La suite des aventures des gardiens d'Askr. Cette fois-ci, l'histoire sera centrée sur Aiolos et Aiolia, les autres gardiens permanents seront présents mais plus effacés, et de nouveaux seront présentés, ils remplaceront Jabu et Seiya du chapitre précédent.

Beaucoup de dialogue comparé au chapitre précédent. Il se pourrait qu'il y ait pas mal de répétitions, j'ai fait de mon mieux pour les espacer ^^'

Les écrits en italique, indiquent une scène se déroulant dans le passé.

Pas de grosses nouveautés au niveau des thèmes, il y en aura dans le prochain chapitre. Petit OC en guest : Jotunn-Ray dans le rôle de... pas de spoil :p

Bonne lecture.

Disclaimer : Les personnages et l'univers ne m'appartiennent pas.


Surpasser la mort

Cela faisait maintenant plusieurs mois que le royaume d'Askr connaissait une paix relative : ils étaient certes toujours attaqués mais il n'eut pas de grosses menaces. Une routine s'était installée, ils repoussaient quelques ennemis, visitaient un monde de temps en temps toujours dans l'espoir de retrouver Saga. Cependant, un événement bouleversa cette tranquillité et marqua leurs esprits à jamais. En cette belle journée ensoleillée, rien ne laissait penser qu'un obscur présage se profilerait.

Aiolos et Aiolia patrouillaient dans les environs du château, à dos du cheval de l'aîné, il n'y avait rien à signaler. Les deux frères aimaient faire les rondes ensembles, ça leur permettait de passer du temps avec l'autre et renforcer leur lien déjà très étroit. Aiolia admirait et respectait profondément son aîné, il le trouvait fort, charismatique et généreux, c'était son modèle. Il espérait un jour être à sa hauteur pour le seconder. Aiolos aussi adorait son petit frère, bien que ses devoirs et ses responsabilités de premier prince d'Askr lui prenaient beaucoup de temps, il en trouvait toujours pour s'occuper de lui. Il l'avait vu s'entraîner avec ardeur et faire de son mieux pour accomplir ses obligations royales, il était si fier de lui.

Ils rentrèrent après plusieurs heures de patrouille, arrivés au château, ils furent reçus par leur père : Kaiser, le roi actuel d'Askr. Il s'adressa aux princes sur un ton sévère :

« _ Où étiez-vous passés ?

_ Oh bonjour père, nous étions en train d'inspecter les alentours de la ville, répondit l'aîné.

_ Rien à signaler pour aujourd'hui, rajouta le cadet.

_ … Je suis conscient de vos efforts et de votre investissement dans la sauvegarde du royaume. Je reconnais que vous faîtes du bon travail mais ceci n'est pas le rôle d'un prince. Vous devriez laisser les autres gardiens faire cela, surtout toi Aiolos, tu dois rester à ta place.

_ Mais père ! Je ne peux pas rester les bras croisés alors que le royaume est en danger ! S'offusqua Aiolos.

_ C'est ce que tu devrais faire. En tant que premier prince, tu ne dois pas risquer ta vie. Ton rôle est de guider le peuple, pas d'être sur le champ de bataille. Lui répondit-il impassible.

_ … Je suis désolé mais je ne peux pas vous obéir, je fais partie des gardiens d'Askr, il est de mon devoir de me battre pour notre patrie.

_ … Aiolos... quand est-ce que tu comprendras ? Soupira-t-il avec lassitude.

_ Qu'y a-t-il à comprendre ?

_ Rien... reviens me voir quand tu te seras décidé à respecter mon souhait. »

Le roi se retira, l'air embêté. Le premier prince ne savait plus quoi penser, son père lui parlait de manière si évasive, il n'arrivait pas à le comprendre. Les deux princes se retirèrent à leur tour.

« _ Père a l'air furieux... fit remarquer le plus jeune.

_ Notre relation se détériore au fil du temps, remarqua-t-il amèrement.

_ Pourquoi réagit-il comme cela ? Pourquoi a-t-il l'air si contrarié ?

_ Il n'a pas toujours été comme ça.

_ Ah oui ? S'étonna le cadet.

_ Mère me disait qu'il nous ressemblait au même âge...

_ C'est-à-dire ?

_ Elle me disait qu'il aimait partir à l'aventure et qu'il était toujours le premier à aller au front pour défendre Askr.

_ Vraiment ? J'ai du mal à le croire, lui qui est toujours si prudent et stoïque...

_ Justement, il aurait changé à cause d'un accident. Père aurait failli perdre la vie face à un puissant ennemi, il en garde encore la cicatrice au niveau de son cœur.

_ C'est incroyable, qui était cet ennemi ?

