Crossroads


« Instead of dancing alone, I should be dancing with you. »

She wants revenge


— Jouer à police voleur ?

Yoruichi s'arma de son sourire le plus insolent.

— Tu as peur de ne pas pouvoir m'attraper ?

Son interlocuteur la darda d'un regard torve, sourcils froncés, et se redressa avec fierté. Bien sûr, qu'il pourrait l'attraper, c'était évident ! D'où sortait-elle de telles sornettes ? De toute façon, c'était juste une fille mal élevée, tandis que lui était issu d'une famille illustre et renommée et qu'une carrière brillante l'attendait. C'était justement la raison pour laquelle il n'allait certainement pas s'abaisser à entrer dans son jeu stupide.

— Je n'ai rien à te prouver, lâcha-t-il finalement, se détournant d'elle pour reprendre son chemin.

Yoruichi le regarda tourner les talons, étonnée et déçue. Vraiment pas drôle, celui-là. Mais c'était justement les gens de son espèce qui étaient les plus amusants à provoquer, à pousser à bout. Et c'était bien son intention. En quelques pas légers et silencieux, elle le rattrapa, lui offrit un sourire carnassier et, à la grande surprise du petit Byakuya, défit son écharpe et l'emporta en l'espace d'un instant, puis s'enfuit à toutes jambes dans une ruelle, escaladant très vite un grillage et se jetant lestement de l'autre côté.

— Hé ! pesta Byakuya, la surprise laissant place à la colère.

Cette écharpe, d'un blanc immaculé, c'était un cadeau de grand-père; cette étole tissée à la main par ses ancêtres était particulièrement précieuse. Il ne pouvait pas laisser cette gamine l'embarquer comme ça, son honneur de Kuchiki était en jeu.

Yoruichi lui tira la langue depuis derrière le grillage, avant de chantonner :

— Si tu veux la récupérer, t'as qu'à venir la chercher !

Et voilà qu'elle le narguait, la peste ! Elle le toisait depuis la ruelle, enroulant son écharpe autour de son cou, le blanc impeccable du tissu contrastant avec le teint mat de sa peau. Elle l'enroulait encore, dégagea ses cheveux, dissimula le bas de son visage dans l'écharpe jusqu'à ce que le parfum de Byakuya lui chatouille les narines. Et, à la place d'un sourire goguenard, elle lui offrit un clin d'œil tout aussi provocateur.

Fronçant les sourcils de plus belle, son regard anthracite devenu dur et froid de détermination, il ne lui fallut que quelques instants pour prendre son élan et escalader la grille à son tour. Mais le temps qu'il atterrît habilement sur ses pieds dans la ruelle, la peste disparaissait déjà au coin de la rue. Il jura à mi-voix avant de s'élancer à sa suite.


Yoruichi ouvrit soudain les yeux et écrasa son réveil sans ménagement aucun.

Les derniers souvenirs de ses songes s'estompaient, lui échappant peu à peu comme pour fuir sa curiosité. Elle fronça les sourcils au souvenir vaporeux du flic, à peine adolescent, de son air contrarié et hautain, de son écharpe douce entre ses doigts, et son parfum délicat, raffiné, et indéniablement masculin. Un sentiment de satisfaction l'envahit à l'idée de l'avoir tant contrarié. Était-ce un souvenir ? L'idée lui traversa rapidement l'esprit, avant qu'elle ne secouât la tête, agacée. Elle ne parvenait plus à démêler le vrai de l'onirique, les brides d'images et d'instants fuyant sa mémoire de manière frustrante. Elle pesta, glissa hors de ses couvertures et fila sous la douche, en essayant d'oublier l'odeur enivrante de ce fameux Kuchiki qui lui emplissait les narines.

L'eau brûlante délassa ses muscles noués; les gouttes ruisselantes par milliers sur les courbes de son corps, détrempant ses longs cheveux lâchés, percutaient chaque surface avec un son différent dans une mélodie archaïque. Et pourtant, Yoruichi ne parvenait pas à tarir le flot de ses pensées. Professionnelle, elle analysait encore et encore tous les événements de la veille, cherchait le moindre détail, songeait aux conséquences, évaluait ses chances de s'en tirer selon les multiples scenarii qui se présentaient à elle. Elle était encore plongée dans ses pensées, assise en tailleur dans le bac à douche, lorsqu'elle entendit quelqu'un rentrer.

