Bonjour à tous,

Il va falloir s'y préparer, même si je pense que vous le sentez venir : nous approchons beaucoup, beaaaaucoup de la fin. Nous sommes sur le dénouement. Ça fait sept mois que j'ai eu le temps de m'y préparer, pour ma part ah ah

Et ce chapitre marque officiellement le passage aux 200 et quelques chapitres. Mon. Dieu. Qu'ai-je fait ?

Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz


Affaire 24 : Le passé est toujours présent

- Arrêtez ! tonna soudain Lukas

Il n'osa pas faire de mouvements brusques en avant. Il regretta de ne pas s'y être pris plus tôt, abasourdi par toute l'histoire qu'il découvrait. Mais désormais, il ne pouvait faire autrement que de calmer prudemment les choses. Il sentit son téléphone vibrer dans sa poche.

- Arrêtez ! répéta-t-il d'une voix forte, un voleur n'est pas nécessairement un tueur !

C'est alors que des bruits de pas dévalèrent les escaliers et accoururent. Gilbert dévisagea Lukas avec effroi et presque dégoût.

Sans crier gare, Tino surgit dans la pièce, manquant de faire sortir la porte de ses gonds.

- C'est bon, on est là ! Ça suffit les bêtises maintenant !

Gilbert lâcha son arme de surprise lorsqu'il découvrit derrière lui Ludwig, paniqué et profondément dérouté.

- Gilbert ! Mais qu'est-ce que tu fabriques ?

Mais personne n'était plus désarçonné dans la pièce que Søren lui-même, dont le visage livide, fixait Ludwig avec un effroi hors du commun. Il paraissait tout bonnement se trouver face à un fantôme. Il tendit un doit tremblant vers lui, le cœur au bord des lèvres.

- Le… le proprio du tableau, bredouilla-t-il

Gilbert tapa furieusement du pied.

- Bien sûr que non ! Heinrich est mort à cause de toi, crétin fini !

Søren tressaillit.

Puis, Gilbert fit volte-face vers Tino qu'il ne connaissait pas le moins du monde.

- D'où vous sortez, vous ? Et pourquoi vous mêlez mon frère à ça ?

- Votre… frère…

Søren était visiblement au cœur d'une confusion totale.

Le regard dur, Tino attrapa Ludwig par le bras et l'incita à entrer dans la pièce.

- J'ai reçu un message de Lukas tout à l'heure. C'est sur son ordre que je ramène votre frère ici. Moi, je sais rien de vos histoires mais je vous conseille de vous tenir à carreau.

Pas effrayé pour un sou, Tino vint attraper l'arme et la ranger dans sa boîte, avant de croiser les bras et de se planter entre Gilbert et les étagères.

- Gilbert, mais que…

Ludwig fit un pas en avant, ahuri par la situation.

Au bout du compte, à part Tino, qui était pourtant dans l'ignorance de ce qui se tramait, toutes les personnes présentes se dévisageaient avec surprise, incapable d'assembler toutes les pièces du puzzle.

- Mais c'est bien lui, pourtant… bafouilla Søren

- Non, Ludwig est le jumeau d'Heinrich, marmonna Gilbert, mais il a rien à voir avec tout ça. Ludwig… il a toujours été ailleurs, disons. Il sait rien de tout ça.

- Savoir quoi ?

Gilbert baissa la tête, misérable. Il tendit un doigt vers Søren. Le cœur de ce dernier s'accéléra.

- Ce type… c'est lui qui a tué Heinrich.

Ludwig ouvrit des yeux ronds.

- Quoi ? Mais l'accident…

- On voulait pas te faire peur, Ludwig…

Le cadet eut un léger mouvement de recul et un froncement de sourcils. Il se tourna vers Søren, tout aussi incrédule.

- Moi, je voulais pas. J'ai rien fait. Je le jure, je voulais pas…

- Bah bien sûr ! Ça te va bien de jouer les bons samaritains ! s'époumona Gilbert

Søren fondit en larmes, sans relever la tête.

- Je le jure ! Je voulais pas ! Ça allait trop loin. C'était qu'un putain de tableau. Mais le chef le voulait. On m'a dit de fermer ma gueule, que c'était pas à moi de décider. J'ai voulu faire quelque chose… fallait que ça s'arrête… mais le type qui l'interrogeait…

- L'interroger ? C'était de la torture !

Søren se laissa tomber au sol.

- Mais le type qui l'interrogeait, il a paniqué en apprenant que le frère avait débarqué… je suis arrivé, il a tiré sur le gars, j'ai tiré sur lui, ça l'a juste blessé, il s'est enfui et le frère a débarqué… Voilà, c'est tout…

- C'est tout ? C'est tout ?! Et tu crois que je vais croire tes conneries ?

