Game is on; Ready to Play


« And they get physical, way below my lips… »
Massive Attack


La musique au rythme alourdi pulsait depuis les enceintes du club; elle entraînait la foule, la tenait prisonnière dans cette ambiance suffocante et survoltée. Sur la piste, tous se déhanchaient, se laissaient porter par le tempo du morceau d'électro pourtant affreusement répétitif. La masse humaine doucereusement houleuse et archaïque charriait à chaque oscillation l'odeur âcre de l'alcool et de la sueur.

Des fauves dans une fosse, pensa Yoruichi, contemplant le dance floor depuis son perchoir. Cette pensée lui arracha un délicieux sourire.

— Bonsoir, fit une voix familière.

Elle se retourna, posa nonchalamment ses coudes sur la rambarde et leva son regard doré sur le nouvel arrivant. Dans la pénombre, elle distinguait parfaitement les rayures de son bob et s'amusait volontiers de la façon dont la lumière des spots dansait sur son visage à moitié dissimulé.

— Salut, rétorqua-t-elle suffisamment fort pour couvrir le bruit.

D'un accord tacite probablement mu par l'habitude, ils firent quelques pas pour s'éloigner de l'entrée de la boîte de nuit, où s'amassaient passants et curieux. Pas question pour aucun d'entre eux de croiser une connaissance alors qu'ils s'apprêtaient à parler affaires. Ils s'installèrent dans le salon privé de Kisuke Urahara, dont l'immense baie vitrée donnait sur la foule. Du bout des doigts, la jeune femme frôla la vitre qui vibrait sous l'influence du son. Un frisson lui parcourut l'échine sans que ne lui vînt l'envie de le réprimer; elle se délectait des pulsations de la musique comme du pouls effréné d'un amant. Elle ferma les yeux quelques instants avant de se glisser dans un sofa de velours rouge, face à son informateur – et employeur à diverses occasions.

— Comment vas-tu depuis tout ce temps, Yoruichi ? demanda Urahara, d'un ton amusé.

— C'est vrai qu'ça fait un bail, fit-elle, une lueur mutine dans ses prunelles.

Elle n'en haussa pas moins les épaules tout en saisissant un verre de cocktail sur la table basse – préparé à son intention, un peu plus tôt. Elle effleura l'alcool sucré du bout des lèvres et, d'un geste expert, passa sa langue sur celles-ci pour mieux goûter la brûlure éthylique.

— Rien de nouveau, finit-elle par répondre. Les affaires vont de bon train. Pour toi aussi, je suppose ?

Urahara illustra sa réplique d'une mimique lasse :

— Un peu trop, même.

Elle haussa un sourcil interrogatif; il éluda sa question tacite en saisissant une enveloppe de papier kraft qui reposait à ses côtés. D'un geste souple et sûr, il la lança sur la table basse, à plat, sans frôler ni verres ni bouteilles.

— Du travail pour toi, informa-t-il.

Yoruichi s'en doutait. Il ne l'avait pas contactée pour autre chose – il l'avait rarement fait, si ce n'était l'époque où il leur prenait l'envie de s'envoyer en l'air – malgré les apparences de simples retrouvailles. Vieux amis, vieux collègues, chacun lisait en l'autre comme dans un livre ouvert; bien que considérés tous les deux comme des individus assez mystérieux, ils avaient trouvé la confiance nécessaire en l'autre pour en faire un partenaire de choix. Un partenaire de travail, ceci dit. Complices, certes, mais peut-être trop pour pouvoir se considérer comme davantage. Très vite, leur semblant de relation avait perdu tout son piment, son côté exotique, pour que leurs ressemblances les éloignent. Tous deux avaient toujours été comme ça : ils détestaient dépendre de qui que ce fût.

Curieuse, Yoruichi ouvrit l'enveloppe d'une main experte à l'aide d'un couteau suisse tiré de sa poche et en sortit une liasse de papiers. Les informations nécessaires sur son objectif et le détail des opérations. Elle fronça les sourcils, survolant le document d'un coup d'œil rapide, avant de lancer un regard perplexe à Urahara.

— Ça ne va pas être facile…

— C'est pour ça que j'ai fait appel à toi, rétorqua-t-il du tac-au-tac.

Un sourire avide vint s'ancrer sur les lèvres de Yoruichi.

— Il n'y a pas de montant pour la récompense.

