Bonjour à tous !

C'est peut-être le chapitre que j'ai relu le plus grand nombre de fois. Non, non, pas pour le perfectionner, juste pour le plaisir. Je crois que c'est un de mes chapitres favoris. Et c'est au bout de ces quelques 450 000 mots et plus qu'on arrive pile à une des scènes que j'avais en tête depuis la naissance ou presque de cette fic, en 2014.

Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz


Affaire 24 : La dernière tâche

Lukas ne consulta pas le journal, ni aucune info que ce soit à la télévision ou sur Internet. Le coupable du triple homicide à l'encontre de Zoltàn Hédèrvàry, Ottavio Vargas et Hermann Beilschmidt avait été arrêté. Il était également en bonne voie pour être inculpé pour harcèlement moral et incitation au suicide à l'encontre d'Evangelía Karpusi, le temps qu'on rouvre ce dossier.

Dès que la police avait pris le relai, Lukas s'était échappé, glissant un remerciement furtif à Mademoiselle Lien, qui s'était contentée d'un hochement de tête sévère. Le détective avait fait sa part du travail et tout ce qu'il avait accumulé jusqu'alors le rattrapa dans les minutes qui avaient suivi. Il se traina jusque chez lui, envoyant aussitôt un message à Magnus Andersen.

Il voulait retrouver son frère, sain et sauf.

Mais Lukas grinça des dents à la réponse en constatant qu'on ne lui donnait rendez-vous que le lendemain matin. Qu'importe que la nuit soit tombée ! Il voulait avoir Emil avec lui dans l'instant ! Néanmoins, Magnus Andersen décréta qu'il ne fournirait l'adresse que quelques heures avant la rencontre. Lukas avait manqué de jeter violemment son téléphone au sol. Peu après, il avait reçu un message de Berwald qui souhaitait prendre de ses nouvelles. Dans son état, Lukas préféra s'abstenir de répondre.

Quoiqu'il soit fébrile, à la fois impatient et angoissé, Lukas dormit, harassé qu'il était par tout ce qui s'était produit. Mathias était dans ses rêves, à la fois le hantant et le berçant. Il n'aurait su dire. Il s'éveilla au petit matin, en sueur dans ses draps froissés. Il n'en pouvait plus. Il resta un moment sans pouvoir bouger, puis avisant l'heure sur son réveil, il s'extirpa hors de son lit et se pressa.

Il allait retrouver Emil, et cet homme, entrepreneur ou qu'importe, allait le payer cher s'il trouvait la moindre égratignure chez son cadet. Sous la douche, il réfléchissait d'ors et déjà à un moyen de se venger du traumatisme qui s'en suivrait forcément. Il quitta la maison d'un pas furieux, tant et si bien que le macareux se tut à son passage. Il se rendit sur le lieu du rendez-vous.

Il s'agissait d'un immeuble quelconque de prime abord. Il se présenta à un gardien qui lui indiqua le chemin, traversa une cour arborée et on lui ouvrit l'accès à un deuxième bâtiment. Il fut finalement reçu dans un salon on ne peut plus banal.

Magnus Andersen poussa le vice jusqu'à le faire patienter. On déposa bien deux tasses de café mais Lukas refusa aussi sec d'y toucher, se contentant d'arpenter la pièce de long en large. Il observa par la fenêtre. Il n'y avait rien d'autre à voir que cette cour. Il tendit l'oreille mais ne perçut rien de suspect.

Au bout de vingt minutes, enfin !, Magnus Andersen se présenta.

Lukas ne l'avait jamais vu debout et réalisa qu'il était grand et bien droit. Ses doigts allongés coururent sur le dossier du sofa, dans le cliquetis habituels de ses bagues. Aussi calme que d'ordinaire, il salua Lukas, prit place et l'invita à faire de même. Mais Lukas demeura debout. L'homme s'empara de son café, souffla légèrement dessus, puis en sirota une gorgée.

- Rendez-moi mon frère.

- Avant tout, je tiens à vous remercier moi-même pour les efforts que vous avez fournis. Grâce à votre entreprise, Dariush Mirza est en vie et je peux enfin dormir sur mes deux oreilles.

Lukas sentit la colère bouillir en lui sans réussir à la faire jaillir. Il n'avait que faire de ses remerciements ou de son bien-être. Il ne voulait qu'une chose.

