Bien le bonjour,

Et bien… c'est l'avant-dernier chapitre ! Eh oui… le tout dernier. Bon, y aura un épilogue après. Mais voilà, janvier 2021 marquera la fin du Sherlock Holmes d'Oslo :) J'ai préféré couper cette situation finale en deux pour des questions narratives. Pour moi, il y a clairement deux fins à tout ça, donc voilà un premier bout !

Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz


Affaire 24 : Le repentir

Lukas inspira profondément devant la porte de la chambre d'Emil. Puis, il frappa. Il entendit un vague marmonnement et ouvrit. Son frère était assis sur son lit, perdu dans ses pensées.

Lorsqu'ils étaient rentrés, il y a quelques heures, le macareux avait accueilli en grande pompe son humain favori. Puis, le foyer avait retrouvé un calme profond. Søren s'était enfermé dans sa chambre puis sous la douche, en quête de quiétude et de réflexion. Emil avait lui aussi pris un long moment dans la salle de bain et s'était changé. Ces petits gestes qui d'ordinaire ne lui prenaient pas plus d'une demi-heure ou trois quarts d'heure s'étaient éternisés plus longtemps cette fois.

Lukas inspira profondément, puis vint prendre place à côté de son frère.

- J'ai prévenu Jia Long, murmura-t-il

- Merci.

Quelques minutes s'écoulèrent dans le plus grand silence.

- Je vais déménager, annonça soudain Emil

- Je sais. Ton copain m'a dit.

- Tss… t'as vraiment toujours une longueur d'avance.

- Eh oui…

Sans crier gare, Emil vint laisser retomber sa tête contre l'épaule de son frère. Lukas passa un bras par-dessus celle de son cadet et le frictionna affectueusement.

- Est-ce que…

Lukas s'interrompit. Il ne savait trop comment formuler sa question.

- Est-ce que tu as été maltraité ?

C'était une question très étrange. Emil avait été enlevé et retenu contre son gré dans un lieu inconnu. C'était déjà en soi de la maltraitance. Mais ne pouvant revenir sur les évènements passés, il voulait au moins s'assurer qu'il n'avait pas vécu pire encore.

- Il me parlait pas. C'est tout. Il m'a reconnu dans la rue et m'a embarqué avec une excuse bidon vis-à-vis d'Antonio.

Lukas hocha gravement la tête et resserra son étreinte.

- Je suis désolé, souffla-t-il

Dans le silence qui suivit, d'une toute petite voix, Lukas murmura une berceuse qu'Emil connaissait bien. C'était un air islandais que Lukas lui avait souvent chanté alors qu'il venait d'arriver à Oslo, dans cette famille qu'il ne connaissait pas, loin de sa terre natale. Voilà bien longtemps qu'Emil ne l'avait pas entendu. Il esquissa un sourire.

- Ton islandais est toujours aussi nul.

Mais Lukas ne s'arrêta pas pour autant. Il poursuivit jusqu'à la dernière note. Quand il se tut, un certain temps s'écoula encore dans le calme de la chambre. Puis, Emil inspira profondément et se redressa. Il balaya du regard cette pièce qui lui était si familière. C'est là qu'il avait vécu pendant douze ans. Du haut de ses vingt-deux ans, autant dire que c'était toute sa vie ou presque. Il s'arrêta finalement sur son frère.

- Lukas.

Il prit une nouvelle inspiration. Il avait longuement réfléchi ses dernières semaines à sa vie, à tout ce qu'il avait vécu et ce qu'il avait à vivre. Les derniers évènements en date lui avaient fait prendre conscience de nombreuses choses. A l'issue de cette réflexion, il avait décidé de s'affirmer auprès de Lukas. Il devait lui dire une bonne fois pour toute et clairement ce qu'il n'avait jamais osé lui imposer.

- Lukas, je suis ton frère. Ça commence et ça s'arrête là. Tu es ma seule famille et je…j'aimerais garder ça intact. Du coup… ne me demande plus jamais quoi que ce soit vis-à-vis de tes enquêtes. Ne me mêle plus à ça. Je veux que tu restes mon grand frère et uniquement mon grand frère.

Sans mot dire, Lukas fixa Emil, dont les joues s'étaient empourprées. Puis, il hocha très lentement la tête, compréhensif.

oOo

Søren avait attendu d'être seul, le lendemain matin, pour se confronter de nouveau à la lettre de sa sœur Rakel. La veille, il était encore trop retourné par sa confrontation avec Gilbert et le meurtre d'Heinrich, trop angoissé d'avoir affronté et d'avoir vu Lukas affronté Magnus Andersen et sa pègre bien rodée. Mais, lorsqu'il avait retrouvé sa chambre, cette chambre qui n'avait d'abord été qu'une chambre d'ami, qu'une pièce froide et vide de personnalité, il avait aperçu la lettre froissée sur le bureau. Il n'avait pas osé y toucher cependant.