Urahara s'affubla d'un air faussement désinvolte :

— C'est que mon client, vois-tu, est une grosse pointure. En échange de ton travail, il effacera quelques informations te concernant dans la base de données du gouvernement.

Offre intéressante. Yoruichi désirait plus que tout se faire oublier des gouvernementaux qui lui collaient aux basques. Mais… Elle fronça à nouveau les sourcils et relut le document plus attentivement : quelque chose clochait, dans ce descriptif, elle ne savait pas quoi, mais quelque chose clochait. Urahara devait avoir entièrement confiance en son client, sinon ce travail ne lui aurait pas été proposé. Et quand bien même, elle ne parvenait pas à savoir d'où venait son malaise. Un détail, quelque chose… Plus elle lisait ces mots, plus sa confiance s'effritait.

— Kisuke… commença-t-elle, pour lui faire part de ses doutes.

Aussitôt, il l'interrompit d'un geste, avant de lâcher, d'un ton qui se voulait sans appel :

— Tu as un mois pour te décider.

Il tendit la main pour qu'elle lui rendît l'enveloppe. Il allait de soi que ce genre d'informations ne pouvait pas circuler librement, et Urahara s'engageait auprès de ses clients à conserver les documents en lieux sûrs. Le lieu sûr en question était le coffre qui se trouvait dans la petite pièce adjacente. Pas le coffre énorme et tape-à-l'œil dans lequel il gardait un peu d'argent en liquide, une arme, et une série de faux documents, mais l'autre, dissimulé habilement par un faux mur et qui contenait toutes ses informations importantes. On n'était jamais trop prudent.

Quand il revint, Yoruichi tirait déjà sa révérence; elle lui offrit, gracieuse, un signe de main et un sourire carnassier, avant de quitter la pièce de sa démarche féline, sa longue chevelure violine oscillant à chacun de ses pas. Depuis la baie vitrée, Urahara l'observa descendre les escaliers menant à la piste de danse, avec une pointe de compassion pour tous ces hommes qui se retournaient sur son passage.

— Sacrée Yoruichi…

Il se laissa choir à nouveau sur l'un des divans rouges. Dommage qu'il avait encore plein de clients à voir, ce soir. Il aurait beaucoup aimé se jeter dans la fosse parmi les prédateurs.


Yoruichi ondoyait lascivement sur la piste de danse. L'alcool, délicieux et grisant lui brûlait les veines, la drogue engourdissait tout son être d'une caresse sensuelle. La musique n'était plus qu'un fond sonore lointain, une douce rumeur, un prétexte pour onduler, provocatrice, contre tous ces corps étrangers, puis s'en éloigner aussitôt et se délecter du doux sentiment de frustration. Elle s'était faite suave et serpentine, féline et sulfureuse, avait détaché ses longs cheveux pour les sentir voleter contre son dos, frôlant les peaux ardentes et brillantes de sueur; elle avait tiré inconsciemment sur son haut, rendant son décolleté outrageant. Son regard trouble et lumineux à la fois s'accrocha à une silhouette, elle se glissa jusqu'à l'homme. Une fois devant lui, elle se laissa attirer, serpenta, se fit voluptueuse. Du bout des doigts, elle retraça le nombre – ô combien provocateur ! – tatoué sous les pectoraux sublimes de sa proie, que dévoilait un marcel trop ample. Elle chercha son regard, se fit hypnotique, passa, licencieuse, sa langue sur ses lèvres.

Elle perçut à peine le rire de l'homme quand il agrippa d'une main sa hanche, l'attira contre lui. Elle goûta à l'étreinte, savourant le baiser moite de leurs peaux, résistant à l'envie impérieuse d'enrouler ses jambes autour de ce corps si désirable.

— Désolé, ma grande, je suis déjà pris, susurra-t-il à son oreille.

Yoruichi prit quelques instants pour s'imprégner de son parfum et enregistrer l'information, incertaine de ses capacités auditives dans un tel bruit.

— Vraiment ? souffla-t-elle.

Il la vit plus qu'il ne l'entendit, mais acquiesça avant de la repousser avec un sourire désolé.