- Rendez-moi mon frère, répéta-t-il les dents serrées

Magnus Andersen hocha gravement la tête.

- Ce café est beaucoup trop chaud, lança-t-il pour lui-même

Puis, il se leva et fit face à Lukas. Il planta ses pieds dans le sol, croisa les mains par-devant et, le menton relevé, lui adressa un regard profondément condescendant. Lukas fronça les sourcils, soupçonneux.

Soudain, trois hommes surgirent et se saisirent de Lukas sans qu'il puisse réagir autrement que par un sursaut. Acculé dans un coin, il se retrouva immobilisé et du faire face à la mine satisfaite de Magnus Andersen. Puis, on lui assena un coup et il perdit connaissance.

oOo

Søren avait été demandé par son chef. Il se rendit dans le bureau. Il ne savait pas quoi à s'attendre mais il pensait bien qu'on ne le réprimanderait pas. Il n'avait rien fait de mal depuis son retour. Il s'était astreint à accomplir proprement et sagement ses tâches. Peut-être son chef voulait-il qu'il lui fournisse des informations sur Oslo. Voire sur des personnes de son entourage. Søren déglutit. Il avait bien compris maintenant qu'il était inutile de fuir, mais il était hors de question de mettre en danger quiconque. Il décréta que s'il s'agissait d'informations, il préférait accepter un châtiment ou d'être même renvoyé au Danemark ou ailleurs, à accomplir d'obscures missions plutôt que de vendre son entourage.

Il frappa quelques coups à la porte. La voix de son chef l'invita à entrer.

- Approche, Søren, approche, lui ordonna-t-il amicalement

Søren s'exécuta et vint s'asseoir.

Derrière son bureau, le chef joignit les mains.

- J'ai une tâche importante à te confier. Je te fais confiance, Søren, et je crois en toi. Tu le sais, n'est-ce pas ?

- Oui.

- Je sais que tu es capable de grandes choses. Cette tâche marquera ton grand retour parmi nous. Après quoi, plus personne ne t'en voudra pour ce que tu as fait. Quant à moi, je te pardonnerai définitivement et tout redeviendra comme avant.

Søren ne put s'empêcher de se sentir soulagé. Cela n'avait donc rien à voir avec ses proches. Tant mieux. Tout le monde serait en sûreté. C'est tout ce qui lui importait au fond. Sa vie, il considérait qu'il l'avait déjà foutue en l'air depuis longtemps.

- Maintenant, Søren, va prendre une arme. Un petit calibre, rien de fantaisiste, c'est une bagatelle que je veux voir régler rapidement et efficacement.

Søren tressaillit à la mention de l'arme.

Des armes, il en avait eu plein entre les mains. Parfois pour les entretenir, souvent pour assurer sa propre sécurité ou celle de son équipe lors de leurs excursions. Son chef ne lui avait en tout et pour tout demandé de sciemment utiliser une arme qu'une seule fois. Cette occasion avait laissé en lui une trace indélébile de traumatisme et de remords.

Il eut envie de demander des détails sur cette mission à son chef. Mais il savait qu'il détestait cela. Il savait qu'il avait été apprécié précisément parce qu'il ne posait pas de question et s'exécutait. A l'époque, Søren agissait et c'était tout. Sans compter que si son chef lui assurait qu'il le pardonnerait, cela signifiait définitivement que l'entourage de Søren ne courrait plus jamais aucun danger. Il déglutit.

- Très bien.

- Parfait ! Je te retrouve de suite dans la cave. Mon café doit enfin être assez tiède pour que je puisse le boire.

Søren hocha la tête puis tourna les talons. Il se rendit dans la réserve et choisit une arme de petit calibre, exactement comme son chef le voulait. Ses mains étaient déjà moites.

Sur le chemin, il garda le regard rivé sur ce pistolet. Il sentit des sueurs froides lui couler le long de l'échine et son cœur s'accélérer. Il détestait tuer et il ne put s'empêcher d'essayer de trouver un moyen de s'en sortir. Mais rien ne lui vint. Il devait exécuter la mission qu'on lui avait assignée. Tout redeviendrait comme avant, lui avait assuré son chef, tout redeviendrait comme avant. C'était le mieux qu'il pouvait demander.

La gorge néanmoins serrée, Søren salua la personne en faction, puis pénétra dans la pièce.

