Bonsoir à tous !

Nous voilà presque rendu à la fin ! (de l'histoire et de l'année ;)

Bonne soirée, bonne lecture et à demain!

F.


CHAPITRE 5


Sans se concerter, elles prirent la direction de Disney Village. Il faut dire qu'à moins de reprendre un train pour Paris, il n'y avait pas grand-chose d'autre à faire dans le coin une fois les deux parcs fermés. À cette heure, aller boire un verre paraissait être une bonne idée. Elles passèrent d'abord devant le Planet Hollywood, situé à l'entrée de la zone commerciale. Trop bondé. Le Rainforest Café ? Trop glauque, avec tous ces animaux qui fixait les clients de leurs yeux sans vie. Le café Mickey ? Trop cher. Elles finirent devant le lac, sans avoir trouvé leur bonheur. Mais ni l'une ni l'autre ne semblaient s'en soucier. Clarke leva les yeux vers la montgolfière qui flottait au-dessus d'eux tel un ballon de baudruche, puis entraîna Lexa un peu à l'écart de la foule, sur une petite butte ornée de quelques arbres décharnés, qui bordait le lac. Elles s'installèrent sur l'herbe sèche, et Clarke s'allongea, les mains croisées derrière la tête en guise d'oreiller. L'endroit ne manquait pas de charme avec sa vue sur les lumières de la rue principale, tout en étant relativement au calme.

Un moment passa en silence, appréciant le calme alentour, qui contrastait avec l'agitation perpétuelle de la journée dans le parc. Lexa profita du fait que Clarke lorgnait toujours sur la montgolfière, pour la détailler de la tête au pied. Ses cheveux lâchés voletaient par moments sous la brise agréable qui rafraîchissait à peine cette soirée de juin. Dans la pénombre, ses yeux habituellement d'un bleu clair plus vif que le ciel, avaient l'air noirs. D'un geste nerveux, elle mordillait ses lèvres fines, et Lexa se prit soudain l'envie de les couvrir des siennes pour faire cesser le mouvement. Mais soudain, sa sœur s'invita dans ses pensées.

« – Je peux te poser une question ?

– Je me demandais si on allait rester là sans rien dire toute la nuit. » Railla Clarke en se relevant pour s'asseoir en tailleur. Lexa ne releva pas la plaisanterie, trop profondément plongée dans ses pensées pour remarquer la moquerie.

« – Pourquoi ? Pourquoi tu es amie avec Ontari ? Tu n'es pas vraiment le genre habituelle. Tu es...gentille, intelligente... » Elle faillit ajouter, « belle » mais se retient au dernier moment.

Clarke sonda les yeux aussi vert qu'un lac de montagne qui la scrutaient avec curiosité en attendant leur réponse. Prenant un moment, autant pour comprendre la question maladroitement tournée, que pour y répondre. Il est vrai qu'Ontari pouvait ressembler, aux premiers abords, à une de ces brutes qui écrasent les autres pour se faire valoir.

« – Tu sais, il paraît que ce n'est pas facile d'être le second de trois enfants. D'autant plus lorsque tous ces enfants sont du même sexe. Je crois qu'Ontari à beaucoup souffert à la naissance de ta petite sœur. Madi, c'est ça ? »

Ce commentaire surprit Lexa qui ne s'attendait pas réellement à avoir une réponse, et certainement pas une réponse comme celle-là. Elle fronça les sourcils.

« – C'est pourtant elle qui se démarque le plus. Je n'ai rien d'exceptionnel, ni Madi.

– Tu es l'aînée, Madi est la petite dernière. Vous êtes exceptionnelles, pour vos parents. Et c'est peut-être justement à cause de ça qu'elle se démarque autant.

– Tu n'as pas répondu à ma question.

– Peut-être que je ne suis simplement pas aussi gentille que tu as l'air de le penser. » Répondit Clarke en souriant mystérieusement. Devant la perplexité de Lexa qui cherchait dans sa mémoire un exemple de ce que Clarke pouvait laisser entendre par là, celle-ci reprit.

« – Tu veux la vérité ?

– Évidemment !