_ Hélas, je ne le sais pas. Mère n'avait pas voulu me le dire. »

Alors qu'ils marchaient dans un couloir avec vue sur l'extérieur, le ciel s'assombrit soudainement, ils virent un vortex apparaître au loin. C'était sûrement l'apparition de nouveaux envahisseurs ! Se dirent-ils. Les deux frères sortirent rapidement du château, puis montèrent sur le cheval d'Aiolos et galopèrent en direction du portail. Ils entendirent des bruits de galops et des hennissements s'approcher d'eux : c'était Milo, accompagné de Shura, sur son pégase, ainsi qu'Aphrodite et Aldébaran eux à cheval qui les rattrapaient. Ils avaient fait vite, avec eux à leurs côtés, ils devraient pouvoir venir à bout de l'ennemi.

Aphrodite et Aldébaran étaient apparus en Askr, il y avait deux mois de cela, ils venaient tous deux de mondes différents. Le premier était un mage cavalier, un homme raffiné à la beauté exquise, armé de Baldr, un tome divin qui invoquait toutes sortes de roses et de ronces. Le second était un cavalier blindé, sa puissance et sa robustesse font de lui un allié de choix, il était le porteur de Jötunn : une hache gigantesque dont lui seul avait la force pour la soulever et la manier.

La brèche s'était ouverte dans une forêt qui était autrefois luxuriante et lumineuse, était maintenant désolée et sombre. Les gardiens avancèrent prudemment à travers la sylve, ils durent abandonner leurs montures qui ne pouvaient pas se déplacer dans les zones boisées, mis à part Lesath.

Tout à coup, ils repérèrent des ombres se déplaçant à une vitesse ahurissante, sillonnant entre les arbres, ils se mouvaient en cercle autour d'eux. Le groupe se mit immédiatement en garde, brusquement, l'une des ombres fonça droit sur Aiolia, prête à le transpercer avec une épée. Le prince put parer l'attaque avec ses réflexes, puis le repoussa, il s'agissait d'un homme recouvert d'une armure noire, une lame sombre à la main. Alors qu'Aiolos s'apprêta à rejoindre son frère pour l'aider, il évita de justesse une flèche, celle-ci fut décochée par l'autre individu qui était aussi un homme vêtu d'une armure noire, utilisant un arc ténébreux. Ils avaient étrangement l'impression que ces personnes leurs étaient familiers. Soudain, l'atmosphère se fit plus lourde, un brouillard sombre se forma et fit apparaître un homme aux yeux et cheveux argentés, portant vêtements obscurs et élégants ainsi que des parures en or noir.

« _ Qui êtes-vous ? Et que venez-vous faire en Askr ? Questionna Aiolos.

_ Je suis Thanatos, dieu de la mort et souverain de Helheim, je viens pour t'ôter la vie, prince Aiolos. Répondit l'homme aux cheveux argentés. »

Sur ces paroles, il ordonna à ses deux subordonnés, en plus d'une armée d'ombres qu'il fit apparaître, d'attaquer les gardiens. Puis il s'éclipsa vers le fin fond de la forêt.

Milo fut chargée de le traquer, Lesath et elle partirent à sa poursuite.

Aldébaran et Aphrodite se chargèrent des sbires, ils étaient certes bien plus nombreux qu'eux mais avec leurs puissances combinées, ils les terrassèrent jusqu'aux derniers : le porteur de Baldr piégea ses ennemis dans des ronces, puis les acheva en déclenchant une tempête de roses rouges. Le cavalier blindé lui trancha un paquet de soldats, Jötunn était une arme si puissante, qu'on disait qu'elle pouvait détruire un pays, là d'où il venait.

De leur côté, Aiolos et Shura faisaient face à l'archer ennemi, l'épéiste avait voulu aider son compagnon mais ce dernier lui avait rétorqué qu'il pouvait s'en charger seul, il prêta donc main forte à l'aîné. Ils avaient du mal à l'approcher, il les maintenait à distance. Ils changèrent donc de stratégie : Shura fonçait sans se soucier de ce qu'il se passait autour de lui, Aiolos s'occupa des projectiles en les détruisant avec ses propres flèches, protégeant ainsi le chevalier. Quand il fut assez proche, de lui, il lui asséna un puissant coup d'épée qui fit valser son arc.

« _ Qui êtes-vous ? Lui demanda Shura, sa lame pointée sur le cou de l'adversaire.

_ … Je me nomme Sisyphe.

_ Sisyphe ?! Comme le premier roi d'Askr ?! Mais alors vous seriez... mon ancêtre ?! Comment est-ce possible ?! S'exclama le premier prince.

_ … Le seigneur Thanatos a le pouvoir de faire revenir les morts à la vie. Je fais désormais parti de son armée. Ne vous réjouissez pas trop vite, bientôt vous mourrez. »

Il disparut dans une fumée noire. Aiolos était abasourdi : il venait de rencontrer un de ses ancêtres et celui-ci était devenu l'ennemi d'Askr, c'était insensé ! Non, il devait se reprendre, il n'avait pas de temps à perdre, il fallait vite retrouver Thanatos et le mettre hors d'état de nuire.

