Bonjour à tous et de joyeuses fêtes !

Quoique vous fassiez ou pas, je vous souhaite tout du moins d'avoir l'opportunité de profiter de vos proches et de vous reposer :)

Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz


Affaire 24 : La discussion

Alors qu'Ivan sifflotait gaiement en préparant des spécialités de chez lui qu'il tenait à faire partager, Lukas, Mathias et Willem s'installèrent dans leur chambre respective. Entre temps, Alfred avait fait irruption pour leur remettre leurs portables, tout en se faisant sermonner au passage par le maître des lieux pour son impolitesse. Dieu merci, pensèrent tout à la fois Lukas et Mathias, leur téléphone avait la même apparence qu'avant. Avec Alfred, génie qui se cachait bien, on ne savait jamais vraiment à quoi s'attendre.

Toute cette histoire, et maintenant se retrouver chez Ivan Braginski qui allait les mignoter… cela avait quelque chose de surréel aux yeux de Lukas.

Il ne cessait de se demander comment faire pour Emil. Si Mathias disait vrai, il n'avait plus aucune piste pour retrouver son cadet. Une de ses pires hantises. Et tant d'autres questions le démangeaient de toute part. Il avait besoin de réponse. Pourtant, il se retint de frapper dans un premier temps à la porte de Mathias. Son reproche résonna à nouveau dans sa tête. Lukas demeura songeur, puis se décida finalement à toquer.

Lorsqu'il se retrouva nez à nez avec Mathias, qui n'osait pas plus le regarder en face, il se demanda par quel bout commencer. Etait-il à ce point intrusif dans ses questions ? Mathias allait-il de nouveau s'emporter et s'évanouir dans la nature ? Mais il avait besoin de savoir… Pas par curiosité malsaine, mais simplement parce qu'il se souciait de lui, parce qu'il sentait ce gouffre d'inconnues les séparer un peu plus à chaque fois qu'il réalisait qu'il ne connaissait pas Mathias. Ou plutôt, Søren…

- Mathias…

C'était plus fort que lui. Søren, c'était trop difficile à prononcer.

Il le vit tressaillir.

- J'ai besoin de savoir. Est-ce que tu m'as dit la vérité pour Emil ?

- Oui.

Lukas se sentit blêmir, l'idée de retrouver son frère s'éloignant soudain à une vitesse précipitée. Il déglutit.

- Mais pourquoi une nouvelle recrue en saurait autant ? souffla-t-il peut-être plus pour lui-même sans oser admettre la logique de la chose

Il voulait à tout prix se raccrocher à l'idée que Mathias se trompait sur toute la ligne, qu'on lui avait caché la séquestration d'Emil.

Cependant, Mathias demeura silencieux. Il observait le paysage forestier par-delà la fenêtre, immobile. Lorsqu'il comprit qu'il ne parlerait pas, Lukas finit par tourner les talons.

Comment en étaient-ils arrivés là ?

Comment Mathias en était-il arrivé là ? Plus exactement, comment Søren était-il devenu Mathias ? Quoiqu'on en pense, Lukas avait ce besoin impérieux de savoir, de comprendre. Il ne voulait pas détenir la vérité. Il voulait qu'on la partage avec lui. Il alla trouver Willem.

- C'est pas à moi de parler de tout ça, décréta ce dernier

Après avoir ouvert la fenêtre, il coinça de nouveau une cigarette entre ses dents, et dépaqueta ses affaires.

Lukas insista.

- Pourquoi je ferai ça de toute façon ? T'as bien plus de dettes envers moi que je n'en ai envers toi. Va pas t'en rajouter une.

- Je m'en contre-fiche de m'en rajouter une. Il faut que je sache qui est Mathias. Enfin… Søren, murmura-t-il sur la fin

- Tu connais donc son vrai prénom.

- Oui.

Il y avait une étrange amertume à l'avouer ainsi à voix haute.

- Que sais-tu de lui ?

- Tu te souviens pas de mon descriptif avant qu'il débarque chez toi ?

- Non, je ne parle pas de ça. Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Willem inspira profondément. Il s'assit sur le rebord de la fenêtre, exhala un nuage de fumée, pensif. Lukas s'installa au bord du lit. Il ne bougerait pas tant qu'il n'aurait pas ses réponses.

- Je connais Søren par le boulot. Je gérais des transactions de belles baraques à l'international, et je fais encore ce taf, et lui, il travaillait dans l'immobilier de luxe au Danemark. On a bien sympathisé. Ça se finissait souvent en balade à vélo. Il en avait rien à foutre que je sois pas très causant. Ça l'empêchait pas de dire des conneries et de se tordre de rire.