– Cela ne l'est pas toujours... « évident ». Parfois, les gens posent des questions, mais s'attendent à des réponses toutes faites. Des réponses de convenances, qui ne dérangent pas. Ainsi, ils peuvent faire semblant d'écouter, de s'intéresser, et avoir ce qu'ils veulent vraiment . » Elle avait prononcé la dernière phrase avec une tristesse palpable, qui serra le cœur de Lexa. Elle ne put s'empêcher de demander.

« – Et que penses-tu que je veuille ?

– La même chose que moi. J'espère. » Souffla Clarke avec un sourire timide sur les lèvres. Le cœur de Lexa fit un bond dans sa poitrine, mais elle ne perdit pas pour autant le fil de la conversation, plus déterminée que jamais.

« – Là tout de suite, j'aimerais la réponse à ma question. » Rappela-t-elle avec douceur, provoquant un éclat de rire en retour.

« – Tu sais parler aux filles ! » Se moqua Clarke avant de prendre une grande inspiration, et finalement, d'accéder à la demande de Lexa.

« – Je suis amie avec Ontari, parce qu'elle a bien voulu de moi.

– Comment ça ? Tu veux dire que les autres ne voulaient pas de toi ? Arrête, je suis sûr que n'importe qui aurait voulu être ton ami au lycée.

– Au lycée, peut-être. Mais dans le collège d'où je viens…j'étais le souffre-douleur. J'étais seule. Alors quand Ontari, la fille la plus populaire du lycée, s'est intéressée à moi, c'était tout à fait inespéré, et j'avais besoin de ça. Elle m'a fait plus de bien que tous les psys que j'ai pu voir. Et malgré les apparences, ce n'est pas une mauvaise personne.

– C'est ma petite sœur, je sais qu'elle n'est pas mauvaise ! » Répliqua Lexa, choquée.

« – Je ne sais pas où est situé ton collège, mais ils devaient tous êtres aveugle pour ne pas voir la personne géniale que tu es.

– Malheureusement ça n'a rien à voir. Il suffit juste de prendre un mauvais départ, et tout découle de là. Les mauvaises rencontres, les mauvais choix, les autres ne font « que » suivre, et c'est foutu. Personne ne veut aller à l'encontre des élèves populaires. » Lexa détourna le regard, laissant à Clarke l'intimité pour gérer les mauvais souvenirs qu'elle faisait malgré elle remonter à la surface. Son attention reportée sur ses doigts, qu'elle emmêlaient et démêlaient sans cesse, elle se racla la gorge.

« – Je suis désolée que tu aies eu à vivre ça. Tu ne le méritais pas.

– Personne ne mérite ça. Si Ontari est parfois rude, et blessante, je ne l'ai jamais vue s'acharner sur une personne en particulier. Malgré son comportement, elle maintient une sorte d'unité au lycée. Je n'ai jamais été témoin de harcèlement sur qui que ce soit, et crois moi, je m'en serais rendue compte.

– Tu veux me faire avaler que ma sœur est une sainte ?

– Non, loin de là. Juste que son attitude à un effet bénéfique. Maintenant, peut être que tu comprends pourquoi nous sommes amies.

– Je n'avais jamais vu les choses de ce point de vue. Merci Clarke. » Sourit Lexa en s'allongeant, une main posée sur son estomac tandis que l'autre enroulait un brin d'herbe à quelques centimètres de la cuisse de Clarke.

Celle-ci l'imita, mais n'hésita pas à poser sa main sur celle de Lexa pour interrompre le geste, et jouer avec ses longs doigts. Son regard se perdit dans les étoiles, laissant s'installer un silence confortable entre elles.

Un long moment passa, tandis qu'elles devenaient de plus en plus conscientes de la présence de l'autre. Lexa ferma les yeux, laissant les frissons provoqués par les doigts de Clarke sur sa peau, remonter jusqu'à sa nuque. Petit à petit, le jeu distrait se transforma en caresses plus précises. Un détail de leur conversation lui revint en mémoire.