- J'ai peine à croire que Søren puisse être un meurtrier, interrompit Lukas

Toutes les têtes se tournèrent vers lui. Loin de sa figure insondable ordinaire, il arborait une expression autoritaire et sombre, en particulier à l'égard de Gilbert. Il n'oubliait pas qu'Emil avait été réellement enlevé.

- Si vous être si sûr de votre reconstitution de la scène, allons-y. Plaçons-nous tel que les personnes impliquées alors l'étaient.

Gilbert balbutia quelques paroles inaudibles, les joues rouges. Lukas frappa dans ses mains. Un seul claquement sec et sourd.

- Y avait… y avait mon frère sur la chaise.

Lukas prit ce rôle.

- Et l'autre, il était là. Très précisément là.

Gilbert prit la place qu'avait occupée Søren.

- Et donc, avant que vous n'arriviez, il y avait une troisième personne. Où était-elle ?

Chancelant, Søren se releva, le visage encore inondé de larmes. Il s'appliquait à ne pas regarder Ludwig. Il prit la place du troisième homme.

- Quant à vous, Gilbert, où vous trouviez-vous ? Tino, prends sa place. Les autres, écartez-vous.

Le ton strict de Lukas était sans appel et les esprits si confus que tous obtempérèrent en silence.

Enfin, la scène fut totalement reproduite selon les deux souvenirs. Au centre de la pièce, sur la chaise, Lukas observa tour à tour les individus. Légèrement sur sa droite, près de lui, il avait Søren, légèrement sur sa gauche, Gilbert, et enfin, en retrait près de la porte sur la droite, Tino.

- Où se trouvait l'impact de la balle ?

Søren s'avança d'un seul pas et vint appuyer sur la tempe gauche de Lukas.

- Vous confirmez ? demanda le détective à Gilbert

Ce dernier approuva silencieusement.

- Tous les deux, pointez une arme imaginaire telle que l'a fait la personne que vous incarnez.

Søren comme Gilbert déglutirent. Puis, lentement, ils levèrent leurs doigts d'après leurs souvenirs. Søren sanglota, visant Lukas. Il revoyait la silhouette effrayée d'Heinrich, mais se superposait aussi la figure de Lukas, quelques jours auparavant. Quant à Gilbert, son doigt avait pour cible un point moins évident à déterminer. Il serra les dents.

- Ça veut rien dire… On s'en souvient peut-être mal !

Lukas fronça les sourcils et croisa les jambes.

- Vous n'êtes pas sûr de votre reconstitution ?

- Si ! Bien sûr ! Je m'en souviens parfaitement, de ce jour maudit !

Il serra les poings.

Lukas se leva alors et s'avança vers Gilbert.

- Laissez-moi vous apportez un autre élément de réflexion.

Il se retourna, imita la course d'une balle et vint tracer un sillon sur la joue gauche de Søren.

- Une balle tirée de votre place, dans votre position, vient écorcher la joue gauche. Or, il se trouve précisément qu'une vieille connaissance parfaitement antipathique appartenant à ce gang, s'en étant ainsi surement pris à votre cadet, se retrouve désormais avec cette cicatrice qui court le long de cette joue. Car il s'agit bien de cet homme à la cicatrice, n'est-ce pas ?

Il interrogea Søren du regard, lequel hocha la tête.

- Autrement dit, conclut-il en se tournant vers Gilbert, il y a de fortes raisons de croire que vous vous trompez de meurtrier.

Gilbert serra les poings, bouillonnant de colère. Il frappa furieusement le sol du pied. Il expulsa un souffle d'une fougue frustrée, passant une main dans ses cheveux.

- Non… Non, non ! Non ! C'est pas possible ! Il y avait que ce type dans la pièce !

- Et la trajectoire de sa balle n'a pas pu toucher votre frère ! gronda Lukas

Non seulement il détestait qu'on remette en question ses déductions, mais par ailleurs, il avait décidé de faire confiance à Søren, une reconstruction encore fragile. Il pouvait bien avoir menti sur son identité, il pouvait bien avoir fui du jour au lendemain, il pouvait bien avoir volé, Søren n'était pas un tueur. Il le savait pertinemment, Søren aimait les autres. Willem le lui avait dit, et toutes les personnes de leur entourage le lui avaient confirmé d'une manière ou d'une autre. Qui plus est, ce Gilbert avait osé enlever son frère. Lukas s'en voulait aussi d'avoir été trop vite en besogne et d'avoir sauté sur le premier suspect venu. La colère tonnait en lui comme le roulement sourd de l'orage lointain alors que le ciel se couvre à peine.