Boudeuse, déçue que les meilleurs morceaux fussent toujours casés, elle se laissa porter par la foule, répondit à quelques occupations. Quelques secondes plus tard, l'incident était déjà oublié et elle se déhanchait à nouveau, aguicheuse. Et il en fut ainsi jusqu'à ce que la lassitude s'emparât de ses membres, sournoise. Alors, elle se dirigea vers le comptoir, savourant les derniers instants de sa soirée. Elle ne tarderait pas à rentrer. Elle commanda rapidement une boisson d'un geste rodé par l'habitude à l'adresse du barman, puis se glissa sur le dernier tabouret vide, toujours tournée vers la piste danse, un sourire satisfait aux lèvres. D'un regard vers le haut, elle avisa la grande baie vitrée, pareille à un miroir de ce côté-ci, avec une franche pensée de camaraderie pour Kisuke; dire qu'il devrait travailler alors qu'elle s'était éclatée comme une folle.

Le bruit mat et sec du verre posé sur le comptoir la tira de sa rêverie, et elle pivota pour s'en saisir, donnant au passage un coup de coude à son voisin. Elle s'excusa d'un marmonnement vite étouffé par la musique. Le type, glacial, ne la considéra même pas. Chose qui interpella instantanément la jeune femme; en général, les gens avaient plutôt tendance à partir au quart de tour, dans ce genre d'endroit, alors que son vis-à-vis paraissait aussi doux qu'un agneau. Intriguée, l'esprit encore brumeux et les sens versatiles, elle pencha la tête sur le côté pour mieux distinguer son profil d'un regard curieux. Une peau opalescente, un nez droit, des traits fins, de longs cils… Mais cette peau, surtout qu'elle devinait si délicate, si pâle, obnubilait; elle contrasterait de façon fort délicieuse avec la sienne. Un coup d'œil aux mains de son voisin de comptoir lui appris qu'il était quelqu'un de soigneux, de calme et posé; elles n'étaient pas dotées d'un épiderme aussi raffiné que le visage de l'homme. C'étaient des mains rodées, nota-t-elle enfin, de celles qui usaient des armes à feu au quotidien.

Nouveau coup d'œil à la silhouette, plus expert, cette fois-ci. Musculature fine et déliée, port noble et surtout, là, dissimulée par sa veste de costard, contre son flanc, une arme, du genre classique, utilisée par la flicaille et les agents gouvernementaux. Elle était tombée sur le jackpot, somme toute.

Un ricanement lui échappa.

L'homme, se sentant observé ou alerté par le petit rire de Yoruichi, lui lança un regard torve sans même tourner la tête. Regard auquel elle répondit par un grand sourire désinvolte et provocateur.

— Mais c'est qu'il montrerait les crocs… persifla-t-elle, sans se départir de son sourire.

Il l'ignora avec superbe. Elle hésita un instant à le ranger dans la catégorie coincé ou snob. En tout cas, difficile de se montrer plus froid. Hélas, cela n'était pas suffisant pour décourager la jeune femme.

— Et glacial avec ça…

Elle haussa les épaules, faussement désolée, avant de poursuivre sa petite plaisanterie :

— Sérieux, mec, que fais-tu là, si ce n'est pas pour t'amuser ?

— Ce ne sont pas vos affaires.

— Rabat-joie, marmonna-t-elle.

Il lui lança un énième regard chargé d'agacement et de colère, se tournant suffisamment longtemps vers elle pour qu'elle pût distinguer le pli sévère de ses lèvres fines, avant de se focaliser sur son verre – une boisson sans alcool, de toute évidence. Elle devinait la tension chez lui, ses muscles tendus sous le fin tissu de sa chemise blanche et son regard alerte avait une vigilance professionnelle. Alors que sa lucidité lui revenait peu à peu, la vérité lui était soufflée par son instinct. Des mecs comme lui, elle en avait trop vu, trop croisé, trop nargué. Ce n'était pas pour rien qu'elle s'était cassée…

Elle sortit son portable de la poche de son jeans, envoya trois lettres en majuscule, unique avertissement pour que Urahara pût prendre la poudre d'escampette. Même si elle le savait prêt à tout instant, elle décida qu'il serait plus sage de lui gagner un peu de temps. Elle prit son air le plus provocateur, la malice brillant dans ses prunelles dorées. Les battements de son cœur s'accélèrent à la perspective de jouer avec le feu. Elle avala une grande gorgée d'alcool, pivota vers son voisin, ses genoux frôlant la cuisse gauche de sa proie, s'assurant que la distance devait être parfaite – d'un seul mouvement habile elle pourrait ainsi voler son arme à son adversaire potentiel. Elle s'éclaircit la voix pour parler haut et fort, d'une voix traînante :

— Franchement, j'ai vu plus divertissante comme flicaille.