Lukas esquissa un léger sourire. Oui, c'était bien Mathias, ça. Avec lui aussi, il n'avait jamais remis en question sa personnalité plutôt renfermée.

- Mais bon. Trop bon, trop con. C'est ce qu'on disait de lui dans son dos. Soit on se foutait de sa gueule parce qu'on le trouvait trop jovial, soit on le trouvait trop pot de colle. Enfin, c'est comme ça que ses collègues de l'époque le prenaient.

Willem tapota sa cigarette pour faire tomber la cendre.

- Et puis, il y a eu la descente aux enfers. C'est là qu'il a commencé à changer. Ses sœurs avaient quitté la baraque depuis un bout de temps. Elles vivaient même plus au pays. Il passait beaucoup de temps avec ses parents. Jusqu'à ce que la vie lui chie dessus. Ils sont morts dans un accident de la route. Ça l'a foutu en l'air. Il a perdu son job peu après. Je le voyais moins souvent, mais les quelques fois, il était bien beurré. Un peu violent aussi. Mais il m'a jamais jugé, alors je l'ai pas jugé non plus.

Willem écrasa sa cigarette dans le cendrier.

- Voilà.

Lukas demeura silencieux.

Alors le Mathias qu'il connaissait, son Mathias, n'était donc peut-être pas si étranger à Søren que cela ? Celui avec qui il partageait sa vie depuis trois ans serait en réalité le Søren d'avant l'accident de ses parents ? Ces révélations le laissèrent songeur. Il entrevoyait également désormais la réalité qui unissait Mathias à une pègre et Magnus Andersen.

oOo

Après le départ de Lukas, Søren s'était effondré sur son lit, la tête tombant entre ses genoux. Il expira bruyamment. Il avait l'impression d'avoir tout fait de travers, une fois n'est pas coutume. Evidemment que ce ne pouvait être que la bonne décision d'avoir libéré Lukas et de ne pas lui avoir tiré dessus. La simple idée de se voir appuyer sur la gâchette et de découvrir une balle fichée dans son corps le retournait encore. Mais il avait pris la fuite. Encore. Et il n'était pas sûr que son chef le laisse s'en sortir désormais.

Ce n'était pas comme la dernière fois.

Il avait libéré un témoin gênant que son chef avait voulu supprimer. Et il ne l'avait pas fait.

Voilà qu'il mettait de nouveau son entourage en danger.

Sans compter d'apprendre la disparition d'Emil. Lukas l'avait fait douter quant à ses informations. Peut-être qu'il se trompait ? Peut-être que son chef ne lui avait pas tout dit ? Pourtant, à rester enfermé ainsi dans les locaux du QG, il n'avait jamais entendu parler d'autre chose que de ce casse sans cesse reporter mais qui allait être un group coup. Il n'avait jamais entendu parler d'autre chose que de cette petite main qui devenait gênante et qu'il allait falloir éliminer. Mais surtout, il connaissait les méthodes de son chef. Jamais il ne mettrait ainsi la pression. Au contraire, il préférait laisser gambader ces otages et faire comprendre par bien d'autres méthodes qu'il avait la main sur eux, quand il le voulait. C'était bien pour cela que Søren angoissait à nouveau. D'autant plus que son chef pouvait lui compter un nouveau point faible. Il savait qu'il connaissait Lukas. Fort heureusement, il devait être bien inconscient de la relation qui unissait les deux hommes. Søren déglutit néanmoins à cette pensée.

Cependant, une autre hypothèse l'avait effleuré, vis-à-vis de la disparition d'Emil. Il y avait bien deux individus qui étaient, à son sens, imprévisibles et qui éprouvaient un profond désir de se venger de lui. Søren était obnubilé à l'idée qu'on ait bel et bien enlevé Emil non pas pour Lukas mais pour lui.

Lorsque son téléphone sonna, il sursauta.

Il n'avait plus l'habitude de l'avoir avec lui. Dans un premier temps, il n'osa d'abord pas décrocher. Il attrapa l'appareil et observa le nom de Tino qui s'affichait. Alfred leur avait assuré que tout était parfaitement sécurisé. Dans ce cas, tout allait bien… n'est-ce pas ? Il prit une profonde inspiration et appuya sur le téléphone vert.