Après une bonne nuit de sommeil qu'il avait préféré passée seul, il était demeuré un long moment dans ses draps qui sentaient bon la maison, qui avait quelque chose de chaleureux et de familier. Puis, il s'était levé et avait pris la lettre.

Il prit soin d'aplatir le papier, tentant de lui redonner un aspect à peu près convenable. Il remit les feuillets dans l'ordre et commença sa lecture. Il était toujours aussi ému dès que son regard se posait sur les deux premiers mots, « Cher Søren », rédigé dans l'écriture cursive de Rakel. Cela ne faisait aucun doute que c'était la sienne, se dit-il dans un sourire en passant un doigt sur l'encre séchée. Ses E se confondaient toujours avec ses Ø.

Søren la lut et relut plusieurs fois. A chaque fois, il se faisait plus avide, comme pris d'un ardent désir de rattraper le temps perdu, de s'imprégner tout entier du moindre détail que Rakel lui avait confié dans cette lettre.

Sous la signature, sa sœur aînée avait laissé un numéro de téléphone tandis qu'on distinguait nettement des traces d'effaceurs là où avait dû se trouver une adresse postale. Pour sûr que c'était une précaution de Willem, ça.

Fébrile, Søren attrapa son téléphone portable. Il le tourna et retourna plusieurs fois entre ses doigts, puis, dans une profonde inspiration, il composa les chiffres un à un.

A chaque tonalité, son cœur ratait un battement supplémentaire. Son ventre se tordait d'angoisse et il s'aperçut même que sa main sur le combiné tremblait.

C'est alors qu'on décrocha.

- Allô ?

Ce n'était que deux syllabes pour un tout petit mot. Un petit mot qui plus est bien impersonnel, un réflexe d'usage. Pourtant, Søren fondit aussitôt en larmes. Cette voix, il ne l'avait pas entendu depuis six ans. Encore que cela fut furtif à ce moment-là également, pour l'enterrement de ses parents. Il fallait remonter bien plus loin encore pour retrouver de véritables échanges. C'était un brusque retour dans le temps qu'il ne savait pas comment gérer.

- Comment… comment vont mon neveu et ma nièce ? bafouilla-t-il

A l'autre bout du fil, il y eut un hoquet de surprise, des bredouillements inaudibles et puis des larmes pour accompagner les siennes.

oOo

En se levant, Lukas constata qu'il avait d'ores et déjà un appel en absence. De la part du poste central de la police d'Oslo. Un instant, les dernières réminiscences de l'affaire de l'émeraude de l'opéra d'Oslo l'agitèrent tandis que l'idée qu'il se soit à nouveau fourvoyé sur le coupable l'effleura. Intrigué, il écouta sa boite vocale. Sans expliciter de raison, l'inspecteur le sommait de venir dans la matinée.

Lukas n'avait aucune envie de l'avouer, mais c'est un peu la boule au ventre qu'il rejoignit le bureau de l'inspecteur.

Adossé à son bureau, celui-ci se tenait bras croisés et la moustache frétillante.

Allons bon, ils étaient donc partis à se crêper de nouveau le chignon. Cette perspective fatigua aussitôt Lukas.

Pourtant, sans un mot, l'inspecteur se pencha en arrière, attrapa une carte dans un tiroir et la tendit à Lukas. Il l'attrapa d'une main circonspecte et détailla les quelques lignes rédigées dessus.

« Lukas Bondevik. Consultant honoraire agréé par la police d'Oslo. »

Ne retenant pas sa surprise, il ouvrit des yeux ronds. Ce n'était pourtant pas une blague, le logo ainsi que le tampon rendaient la petite carte parfaitement officielle. Il releva la tête et dévisagea, on ne peut plus interrogateur, l'inspecteur.

- Allez pas en faire tout un plat, ok ? C'est que pour les délits ! Pas de scène de crime pour vous.

Pour un peu, Lukas eut presque le réflexe de lui rendre la carte.

- Avec ça, vous pourrez accéder aux scènes de délits.

L'inspecteur insista bien sur ce dernier mot.

- Vous pourrez consulter les dépositions, les preuves. Mais uniquement accompagné d'un agent ! Enfin… je crois que vous saurez déjà à qui vous adresser pour ça.

Incrédule, Lukas détailla de nouveau la carte.

