Voici le grand jour, le jour de la fin !
C'est bel et bien le tout dernier chapitre de cette aventure. Ne reste que l'épilogue, un petit bonus finalement, et qui me servira surtout à répondre aux anonymes. Parce que oui, désormais, je pourrai répondre à touuutes les questions ! Alors n'hésitez pas, que ce soit ici dans les commentaires ou sur mon tumblr (oyanachi(point)tumblr(point)com) ou même twitter ! Plus de secret, plus de mystère !
En dehors de ça, j'espère que cette histoire vous aura plu, que vous la suiviez depuis le début ou que vous l'ayez prise en cours de route que vous ayez tout lu ou que vous n'en ayez lu qu'un bout. Et je vous remercie tous, lecteurs fantômes comme lecteurs laissant des commentaires, lecteurs d'hier comme lecteurs d'aujourd'hui, absolument tous ! Vous êtes une source de motivation :) De même, et surtout un énorme merci pour celle qui aura tout vu naître, ma bêta, pour laquelle j'éprouve un grand respect de m'avoir suivi toutes ces années malgré tout ce qu'on a pu traverser.
Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz
Affaire 24 : Les départs
- Que c'est coquet, ici !
Ivan Braginski était ravi de l'établissement dans lequel lui avait donné rendez-vous Lukas. Assis l'un en face de l'autre à déguster des boissons fraîches en cette journée estivale, Lukas triturait nerveusement sa sacoche tandis qu'Ivan, de son humeur enfantine habituelle, se délectait du décor.
- Pourquoi vouliez-vous me voir ?
Lukas sortit alors de sa sacoche une petite boîte qu'il tendit à Ivan.
- J'aimerais que vous remettiez ceci à Natalya.
- Oh ? Un cadeau ? Je peux ?
Trop curieux, il n'attendit pas la réponse et souleva le couvercle. A l'intérieur, dans un peu de coton, reposait une pierre scintillante.
- Oh ! Quelle belle gemme ! Je suis sûre qu'elle va l'adorer.
- J'en suis plus que convaincu également.
Lukas ne doutait pas non plus un seul instant qu'Ivan savait très bien de quoi il s'agissait.
Après avoir récupéré les clés dans le tiroir de Magnus Andersen, il avait finalement décidé de retirer la pierre qui ornait le pendentif que Natalya avait cherché à voler. Il lui accordait le bénéfice du doute sur ses intentions. Sans compter que c'était une manière de les remercier, elle et son frère, pour leur aide, car il était toujours certain qu'Ivan Braginski ne s'était pas trouvé à Oslo par hasard. Mais ça, il aurait bien des peines à le prouver, vu comment cette fratrie savait brouiller les pistes. Alors, il préféra en rester là.
- Sur ce, décréta Lukas en se levant, j'ai encore à faire. Je vous souhaite une bonne fin de séjour en Norvège.
- Merci !
Ivan le salua d'un petit signe dans la main tandis qu'il partait.
oOo
Lukas avait rendez-vous avec Dariush Mirza au Midtøstenlinjen pour lui remettre les fameux objets disparus. Ce dernier avait d'abord été très étonné de savoir Lukas au courant de l'histoire des clés, qui était en effet une réalité, mais plus encore d'apprendre qu'il les avait en sa possession. En arrivant, Lukas lui raconta volontiers qui les avait dérobées. Dariush n'avait par ailleurs pas réalisé jusqu'à présent qu'on les lui avait subtilsiées.
- Vous les aviez tous ?
Dariush proposa un thé que Lukas refusa poliment.
- Oui. Après la disparition d'Ottavio, Hermann commençait à s'inquiéter et s'était rendu chez lui pour récupérer le sien. Et après sa propre disparition, ne restant plus que moi, je suis allé chez lui pour les mettre en sécurité avec moi avant de les remettre à leurs dignes successeurs. J'ai voulu récupérer celle de Zoltàn également mais je ne l'ai pas trouvé.
Il avala une gorgée de thé, tandis que Lukas observait les fragments de cette clé atypique. Il était encore assez surpris qu'une telle machination séculaire puisse exister. Tout était donc réellement possible en ce monde. Dariush n'avait fait aucun commentaire sur la pierre disparue qui ornait en principe le pendentif de Zoltàn. Cela n'avait en définitive aucune importance, du moment que le mécanisme demeurait.
- Enfin ! Tant qu'à faire, j'aime mieux savoir que cette clé soit arrivée entre vos mains.
