10 ans après le départ de Void
Les attaques de grimms avaient fortement diminué durant les dernières années. Personne ne savait vraiment ce qui était arrivé. Mais tous le monde s'accordait pour dire que ces créatures n'étaient plus que l'ombre de ce qu'elles avaient été. Seule une poignée de hunters savaient la vérité, ou du moins en avait une très bonne idée. Salem n'était, si ce n'est morte, plus active. D'une façon ou d'une autre, quelqu'un avait réussi à la mettre hors d'état de nuire.
Néanmoins, le monde restait bouleversé par les derniers évènements. Il fallait encore rétablir les liens entre les quatre continents mais aussi entre les humains et les faunus. Les communications de Vale avaient été coupées, mais plus que cela c'était la confiance entre les hommes qui avaient été mises à mal par les évènements à Beacon puis à Haven. Ils avaient laissé une marque indélébile dans l'esprit de tous les habitants de Remnant, et il faudrait beaucoup de temps pour changer cela. Pourtant, petit à petit, les choses évoluaient dans une meilleure direction. La participation des faunus de la Ménagerie pour protéger Haven n'avait pas été oubliée, et les sacrifices des hunters non plus.
Rouge pensait à tout cela tandis qu'elle conduisait sa moto. Elle aimait ce véhicule si particulier qui lui rappelait une personne chère qui avait disparu. Elle laissa son esprit remonter après le départ de Void. À ce moment-là, ils n'avaient pas eu d'autres choix que de rejoindre Atlas. Pourtant, après presque une année sur le fil à attendre l'attaque imminente de Salem, ils durent se rendre à l'évidence que quelque chose était arrivé.
À ce moment-là, Rouge avait décidé qu'elle voulait se rendre au repère de celle qui avait été sa mère. Elle devait s'assurer de ses propres yeux de la disparition de celle-ci. Qrow avait insisté pour la suivre, il avait besoin de savoir si sa longue vie d'errance touchait vraiment à sa fin, et Oscar avait évidemment choisi de les accompagner. Même s'il était jeune, il possédait un courage immense, presque infini. Certains de leurs compagnons les suivirent également tandis que d'autres restaient pour aider Atlas à surmonter les difficultés qui déchiraient encore ses habitants.
Ils mirent un temps considérable à trouver où Salem avait caché son domaine. Mais Ozpin avait passé ses réincarnations à lutter contre elle, alors il avait une idée de son emplacement. Là-bas, ils ne trouvèrent que désolation. Un combat terrible avait eu lieu. Toutes les vitres du bâtiment avaient explosé, les meubles avaient été détruits et du sang séché maculait les murs. Il n'y avait aucun corps. Rouge se souvenait encore de cet étrange sentiment qu'elle avait ressenti en regardant cette scène de carnage. C'était une émotion indescriptible, comme de l'espoir mêlé à de la nostalgie et de l'impuissance. C'était une sensation douce-amère.
Rouge la ressentait encore à chaque fois qu'elle pensait à sa sœur disparue. Elle accéléra lentement la vitesse de sa moto comme pour essayer de chasser ces lointains souvenirs. Maintenant, elle avait une mission, une vie à mener. Elle avait décidé de ne plus se laisser abattre par le passage du temps. Elle avait trouvé la force de vivre à la hauteur du sacrifice de Void. Rouge arrêta brusquement son véhicule. Celui-ci avait été conçu pour elle, il devient immobile en une fraction de seconde. La chasseuse utilisa le changement de vitesse pour propulser son corps en avant, et un tour sur elle-même avec ses éventails chargés de dust de vent la fit accélérer encore. Le Grimm de la taille d'une maison n'eut pas le temps de réagir. Ses deux yeux furent tranchés sans ménagement. Le hurlement qu'il poussa ne fit même pas ciller Rouge. Elle prit appui sur sa tête pour effectuer une roue et se retrouver ainsi à la base de son cou où elle se mit à tirer sans ménagement. Néanmoins, elle finit par se rendre compte que sa puissance de feu n'était pas suffisante. À ce moment-là, le Grimm réussit à l'attraper et il la jeta violemment sur le sol. Rouge réussit à amortir sa chute avec une vague de vent de ses armes avant de se retrouver sur le dos. Juste à temps pour voir un corbeau se transformer en humain. Et un humain plutôt agréable à regarder. Jusqu'à ce qu'il trébuche sur la moto qui trainait sur le sol.
_ M*** !
Le chasseur tenta de conserver son équilibre mais à ce moment-là la branche d'un arbre lui tomba sur la tête. Il cligna des yeux avec un air effaré.
_ Comment c'est même possible ça ? S'écria-t-il alors que l'arbre le plus près était à deux mètres de lui.
_ Attention ! Lui fit Rouge qui riait aux larmes tout en essayant de lui montrer le Grimm qui chargeait derrière lui.
L'énorme créature courait comme un buffle, tête baissée, ses cornes en avant. Forgé par des centaines de combat, Qrow déplia son arme et se tient prêt à contre-attaquer. Jusqu'à ce que le Grimm trébuche et plante ses cornes dans le sol. Qrow ricana avec un air qui disait clairement "chacun son tour". Il n'hésita pas et en profita pour sauter en l'air et abattre sa faux sur le cou du monstre, là où Rouge avait déjà entamé le cuir épais. Et, heureusement, cela suffit pour le finir.
Rouge s'approcha de son compagnon avec un sourire mutin.
_ J'ai de nouvelles photos pour mon album, ricanna-t-elle.
Elle aurait pu être diabolique, mais son air était trop innocent. Qrow n'essaya même pas de la faire effacer, la dernière fois elle avait envoyé les photos à Taï pour se venger. Et elles avaient fait le tour du monde en cinq secondes.
