Le comble du bonheur

L'unique nuage dans le ciel dérive lentement, continuant sa longue route solitaire, laissant apparaître le soleil dont la chaleur bienvenue vient inonder l'immeuble. Au pied de celui-ci, le parc a troqué le vert de l'été pour les chaudes couleurs de l'automne, les arbres offrant leur plus beau feuillage jaune et orange à la vue des rares passants prenant l'air en ce vendredi matin.

À travers la fenêtre de la chambre, la lumière vient caresser le visage de l'homme endormi à travers les rideaux, le tirant doucement de ses songes pour le ramener à la réalité. Luttant contre cette agression matinale, il tourne dans le grand lit pour enfouir sa tête dans l'oreiller de la place laissée vacante par sa moitié partie travailler. Cela ne suffisant pas, il rabat la couverture aux motifs étoilés sur lui avec un grognement, le coupant des rayons si dérangeants.

La pièce, désormais nimbée d'une douce lueur, laissant apparaître un mobilier aux allures modernes, entièrement en chêne. Une commande sur-mesure auprès d'un professionnel répondant à des critères simples : un style récent, emprunté à une célèbre chaîne de meubles scandinave, mêlée à la solidité et l'ambiance qu'apporte le bois massif. Sur les tables de chevet jumelles, deux lampes, l'une assez classique avec un abat-jour comportant des motifs floraux, l'autre, plus originale, étant une sculpture en vitraux à l'effigie d'un corbeau posé élégamment sur une branche. Complétant le tableau, une grande armoire vitrée prenant tout un mur près de la porte.

Alors que l'individu semble enfin retourner à son hibernation, son téléphone se met à vibrer tout en sonnant bruyamment. Avec un gémissement désespéré, il tend le bras, tâtonnant jusqu'à trouver le vil appareil pour couper le réveil. Poussant un profond soupir, il se lève finalement, prenant machinalement ses vêtements préparés la veille avant de se diriger vers la salle de bain, comptant plus sur son radar interne que sur ses yeux pour atteindre son objectif.

Après une bonne douche bien chaude, il entreprend de démêler ses longs cheveux roux qui sont toujours récalcitrants le matin et finit par être satisfait du résultat au bout d'une demi-heure de lutte acharnée. Des cernes très marqués se dessinent sous ses yeux d'un profond violet et une forte envie de retourner dans son lit le prend, à laquelle il résiste bien malgré lui, une journée chargée l'attendant au bureau. Il sort donc de la salle de bain habillé d'un de ses nombreux costumes et est tout de suite saisi par l'odeur du café qui flotte dans l'air, en provenance de la cuisine. Bénies soient les cafetières programmables !

Encore un peu endormi, Nagato part en quête du breuvage nécessaire à un début de journée réussi. Quiconque le connaissant sait qu'il ne faut pas essayer de lui adresser la parole avant qu'il n'ait fini la première tasse, parfois même la seconde. Sur la table, il remarque d'emblée le petit écriteau manuscrit trônant entre le beurre et la confiture :

"Ton déjeuner est dans le frigo, n'oublie pas de l'emporter cette fois-ci, je serai très contrarié de te retrouver agonisant de faim ce soir ! Bonne journée, mon amour ! Je t'aime 3"

Il sourit à cette vue et, après avoir fini son petit déjeuner et tout ranger, il prend le sac contenant le repas et sort finalement de l'appartement direction une longue journée de travail. Après s'être installé dans la voiture, il envoie une photo montrant qu'il a bien pensé à emporter la nourriture accompagné d'un petit message :

"Merci pour le repas, il sera sûrement délicieux ! Je rentrerai tard ce soir, je dois absolument finir un gros dossier pour un de nos principaux clients. Ne m'attends pas, je grignoterai en rentrant. Bonne journée, mon cœur !"


Enfin rentré ! La journée a été longue et fatigante pour Nagato mais au moins, il avait fini tout ce qu'il avait à faire et pouvait désormais profiter sereinement de son week-end. Il avait encore dû passer un savon à des fournisseurs en retard sur les livraisons, les menaçant de leur facturer les pénalités de retard si le client n'était pas satisfait. Regardant sa montre, il vit qu'il était déjà vingt-deux heures révolues de quelques minutes et il poussa un long soupir, tant de fatigue que de soulagement.