On frappa à la porte et, sur autorisation de Dariush, un groom fit pénétrer dans la suite luxueuse Erzsébet, Lovino, Feliciano et Gilbert. Ce dernier notamment se figea en découvrant Lukas et détourna aussitôt le regard en se frottant la joue.
Tant mieux ! se dit Lukas en le toisant discrètement.
Pour les autres, ils le saluèrent cordialement. Erzsébet semblait mieux se porter que la dernière fois qu'il l'avait vue, quoiqu'arborant toujours cette noblesse solennelle. Au contraire, Lovino et Feliciano avait l'air harassé. Ils avaient à peine entamé leur deuil.
- De quoi s'agit-il ? demanda Erzsébet au nom de tous
Dariush prit le temps d'achever son thé. Puis, il fit volte-face, écartant les bras.
- Mes chers enfants ! C'est maintenant l'heure pour vous de connaitre le secret de vos familles.
On haussa quelques sourcils perplexes. Dariush se lança alors dans une tirade solennelle pour expliquer aux héritiers le lien indéfectible qui unissait leurs quatre familles depuis tant de générations. Puis, tout aussi cérémonieusement, il procéda à la remise des fragments de la clé à chacun des successeurs.
- Erzsébet, ma chère, je ne t'ai pas beaucoup vue grandir mais une seule soirée m'a suffi pour comprendre que tu n'es pas seulement une digne Hédèrvàry mais également une personnalité de caractère.
Elle le remercia et contempla l'objet entre ses mains.
- Gilbert… tu étais un sacré bagarreur. Je lui avais bien dit que rien n'obligeait à ce que ce soit l'aîné et que Ludwig était tout à fait apte à récupérer le fragment des Beilschmidt.
- Père avait raison, déclara aussitôt Gilbert en repoussant la clé, Ludwig saura bien mieux que moi se charger d'une telle chose.
Dariush secoua la tête et tendit de nouveau l'objet vers Gilbert.
- Mais c'est la décision d'Hermann. Qui plus est, il me l'a dit un jour. A une autre époque, Gilbert aurait été un chevalier fougueux. Il est bien impétueux, mais il s'astreint également à un code d'honneur très rigoureux. Il savait que tu ne te sentirais pas digne mais lui y croyait. A toi de voir désormais.
Il laissa Gilbert à ses réflexions pour se planter devant Lovino, poings sur les hanches. Le jeune homme rentra la tête dans les épaules.
- T'as bien la tête de ton grand-père, toi ! Tâche d'être moins enquiquinant que lui.
Il lui attrapa la main et déposa le fragment dans sa paume. Perdu, Lovino regarda tour à tour son frère et Dariush.
- Vous êtes sûr que c'est pas pour Feli' ?
- Et puis quoi encore ? Je suis bien capable de respecter les volontés d'Ottavio malgré toutes les crasses qu'il a pu me faire.
Lovino écarquilla les yeux. Jamais il n'aurait crû que son grand-père lui accorderait une telle importance. Feliciano se pencha par-dessus son épaule pour observer le fragment.
- C'était donc ça la clé dont papy parlait.
- Il a fait quoi ? tonna Dariush
Feliciano se cacha derrière son frère, lequel demeurait pensif.
- Ah, pardon, pardon…
- Pff… cet Ottavio. Jusqu'au bout, t'en n'auras pas raté une.
Dariush esquissa un sourire nostalgique puis tapota gentiment l'épaule de Feliciano.
oOo
Peu après avoir été témoin de cette cérémonie, Lukas quitta l'hôtel. Devant lui, il aperçut les héritiers réunis. Gilbert échangea une poignée de main électrique avec Erzsébet. Après quoi, Feliciano l'enlaça par surprise. Gilbert rosit puis lui rendit son étreinte, sous le regard réprobateur de Lovino, bras croisés. Enfin, il les quitta le premier.
Lukas l'observa s'éloigner, encore amer vis-à-vis d'Emil, mais rattachant également son image à Søren et son passé.
- Ah, Lukas ! le héla Feliciano
Lukas dut se résoudre à venir à leur rencontre. Erzsébet lui tendit aussitôt une main.
- Merci pour tout, Lukas.
- De rien. Je n'ai fait que mon travail.
Elle lui sourit.
