Et bienvenue en 2021. Sacrée année Hetalia en perspective !
Mais pour l'heure : x)
Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz
Affaire 24 : Le ravisseur
Leur étrange colocation ainsi débuta, au plus grand bonheur d'Ivan. Il ne s'offusquait pas du tout du manque de réactions alors même qu'il ravissait leurs papilles. Il continuait ses petites affaires sans se soucier le moins du monde de la gravité de la situation qui planait, indicible, dans le chalet.
Plus de vingt-quatre heures s'écoulèrent. Willem partit entre temps, considérant avoir rempli la mission qu'il s'était assignée. Lukas passait son temps à trépigner d'impatience, à remuer ciel et terre de là où il était, allant même jusqu'à mettre à contribution Alfred, dans l'espoir de retrouver Emil plus rapidement.
Pourtant, le dimanche matin, tel qu'il l'avait envisagé, le téléphone de Søren lui indiqua la réception d'un message. Il n'était pas signé. Il s'agissait clairement d'un chantage à son encontre. On le menaçait de faire du mal à son petit frère s'il ne rappliquait pas sur-le-champ à l'adresse indiquée. Il comprit qu'on parlait d'Emil. Comment et pourquoi l'avait-on pris pour son cadet par contre, il n'en avait aucune idée. Le plus important était là : il avait une adresse où retrouver Emil.
Il se précipita pour retrouver Ivan et lui demander de lui laisser sa voiture. Lukas qui marmonnait encore des hypothèses dans le salon, s'arrêta et dévisagea Søren. Celui-ci fit mine de rien, comme s'il ne cherchait Ivan que pour lui parler de la pluie et du beau temps. Il savait bien que Lukas ne manquerait pas de venir s'il apprenait pour le message. Mais il se devait d'y aller seul. Il tenta bien de s'échapper en apercevant Lukas s'approcher à grandes enjambées. Ce dernier fourra sa main dans la poche de son jogging sans retenue, extirpa son téléphone et ouvrit le dernier message.
- Lukas, je t'en prie.
- Alors là, tu rêves. Il s'agit de mon petit frère. Et en plus, ton maître-chanteur le prend pour le tien ! Je viens. J'ai deux mots à lui dire.
Ivan leur laissa sans problème sa voiture. Avant de partir, comme une mère de famille voyant ses garnements partir à l'aventure, il leur confia des boublik, des petits pains semblables à des bagels, quoique plus fins, qu'il avait choisis de faire sucrés. Ivan agita la main, tout sourire, les observant s'éloigner.
En chemin, Lukas demanda :
- Quelles sont les deux personnes auxquelles tu pensais ?
Søren grimaça. Mais au point où il en était, autant tout déballer. Lukas l'accompagnait désormais officiellement. Il finirait bien par être au courant.
- Tu te souviens du gars à la cicatrice qui a failli te tirer dessus ?
Lukas pinça les lèvres.
- Oui, bien sûr que tu t'en souviens. Ce gars m'aime pas.
- Parce que c'est toi qui lui a fait cette cicatrice.
Søren hocha la tête.
- Entre autres.
- Et l'autre suspect ?
- C'est…
Il raffermit sa prise sur le volant et inspira profondément.
- C'est ce pote d'Antonio.
- Gilbert. Oui, il n'avait pas l'air de beaucoup t'aimer.
- Il me hait. Et c'est normal.
Incapable d'en dire plus, Søren se tut et se concentra sur la route.
Lukas fronça les sourcils. Des deux suspects présentés, pour lui, cela ne faisait aucun doute de l'identité du ravisseur. Il n'en était qu'un, à sa connaissance, qui avait pu avoir l'opportunité de prendre Emil pour le petit frère de Søren. Sûr de lui, Lukas prit aussitôt les devants et composa un message.
oOo
C'était une petite maison bien loin au sud-ouest de la ville, aux abords du fjord, à la frontière du comté d'Akershus. De l'extérieur, elle semblait on ne peut plus charmante et apaisante.