Les bruits des chocs des lames résonnaient dans les alentours, Aiolia et son adversaire croisaient le fer sans répit. Malgré les assauts répétés du prince, aucune attaque ne fit mouche, pourtant il avait l'avantage tactique avec sa lance. On aurait dit que son adversaire le connaissait et savait comment contrer ses mouvements.

« _ Bon sang mais qui pouvez-vous bien être ?! Comment se fait-il que vous lisiez si bien en moi ?! S'irrita Aiolia.

_ … Inutile de répondre à cela, vous allez bientôt trépasser. »

Alors qu'il s'apprêta à charger sur le prince, une voix l'arrêta.

« _ El Cid, ça suffit. Nous pouvons partir à présent, dit l'autre homme en armure noire en apparaissant.

_ El Cid ? Ce nom... c'était celui du deuxième roi d'Askr, celui qui régnait au côté de Sisyphe !

_ Tss... sauvé par le gong. Nous nous reverrons. »

Les deux hommes s'évaporèrent dans une fumée noire.

Plus loin dans cette forêt, Thanatos s'entretenait avec un jeune garçon aux yeux et cheveux verts.

« _ Père, je suis à vos ordres. Dîtes-moi ce que je peux faire pour vous, lui supplia le garçon.

_ Tu n'es pas assez fort pour m'aider, Shun. Ils seront bientôt là. Et tu n'as pas la moindre chance contre eux.

_ Père, je...

_ Si tu souhaites mourir, ne te gêne pas. Cependant, il y a une chose que tu peux faire... Aider les vivants.

_ Comment ? Mais pourquoi ? S'étonna-t-il.

_ Rejoins leurs rangs. Obéis à leurs ordres. Donne-toi entièrement à leur cause, lui ordonna le dieu. Gagne leur confiance... et tu seras en position idéale pour les massacrer quand je te le demanderai.

_ Oh, Père... est-ce vraiment nécessaire toute cette violence ? Demanda-t-il inquiet.

_ Tu as reçu un ordre. Peu m'importe qu'il te plaise ou non. Lui répondit-il.

_ Je... oui, père. Capitula-t-il. »

Thanatos disparut, laissant le jeune garçon seul avec une armée de fantômes.

Quelques instants plus tard, Milo arriva et le rencontra.

« _ Qui êtes-vous ? Que faites-vous ici ?

_ Je suis Shun, prince du royaume de Helheim.

_ Alors vous appartenez à l'armée de Thanatos.

_ C'est vrai, mais... Je... L'issue de ce combat n'a aucune importance pour moi. Commençons. »

Le prince des morts ordonna l'assaut sur la commandante, les morts s'exécutèrent. Cependant, leur tentative fut vaine, bien qu'elle soit seule contre une armée, Milo restait une puissante adversaire. Son esprit aguerri combiné à son expérience au combat lui avaient permis de terrasser les ombres. Elle faisait maintenant face au jeune garçon, ce dernier utilisait des chaînes comme arme. Milo lança une multitude de dagues sur lui, alors qu'elle pensait faire mouche, le prince utilisa une de ses chaînes pour se protéger en la faisant tournoyer autour de lui, puis il les projeta sur elle. La chevalier pégase esquiva l'attaque et profita de l'ouverture pour se ruer vers lui, mais elle n'eut pas le temps de se rapprocher car Shun avait vite ramené ses armes vers lui et les relança plusieurs fois. Milo para et évita toutes les offensives, le prince changea de tactique et utilisa l'une de ses chaînes pour l'attaquer, celle-ci fut encore repoussée et immédiatement après, il projeta l'autre qui attrapa le poignet de son adversaire.

« _ Je dois admettre que votre arme est très pratique : elle allie merveilleusement bien défense et attaque, déclara Milo.

_ Forseti est clémente, elle offre une mort miséricordieuse à ceux qui la cherchent et la compassion à ceux qui souhaitent vivre.

_ Je vois, c'est un concept qui m'est familier. J'accorde toujours le choix entre la vie et la mort à mes adversaires. A présent passons aux choses sérieuses ! »

La commandante tira d'un coup sec sur la chaîne qui l'emprisonnait, ce qui eut pour effet de déstabiliser le jeune homme. Puis elle ordonna à Lesath de reculer et tira à nouveau, la force du mouvement était telle que le prince décolla du sol et fut projeter vers Milo. Cette dernière sauta de sa monture et asséna un coup de pied au prince en plein vol, puis ils tombèrent tous deux au sol. Shun était à terre sonné tandis que Milo le surplombait, le poignard à la main.

« _ La capitulation ou la mort. Comme je l'ai dit je te laisse le choix. Lui prouva-t-elle.

_ J'ai perdu... père ne voudra plus me voir, je lui suis inutile désormais. Achevez-moi. Dit-il résigné, il ferma les yeux et attendit le coup fatal.