Un long frisson lui parcourut l'échine.

Elle n'éprouvait pourtant aucune crainte, son corps et son esprit, rôdés par son métier, se laissèrent entraîner dans de froids automatismes. Elle ne coupa pas l'eau pour ne pas se trahir, sortit silencieusement de la cabine de douche. Le contact du carrelage glacé sous ses pieds nus fit courir des frissons sur sa peau mouillée, mais concentrée comme elle l'était, elle n'en était même pas consciente. Son regard se faisait glacial, et attentif, elle tendait l'oreille. Elle fouilla rapidement dans ses affaires étalées sur le sol, s'essuya les mains sur une serviette avant de s'emparer de son Beretta et entrouvrit la porte. D'après elle, l'intrus se trouvait dans la cuisine; en débit du bruit de la douche, elle venait de percevoir le tintinnabule des verres, comme chaque fois que quelqu'un s'appuyait contre le mini bar. Sans prendre le temps de se couvrir, elle se glissa hors de la salle de bain et avança en silence dans le couloir, arme levée, tous les sens à l'affut.

Encore quelques pas…

Malgré tout le self-control dont elle était capable, les années d'entraînement et de service, les battements de son cœur accélérèrent peu à peu la mesure. La tension familière dans ses épaules et dans ses bras alors qu'elle braquait son arme, toutes les sensations accrues par la perspective de l'action, les milliers de possibilités défilant dans sa tête, les dizaines de façons qu'elle connaissait de neutraliser quelqu'un à mains nues… Tout son savoir accumulé se concentrait d'un coup, la réduisant presque à l'état de machine.

L'intrus lui tournait le dos.

Rapide et furtive, elle se glissa jusqu'à lui, braqua son arme sur sa tempe, et souffla d'une voix sans appel :

— On ne bouge plus.

Docile, le visiteur leva les bras sans esquisser d'autres gestes.

— Allons, allons, ma petite Yoruichi, tu comptes me faire sauter la cervelle en tenue d'Ève ?

Elle leva les yeux au ciel et soupira, en réalisant son erreur.

— Kisuke, tu ne devrais pas rentrer chez les gens comme ça, tu vas finir chez le nettoyeur.

— Je pensais que tu me connaissais mieux que ça, tout de même.

Et maintenant qu'elle le détaillait, elle devait avouer que c'était vrai; cette silhouette, elle ne la connaissait que trop bien, de l'angle de ses épaules un soupçon courbées à sa démarche, en passant par la couleur de sa peau et son parfum. Mais, cela avait été plus fort qu'elle, ses instincts s'étaient emparés d'elle, soufflant sa raison pour la rendre plus létale encore. Un sourire presque contrit s'accrocha au coin de ses lèvres :

— Désolée, les vieilles habitudes me collent à la peau.

Kisuke lui rendit son sourire, complice, avant de sortir une enveloppe de l'intérieur de son trench-coat vert, qu'il secoua sous le nez de la voleuse.

— Que dirais-tu d'aller mettre quelque chose sur le dos, pour qu'on puisse parler boulot, hein ?

— Mon corps de rêve te déconcentre ? fit Yoruichi, narquoise.

Le regard noisette d'Urahara rencontra le doré de Yoruichi, intense et sincère, toute trace de moquerie disparue. Un regard qui la transperçait qu'elle ne connaissait que trop bien et qui, parfois, lui faisait même perdre ses moyens. Elle se mordit brièvement la lèvre inférieure, hésitante, avant de se résigner. Elle secoua la tête.

— Très bien, énonça-t-elle comme si rien ne s'était passé.

Elle se dirigea vers la salle de bain où elle coupa l'eau et attrapa une serviette pour débarrasser son corps des gouttes qui glissaient encore sur sa peau. Puis, d'un pas souple et félin, elle se dirigea vers sa chambre, intimant au passage à Kisuke de faire comme chez lui.

