde du corps. Une personnalité farouche et discrète, à la conscience professionnelle aigüe.

Ah, la voilà, se dit Lukas en apercevant la silhouette gracile. Elle se tenait sagement rangée aux côtés de la foule, prête à s'en dégager rapidement à la moindre nécessité.

Lukas se glissa furtivement à ses côtés. Elle ne sursauta même pas, se contentant de le scruter du coin de l'œil. Elle le reconnut finalement, quoiqu'elle n'en montre rien. Tant qu'à faire, autant la mettre à contribution. Il la savait parfaitement capable. Il lui présenta le portrait du coupable, sans un mot. Elle l'observa à la dérobée et hocha la tête.

- Personne, pour le moment, répondit-elle dans un murmure

Sur l'estrade, Dariush entourait de ses bras puissants Neeraja et Somsak tout en continuant à parler de ce projet d'envergure. A côté de lui, les deux hommes paraissaient apaisants, d'un calme à toute épreuve. Achevant son discours, Dariush s'empara enfin d'un rouleau qu'il avait fait enrubanner d'or et de vert. Il le déroula et brandit l'acte de propriété comme un acte victorieux. Puis, il le tendit tout aussi cérémonieusement à Neeraja. Celui-ci s'inclina et posa les mains dessus. Tous trois prirent de nouveau la pose pour la presse.

C'est alors que Mademoiselle Lien attrapa la main de Lukas et lui fit signe d'un coup de menton de lever la tête vers le balcon. Lukas écarquilla les yeux.

Il était là !

Le coupable se tenait dans l'ombre d'un rideau, triturant nerveusement son lobe d'oreille gauche.

Lukas ne se demanda même pas comment il avait fait pour pénétrer les lieux. Il s'élança vers les escaliers en colimaçon. Lorsque l'homme l'aperçut, il bondit en avant pour l'attraper et l'acculer dans un coin mais déjà le coupable prenait la fuite. Lukas s'écrasa dans son élan contre la balustrade et étouffa un râle de douleur.

- Il s'échappe ! Mathias !

Lukas se figea, se surprenant lui-même.

Dariush, et ses convives levèrent les yeux, interpellés. Réagissant aussi sec, Mademoiselle Lien surprit toute l'assistance par ses réflexes et ses aptitudes physiques. Grimpant plus que gravissant les marches, c'en était presque du parkour. Le coupable était sur le point de passer une porte à l'étage lorsque la garde du corps jaillit sur le balcon, se jeta sur lui en lui attrapant les deux bras et le plaqua au sol. Cela n'avait été qu'une question d'une minute, tout au plus. Mademoiselle Lien tenait fermement le coupable sous son poids, lequel remuait en tout sens en grommelant. Les personnes présentes s'agitaient en bas, Dariush en première ligne requérant des explications sur-le-champ. Les agents de police en couverture, alertés par l'agitation, débarquèrent pour venir en aide à Mademoiselle Lien.

Mais pour Lukas, tout ceci devint vite trouble. Les exclamations s'éteignirent dans un murmure et sa vision se brouilla. L'écho de sa propre voix résonna dans son crâne, répétant inlassablement le nom de Mathias. C'était un réflexe. Il avait lâché son nom sans même se poser de question, sans en avoir conscience, sans réaliser que non, Mathias n'était pas là. Mathias qui l'accompagnait depuis maintenant trois ans dans ses investigations, quelle que soit leur teneur. Son comparse vif et agile, son acolyte, son ami, son confident, son compagnon… il n'était nulle part ce soir.

Pourquoi ?

La fatigue et le stress le rattrapèrent surement. Lukas s'écroula derrière la balustrade et, caché des regards dans ce coin de la vaste pièce dont on avait rallumé les lumières blanches, il versa des larmes dans sa solitude.


Affaire à suivre…