_ Très bien, tu as été un valeureux adversaire. Je me souviendrai de toi, adieu. »

Alors qu'elle se préparait à lui porter le coup de grâce, une voix l'arrêta : « Milo ! », entendit-elle, c'était la voix d'Aiolos ! La guerrière regarda dans la direction d'où provenait le son et vit avec soulagement que les autres gardiens l'avaient rattrapé, ils arrivaient vers elle en courant.

« _ Loué soit Kanon, tu n'as pas l'air blessé. Qui est ce garçon ? Remarqua l'archer.

_ C'est le fils de Thanatos, nous nous sommes affrontés et là je m'apprêtais à l'achever.

_ Attends ! Il n'est plus en état de se battre, il ne montre aucune attitude hostile non plus. Je pense que ce n'est pas la peine de le tuer.

_ Vous ne voulez pas me tuer ? Pourquoi ?

_ Vous vous êtes déjà rendu, vous montrez clairement des signes de redditions. Il n'est pas nécessaire de faire couler le sang. Et puis, j'ai des questions à vous poser...

_ Très bien, si c'est ce que tu souhaites, je le laisse en vie. Annonça-t-elle en se redressant.

_ Vous préférez donc me faire prisonnier ? Fort bien.

_ Dîtes-nous où se trouve Thanatos.

_ Hélas, père n'est plus ici.

_ Je crois que nous ferions mieux de rentrer dans ce cas, proposa Aiolia. »

Ils rentrèrent donc au château avec Shun, Shura toujours méfiant, le surveillait de très près. Les deux frères durent s'absenter : le roi les avait convoqués, le prince des morts resta donc sous la surveillance de la commandante et du chevalier.

« _ Nous devons décider quoi faire de notre prisonnier, dit Shura.

_ Je peux combattre à vos côtés, proposa l'intéressé.

_ Comment ? Mais, il n'y a pas si longtemps, vous étiez du côté de Helheim ! Lui fit-il remarquer.

_ C'est vrai. Mais je ne peux plus retourner là-bas... Maintenant que j'ai fui, je ne suis plus le bienvenu.

_ Expliquez-moi ça.

_ J'ai bien peur de ne pas pouvoir vous en dire plus...

_ Voilà qui est suspect... Vous voulez notre confiance, mais vous n'êtes pas prêt à accorder la vôtre ? Se méfia la chevalier pégase.

_ J'en demande beaucoup c'est vrai. Vous devez penser que je suis égoïste... Mais je veux rejoindre votre armée. Si vous êtes amené à penser que je pourrais vous trahir... tuez-moi sur le champ.

_ Je ne vous fais pas confiance, mais vous devez avoir des renseignements utiles sur Helheim... Très bien. J'accepte votre offre. Si vous me donnez la moindre raison de douter sur vous...

_ Fort bien, accepta-t-il.

_ Il es un peu étrange, non ? Il n'a pas l'air de nous en vouloir le moins du monde. Il est... apathique. Garde un œil sur lui, Shura.

_ C'est ce que je comptais faire. »

Dans la salle du trône, les deux frères faisaient leur rapport à leur père. Ce dernier semblait très préoccupé par la situation. Ce qu'il craignait, était en train de se produire. Il leur expliqua qu'une vieille sépulture maudite était à l'origine la porte qui reliait Helheim et Askr, il avait mis en place une barrière autour d'elle pour empêcher l'armée des morts d'envahir leur royaume. Malheureusement, cette barrière ne s'avéra efficace que durant ces trente dernières années, elle avait sûrement cédé à cause du départ de Saga et des ouvertures dimensionnelles qu'il avait créées. Le royaume de Thanatos, en avait donc profité pour venir jusqu'ici Les deux princes comprirent qu'il fallait aller l'inspecter pour en savoir plus sur l'apparition des morts dans leur monde.

Les gardiens, accompagné de Shun, se mirent donc en route pour aller trouver cette sépulture. Le chemin fut semé d'embûches et de soldats d'Helheim mais ils finirent tout de même par arriver sur les lieux. Ils observèrent ce caveau et repérèrent l'ennemi, ils étaient très nombreux... beaucoup trop pour pouvoir les compter. L'armée faisait route vers le sud, un village s'y trouvait à une journée de marche. Les villageois ne pourraient se défendre seuls face à eux et même s'ils envoyaient un message au roi pour demander du renfort, ils arriveront trop tard. Malgré tout, les gardiens étaient déterminés à agir, il fallait qu'ils tentassent quelque chose. Aiolos décida de révéler leur position pour gagner du temps, ils devront après maintenir les opposants à distance mais au moins, ils se concentreront sur eux et le village sera sauvé. Ils se déplacèrent furtivement en petits groupes pour essayer d'encercler l'ennemi, ainsi quand ils les verraient, ils croiraient qu'ils étaient bien plus nombreux qu'en réalité. A ce moment-là, ils feraient une halte et ils seraient tranquilles pendant un petit moment. Mais quand ils se rendront compte de la supercherie...