Enfin habillée – si du moins porter pour seul et unique vêtement un court kimono de soie noire enfilé à la va-vite pouvait être considéré comme être habillé – elle se laissa tomber dans le divan, ses jambes nues repliées sous elle. Elle avait pris le temps de passer un coup de serviette rapide sa chevelure pour la débarrasser de l'eau qui l'alourdissait, tant et si bien qu'elle était toute hirsute, un peu emmêlée. Eh bien, en plus de n'avoir aucune considération pour la pudeur, son amie semblait aussi se moquer de son apparence lorsqu'elle recevait, songeait Urahara, tout en avisant que tout compte fait, cela n'avait rien de nouveau.

Il prit son air sérieux, retirant son bob d'un geste lent et mesuré, le déposant sur le bras du fauteuil dans lequel il était assis. Yoruichi connaissait trop bien ce geste pour savoir qu'il s'agissait d'une mauvaise nouvelle. La journée allait de mal en pis.

— Vas-y, crache le morceau, maugréa-t-elle en attrapant sa tasse de café.

Urahara poussa un soupir, avant de se lancer :

— J'ai peur que tu te sois créé quelques ennuis, hier soir.

Elle haussa un sourcil interrogateur.

— Kuchiki ?

Il acquiesça.

— Il semblerait que tu sois tombée sur le mauvais flic, Yoruichi. Byakuya Kuchiki, issu d'une famille plutôt prestigieuse, pour beaucoup de grands hommes de loi où, comme dans le cas présent, à la carrière particulièrement glorieuse dans les forces de l'ordre. Il semblerait que d'ici quelques semaines, Byakuya Kuchiki soit muté. Il quitte la DEA pour entrer dans une section plus secrète du gouvernement. Je ne sais pas exactement laquelle, mais après avoir examiné les effectifs et les différentes possibilités, je dirais qu'il y a de fortes chances pour qu'il soit affecté dans la section qui recherche les anciens membres du gouvernement qui posent problème ou qui en savent trop.

Yoruichi ne put s'empêcher d'esquisser un sourire amusé.

— On va jouer au chat et à la souris, alors…

L'idée semblait la ravir; le taquiner serait probablement un passe-temps des plus divertissants. Restait à savoir qui serait vraiment le chat, et qui la souris. Devinant déjà ses pensées – il la connaissait si bien, depuis le temps – Urahara poussa un soupir presque blasé. Le goût du jeu de son amie finirait par causer sa perte.

— Tu devrais peut-être pas trop lui faciliter la tâche, quand même.

— Tu me suggères donc de limiter les dégâts en acceptant la mission proposée hier ?

Urahara acquiesça.

— Effacer quelques informations sur toi te mettrait relativement en sécurité.

Yoruichi se demanda depuis quand elle avait besoin d'assurer ses arrières. Kuchiki était-il si bon qu'elle dût s'en inquiéter ? Ou bien n'appliquait-elle que le dicton « prudence est mère de sûreté » ? Qu'est-ce qui représentait le plus de risques : cette mission hasardeuse, ou le flic glacial ? Serait-il aussi rancunier que dans ses songes ? Aurait-il déjà fait le rapprochement, sans même avoir accédé à son poste ?

Urahara devina les questions qui tournicotaient dans la tête de Yoruichi juste à observer sa mine pensive. Il sortit un éventail de sa poche – une de ses multiples habitudes étranges – et ventila l'air devant son visage, un sourire confiant sur les lèvres.

— Si cela peut motiver ta décision, je t'ai déjà trouvé le partenaire idéal pour cette mission.


Ggio Vega lorgnait sa montre avec un dégoût certain. Il était arrivé avec six minutes d'avance, quatre s'étaient écoulées. En restaient deux pour que la légende se présentât. D'impatience, Ggio fronça les sourcils, fit quelques pas. S'il y avait bien un maître mot dans son vocabulaire, c'était « ponctualité ». Que Sweet Darkness, la célèbre et insaisissable voleuse n'arrivât pas à l'heure, elle perdrait toute crédibilité face au jeune homme. Il n'hésiterait pas une seule seconde à franchir cette porte et refuser le travail, d'ailleurs. Son regard scrutateur contemplait la course des aiguilles.

Moins d'une minute…

Dans la profession, le timing devait être parfait, en toutes circonstances, au risque de planter toute la mission. La règle d'or : ne jamais, jamais être en retard. L'amer sentiment de déception se fraya un chemin à travers ses pensées, s'insérant dans ses moindres gestes. Il rajusta sèchement le col de sa chemise, une moue agacée sur ses traits fins. Vraiment, ce n'était jamais agréable de voir quelqu'un qu'on admirait être ainsi renversé de son piédestal. Il fallait croire que même les plus grands génies seraient toujours à même de décevoir.