Son cœur bondit dans sa poitrine. Ses jambes flagellèrent en découvrant sa future victime. Les yeux exorbités d'effroi, il lâcha son arme qui percuta le sol dans un claquement sec.

- Lukas…

Face à lui, Lukas était pieds et poings liés sur une chaise et avait les yeux tout aussi écarquillés que lui. Il semblait par ailleurs surmené et à bout de forces. Les deux hommes se faisaient face, pétrifiés, croyant halluciner tant cela passait pour des retrouvailles improbables autant à l'un qu'à l'autre.

- Tiens !

La voix de son chef les sortit brusquement de leur stupeur.

Dans un coin de la pièce, Magnus Andersen était installé avec son café qu'il sirotait tranquillement.

- Vous vous connaissez donc ? Ah ! Encore mieux ! C'est ton épreuve ultime dans ce cas. Prouve-moi que j'ai eu raison de te sauver cette nuit-là.

Søren était paralysé, fixant son chef d'un regard horrifié. Celui-ci ne se départit pas de son calme.

- Allons, reprenons là où tu t'en étais arrêté, Søren.

Il tendit sa tasse vers Lukas et somma Søren d'un simple regard froid et intense.

- Mathias…

Søren tourna subitement la tête vers Lukas, incapable de réagir. Il le dévisagea, les lèvres tremblantes. Lui qui croyait avoir enterré définitivement ce prénom… Effrayé, Søren fit un pas en arrière. Il rencontra aussitôt le torse de l'homme à la cicatrice venu l'observer, bras croisés.

Pendant ce temps, Magnus Andersen pouffait de rire.

- « Mathias » ? Comme c'est mignon. Mais changer de nom, ça ne te change pas de vie.

Søren baissa la tête et ramassa l'arme. Puis, il releva lentement les yeux et croisa ceux profondément déconcerté de Lukas.

Bien sûr qu'il l'était. Et Søren le connaissait parfaitement. Il savait que son esprit embrouillé tentait de comprendre ce qu'il se passait. Oh, s'il savait comme lui aussi était perdu ! Il savait que Lukas était en train de paniquer, quand bien même il n'affichait qu'un trouble profond. Il savait qu'il se raccrochait aux questions en train de tourbillonner en lui.

Søren ne savait pas ce que son propre visage exprimait. Il se sentait juste désemparé au plus au point, engouffré dans un tourbillon de sable mouvant dans lequel il suffoquait, brassé par les flots tempétueux de son être. Pourtant, c'était évident, se disait-il. Il ne pouvait pas tuer Lukas. C'était parfaitement impossible. Lui qui n'aimait déjà pas cela, comment pourrait-il un seul instant penser attenter à la vie de Lukas ? Attenter à la vie de celui-là même qui faisait partie de ses proches les plus chers et qu'il voulait de fait protéger ? Attenter à la vie de celui-là même qu'il avait précipitamment quitté précisément pour ne pas le voir être happé par son passé ? Non. C'était impossible.

Magnus Andersen s'impatientait. Il reposa brutalement sa tasse vide sur une petite table d'appoint.

- Décidément ! Tu n'as jamais été capable de tuer quelqu'un. Ce n'est clairement pas ta branche.

Alors qu'il prononça ces mots, il adressa un signe du menton à l'homme à la cicatrice. Celui-ci empoigna soudain l'arme.

Jusqu'alors désarçonné, Søren se réveilla brusquement.

Non !

L'homme appuyait sur la gâchette que Søren lui assena un coup de coude. Sa trajectoire légèrement déviée, la balle vint racler l'avant-bras de Søren. Il lâcha un râle de douleur avant de se reprendre et d'assommer l'homme à la cicatrice. Il se précipita sur Lukas pour le défaire de ses liens, sans se préoccuper de son chef. Il savait qu'il ne portait pas d'armes. Magnus Andersen ne se salissait jamais les mains. La personne en faction fit soudain irruption dans la pièce. Søren laissa Lukas se libérer de ses dernières entraves tandis qu'il se jeta sur elle. Plus violemment qu'il ne se serait imaginé, envahi d'une rage farouche, il la frappa à la tête. La personne s'effondra à terre aux côtés de son comparse. Lorsque Lukas sauta sur ses pieds, Søren sentit une vague de soulagement s'emparer de lui. Pour autant, ils n'étaient pas sortis d'affaire. Irrité, son chef se dressa de toute sa taille, les poings serrés. Il se rua sur Lukas afin de le rattraper alors que celui-ci s'élançait vers la sortie. Søren bondit en avant, renversa la table sur son chef. Faisant aussitôt volte-face, il s'empara de Lukas par le bras et l'entraina à sa suite vers la sortie.