Le vacarme des enceintes couvrit son exclamation, qu'il fut probablement le seul à entendre. Alors qu'il se retournait vivement, un éclat de surprise dans ses prunelles, elle repoussa la veste de son vis-à-vis, son visage à une dizaine de centimètres du sien, un sourire insolent sur ses lèvres, un rapide coup d'œil pour réaliser qu'il ne portait pas de plaque, ce qui renforça un peu plus les certitudes de la jeune femme. D'un geste, il la repoussa et tenta de lui saisir le poignet, mais Yoruichi, sur le qui-vive, l'esquiva sans grande difficulté. Toujours juchée sur son tabouret, elle déposa ses mains sur l'assise entre ses cuisses et se pencha un peu plus en avant, dévisageant le flic d'un regard félin et curieux. Elle pencha la tête sur le côté, esquissa un nouveau sourire effronté, avant de glisser d'un ton plus bas, murmure traînant pareil au ronronnement d'un chat.

— Laisse-moi deviner… Agent sous couverture ? Brigade des stupéfiants, peut-être ?

Elle-même avait les pupilles trop dilatées pour que ce fût naturel, détail qui n'avait bien entendu pas échappé à son interlocuteur.

— Continuez de jacasser et je vous colle derrière les barreaux, siffla-t-il d'une voix glaciale.

Si tout son être vibrait de colère – il faut dire, toute une opération foutue en l'air à cause d'une petite arrogante, ça serait dommage – il faisait preuve d'une maîtrise de lui qui impressionnait Yoruichi. Elle lui lança un regard blasé; ce n'était pas demain la veille qu'on la jetterait en prison, foi de Shihôin. Le pauvre, il n'avait aucune idée de l'identité de la jeune femme.

— Ouuuh. J'ai peur. Vraiment. Pour quel motif, je vous prie ?

La voix de la Yoruichi avait pris une tonalité goguenarde, alors qu'elle saisissait à nouveau son verre pour le vider d'une traite. D'un geste, elle indiqua au barman de la resservir.

— Possession, rétorqua le flic avec aplomb.

— Raté !

Avec souplesse et sensualité, Yoruichi sauta de son tabouret, leva les bras en l'air et tourna sur elle-même, pour indiquer qu'elle n'avait rien sur elle. Elle n'était pas si imprudente que cela. En retournant s'asseoir, elle adopta un ton faussement innocent, avant de poursuivre :

— Mais peut-être que le gentil policier veux me fouiller pour vérifier par lui-même ?

Elle passa sa langue sur ses lèvres, lentement, comme pour en savourer la saveur, son regard doré rivé dans celui du flic, qui ne broncha pas, insensible. Il ne cilla pas, la toisa, raide, noble, hautain. Hors d'atteinte.

Coriace, songea-t-elle.

Du coin de l'œil, elle remarqua qu'une diode rouge s'était allumée au-dessus de la porte d'accès au bureau d'Urahara; ce signal convenu entre lui et ses gardes du corps pour ce genre de situation. Il était aussi temps pour Yoruichi de décamper, avant que les poulets décident de boucler le périmètre. Un énième sourire ravageur sur ses lèvres, elle tira sa révérence, ou du moins, telle fut son intention, avant que son charmant policier ne l'attrape par le poignet. Elle haussa un sourcil, interrogateur, avant de réaliser d'elle-même qu'il n'allait pas la laisser partir. Une poigne forte et décidée, jugea-t-elle, aussitôt, appréciant la force de son vis-à-vis en dépit de sa musculature déliée. Et si elle lui jeta un regard presque appréciateur et amusé, il n'afficha qu'indifférence. De son autre main, il saisit son téléphone.

— Abarai ? Vous pouvez y aller.

Quelques secondes plus tard, les portes claquaient dans tous les sens et les agents de la DEA, armés, bloquaient toutes les issues et hurlaient leurs ordres, domptés par une discipline de fer. Très vite, la foule fut maîtrisée, à terre, mains sur la tête, et les quelques audacieux qui tentaient de s'enfuir étaient plaqués au sol sans ménagement. Yoruichi portait sur la scène un regard dénué d'intérêt. Que de souvenirs ennuyeux.

— Kuchiki !