« – Tu as dit que tu espérais que je voulais la même chose que toi. Je peux savoir de quoi il s'agit ? »

Clarke ne répondit pas. Sans lâcher la main qu'elle tenait, elle roula sur le ventre, se retrouvant presque sur Lexa. Elle la jaugea, accrochant son regard un bref instant avant de descendre sur les lèvres légèrement entrouvertes. Prenant appui sur son bras libre, elle se souleva pour s'approcher encore, et s'arrêta à quelques millimètres de l'objet de ses désirs, attendant implicitement l'autorisation d'aller au bout de son geste.

Lexa ne se fit pas prier, capturant délicatement les lèvres douces qui s'offraient à elle. Une douce chaleur s'installa dans son ventre et elle passa un bras autour de la taille de Clarke pour l'attirer encore plus contre elle. Celle-ci se laissa faire, déplaçant sa jambe entre celles de Lexa avant d'accentuer leur baiser.

Elles demeurèrent ainsi un long moment, échangeant des baisers et des caresses qui n'avait de cesse d'augmenter leur désir mutuel. N'y tenant plus, Clarke, d'une main habile, vint déboutonner le jean trop serré et commença à s'y glisser. C'est à ce moment qu'un groupe d'adolescents s'approcha bruyamment de leur position, les ramenant brutalement à la réalité. Lexa saisit vivement le poignet égaré de Clarke, et se redressa, rompant le contact. Occupée à observer le petit groupe passer en contrebas, elle ne remarqua pas le regard frustré de Clarke qui remettait de l'ordre dans sa tenue et ses cheveux. Quand, rassurée, car les jeunes gens ne semblaient pas avoir fait attention à elles, elle finit par se retourner vers elle, Clarke était de nouveau obnubilée par la montgolfière.

Lexa se sentit gênée en reboutonnant son pantalon. Sans l'interruption, auraient-elles réellement fini par faire l'amour ici ? Elle en avait tellement envie, qu'elle en avait même oublié qu'elles étaient dehors, dans un parc, entourées de centaines de personnes.

« – On rentre ? » Proposa Lexa, toujours pas sûre d'elle. Clarke semblait ailleurs tout à coup, et la distance qu'elle imposait était plus efficace qu'une douche froide.

Le trajet du retour se fit dans un silence tendu. Et quand elles se retrouvèrent à l'hôtel, Lexa hésita. Clarke n'esquissa même pas un geste pour rejoindre son logement. Ne sachant pas si elle devait mettre ce comportement sur la présence dans sa chambre, du couple nouvellement formé, ou sur son envie de rester avec elle, Lexa sortit sa clé et s'approcha de la porte. Comme Clarke restait toujours plantée là, perdue dans ses pensées, elle se tourna vers elle.

« – Tu veux... »Lexa ne termina pas sa phrase, ne sachant pas comment la tourner. Mais l'intention était suffisamment claire, et Clarke réagit, comme si elle sortait enfin d'un rêve éveillé. Elle lui sourit en s'approchant, et attrapa son bras en posant ses lèvres brièvement sur sa joue. Il n'en fallut pas plus à Lexa pour faire revenir les papillons, la chaleur et la rougeur sur ses joues.

Le malaise envolé, elle déverrouilla la porte, et tomba nez à nez avec Lincoln qui venait de sortir de la douche. Il était encore à moitié mouillé, et ne portait qu'une serviette autour de la taille. Il leur sourit à pleines dents en leur souhaitant bonsoir. Lexa jeta un coup d'œil à Clarke qui affichait un sourire discret en se rinçant l'œil. Il faut dire que Lincoln, en grand sportif, était extrêmement agréable à regarder. Elle se renfrogna, et porta son regard du côté du lit pour voir Luna qui lisait un bouquin, déjà en pyjama. Ne sachant pas comment aborder les choses, elle fut sauvée par Clarke qui pris l'initiative.

« – Ça ne vous dérange pas si je dors ici ? Ma chambre est…occupée. » Expliqua-t-elle sur un ton sans équivoque. Lincoln parut surpris, mais s'abstint de tout commentaire. Il retourna dans la salle de bain pour enfiler un short confortable pour passer la nuit. Luna leva les yeux vers les deux filles, et haussa les épaules l'air complètement indifférente, avant de retourner à sa lecture.