Il exhala de contrariété, enfouit ses mains dans les poches de son pantalon, prêt à se diriger vers la sortie.

— Hé ! Vega !

En entendant son nom, le jeune homme fit volte-face, sans trouver personne dans la luxueuse réception du somptueux restaurant. Qui avait bien pu l'appeler ?

— Lève la tête, gros malin, continua la voix, moqueuse désormais.

Il s'exécuta, non sans une certaine répugnance à obéir; les ordres d'inconnus, il avait horreur de ça. Il rencontra alors une paire de prunelles mordorées, un sourire arrogant, une moue moqueuse. Sweet Darkness, devina-t-il immédiatement tandis que, penchée par-dessus la balustrade, un verre à la main, elle lui faisait signe de la rejoindre.

Il gravit les marches sous l'œil réprobateur d'un serveur qui n'appréciait pas qu'on l'ignorât, puis la chercha du regard parmi les divans et les tables basses. Il la trouva, assise en tailleur sur un canapé moelleux, dans une tenue décontractée en totale contradiction avec les lieux. En plus de n'avoir aucun savoir-vivre, s'amuserait-elle à se faire remarquer ?

— Allons, fais pas cette tête, Vega. Prends-donc place.

Il leva les yeux au ciel, par principe, avant de prendre en place en face d'elle dans un fauteuil de velours. Il replia sa jambe droite de manière à ce que sa cheville repose sur son genou. Les jambes ainsi croisées, il se laissa retomber contre le dossier, toujours avec une certaine droiture. Il ne prit pas la peine d'enlever son manteau, il ne comptait pas rester bien longtemps.

— Monsieur désire-t-il quelque chose ? demanda le serveur en s'approchant.

— Comme d'habitude, rétorqua-t-il, en parfait habitué.

— Un Martini pour moi, sourit Sweet Darkness sans le lâcher des yeux.

Le serveur s'éclipsa aussitôt.

Ggio prit son air le plus professionnel, pour entamer la conversation sérieuse, allant droit au but :

— Alors, Sweet Darkness, je vous écoute. En quoi consiste cette mission, et pourquoi est-elle si alléchante ? Je pensais que vous préfériez travailler en solo.

Yoruichi, qui allait croquer dans une olive au piment en guise d'amuse-bouche, lâcha son butin tant elle était surprise. Elle jeta un malheureux regard à l'olive qui roula jusqu'à une table voisine – vraiment, quel gâchis – puis pesta, autant pour elle-même que pour son interlocuteur.

— Mais c'est pas vrai, ce pseudo pourri qui me colle à la peau ! Encore une fabuleuse idée d'Urahara.

Ggio cligna des paupières plusieurs fois. Alors Sweet Darkness n'était pas un surnom choisi par la légende elle-même ? Il pencha la tête sur le côté, ses cheveux d'ébène glissant furtivement sur sa peau opaline. Après un instant de réflexion, il décida que le plus simple était de repousser ses interrogations à plus tard, de traiter les problèmes un à un. Il attendit que le serveur, de retour avec leurs consommations, eût fini de les servir avant de reprendre :

— Soit. Comment devrais-je vous appeler ?

Yoruichi lui lança un regard surpris, comme s'il venait de dire quelque chose d'aberrant.

— Par mon prénom, enfin ! Yoruichi.

Le jeune homme aux prunelles mordorées haussa un sourcil septique. Déclinait-elle son identité aussi aisément, faisait-elle vraiment preuve d'autant d'imprudence ? À moins qu'elle usât d'un nom d'emprunt ? Jugeait-elle cette information de trop faible importance ? Ou se mettait-elle en danger potentiel devant tout les inconnus ?

Curieux personnage.

— Peut-on en revenir aux affaires ? s'impatienta Ggio.

La voleuse porta le verre de Martini à ses lèvres, prit ton son temps pour déguster l'alcool, en sentir la brûlure âpre, la chaleur réconfortante et illusoire. Un éclat amusé brilla dans son regard. Elle jaugeait son vis-à-vis, l'évaluait. Elle voulait s'assurer qu'il ne s'agissait pas d'un simple freluquet aux grands airs, une grande gueule qui ne ferait que l'entraîner dans quelque galère insurmontable.