Pourtant, Lukas et Søren remontèrent vers la porte d'entrée les poings serrés. Impatient d'en finir et de retrouver son petit frère une bonne fois pour toute, Lukas ne prit ni la peine de sonner, ni celle de frapper. Il pénétra dans la maison dont la porte était déverrouillée. Søren, au contraire, faisait preuve de plus en plus de réserve à mesure qu'ils approchaient.
Dans la pièce à vivre, ne se trouvait personne. Pas un bruit non plus. D'un pas alerte et prudent, ils visitèrent les lieux sans trouver aucun élément suspect. Tout était plongé dans un profond silence, figé comme dans un catalogue d'ameublement. Ils empruntèrent un escalier descendant à l'étage semi-enterré donnant sur le jardin. Là, ils aperçurent au détour d'un couloir de la lumière se faufilant par une porte entrebâillée. Dans le calme ambiant, ils distinguèrent des cris étouffés.
Lukas s'y rua aussitôt, Søren sur les talons.
Au centre d'une pièce sans fenêtre, tapissée de bibliothèques, pieds et poings liés à une chaise, bâillonné, se trouvait Emil. Il avait l'air tout à la fois soulagé et profondément furieux de voir débarquer son frère et Søren. Hurler à travers le bâillon l'avait essoufflé.
Emil n'était pas seul. A ses côtés, se tenait Gilbert, accroupi. Il darda son regard plus rouge encore que d'habitude, habitée par une fureur peu commune, sur Søren.
- Alors ? Ça fait quoi de pas avoir de nouvelles de son frère pendant cinq jours ?
Gilbert se redressa, fourrant les mains dans ses poches. Son aura vengeresse noircissait la pièce.
- Elle te plaît ma mise en scène ? Moi, je la trouve parfaite ! Du génie à l'état pur !
Pas après pas, il s'avança vers Søren. Ce dernier, figé dans une torpeur cauchemardesque, reculait au fur et à mesure. Il percuta bientôt le mur. Gilbert plaqua violemment une main à hauteur du visage de Søren sur le mur, dont la fine épaisseur trembla.
- Ça te rappelle des souvenirs, hein ?
Søren déglutit.
- Si tu savais comme je t'ai cherché. Pendant des mois et des mois ! Des années, même ! Et voilà que je te retrouve au mariage de mon meilleur pote, tout sourire et fringant. Non, mais tu te fous de la gueule de qui ? Elle est sympa ta petite vie ? Hein ?! A te la couler douce sans aucun scrupule avec ta petite famille à Oslo alors que t'as détruit la mienne ! A poursuivre ton petit quotidien tranquille avec ton frère alors que tu m'as pris le mien ! Mais ça te démangeait, hein ! Voilà que tu récidives et que tu t'en prends à mon paternel ! Mais qu'est-ce que t'as contre les Beilschmidt ? Merde !
- Je suis pas le frère de Mathias ! s'exclama soudain Emil dans le dos de Gilbert
Lukas venait de le libérer de ses liens. Emil avait aussitôt sauté sur ses pieds, furibond. Il se sentait comme le dindon de la farce et la semaine avait été bien trop éprouvante.
Gilbert se retourna, haussant un sourcil peu convaincu.
- Vous arrêtiez pas de répéter que vous aviez un compte à régler avec mon frère, mais c'est pas celui-là ! Lukas, c'est mon frère !
Son aura était toujours furieuse, mais Gilbert détailla avec surprise Lukas qui se tenait aux côtés de son otage.
- J'en ai strictement rien à battre ! décréta-t-il finalement
Il fit volte-face vers Søren et le menaça de son poing.
- J'ai réussi à faire venir cet assassin et c'est tout ce qui m'importe ! Il va comprendre ce qu'il m'a fait vivre. Ça, je vous le garantie !
- Vous avez mentionné Hermann, votre père, intervint Lukas le plus calmement possible, mais son meurtrier est désormais entre les mains de la police. Vous vous trompez !
- Quoi ?