- Mathias ! Ah bah, c'est pas trop tôt ! s'exclama aussitôt Tino à l'autre bout du fil, ça fait des jours que j'essaye de te joindre mais que ton téléphone est éteint ! Berwald a envoyé un message à Lukas hier pour savoir comment il allait et il pas répondu non plus. Je sais pas ce qui se passe entre vous, mais vous avez intérêt à arrêter de nous inquiéter à tire-larigot comme ça. Non mais ! J'ai bien vu que ça allait pas fort, toi, hein, mais quand Lukas a débarqué la semaine dernière et qu'on a compris que y avait de l'eau dans le gaz dans votre couple, j'étais d'autant plus inquiet. On se fait un sang d'encre, nous ! Lukas était un véritable fantôme sur patte quand il est venu se réfugier chez nous. J'espère que vous avez pu parler ! La communication, c'est la clé ! Crois-moi qu'avec Berwald, on en sait quelque chose. Ça fait quand même perpète qu'on est ensemble. Il faut que vous vous parliez et que vous vous écoutiez l'un l'autre, que vous laissiez l'autre s'exprimer aussi. Tu comprends ça ?

A l'autre bout du fil, Tino haletait. Sa tirade lui avait coupé le souffle. Quant à Søren, il cligna plusieurs fois des yeux. Il ne s'attendait clairement pas à se faire incendier de la sorte. D'autant qu'il trouvait très ironique son dernier conseil, lui qui ne lui avait pas laissé en placer une, ni même une salutation. Tant et si bien qu'il ne sut d'abord quoi répondre.

- Mathias ? Allô ? Mathias ?

Et ce prénom qui le poursuivait. Mais il n'était pas prêt de révéler à qui que ce soit d'autre sa véritable identité.

- Oui, je suis là.

- Oh, mon dieu ! Mais j'étais tellement inquiet ! J'ai cru qu'il vous était arrivé quelque chose, moi. Et je te raconte pas l'état de mon Berwald. Il a même fini par inverser le sucre et le sel la dernière fois quand il a préparé les boulettes de viande. Je te raconte pas le goût. Vous savez, vous comptez énormément pour nous, toi et Lukas.

Søren sentit sa gorge se nouer et les larmes lui brouiller la vue. Il tenta bien d'être silencieux, mais cela s'entendait clairement qu'il sanglotait.

- Mathias ? Olala, je suis désolé ! Tu vas bien ? Non, suis-je bête. Tu vas clairement pas bien. Tu veux que je vienne ?

- Tino… le coupa Søren d'une petite voix

- Oui ! Oui, dis-moi !

- Ça fait du bien d'entendre ta voix.

Tino en resta muet de surprise. Puis, la voix bien plus posée, il demanda :

- Ça va si mal que ça entre vous ?

Søren passa distraitement un doigt sur ses lèvres, repensant au baiser passionné de Lukas. Jamais il n'aurait envisagé qu'il prenne ainsi les devants avec une telle ardeur.

- Je sais pas trop, répondit-il honnêtement

Il s'écoula quelques secondes, puis Søren ravala ses larmes, reniflant bien fort.

- Ecoute, Tino. Pour le moment, je peux pas te parler. Lukas non plus. Mais… on est ensemble.

Il ne sut trop quel sens couvrait alors ce dernier mot.

- On vous recontactera quand on pourra.

Le silence chez Tino marqua clairement sa suspicion.

- Vous… il se passe un truc grave.

Søren esquissa un maigre sourire.

- On gère, t'inquiète.

- Bon. Très bien. Mais vous avez intérêt à donner des nouvelles plus souvent dans ce cas. Ou croyez-moi que vous entendrez parler du pays !

- Ça marche. Bonjour à Berwald, à Peter et à Hana'.

- Et de même à Lukas et à Emil.

Sur ces dernières paroles, Søren raccrocha. Il s'étala sur son lit, les bras en croix. La conversation avait été courte mais avait fait ressurgir en lui un tas de souvenirs pas si lointains et un flot d'émotions auxquels il n'était pas préparé.

Quelques temps plus tard, on frappa à sa porte.

- Entrez.

Il n'avait pas la foi de se lever.

Lukas pénétra dans la pièce, l'air grave. Il lui trouva par ailleurs une certaine tristesse dans le regard. Toujours aussi gêné de se retrouver face à lui, il se redressa et observa ses pieds. Lukas demeura un moment debout, coincé sur le pas de la porte, sans bouger ni parler. Puis, il vint s'asseoir à ses côtés. Søren ne sut s'il préférait rester ou s'éloigner. La main que Lukas posa sur la sienne l'en dissuada finalement.

- Tu n'es pas un bleu dans ce gang. N'est-ce pas ?

Il se raidit.