— Je préfère effectivement bosser en solo, minauda-t-elle finalement, pour répondre de façon partielle à ses attentes.

— Et en quoi mes services vous seraient nécessaires, alors ?

— Un système de sécurité complexe, qui nécessite notamment que deux personnes le désactivent en même temps.

Ggio Vega aimait ce genre de défi, elle pouvait le lire dans son regard soudainement intéressé. Il serait à la hauteur – les informations d'Urahara pouvaient en témoigner – et il se montrerait d'une ponctualité impeccable. Il devait deviner aussi qu'il ne s'agissait pas d'un vol de pacotille, mais d'un gros poisson. En l'occurrence, une base du gouvernement, mais ce serait le genre d'information qu'elle ne dévoilerait qu'une fois certaine de l'implication du jeune homme.

Jeune homme qui joua la carte de l'effronterie.

— C'est une opération qui implique une grande confiance en son partenaire.

Yoruichi sourit face à la critique à peine voilée, une provocation assez ordinaire, somme toute. Mais les individus du son acabit savaient garder leur sang-froid, se montrer subtils ou directs, toujours armés d'un calme assez désemparant pour qui ignorait les ficelles du métier. Elle ne marqua aucune hésitation quand elle rétorqua.

— Te crois-tu en position de pouvoir critiquer mon travail ? Je suis ici pour savoir ce que tu vaux.

Son sourire se mua en un rictus carnassier. Impitoyable. Cela allait bien plus loin qu'une simple technique d'intimidation; c'était une promesse soufflée. Ggio était assez malin pour avoir fait quelques recherches sur elle et surtout Urahara auparavant. Connu pour sa minutie, le jeune voleur aurait probablement analysé sa façon de procéder, repéré les affaires signées de sa patte. Et surtout, il devait savoir qu'il était sur le point d'atteindre un point de non retour. Après, il serait trop tard pour rebrousser chemin. À moins de connaître une fin regrettable.

— Alors, je me répète : en quoi consiste cette affaire qui nécessite mes talents ?

Et qu'est-ce que j'y gagne ? semblait susurrer son attitude.

Cette insolence teintée de détermination commençait à lui plaire.


— Je suis en position, murmura Yoruichi dans le micro.

Elle se fondait dans l'obscurité; sa silhouette féline couverte de vêtements noirs et moulants était à peine discernable. Elle glissait dans les ténèbres si familières, elles épousaient ses courbes de façon presque indécente, curieux tableau sombre et sensuel. Ses prunelles dorées guettaient les moindres mouvements, enregistraient la moindre information. Alerte, elle était prête à bondir à la plus infime nécessité, ses muscles inconsciemment bandés.

— Je suis aussi en position, grésilla la voix de Ggio dans son oreillette.

Elle essaya de le distinguer et dut admettre qu'il était plutôt doué lui aussi, à ce jeu-là. Elle appuya sur le détonateur, resta impassible quand une explosion se produisit derrière elle. La panique se propagea dans le bâtiment; des agents de sécurité se précipitaient au dehors sans voir les deux voleurs embusqués, hurlaient des ordres, se déployaient.

La voie n'était pas tout à fait libre qu'ils se glissaient déjà à la faveur de l'obscurité, s'avançant vers leurs objectifs respectifs. Ils n'avaient qu'un laps de temps très limité avant que les caméras de sécurité soient à nouveau opérationnelles, ils n'avaient pas une seconde à perdre. Yoruichi se faufila par un soupirail dissimulé à la vue de tous et atterrit avec souplesse dans un corridor désert. Un sourire satisfait s'étira sur ses lèvres alors qu'elle s'avançait sans hésitation dans la direction choisie.

Elle connaissait les lieux comme sa poche, évidemment.

— Pas un geste, Yoruichi.

Son sang se glaça. L'interpellée tourna lentement le regard vers l'endroit d'où provenait la voix familière. Ses iris dorés s'écarquillèrent de surprise.

— Toi ? souffla-t-elle en avisant le canon d'une arme braquée sur elle.

Elle savait bien que quelque chose la dérangeait à propos de cette mission.