- Papa va être enterré en Hongrie. Mais j'ai appris pour son vin. Pour Mme Karpusi. A mon retour, je compte bien rendre visite à sa famille pour m'entretenir avec eux. J'aimerais apprendre à la connaitre.
C'était surement un moyen pour elle de maintenir une sorte de lien avec Zoltàn.
Les larmes aux yeux, Feliciano annonça à son tour qu'ils partaient bientôt pour les obsèques de leur grand-père, à Rome. Puis, il sauta au cou de Lukas tout en le remerciant du fond du cœur, pour tout, depuis les premiers instants de leur rencontre.
- Prenez bien soin de vous. De vous, d'Emil, de Mathias. Chérissez-vous les uns les autres. Je vous souhaite d'être heureux.
Lukas pensa alors à tout ce qu'il savait de la vie du jeune homme. Il vit soudain en lui l'adolescent qui avait surement couru la campagne autrichienne, sous le soleil d'été, en compagnie d'un jeune homme, main dans la main. Il savait surement qu'Heinrich les avait quittés. Il ne doutait pas que l'artiste-peintre continuait de chérir ce tableau que lui avait laissé son amour de jeunesse. Mais Lukas comprit qu'il n'avait jamais connu Ludwig avant cette fameuse soirée chez Zoltàn, que tout à coup, cela avait dû le frapper en plein cœur. Il avait retrouvé le visage de son amour perdu dans les traits de son jumeau et, alors qu'il avait fait son deuil depuis, il devait composer avec cette nouvelle apparition. Lukas comprenait tout à fait sa confusion. Il n'osa pas se dérober à son étreinte. Il lui tapota gentiment le dos.
Puis, Feliciano se détacha de lui. Il renifla bruyamment mais ne se départit pas de son sourire innocent. Il pouffa de rire en s'excusant maladroitement. Attendrie, Erzsébet lui tendit un mouchoir.
- Dites, Lukas… marmonna Lovino, vous savez, moi, après les funérailles, je reviendrai à Oslo. Je vis avec l'autre crétin, hein. Donc euh… à l'occasion, vous pourrez toujours passer prendre un café.
Lovino rougit violemment.
- C'est Antonio qui l'a dit !
Lukas esquissa un sourire. C'était un terrible menteur.
- Vous pourrez donc dire à Antonio que j'accepte son invitation.
Feliciano attrapa son frère par le bras en gloussant.
- Eh, eh, Lovi', c'est super gentil de ta part.
- Oh, ça va ! Casse-toi, toi.
Après s'être finalement séparés, en rentrant chez lui, Lukas découvrit dans la boîte aux lettres une enveloppe non-timbrée à son adresse. A l'intérieur, il y trouva un mot d'Heraclès Karpusi. Il le remerciait dans un long discours philosophique au nom de sa mère et de leur famille. Lukas dut admettre qu'il était heureux de savoir autant de gens apaisés autour de lui.
oOo
L'après-midi s'était écoulée sans un bruit dans la maison. Accoudé à la fenêtre de sa chambre, Søren observait les allées et venues des passants en contrebas, paisibles. Son regard s'éloigna vers l'horizon, franchissant le fjord et s'enfuyant par-delà les mers.
Il remettait peu à peu de l'ordre dans tout ce qu'il s'était passé et surtout dans tout ce qu'il ressentait. Il voulait croire à la déclaration que Lukas avait tenu face à Magnus Andersen mais ne pouvait s'empêcher d'avoir un doute persistant. Il s'en voulait qui plus est encore de tous les mensonges qu'il avait pu trimballer avec lui comme de vieilles casseroles brinquebalantes durant toutes ces années.
On frappa à sa porte. Søren se retourna et découvrit Lukas sur le seuil.
- On va bientôt partir rejoindre Tino et Berwald.
Søren hocha la tête tandis que Lukas approchait. Ils avaient en effet rendez-vous pour un verre avec leur couple d'amis, pour célébrer officiellement leur déménagement qui avait lieu dans la semaine. Ils avaient bien besoin de trinquer et de s'enfiler quelques pintes. Søren avait aussi des remerciements, des confessions à leur faire. Ils méritaient de savoir. Ils avaient été là. Toujours là.