« – Je vais dormir par terre. » Annonça Lincoln en récupérant un oreiller supplémentaire dans le placard. Lexa parut déçue de la galanterie de son ami, mais commença à se résigner.

« – Si ça te dérange pas, tu peux dormir avec Luna, on prendra la banquette avec Lexa. ». Répliqua Clarke le plus naturellement du monde en enlaçant celle-ci de manière possessive. Son visage se colora instantanément, et elle évita le regard curieux de ses amis.

« – Okay pour moi. » Dit simplement Lincoln en tendant l'oreiller qu'il tenait toujours, et s'allongeant aux côtés de Luna.

« Ne prends pas toute la couverture. » Râla celle-ci en éteignant la lampe principale de la pièce. Seule la lumière de la salle de bain et sa petite lampe de chevet éclairaient à présent la pièce.

« – Tu n'as pas de pyjama. » S'inquiéta Lexa en passant dans la salle de bain pour se changer à son tour.

« – Je dormirai en tee-shirt ne t'inquiète pas. » La rassura Clarke en se dirigeant vers leur lit. Celui-ci étant situé un peu à l'écart, et plongé dans l'obscurité, elle se déshabilla promptement avant de se glisser sous la couette fine. Les draps portaient encore les traces du parfum de Lincoln, dérangeant ses narines sensibles malgré la flagrance agréable. Alors quand Lexa revint, portant un short court et un débardeur, elle plongea aussitôt son visage dans le creux de son cou, respirant à grande goulée pour s'enivrer de son odeur.

Lexa replia ses bras autour de la jeune fille qui se lovait contre elle sur le matelas étroit. Le bruit mat du livre qu'on pose sans précaution, suivit d'un déclic qui amena l'obscurité l'informa que Luna allait dormir. Lincoln mettait environ trente secondes pour s'endormir une fois allongé.
Seul la lumière diffuse des lampadaires sur la place devant l'hôtel éclairait encore la chambre à travers la porte-fenêtre.

La respiration de Clarke se fit plus lente, plus profonde, et Lexa pensa qu'elle était en train de s'endormir. Le contact intime du corps serré contre elle, alors qu'elle ne portait qu'un tee-shirt et une culotte, l'avait passablement excitée, et elle commençait seulement à se calmer lorsque Clarke bougea.

Ce fut discret dans un premier temps, au point de se demander si elle était réveillée. Mais quand elle sentit une bouche sur sa nuque, elle n'eut plus de doute. La langue de Clarke vint se joindre à la fête tandis que de ses mains, elle chatouillait les côtes mises à nues de Lexa. Elles remontèrent le long de son dos, avant de redescendre sur son ventre, et entamer une lente ascension en direction de sa poitrine. Lorsque les doigts rencontrèrent ses seins dressés, quelque chose explosa dans son bas-ventre, se répandant comme un feu liquide à travers ses nerfs.

Elle n'avait qu'une envie, céder à ses pulsions, explorer à son tour la poitrine généreuse qui se tenait à portée de main, laisser courir ses doigts le long des cuisses musclées, les glisser sous le frêle élastique qui formait un ultime barrage entre leurs corps. Un léger grincement, un reniflement, un froissement de drap lui rappelèrent qu'elles n'étaient pas seules dans la pièce. Et si se donner en spectacle devant des inconnus avait marqué le coup d'arrêt, coucher dans la même pièce que ses amis lui paraissait encore plus indécent.

Elle captura les lèvres baladeuses, échangeant encore un long baiser passionné, puis ralenti la cadence, dirigeant les mouvements de Clarke vers des zones plus neutres, jusqu'à ce qu'elle reprenne le contrôle de son corps. Elle rouvrit les yeux, qu'elle ne se souvenait pas avoir fermés, et se retrouva emprisonnée par deux extraordinaires pupilles, noires de désir. Lexa lui fit un sourire contrit, et fit mine de se préparer à dormir, laissant son cœur reprendre progressivement un rythme normal.

Les paupières closes, elle ne remarqua pas, pour la deuxième fois de la soirée, la déception dans les yeux de celle qui partageait son lit. Résignée, elle lui tourna tant bien que mal le dos, et s'endormit avec difficultés.