« _ Euh... Je crois qu'ils s'en sont déjà rendu compte ! Ils sont là ! Sonnez la retraite ! Alerta Aiolia.

_ Il est trop tard pour fuir. Nous allons devoir leur tenir tête jusqu'à l'arrivée des chevaliers ! Annonça Milo. »

La bataille était rude, mais ils tinrent bon, ils avaient déjà combattu dans des situations désespérées et jusque-là, ils s'en étaient sorties grâce à leurs stratégies et leurs esprits soudés ! Les gardiens avaient réussi à survire jusqu'à l'arrivée des renforts, ce qui fit battre en retraite les opposants qui ne pouvaient pas se diriger vers le sud sans s'exposer aux attaques des troupes du roi. Ils avaient sauvé le village.

« _ Aiolos, on m'a raconté ce qu'il s'était passé. Pourquoi as-tu pris un tel risque ? Lui posa-t-il comme question.

_ Les villageois...

_ Père, nous devions protéger... intervint le cadet.

_ C'est à ton frère que je parle, Aiolia. L'interrompit Kaiser.

_ Pardon, père. S'excusa-t-il.

_ L'ennemi se dirigeait vers le village, et les habitants n'avaient aucun moyen de se défendre... Il fallait les ralentir, alors j'ai improvisé, s'expliqua l'aîné.

_ Tu pensais pouvoir faire face à toute une armée ? Quelle témérité. Si tu avais fait la moindre erreur, tu serais mort, à présent.

_ Vous avez raison, père.

_ Les gardiens d'Askr ont toute ma gratitude pour leur victoire contre les envahisseurs. Cependant, il faut que tu comprennes que ta place n'est pas dans leurs rangs. Tu n'es pas un héros, Aiolos. Ton rôle n'est pas de te battre, je te l'ai déjà expliqué.

_ Père, je...

_ Tu veux aider les autres. Mais un roi ne peut pas se contenter de sauver ceux qu'il a devant les yeux... Notre nation compte des milliers de sujets. Le devoir du roi est de tous les protéger. Je ne suis pas certain que tu en sois capable. Pas encore, en tout cas.

_ Je... vous avez raison, je ne suis pas prêt. C'est pour cela que je voulais aider le peuple, tant que vous régnez.

_ Et quand je mourrai ? C'est toi qui prendras ma place. Es-tu prêt pour régner sur Askr ?

_ Je... Non. Pas encore. Je ne suis pas digne de vous, père.

_ Et qui me succéderait si tu perdais la vie en jouant au héros ? Je ne suis pas éternel. Mon trépas arrivera certainement plus tôt que tu ne le penses. Qu'adviendra-t-il d'Askr et de son peuple lorsque je ne serai plus de ce monde ?

_ Eh bien... Je...

_ Tu n'es pas là pour sauver la veuve et l'orphelin. Ton devoir est de protéger cette terre et son peuple. Si tu ne peux voir que la souffrance qui est en face de toi... Cela signifie que tu n'as pas assez de compassion pour être roi.

_ Père... Pardonnez-moi. »

Le roi avait raison, s'il venait à mourir prochainement, ce serait à Aiolia de monter sur le trône. L'aîné savait que son petit frère ne désirait pas devenir roi, son rêve était de devenir un puissant guerrier et le seconder quand il devrait succéder à leur père, il n'avait pas le droit de risquer égoïstement sa vie comme cela. Aiolos devait apprendre à envisager les choses sur une plus grande échelle, comme lui. Après cette discussion, tous rentrèrent au château, la journée fut éreintante. Kaiser parla à nouveau à son fils aîné. Il lui expliqua que le lendemain, ses chevaliers attaqueront les forces de Helheim. Ils devaient les repousser jusque dans leur royaume et remettre la barrière en place. Aiolos voulut que les gardiens d'Askr prissent part à cette mission. Son père accepta mais à une condition : si le prince devait se retrouver face à Thanatos, il ne devrait pas l'affronter et prendre la fuite. Le roi semblait bien connaître ce dieu, il lui avoua qu'il l'avait affronté, il y eut trente ans de cela. C'était à lui qu'il devait cette cicatrice.

« _ Il vous a infligé une telle blessure ? Je comprends le danger à présent.

_ En es-tu bien sûr ?

_ Comment cela ?

_ Ce n'est pas une question de puissance, elle est inutile face à la mort. Nulle créature ne peut y échapper, c'est un fait indiscutable, et Thanatos est la mort en personne. Si j'ai survécu face à lui, c'est uniquement parce que j'ai eu de la chance. N'oublie pas mes paroles, Aiolos. Quoiqu'il arrive, ne t'approche pas du dieu. »

Le lendemain, ce fut l'ouverture des hostilités. Alors qu'ils avançaient, Shun eu une illumination, il comprenait enfin. Comme il fut dévoué aux gardiens, il se devait de leur dire la vérité :

« _ Le destin d'Aiolos... commença-t-il.