- Gil'…

Gilbert se tourna vers Ludwig. De son air hébété, c'était comme s'il découvrait son frère pour la première fois.

- Gil', la perte d'Heinrich a été tragique. Toi, plus que quiconque, en a souffert. Et c'est normal. Mais… arrête. Arrête cette folie. Arrête cette course folle.

Ludwig eut soudain l'air profondément fatigué.

- Je t'en prie, supplia-t-il, reviens dans le présent. Reviens avec moi, avec Blackie, Berlitz, Aster… j'ai besoin de toi pour m'occuper de père…

Gilbert tressaillit. Profondément ébranlé dans ses convictions, il observa ses mains. Puis, il serra les poings tandis que de grosses larmes endeuillées roulaient le long de ses joues.

oOo

En retrouvant l'extérieur, la lumière du jour les aveugla. A l'entrée du pavillon, dans l'allée, se tenait Berwald devant sa voiture, se tortillant les doigts d'inquiétude. Il accourut en les apercevant mais Tino eut tôt fait de le rassurer.

Tout allait bien de son point de vue du moins.

Ludwig se confondit en excuses. Encore ébranlé, Gilbert ne dit pas un mot, acquiesçant de temps à autres. Avant que les deux Beilschmidt ne les quittent, Lukas s'avança vers Gilbert. Il lui assena froidement une gifle impitoyable. La joue pâle de Gilbert rougit aussitôt.

- Ne touchez plus jamais à mon frère, siffla-t-il

Par la suite, Lukas, Søren, Emil, Tino et Berwald observèrent la voiture disparaître à l'horizon.

- Eh ben… j'ai pas tout compris, mais je crois que je suis pas le seul à avoir un passé assez fou, déclara Tino jovialement

Søren passa une main sur son visage pour en chasser les dernières traces de larmes.

- Gilbert avait raison… J'ai fui. Je n'ai pas arrêté de fuir.

Berwald lui tapota l'épaule, compatissant.

- Regarde-nous ! s'exclama Tino, on est tous des fuyards, Mathias.

Søren releva la tête. Il avait pris sa décision. Il ne devait plus fuir.

- Søren. Pas Mathias. Mon vrai prénom, c'est Søren.

A part Lukas déjà au courant, les trois autres le dévisagèrent, interloqués.

- Mathias ou Søren, ça change pas grand-chose. Tu pleures toujours comme une madeleine, marmonna finalement Emil

Søren esquissa un sourire. Puis, il s'approcha de Lukas et déposa un baiser sur son front. Pas de romantisme en publique, certes, mais Tino et Berwald faisait partie de la sphère privée.

- Je dois plus fuir, souffla-t-il

Soudain, il s'élança vers la voiture qu'ils avaient empruntée à Ivan et démarra au quart de tour.

Pris au dépourvu, les autres n'eurent que le temps de s'exclamer. Ils sautèrent alors dans la voiture de Tino et Berwald, lequel, pied au plancher, tenta de rattraper Søren.

oOo

Søren retrouva le QG de la pègre à laquelle il avait appartenue. A la pègre à laquelle il retournait. C'était peut-être du suicide. Mais cet évènement avec Gilbert avait permis d'expulser cette gangrène qu'il avait cru pouvoir ignorer. C'était en lui et c'était bien vain que de croire que ce qui le rongeait pouvait bien disparaître un jour. Rien ne disparaissait, tout avait été enfoui. Et, qu'il le veuille ou non, cela l'avait grignoté petit à petit, dans l'ombre.

Il était déterminé à faire face à tout ce qu'il avait fui.

C'est pour cette raison qu'il devait retourner dans le gang auquel il appartenait. Une fois que le doigt était pris dans l'engrenage, il ne pouvait pas s'en sortir. Mais il pouvait toujours s'assurer que son entourage n'ait plus rien à voir avec eux. Son chef connaissait désormais l'existence de Lukas et d'un lien entre lui et Søren. Si Søren obéissait sagement, il n'arriverait rien à Lukas. Ni à personne d'autres.

Lorsqu'il fut introduit, Magnus Andersen était à son bureau et l'homme à la cicatrice était assis sur un fauteuil. Il le fixait d'un œil torve et revanchard. Son chef martelait le bois de ses doigts allongés dans un cliquetis infernal de bagues.

- Søren. Tu me causes bien du souci. Alors que je te faisais confiance.

- Je reviens définitivement.