- Merci.

- Oui, oui, de rien. Bon, j'ai de gros dossiers à boucler donc bon vent !

L'inspecteur le chassa d'un signe de la main.

Alors que Lukas s'apprêtait à quitter le bureau, il l'arrêta dans son élan.

- Mais surtout, Bondevik, faites-moi le plaisir de vous prendre une formation de détective. Officiellement. Rien ne vous en empêche et vous êtes plutôt doué.

Cela en coûtait clairement à l'inspecteur de marmonner ces quelques mots. Evidemment, cela ne pouvait que ravir Lukas.

- J'y songerai, oui.

Adressant un salut sympathique, il quitta l'inspecteur.

En direction de la sortie, il croisa Andrey qui venait prendre son poste. Il semblait déjà au courant de tout car il sauta aussitôt sur son ami, un sourire jusqu'aux oreilles.

- Faudra fêter ça, hein ! En plus, Vlad' est encore dans le coin pour le moment.

- Volontiers. Et, Andrey ? Tu avais raison. J'ai tout intérêt à te remercier.

Il tendit une main à son ami d'enfance. Andrey s'en empara aussitôt, aux anges.

oOo

Quand bien même l'appel avec sa sœur avait été très éprouvant, Søren en était sorti ragaillardi, prêt à affronter le monde extérieur et réparer ses torts du mieux qu'il pouvait. On ne serait certainement pas ravi de le voir, mais il tenait à cette dernière visite. Il opéra un détour chez un fleuriste avant de se rendre dans la banlieue sud-est d'Oslo. Il chercha un moment l'adresse que Lukas lui avait confiée, mais finit par arriver à destination.

Au portail, sa détermination chancela quelque peu. Il appuya d'un doigt nerveux sur la sonnette. Alors qu'on ouvrait la porte, trois chiens accoururent en aboyant joyeusement.

Ludwig parut très surpris de découvrir Søren au portail. Lequel baissa les yeux, encore coupable.

- Je… j'aurais aimé voir votre frère.

Ludwig avisa le bouquet qu'il avait entre les mains. Puis, il s'écarta pour le laisser passer.

- Euh… oui. Oui, entrez.

Alors qu'ils remontaient l'allée côte à côte, les chiens sautillant autour, Søren se demanda ce que Ludwig pouvait bien penser de tout cela après coup, quel était son regard sur la situation. Ils étaient de même taille et pour ainsi dire de même carrure, mais il se sentait soudain minuscule.

Ludwig le fit entrer dans la villa. Les trois chiens se bousculèrent, fouettant l'air de leurs queues enjouées avant de s'enfuir, des balles en caoutchouc pleine de bave dans la gueule.

- Il est dans la bibliothèque.

Le jeune homme l'accompagna. Il frappa à la porte close puis ouvrit. Søren n'osa d'abord pas se montrer. Ludwig annonça sa visite. Il entendit le marmonnement de Gilbert suivi de près par le claquement sec d'un livre qu'on refermait. Ludwig lui fit signe d'entrer puis préféra les laisser entre eux. Søren s'avança timidement, tout penaud. Gilbert avait adopté une posture déterminée, les bras croisés.

- Bonjour, euh… désolé de vous déranger.

- Pas grave.

- Je viens… Je viens vous présenter mes excuses. Je sais que ça vous rendra pas Heinrich et je me sentirai toujours coupable de ce qu'il s'est produit. J'ai jamais oublié…

Sa gorge se noua.

Gilbert hocha gravement la tête.

Søren s'avança et tendit la gerbe de pensées jaunes qu'il avait achetée en venant.

- Je sais que c'est pas grand-chose, mais… toutes mes condoléances.

Emu, Gilbert en eut les larmes aux yeux. Mais par fierté, il pinça les lèvres et se retint. Il attrapa la gerbe en soufflant quelques remerciements. Il observa les fleurs, les huma.

- Jaune, c'est parfait.

Puis, il redressa la tête, chassa les gouttes embuant ses yeux et renifla.

- Ah, bordel ! Je crois que moi aussi j'aurais du mal à me pardonner. Je dois des excuses à Emil. J'aurais… pas dû faire ça.

- Je les lui transmettrai.

- Bien. Oui, super…

Un silence s'imposa. Gilbert le brisa finalement.

- Je veux plus jamais revoir votre tête désormais.

Søren esquissa un sourire triste.

- J'y compte bien.

Ils échangèrent un long regard chargé de tout un tas d'émotions. Puis, ils se saluèrent et Søren quitta la villa des Beilschmidt.


Affaire à suivre…

Dernier chapitre la semaine prochaine !