- Le coupable du meurtre de votre père a été arrêté jeudi soir. Vous n'avez qu'à vérifier.
Gilbert sembla se calmer un instant, perturbé par cette nouvelle dont il n'avait vraisemblablement pas eu vent.
Søren aurait eu bien assez de temps et d'opportunités d'arrêter Gilbert dans son élan vengeur. Pourtant, il ne bougea pas d'un pouce, aplati contre le mur, pétrifié qu'il était de se retrouver face à Gilbert et à ses souvenirs.
- La belle affaire ! Ça n'en reste pas moins le salaud qui m'a pris mon frangin !
Gilbert plaqua furieusement son bras contre la gorge de Søren, ce qui lui coupa le souffle. Il n'eut même pas le réflexe de se protéger un minimum.
- Toi et ta sale vermine, vous avez kidnappé mon frère. J'ai remué ciel et terre pendant cinq jours jusqu'à finalement retrouvé sa trace. Je débarque, je dois me friter avec des gus frappés et là, j'entends quoi ? Hein, tu t'en rappelles, pas vrai ? J'entends deux coups de feu. Deux putain de coups de feu ! Si tu savais comme mon palpitant a bondi ! Mais non, t'imagines pas ça, hein ! T'imagines pas la peur au ventre qu'on a, les tripes retournées qu'on a quand on entend deux coups de feu et qu'on cherche son frère. J'accours et là… Et là !
Amer, enragé, Gilbert renifla bruyamment. Son visage était déformé par le tourment, le chagrin et la colère.
- Et là, je découvre… je découvre un corps sans vie. Il était sur une chaise. Il était enchainé. Il avait été frappé. Vous aviez osé ! Et toi, tu te tenais là avec ton air bêta, un flingue en l'air ! T'avais encore le doigt sur la détente ! Tu m'as regardé. Ah, t'avais les chocottes quand tu m'as vu, hein ? Ah bah ouais ! Ben tant mieux ! Et tu t'es enfui, salaud ! Alors, aujourd'hui, t'as intérêt à affronter tes responsabilités.
Ni Lukas, ni Emil n'osaient bouger, atterrés par la révélation portée par la voix meurtrie de Gilbert. Ce dernier appuya un peu plus fort sur la gorge de Søren, lequel était paralysé, ne tentait même pas de se débattre. Gilbert le relâcha tout compte fait, sèchement, et cracha par terre. Søren demeura immobile, muet, le regard vitreux.
- Avant toute chose, j'aimerais savoir. Pourquoi ? Qu'est-ce que vous aviez à ce point contre mon frangin ? Il méritait pas ça… tellement pas ! Alors pourquoi ?
Gilbert croisa les bras, sentencieux.
Søren n'osa poser son regard nulle part. Le silence perdurait et commençait à lui peser sur les épaules. Il renifla et déglutit.
- Je…
- T'as que de la gueule ou quoi ? Parle plus fort !
Søren tentait de raviver sa mémoire. Il avait enfoui si profondément toute cette histoire, l'avait reléguée dans un passé sous clé, pire encore que son appartenance à une pègre. Mais Gilbert avait raison : il s'était enfui. Il ne faisait donc que cela, fuir ? Il n'avait donc jamais le courage d'affronter les choses en face ? Lui qui se targuait pourtant d'une franchise et d'une spontanéité à toute épreuve. Mais ça, c'était avant… bien avant tout ça. Il était devenu un voleur, un menteur, un fuyard. Tout le contraire de ce qu'il était sincèrement au fond de lui. Ouvrir cette boîte de pandore, affronter la réalité en face, était une chose terrible. Mais Søren sentait qu'il devait le faire. Maintenant. Il n'osa même pas imaginer le regard que devaient poser sur lui Lukas et Emil.
Mais c'était maintenant qu'il devait parler.
Prenant son courage à deux mains, il inspira. Sa voix chevrotait déjà, s'élevant difficilement.