_ La prochaine fois je te laisse te débrouiller, grommela-t-il en prenant une rasade de sa flasque.
_ Tu ne le feras pas, rétorqua Rouge avec évidence, tu aimes trop ça.
Et c'était vrai. Qrow avait un poste d'enseignant qui l'attendait à Signal. Rouge s'était vu proposer une offre similaire à la nouvelle Beacon qu'Oscar avait fait renaître de ses cendres. Pourtant ils étaient tous les deux là, sur la route à tuer des grimms. Remnant était loin d'être un monde en paix, il fallait encore protéger ses habitants des attaques de ces monstres sans âmes. Même si leurs attaques n'avaient plus la même proportion que sous le commandement de Salem, ils n'en étaient que plus imprévisibles.
_ J'ai vu un coin sympa en volant tout à l'heure, fit Qrow, suis moi.
Il se transforma et Rouge reprit sa moto. Un quart d'heure plus tard, ils arrivaient dans une petite cabane au milieu d'un champ de fleurs.
_ C'est vraiment beau, soupira Rouge un sourire flottant sur ses lèvres.
C'était dur pour Qrow. Dur d'être dans l'ombre d'une personne qui ne serait jamais là. Dur d'être auprès d'une personne qui vivrait encore après sa mort. Il aurait été bien plus facile de retourner à Signal, et de boire pour oublier en mettant tout sur le compte de sa malchance. Mais à force de côtoyer Rouge, il avait appris que le vrai courage ce n'était pas la résignation mais bien la résilience. Il voulait préserver ce sourire sur les lèvres de Rouge. Doucement, il passa derrière elle pour la prendre dans ses bras. Il la sentit se laisser aller contre lui. Tendrement, il embrassa sa joue.
_ Tu piques Qrow ! Râla-t-elle plus par jeu que par réel ennui.
_ Je sais que tu aimes ça, ricana-t-il en frottant sciemment sa barbe contre sa joue.
_ Noooon pas ça, supplia-t-elle des larmes dans les yeux à force de rire.
_ Un baiser alors.
Elle le regarda avec un sourire mutin, pendant une seconde Qrow se demanda ce qu'elle préparait. Mais finalement elle se tourna pour venir délicatement poser ses lèvres sur les siennes. Il ressentit un profond sentiment d'appartenance et de félicité. Il la serra contre lui sans réfléchir à la force qu'il y mettait, mais elle ne s'en plaignit pas.
Plus tard, la nuit était tombée. Ils dormaient ensemble sous des couettes installées près d'un feu. Rouge savait qu'elle trouverait le sommeil dans les bras de Qrow, mais ce soir elle prit son jeu de tarot. Elle distribua les cartes pour deux personnes, alors que son compagnon dormait à poings fermés. La place vide devant Rouge lui donnait l'impression que Void était encore là. Est-ce que sa sœur allait bien? Que devenait-elle? Rouge savait qu'il s'agissait de questions dont elle aurait la réponse en tant voulu. Elle serait patiente, elle honorerait le choix qu'elle avait fait. Elle commença à jouer.
?
Void regarda l'immense obélisque qu'elle venait de finir de construire. Ce qui se trouvait en dessous ne devait jamais être révélé. Elle avait saigné, souffert mille morts pour en arriver là. Maintenant sa mission était de s'assurer que personne n'en sorte.
Malgré tous les sacrifices qu'elle avait dû faire pour en arriver là, elle se sentait étonnement satisfaite. Elle avait fait la paix avec son passé. Et son futur brillait avec la même force que le soleil du désert. Elle était fière. Un mouvement dans l'ombre lui fit tourner la tête avec un sourire en coin.
_ Tu n'as pas honte de me laisser faire ce genre de choses dans mon état, taquina-t-elle son compagnon.
_ Tu es encore plus dangereuse dans cet état que d'ordinaire, répliqua Tyrian un ricanant.
Il tournait autour d'elle, sa queue s'agitant. Il n'était pas encore habitué à toute cette situation. Pourtant, il lui avait promis de rester avec elle. Et c'était sûrement la chose qui rendait Void la plus heureuse. Néanmoins, il ne pouvait toujours pas s'approcher de l'obélisque, comme s'il en craignait la possible influence néfaste. Et… Il la regardait comme une bombe à retardement.
Void sourit en voyant le sang sur ses vêtements et ses armes, il était encore allé faire le ménage parmi les grimms qui tournaient autour de leur campement (ils étaient sûrement attirés par la présence sous l'obélisque). Elle s'approcha de lui, il se figea en rétrécissant ses yeux.
_ Tu réalises que ton attitude n'est pas très flatteuse? Le provoqua-t-elle sciemment.
Tyrian savait pertinemment que Void était loin d'être à l'aise avec sa nouvelle situation. Elle était terrifiée que son enfant soit comme elle. Ou comme Salem. Il lui arrivait de se réveiller la nuit parce qu'elle en faisait des cauchemars. Néanmoins, cela ne rendait pas l'acceptation plus facile pour lui. Il revenait de si loin, il avait fait tellement de choses, et il ne pouvait plus revenir en arrière.
_ Je suis sale, finit-il par pointer avec un air agité.
_ Autant que moi, répliqua Void.
Elle attrapa sa main et la posa sur son ventre. Il se hérissa, mais ne se débattit pas, sa queue s'agita fébrilement. Progressivement, Tyrian se calma. Soudain, quelque chose bougea à l'intérieur du ventre de Void. Le regard du faunus s'écarquilla et il se mit à rire.
FIN
Pour de vrai cette fois.
Ou pas.