_ Prince Shun ? S'inquiéta le premier prince.

_ L'objectif de mon père est de détruire Askr. J'ignorais qui il viserait en premier, mais maintenait je comprends... Je suis désolé de vous annoncer cela, mais vous allez mourir, prince Aiolos.

_ Quoi ?

_ La mort est venue vous chercher. Regardez... lui montra-t-il. Ils virent Thanatos en personne.

_ Prince Aiolos, s'adressa-t-il à lui.

_ Qu...

_ Nous nous rencontrons à nouveau, prends ma main, et dors... »

L'archer ne se laissa pas faire et décocha une flèche sur le dieu. Ce dernier l'évita et s'approcha de lui, Milo, Shura et Aiolia ne le laissa pas faire et se ruèrent sur lui. Le souverain se défendit sans peine contre leurs attaques quand soudain, une flèche de lumière, tirée par Aiolos, fondit droit sur lui et lui transperça le front. Thanatos disparût comme s'il n'était qu'une illusion. C'était fini ? Non ça ne pouvait pas être aussi simple, le prince ordonna à ses troupes de fouiller la zone, il ne devait pas être loin. Alors qu'il s'avançait seul, Thanatos réapparut et s'adressa à lui :

« _ Ton destin est scellé, accepte-le.

_ Vous... »

il ne put finir, le roi des morts l'attaqua et une marque apparut sur son bras.

« _ Te voilà maudit, dans neuf jours, ta vie prendra fin.

_ Quoi ? Hahh... Je... ne peux pas... respirer...

_ Aiolos ! L'appela Aiolia.

_ Hahh... Hahh... Cette sensation...

_ Ton destin ne peut être modifié. La cohorte des morts s'agrandit... tu es maudit.

_ Que tout le monde protège le prince Aiolos, vite ! Ordonna Milo.

_ Vous vous fatiguez pour rien. Je suis la mort. Nul ne peut me vaincre ou m'échapper. Comptez les jours qui vous restent, mortels, et tremblez de peur. N'oubliez pas que la mort est toujours juste derrière chacun d'entre vous. Nous nous reverrons...

_ Aaaargh... »

Le premier prince d'Askr s'évanouit de douleur et Thanatos disparut.

Quand Aiolos ouvrit les yeux, la première personne qu'il vit fut son petit frère, il constata qu'ils étaient de retour dans leur demeure.

« _ Aiolos, comment te sens-tu ?

_ Je ne vais pas trop mal... Au moins, je peux encore bouger. Mais j'ai toujours cette sensation étrange... comme si une lame glacée s'était plantée dans mon cœur.

_ C'est la malédiction de Thanatos, expliqua Shun.

_ Que savez-vous à ce sujet, Shun ?

_ Mon père est le dieu de la mort. Il agrandit sans cesse sa cohorte. Sa malédiction fixe le dernier jour de ceux sur qui il s'abat. Nul ne peut y échapper...

_ Non ! Ce n'est pas possible ! Se révolta Aiolia. Il doit y avoir un moyen de...

_ Princes, le roi est arrivé, annonça Milo. »

Le roi s'avança dans la pièce jusqu'à faire face à son fils.

« _ Ainsi, tu as été maudit par Thanatos.

_ Je vous ai désobéi, père. Pardonnez-moi.

_ Si je puis me permettre, Votre Majesté, nous avons été pris par surprise, tenta la commandante. L'ennemi est apparu tout d'un coup, comme un spectre. Nous n'avons rien pu faire.

_ Vous n'avez rien à vous reprocher. C'est Aiolos qui a eu l'impudence d'aller sur le champ de bataille.

_ Père... Je suis vraiment désolé.

_ Mon père a été tué par Thanatos... Il n'y a plus rien à faire, Aiolos. La malédiction va suivre son cours.

_ Comment pouvez-vous parler ainsi, père ! Il s'agit de la vie de mon frère, votre fils ! S'indigna le cadet.

_ Calme-toi, Aiolia... Écoutez-moi tous. La famille royale va perdre un de ses membres. Nous devons l'accepter et aller de l'avant.

_ Ne dites pas cela, père ! Aiolos est juste là ! Il respire encore ! Il doit bien y avoir quelque chose que nous pouvons faire...

_ Nul ne peut échapper à la mort.

_ Nous devons au moins essayer ! S'entêta-t-il.

_ Il suffit. Je dois retourner auprès du reste de l'armée. Il est temps de penser à notre stratégie pour la suite.

_ Père...

_ Je n'ai pas été à la hauteur, père. Pardonnez-moi. Sachez que je continuerai de chercher un moyen de vaincre Thanatos jusqu'à mon dernier souffle. Mon seul désir est de pouvoir vous aider une dernière fois... »

Kaiser ne répondit rien, il s'en alla sans un mot, laissant les gardiens perplexes.