- Pourquoi tu ne me l'as pas dit clairement ? Je ne pouvais pas deviner.

- Tu aurais pu, bredouilla-t-il, tu es détective.

Lukas sembla hésiter un instant.

- Je ne suis que l'illusion d'un détective. Mes déductions ne reposent que sur la logique, sur l'observation, mais surtout sur les paris que je veux bien faire face aux éléments que je possède.

- Pourtant, crois-moi, tu me possèdes tout entier.

Lukas sourit et secoua légèrement la tête.

- On va éviter de rendre cette conversation scabreuse. Et je ne te possède pas qui plus est. Je te parle de faits. Tu es sportif, agile, tu connais bien plus de tours qu'on ne pourrait le croire et mille une manière d'arrêter quelqu'un dans son élan, tu as le tact et la conversation. Mais cela peut recouvrir tant de domaines. Tu aurais pu être tout et n'importe quoi. Tu es joyeux, bon-vivant, un peu à côté de la plaque parfois, mais pas avare d'efforts. Tu as un cœur immense qui sait accueillir tout le monde.

A chacun de ces mots, Søren sentait une larme couler sur sa joue.

- Ou bien allais-tu jusqu'à feindre tout ça ?

Il releva brusquement la tête et fit face à Lukas. Protégé derrière son masque impassible, Søren y décelait néanmoins toutes les interrogations et les inquiétudes qui le rongeaient depuis plusieurs jours. Il serra sa main tout en s'efforçant de ne pas fondre d'autant plus en larmes.

- Non, réussit-il à articuler d'une voix étranglée

Sans crier gare, il se jeta au cou de Lukas et l'étreignit éperdument.

C'était plus fort que lui. C'était irrésistible. Il n'aimait pas faire souffrir son entourage. Il voulait les savoir en sécurité, bien portant, et heureux. Il était prêt à tout pour cela. Et même au pire…

Il sentit la main de Lukas remonter le long de son dos et, doucement, commencer à le caresser. Comme il avait tant de fois fait pour l'apaiser. Pour Søren, c'était un des plus beaux gestes qu'on pouvait lui exprimer. Il resserra son étreinte.

De longues minutes s'écoulèrent ainsi. Puis, sans bouger, la tête toujours sur l'épaule de Lukas, il murmura soudain :

- Magnus… mon chef… Il a trouvé un déchet et il l'a recyclé.

Il y eut un silence.

- Et il en a fait quoi, de ce déchet recyclé ?

- Un voleur. D'art, d'objets précieux. La contrebande habituelle. Parfois de la paperasse. Mais je m'en foutais. Parce que je me sentais à nouveau exister. Je buvais moins. Enfin, je me bourrais toujours la gueule, mais de temps en temps seulement. J'étais sobre parfois. Parce que je le décidais.

Il renifla bruyamment.

- Tu sais, j'ai perdu mes parents dans un accident de voiture.

- Je sais. Willem m'a dit.

- Le salaud.

- C'est moi, le salaud. J'ai insisté.

- Tout s'est accumulé. J'ai perdu pied. Vraiment. J'étais un moins que rien et je me suis enterré encore plus. Je me suis foutu en l'air tout seul. Mais lui, Magnus, il m'a sauvé. Pour de vrai.

- Mathias…

C'était pire encore de l'entendre de la bouche de Lukas. C'était comme un coup supplémentaire qu'on lui infligeait, lui rappelant sans cesse ce qu'il avait fait.

Søren mit fit à leur étreinte. Il agrippa les épaules de Lukas.

- Pour Emil, je te jure qu'il est pas au QG. Mais j'ai peut-être une idée de qui est derrière ça. Enfin, deux. Je connais deux personnes qui… qui pourraient bien m'en vouloir assez pour le prendre en otage.

- Pourquoi on l'enlèverait pour toi ?

- Je sais pas trop… mais c'est pas impossible. Non ?

Lukas mentirait s'il disait que cela ne lui avait pas traversé l'esprit.

- Qui sont-ils ?

Søren grimaça. Il n'avait pas envie d'entrer dans ce sujet.

- Comment veux-tu que je retrouve Emil si tu ne me parles pas ? s'énerva Lukas

- Je sais, je sais ! Mais… je peux pas. Juste, fais-moi confiance. On me contactera bien assez vite dans ce cas.

Lukas se leva brusquement.

- Et attendre sans rien faire ?

Il fit volte-face et quitta la chambre en claquant la porte.

Piteux, Søren laissa retomber sa tête, prêt à s'arracher les cheveux.


Affaire à suivre…