Søren sentit comme un vent de fraîcheur lui fouetter le visage. Dans son esprit, il aperçut soudain le visage de toutes les personnes qu'il avait croisées ces dernières années. Des inconnus à qui Lukas avait concédé une main obligée. A qui lui-même avait tendu une main serviable. Mais plus encore, réalisa-t-il, les yeux humides, c'était toutes ces personnes qui, elles, lui avaient présenté une main secourable. Toutes ces mains chaleureuses, généreuses, fermes, avenantes, modestes, enthousiastes, fougueuses, hilares, complices, gênées, consolatrices, polies, bavardes, gracieuses, insolites, indomptables, créatives, innocentes. Attirantes, même, se dit-il en portant la main de Lukas à son visage. Et toutes ensemble, elles formaient une longue file avec laquelle on aurait pu faire le tour de la Terre, comme une ronde tout autour de la planète.
Il embrassa le creux de la paume de Lukas.
Mais avait-il encore le droit de prétendre à cette main avait qui il avait tant partagé, plus encore ces derniers mois ?
Il soupira puis se tourna de nouveau vers la fenêtre.
- Lukas… je sais pas si je vais pouvoir rester.
Pour toute réponse, il eut droit à un soupir.
- Je t'ai menti.
- Oui.
- Je t'ai fui.
- Oui.
- Mais… mais je t'aime tellement.
- Oui.
- Je veux pas qu'il t'arrive encore quelque chose par ma faute. Je suis désolé de ce qu'il s'est passé et je pourrais comprendre que tu m'en veuilles.
Il entendit Lukas prendre place sur le lit.
- Oui, je t'en ai voulu. Et je t'en veux peut-être encore un peu. Mais tu avais aussi raison.
Søren se retourna, étonné. Il était tellement rare que Lukas admette qu'il ait raison. Son compagnon évita soigneusement son regard.
- Je… je me suis emporté et je t'ai injustement mis dans le même sac que ma mère.
Lukas prit une pause. Il gratta distraitement le drap.
- Tu sais, je n'en veux pas à ma mère d'être une meurtrière. Je ne lui en veux pas d'être malade, ni même qu'elle le soit et s'obstine à ne pas vouloir se soigner. Mais là où je lui en veux vraiment, c'est pour Emil. Quand je l'ai rencontré, j'ai découvert à quel point elle m'avait supprimé de son existence. Parce que même si je ne l'aime pas, même si je n'éprouve rien pour elle, rien de positif, je pensais quelque part au fond de moi que l'inverse était vrai. Et qu'elle aimait toujours son fils.
Lukas se tut. Jamais il n'avait exprimé aussi clairement cette pensée. Et lui qui aimait tant son petit frère, lui qui était prêt à bien des choses pour lui, venait de révéler à Søren que, oui, avoir rencontré Emil avait été douloureux.
- Donc, moi aussi, je suis désolé.
Søren sourit. Quelle conversation particulière ! Lukas admettait qu'il avait raison et lui présentait des excuses. Voilà qui était plutôt insolite.
Caressé par la brise estivale, il contempla le ciel, encore plongé dans ses réflexions.
- Søren.
Il se figea. C'était la première fois que Lukas l'appelait par son prénom, son véritable prénom. Il l'entendit se lever, puis venir se blottir contre son dos, glissant ses bras sur son torse. Il sentit son souffle lui effleurer la nuque.
- Søren… est-ce que tu as besoin que je te dise ces trois mots pour que tu comprennes ? Pour que tu restes ?
S'il partait, réalisa-t-il, il ne ferait que fuir une fois de plus. Non, partir ce n'était pas la solution.
Søren se retourna sans quitter l'étreinte de Lukas. Il posa ses mains sur les hanches de son compagnon avant de l'embrasser tendrement.
Il s'était construit une vie ici et c'était ici qu'il allait la poursuivre.
C'est alors qu'Emil sortit de sa chambre. Il s'immobilisa en les apercevant encore enlacés dans les bras l'un de l'autre. Embarrassé, il marmonna :
- Bon, bah si vous êtes prêts, on va peut-être y aller, non ?
Le couple se sépara tandis qu'Emil tentait de poser ailleurs son regard, rouge de gêne. Søren éclata alors de rire. Le premier depuis bien longtemps.
- Oui, on va pas les faire attendre. C'est qu'on en a des choses à fêter en plus !
Emil approuva puis s'empressa de dévaler les escaliers, mains dans les poches. Søren embrassa une dernière fois son compagnon sur la joue. Lukas entrelaça ses doigts dans les siens. Puis, ils partirent mains dans la main dans le sillage d'Emil.
Fin de l'affaire… et fin de l'histoire !
J'espère une fois encore que ça vous aura plu !