Hélas, même Odysseus était incapable de lever le maléfice qui pesait sur le prince. Le groupe ne voyait qu'une solution : trouver Thanatos et le mettre hors d'état de nuire. Ils partirent donc tous, le lendemain, à la recherche du roi des morts. Les gardiens fouillèrent tout le royaume de fond en comble mais il n'y avait aucune trace du dieu, ils cherchèrent aussi dans la bibliothèque royale dans l'espoir de trouver un moyen de sauver le prince. Huit jours s'écoulèrent, la date imminente s'approchait à grands pas, il ne leur restait plus que quelques heures avant que la malédiction ne fût effet. Le roi vint à la rencontre de son fils :

« _ Aiolos, l'échéance est arrivée, n'est-ce pas ? Avez-vous trouvé un moyen de contrer la malédiction ?

_ Non. Tout ce qui m'arrive est de ma faute.

_ Ne t'en veux pas, mon fils. Nous savions ce qui allait se passer. Nul ne peut échapper à la mort. Essaie de rester à mes côtés aujourd'hui. Ne t'éloigne pas de tes alliés non plus. Quand le moment sera venu, Thanatos apparaîtra sûrement pour s'emparer de ta vie...

_ Ça nous donnera une occasion de l'attaquer.

_ Non. On ne peut pas tuer la mort. Un tel assaut serait inutile. Cependant, nous pourrions découvrir quelque chose d'utile... une faiblesse à exploiter, peut-être.

_ Je comprends, père. J'obéirai à vos ordres. Si je dois mourir, ce ne sera pas pour rien. Thanatos finira par être vaincu, par vous ou par quelqu'un d'autre. C'est l'espoir que j'ai, en tout cas.

_ Les autres mondes nous ont apporté le malheur... ils n'ont rien de bon à nous offrir... Askr ne peut compter que sur sa propre puissance.

_ Héhéhé... ria le prince.

_ Qu'est-ce qui te fait rire ?

_ Oh rien, pardonnez-moi. Je repensais juste à ce que m'avait dit mère un jour : elle disait que tu me ressemblais à mon âge.

_ … C'est vrai, j'ai moi aussi parcouru les mondes en quête d'aventure dans ma jeunesse.

_ Je suis content de vous avoir ressemblé, nous êtes un modèle pour moi et vos conseils me sont précieux. Je vais succomber aujourd'hui. Mes plus grands regrets sont de ne pas pouvoir vous succéder au trône et d'abandonner Aiolia et tous mes autres amis. Mais je suis heureux que nous puissions enfin nous parler en toute sincérité !

_ Aiolos... murmura-t-il touché. »

Ils passèrent leur journée à guetter le moindre signe de l'arrivée de la mort, l'armée d'Helheim était présente un peu partout en Askr, ils les combattirent pendant des heures durant mais toujours aucune trace du roi d'Helheim. Il ne restait plus beaucoup de temps. Tout à coup, Shun sentit la mort approcher, Thanatos apparut. Aiolia se précipita sur lui, il ne le laisserait pas tuer son frère ! Il transperça le dieu de sa lance et à sa grande surprise, le roi ne semblait pas être affecté par son attaque ! Étaient-ils face à une illusion ou un spectre ? Thanatos avança calmement jusqu'à Aiolos, alors qu'il était sur le point de lui ôter la vie, Kaiser s'interposa et protégea son fils !

« _ Père ! S'écria son aîné.
_ Grâce à mon père, je comprends comment votre malédiction fonctionne. Vous vouliez ajouter un membre de la famille royale d'Askr à la cohorte des morts. C'est fait, vous m'avez. Votre malédiction s'est réalisée. Quittez ce lieu, à présent. Ordonna Kaiser.

_ Pauvre fou. Tu te laisses gouverner par tes sentiments... Quand on est aussi faible, on n'est pas digne d'être roi !

_ Vous n'avez rien compris...Ma vie appartient à mon peuple. Je n'ai jamais oublié cela. Le jour où j'ai perdu mon père, j'ai fait le serment de placer mon devoir avant tout. Combien de temps me restait-il à vivre ? Mon fils est encore jeune, et il est digne de me succéder. J'ai pris la meilleure décision pour mon royaume.

_ Alors, tu crois que cet avorton fera un roi digne de ce nom... Dans ce cas, n'aie pas de regrets. L'heure de ton trépas est arrivée, dit-il avant de la faucher.

_ Père ! S'horrifia le prince.

_ Aiolos... Sois un grand roi, mon fils. »

Ce fut ses dernières paroles avant de succomber. Thanatos disparut à nouveau après cela.