Son ravisseur se tourna vers la personne qui l'avait hélé – un jeune homme à la chevelure teinte en rouge – et lui adressa un bref signe de tête pour l'inviter à faire son rapport.

— Toute la zone a été sécurisée, affirma alors le fameux Abarai d'une voix assurée, avant de lorgner Yoruichi avec curiosité. Qui est-ce ?

— Un de mes principaux suspects. Avec ceux que je vais te désigner, il faudra les mettre en garde à vue.

La jeune femme leva les yeux au ciel, et se laissa docilement emmener vers la sortie, guettant l'instant propice. Elle écoutait d'une oreille distraite les agents de la brigade des stupéfiants, se laissant menotter…


— Pardon ?

Le ton de Byakuya Kuchiki se fit davantage menaçant alors qu'il dardait ses prunelles anthracite sur son subordonné. Ce dernier détourna le regard, se mordilla brièvement la lèvre avant de répéter :

— Je l'ai lâchée des yeux quelques secondes pour donner des instructions aux membres de l'escouade, et quand je me suis retourné, elle avait disparu.

Sans lui adresser la parole, son supérieur tourna les talons et s'en fut, bouillant d'une colère froide. Penaud, Renji ne comprenait pas comment cette nana avait pu lui échapper aussi facilement; elle était pourtant menottée et entourée d'hommes armés… Et voilà qu'il passait pour un imbécile ! Renji se promit en son for intérieur que s'il la revoyait, cette garce, il lui ferait payer.


L'air nocturne emplit ses poumons.

L'obscurité, son alliée, son amante, l'accueillit de son étreinte soyeuse et salvatrice. C'était la fraîcheur d'une nuit printanière des plus ordinaires, la brise silencieuse et sereine qui précédait l'aube. Bientôt, l'éclat des étoiles pâlirait, saluant les rayons du soleil venus chasser les ténèbres. Au loin les lueurs de la ville renvoyaient l'écho du constant murmure urbain.

La douceur de la nuit était si rassurante après la moiteur et le boucan de la boîte…

Yoruichi s'étira, satisfaite de cette soirée des plus distrayantes.

Elle se laissa choir sur le dos, bien que les tuiles n'étaient guère confortables pour ses omoplates, la position était bien plus agréable pour contempler les cieux étoilés. De retour chez elle, elle avait aussitôt éprouvé le besoin de retrouver son perchoir : elle avait gravi d'un pas fatigué les marches jusqu'au grenier, avait fait glissé l'échelle jusqu'au velux puis s'était hissé sur le toit.

Elle pouffa en songeant à la tête du jeune homme aux cheveux rouges quand elle s'était volatilisée. Ils n'étaient tous que des novices pour ne pas avoir songé à lever la tête – ou du moins pas assez tôt – car une fois les recherches entamées, elle avait déjà filé loin. Un jeu d'enfant, pour quelqu'un d'aussi entraîné qu'elle. Elle imaginait aussi très bien l'air furieux de son mystérieux flic du bar; ce fameux Kuchiki avait attisé son intérêt. Bientôt, elle chercherait des informations sur cet homme. Par acquis de conscience.

Son téléphone sonna, lui arrachant un soupir.

— Allô ?

Yoruichi, c'est Kisuke.

— Je me doutais bien que tu t'en étais sorti.

Grâce à toi. Merci.

Un sourire fleurit sur les lèvres de la voleuse. Les remerciements d'Urahara n'étaient jamais à prendre la légère, l'informateur était plutôt avare en la matière.

— Je t'en prie, je me suis amusée comme une folle.

Le flic du coin du bar ?

— Ouaip. D'ailleurs, si tu pouvais me faire une recherche à son sujet. Il s'appelle Kuchiki.

Il eut un petit rire, de ceux qu'elle adorait :

Pas de problème. Bonne nuit.

Elle lui souhaita une bonne nuit à son tour, le taquina vaguement sur la formulation alors que le soleil se levait avant de raccrocher. Son esprit vagabondait alors qu'elle se remémorait les différents événements de la soirée, en particulier cette liasse de document qu'elle avait feuilletée, sans parvenir à mettre le doigt sur ce qui la dérangeait. Un mois pour se décider ? C'était trop et pas assez. Elle poussa un profond soupir avant de croiser les bras sous sa tête et de fermer les yeux.

Cela pouvait attendre demain.