- Le chef avait un tableau. Il avait un tableau qui a disparu, un jour. C'était un tableau important. Une histoire de truc caché. Enfin… c'est ce qu'on m'a raconté. Je sais pas… mais il fallait que ce tableau revienne au chef. C'est tout. C'était comme ça. Et un jour, on a appris qui étaient le nouveau proprio du tableau. On a fait plusieurs descentes chez lui… mais y avait pas de tableau. Nulle part. Alors, les gars ont dit… on s'est dit qu'il fallait lui tirer les vers du nez. Sur le papier, c'était lui le proprio du tableau. Mais y avait pas de tableau chez lui. On voulait juste le récupérer. Mais le gars disait rien…
- Pour une histoire de tableau ? A d'autres ! s'égosilla Gilbert tremblant de rage
- Mais c'est vrai ! Je le jure ! On cherchait un tableau. On devait ramener le tableau… c'était un tableau de… d'un peintre danois… de… de Marstrand, je crois. Là, je mens pas, c'est la vérité. On devait ramener un tableau de Wilhelm Marstrand.
Gilbert écarquilla les yeux.
- Un tableau de Wilhelm Marstrand ?
- Oui, c'était ça, un tableau de Marstrand. C'était… c'était qu'une copie. Mais le chef voulait retrouver son tableau de Marstrand. Il fallait retrouver le tableau du chef…
Menaçant, Gilbert s'approcha de Søren. Il le toisa longuement puis s'éloigna soudain. La rage au ventre, il fit volte-face et le pointa d'un doigt accusateur.
- Vous êtes vraiment trop cons ! Jamais Heinrich aurait lâché le morceau ! Tu veux savoir où il était ce tableau de Marstrand ?
Misérable, Søren releva la tête et le dévisagea, les yeux ronds.
- Vous le savez ?
Gilbert partit dans un grand rire hystérique, incontrôlable et anxiogène.
- Bien sûr que je le sais ! Mais bien sûr que je le sais ! Ce tableau, mais c'était toute une histoire ! Et quelle belle histoire…
A bout de souffle, il s'effondra sur la chaise et laissa retomber sa tête entre ces jambes. Les larmes aux yeux, il se tut. Personne dans la pièce n'osa prendre la parole.
- Ils étaient amoureux. C'était l'innocence à l'état pur. Mon frère était tombé totalement raide dingue de Feli. Et dire qu'il croyait que c'était une meuf, l'imbécile…
Gilbert hoqueta de rire entrecoupé de sanglots, passa une main lasse sur son visage.
Lukas, Søren et Emil écarquillèrent les yeux.
- Feli…ciano Vargas ? murmura Lukas
- Ouais, Feli. Il en fait tourner des têtes, ce type. Il est adorable. Tous les deux, avec Heinrich, c'était encore pire.
Gilbert se leva soudain, posa un pied théâtral sur la chaise, le regard perdu au plafond.
- La pureté de leurs âmes, de leurs échanges, de leur vision du monde était telle que, vous aviez beau être un saint, vous pouviez qu'être sale comparé à eux. Je suis sûr qu'ils étaient promis à de grandes choses !
Il serra le poing avant de retrouver son air abattu. Il joignit les mains et les serra avec force dans une prière silencieuse.
- Ils ont passé tellement d'étés tous les deux, en Autriche, durant leur adolescence… Bande de connards ! hurla-t-il soudain à l'adresse de Søren, bien sûr que le tableau était pas chez lui ! Il en avait fait cadeau à Feli ! Et vous pouviez rêver pour qu'il trahisse son amour ! Plutôt crevé… et le pire, c'est qu'il en a crevé…
Gilbert bondit, la rage au corps. L'accalmie n'avait été que de courte durée. Il s'élança vers une boîte posée sur une étagère de la bibliothèque, dans le fond de la pièce, et pointa aussitôt un pistolet vers Søren.
- Tu reconnais ce flingue ? Admire ! C'est le même que celui que t'as utilisé !
Il s'approcha, menaçant Søren de son arme.
- Et tu vas payer pour ton crime.
Affaire à suivre…