- Tu ne peux pas y échapper, Søren ! lui hurla son chef

Ce quartier général norvégien, Søren le savait, ne comportait que peu de personnes. Il sut habilement éviter la plupart, étourdir les autres qu'ils rencontrèrent sur leur route. En débouchant à l'extérieur cependant, Søren n'avait pas la moindre idée de leur localisation. Il sursauta en sentant la main de Lukas lui agripper le poignet. Cette fois, ce fut à son tour de tracer leur route. Oslo n'avait aucun secret pour Lukas. Ils coururent tous les deux à en perdre haleine. Søren le suivit aveuglément au travers des ruelles et passages détournées. Bientôt, Søren reconnut les environs et ils débouchèrent sur la Meltzers gate. Ils franchirent le portillon de fer forgé en toute hâte. Lukas déverrouilla et ils s'engouffrèrent dans la demeure, referment dans un claquement sourd la porte d'entrée.

Le macareux battait méchamment des ailes dans sa cage, paniqué par cette soudaine intrusion.

Avaient-ils été poursuivis ?

Aucun d'eux n'aurait su le dire. Par mesure de précaution, ils reculèrent vers la salle à manger, seule pièce à l'abri des regards.

Essoufflés, ils fixèrent un moment la lumière provenant de l'entrée. Puis, lentement, ils parurent réalisés qu'ils étaient l'un à côté de l'autre. Ebranlés au plus profond d'eux-mêmes, ils s'observèrent ainsi dans le blanc des yeux, l'émotion au bord des lèvres.

Tout à coup, Lukas attrapa brutalement Søren par le col, l'attira à lui et l'embrassa avec la force du désespoir tandis que des larmes ruisselaient sur ses joues. La surprise passée, Søren répondit par une étreinte ardente, le visage torturé et tout autant inondé. Son avant-bras l'élançait. Il sentait le sang accrocher le tissu de son t-shirt en séchant. Mais pour rien au monde il ne voulait briser cet instant.

Lorsque Lukas le repoussa finalement, s'écartant brusquement de lui et lui tournant le dos, Søren se trouva piteux. La gorge nouée, il tendit une main vers Lukas.

- On ne peut pas rester là, souffla ce dernier, il faut qu'on trouve un endroit plus sûr. Au cas où.

Søren ravala son geste, ses mots, ses émotions qui se bousculaient. Il approuva silencieusement. Lukas alla chercher le téléphone fixe. Une fois revenu dans la pièce, Søren bredouilla :

- Willem. Lui, il saura nous aider.

Lukas composa aussitôt son numéro. Après quelques tonalités qui leur parurent durer une éternité, la voix profonde de Willem Maes répondit.

- Pour faire court, on a besoin que tu nous mettes à l'abri.

Le silence de Willem était pareil à un soupir.

- Très bien. Frognersteren. Descendez à cette station. Vous saurez reconnaitre la personne qui vous cachera chez elle. Je vous y retrouverai.

Aussitôt après, Lukas raccrocha. Les échanges avec Willem, qui plus est au téléphone, était toujours très brefs. Sans compter que dans le cas présent, ils ne pouvaient pas se permettre de perdre du temps en bavardage. Il rapporta les consignes de Willem à Søren.

- On la reconnaitra ?

- C'est ce qu'il a dit. En route.

Par mesure de précaution, ils décidèrent de rejoindre la station de Frognersteren séparément, pour plus de sécurité. Mieux valait ne pas être vu ensemble. Terminus d'une seule ligne de métro, ils auraient tôt fait de se retrouver de toute façon.

Lukas avisa la blessure sur l'avant-bras de Søren.

- Ah, t'inquiète pas, assura ce dernier

- Va au moins changer de t-shirt. Je pars en premier.

Lukas était prêt à quitter la maison quand Søren lui attrapa la main.

- Fais attention à toi.

Lukas hocha la tête et détourna bien vite le regard. Puis, il fila.


Affaire à suivre…