- Allons bon ! Et comment pourrais-je le croire ?

Søren inspira.

- Je ferais absolument tout ce que vous voudrez. Vous m'enverrez où bon vous semble. En échange de quoi, vous me promettez de ne toucher à personne.

- Petit insolent.

Son chef se leva, déploya sa taille longiligne et s'approcha de Søren.

- C'est pas une promesse que je vous fais. C'est une promesse que je fais à ceux auxquels je tiens. Si vous m'avez avec vous, vous avez aucune raison de leur en vouloir. Ça aurait aucun intérêt. N'est-ce pas ?

Magnus Andersen plissa les yeux.

- Certes. Dans ce cas, tu passes sous les ordres de Bertram.

Il désigna d'un signe de menton l'homme à la cicatrice. Søren se figea tandis que son nouveau supérieur jubilait ouvertement. Il se leva et vint ostensiblement passer un bras par-dessus ses épaules.

- On va bien s'amuser, mon cher Søren.

Il appuya un doigt sur sa joue gauche, traçant une ligne courant de l'oreille à la commissure des lèvres. Søren ravala tout le dégoût que lui évoquait cet homme.

Les trois hommes sursautèrent lorsque des cris se firent entendre de l'autre côté de la porte. Jaillissant de nulle part, Tino défonça la porte d'un coup de pied et se jeta sur l'homme à la cicatrice. Une étincelle de colère s'alluma dans son regard lorsqu'il reconnut le ravisseur de son fils et de ses amis.

- Toi !

L'homme n'eut pas le temps de se débattre qu'aussitôt, Tino lui assena un coup dans l'estomac, lui attrapa les bras qu'il lui tordit dans le dos, avant de le projeter en avant d'un pied bien senti dans la colonne vertébrale. L'homme à la cicatrice alla s'écraser comme une poupée de chiffon dans un cri étouffé. Profitant de l'effet de surprise, Tino enchaina aussitôt avec Magnus Andersen. Il avait beau faire trois têtes de plus que lui, en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, le chef se retrouva genoux à terre et immobilisé.

Pendant ce temps, Lukas entra dans la pièce, Emil et Berwald sur les talons. Ils refermèrent derrière eux, le cœur battant. Lukas s'approcha de Magnus Andersen et le toisa de haut.

- Lukas, mais… non, tu devrais pas.

Il pointa un doigt furieux vers Søren.

- Tu me fais encore un coup comme ça, un seul, et crois-moi que tu t'en souviendras.

Søren déglutit et se tut.

Lukas se tourna ensuite vers Magnus Andersen.

- Quant à vous, je vais vous en apprendre une bien bonne. Vous avez fait appel au pire détective que vous auriez pu contacter.

- Menacez-moi autant que vous voulez, j'ai tout un réseau derrière moi.

- Ah oui, un réseau. Quel beau mot ! Et faire tomber tout un réseau, c'est extrêmement complexe. Ce n'est pas quelque chose qu'on peut faire seul.

- Vous m'ôtez les mots de la bouche.

Tino le força à se taire en resserrant sa prise. Lukas s'accroupit face à lui.

- Sauf que Søren n'est pas seul. Bien dommage pour vous.

Søren fronça les sourcils, perplexe.

- Vous n'aurez plus un seul continent sur lequel vous retrancher. Vous n'aurez plus aucun domaine dans lequel exercer. Où que vous soyez, quoi que vous fassiez, il y aura toujours quelqu'un pour vous arrêter. Parce que, nous aussi, on a le bras long. Mais surtout parce que c'est notre entraide, animé par un même but, qui vous fera encore et toujours tomber, qu'importe le nombre de fois que vous tenterez de vous relever.

Il se redressa lentement et contourna le bureau.

- Sur ce, je vous suggère de rapidement mettre les voiles. La police d'Oslo est en chemin pour une petite visite de courtoisie. C'est qu'elle a appris que sur son territoire se cachait un meurtrier.

Il coula un regard vers l'homme à la cicatrice gisant toujours à terre. Ce dernier gémit. En panique, Berwald lui décocha un coup sur le crâne comme on chercherait à écraser un insecte gênant. L'homme alla de nouveau embrasser le sol. Tino félicita d'un sourire son conjoint qui, derrière son regard courroucé, était surtout embarrassé par sa propre force.

Lukas ouvrit chacun des tiroirs jusqu'à esquisser un sourire.

- Et si j'étais vous, je choisirai on ne peut plus précautionneusement ma prochaine destination.

Il s'empara du contenu puis fit signe aux autres qu'ils étaient sur le départ.


Affaire à suivre…