Prenant ses clés dans sa poche, il ouvre la porte de l'appartement et arrive dans le noir le plus complet. Tâtonnant sur le mur à la recherche de l'interrupteur, il finit par activer celui-ci mais rien ne se passe, aucune ampoule ne s'allume. Il fronce les sourcils, un peu inquiet par la situation, quand soudain, des guirlandes en forme de fleurs diffusant une chaude lumière illuminent l'appartement. Au centre, près de la table dressée avec soin, Itachi est là, allumant une bougie.

Surpris, Nagato observe son compagnon. Il est vêtu d'un pantalon gris bien ajusté, d'une chemise blanche parfaitement repassée et d'un petit veston bordeaux. Ses longs cheveux noir brillants sont soigneusement peignés et attachés en une queue de cheval et, fait assez rare, il semble porter ses lentilles de contact plutôt que ses lunettes habituelles.

Questionnant Itachi du regard, celui-ci lui retourne un tendre sourire avant de l'inviter à venir s'asseoir à table, lui tirant la chaise. Nagato s'exécute, toujours interrogateur, et obtient enfin sa réponse.

"Tu avais une grosse journée, j'ai pensé que ça te ferait du bien de passer un bon moment ce soir. Et puis, ça fait longtemps qu'on ne s'est pas octroyé un tête à tête sympa tous les deux !

C'est une idée merveilleuse ! Et c'est magnifique tout ça !"

Nagato est au comble du bonheur, enchanté par le cadre que lui a concocté sa moitié. Celui-ci lui servant un verre de vin avant d'amener le plat, un bœuf bourguignon dont rien que l'odeur fait saliver d'envie, puis de s'asseoir à son tour pour trinquer. Leurs regards se croisent alors, transmettant une foule de sentiments, emplissant le cœur de Nagato de joie.

"Comment s'est passé ta journée ? demande Itachi.

C'était épuisant ! Courir après les fournisseurs qui nous mettent en retard, c'est toujours un vrai calvaire… J'ai dû demander au service achat de taper du poing. Je crois que Yahiko a menacé Oto Industries de se fournir chez Jiraya Sennin & Fils. Ça a dû les faire bouger ! J'ai pu finir mon projet dans les temps !

C'est une bonne nouvelle ! Ça te tenait très à cœur, je suis content que tu aies pu finir à temps !

Oui, c'est un soulagement ! Et toi, ta journée ? À part passer des heures à préparer cette magnifique surprise, bien sûr ! rigole Nagato.

Sortie culturelle avec les classes de 3ème, on est allée au musée Yamanaka. Ça s'est plutôt bien passé, juste mes deux perturbateurs habituels, Naruto et Kiba, qu'il a fallu recadrer ! Et puis, on a passé une demi-heure à chercher Shikamaru qui s'était endormi sur un banc, face à un tableau représentant un ciel bleu. Même dans un musée il a trouvé le moyen d'avoir la tête dans les nuages !

Ils continuent de savourer le repas et le bon vin ainsi, discutant longuement de leur journée, de ce qu'ils pourraient bien faire ce week-end, des futures vacances et de nombreux projets. Quand le plat est finalement fini, Itachi se lève pour aller chercher le dessert, un tiramisu maison joliment présenté dans une coupe en verre, qu'il pose devant Nagato accompagné d'un petit paquet cubique soigneusement emballé. Il glisse ensuite un doux baiser sur la joue de Nagato avant de l'inviter à déballer le cadeau.

L'interrogeant du regard, celui-ci commence à effeuiller méticuleusement l'objet et son cœur rate un battement en découvrant un petit écrin marqué de l'écusson d'une grande bijouterie du centre.

"Ouvre-le", lui souffle Itachi.

Les mains de Nagato font pivoter l'étui révélant une bague assez simple mais jolie, un anneau d'or autour duquel viennent courir des fils d'argent. Il dirige vivement son regard vers son compagnon qui est désormais agenouillé près de lui. Une douce chaleur l'envahit, lui faisant tourner la tête, son cœur battant la chamade.

"Cela fait maintenant trois ans que tu emplis mon quotidien de bonheur, bientôt deux que je partage ta vie au quotidien dans cet appartement. Je t'aime de tout mon cœur, et j'aimerais pouvoir le dire au monde, à la mairie. Nagato Uzumaki, me feras-tu l'honneur de devenir mon époux ?"

Des larmes de joie coulent le long des joues du jeune homme roux.

"Je t'aime aussi, mon Itachi ! Et tu me combles tous les jours, particulièrement ce soir ! Bien sûr que je veux t'épouser !"


FIN