Deux jours s'écoulèrent depuis le trépas du roi, tout le royaume était en deuil. Aiolia comprit que quand son père disait qu'un membre de leur famille allait décéder, il ne parlait pas d'Aiolos mais de lui-même. Le premier prince était désemparé et se sentait coupable, comment succéder à Kaiser ? Il ne serait jamais à sa hauteur, se disait-il. Mais l'heure n'était pas aux remords et à l'apitoiement, il devait être fort maintenant, pour ses sujets, pour ses amis, pour Askr. Les troupes de Helheim avançaient toujours, il n'y avait pas de temps à perdre ! L'armée ennemis ne semblait jamais manquer de soldat, ils étaient désavantagés sur le nombre, ils devaient vite trouver une solution à cette impasse ! Aiolos n'avait qu'une idée qui pourrait les aider : aller de l'autre côté du portail, les gardiens décidèrent donc de partir en direction de la sépulture pour trouver l'entrée du royaume de de mieux que d'aller sur le territoire adverse pour se renseigner sur l'opposant ? Ils réussirent à arriver jusque là-bas tout en repoussant l'ennemi, les voici devant la porte, ils firent une rencontre des plus surprenante.

« _ Aiolos, regarde ! C'est père ! S'écria Aiolia.

_ Comment... Que faîtes-vous ici ?

_ Le roi a été tué par la malédiction de Thanatos, il est à présent à son service, expliqua Shun attristé. Vous faire combattre contre votre propre père... c'est d'une telle cruauté...

_ Aiolos... Je ne contrôle plus mon corps... Tu dois ma vaincre.

_ Je... je ne peux pas faire cela ! Refusa-t-il.

_ Tu le dois ! Montre à Thanatos que ses bassesses ne t'atteignent pas, tu dois être assez fort pour protéger le royaume et ta famille. Si tu ne le fais pas, tu ne seras jamais digne d'être roi !

_ Je... Très bien... Je ferai ce qui doit être fait. »

La bataille débuta, nombre de morts apparurent depuis la porte. Aiolia, Milo, Shura, Aldébaran et Aphrodite s'occupèrent de combattre les soldats, laissant le nouveau roi faire face à Kaiser. Ce dernier utilisait une hache au combat, il fonça droit sur son fils et abattit le tranchant vers lui, la monture d'Aiolos esquiva ce coup de justesse et s'éloigna rapidement. L'archer tira plusieurs flèches sur l'ancien roi mais celui-ci les détruisit toutes d'un mouvement de hache, Kaiser était un redoutable adversaire. Aiolos se résolut à utiliser toute la puissance de Fólkvangr pour triompher, il tira une flèche de lumière, alors que Kaiser s'apprêtait de nouveau à parer l'attaque, la flèche se scinda en plusieurs projectiles qui s'abattirent sur le roi telle une pluie d'or. Il fut ainsi vaincu.

« _ Père...

_ Tu as fait ce qu'il fallait... Je suis fier de toi... Aiolos, Aiolia... Je vous aime, dit-il dans un dernier soupir avant de disparaître. »

Les larmes coulèrent sur les joues des princes à l'aveu de leur père. Ils jurèrent de trouver le moyen d'anéantir Thanatos, pour lui. Après avoir repris contenance, le groupe s'engouffra dans le portail menant à Helheim.

Royaume de Helheim

Ils arrivèrent sur les terres où allaient ceux qui ont péri, le paysage était sombre et lugubre comme dans une crypte. Shun leur apprit que les morts provenaient de tous les royaumes et que chacun d'entre eux ne faisait qu'accroître la puissance du souverain de ces lieux. Le nouveau roi d'Askr lui demanda si lui aussi était un mort, il n'en n'avait pas l'air mais on ne savait jamais. Le prince de Helheim leur expliqua qu'il était bel et bien mortel, contrairement aux troupes de son père, il n'avait pas le pouvoir de se relever constamment. Si cela avait était le cas, peut-être que Thanatos le trouverait plus utile... pensa-t-il amèrement. Il leur servit de guide étant donné qu'il connaissait bien l'endroit. Au fil des jours passés en sa compagnie, les gardiens avaient appris à mieux le connaître, Shun était un jeune homme très doux, calme et mélancolique, comment se faisait-il qu'une personne aussi gentille que lui, fût le fils d'un être aussi cruel que Thanatos ?

Alors qu'ils s'enfoncèrent dans le domaine, ils finirent par rencontrer Sisyphe sur leur chemin.

« _ Que faîtes-vous ici ?

_ Sisyphe... le premier roi d'Askr.

_ Le royaume des morts n'est pas fait pour les gens comme vous, jeune vivant. »

Le général des morts sorti son arc et leur tira une multitude de pointes, ils durent courir pour éviter tous les projectiles, ils n'avaient d'autres choix que de fuir. Leur retraite fut un succès, ils avaient semé l'ennemi. Lorsqu'ils furent assez loin, ils constatèrent qu'ils étaient arrivés sur une place morbide : avec du sang séché de partout. Un site d'exécution ? Ou bien des gens avaient été torturé ici ?

« _ C'est... là où je vivais, se manifesta Shun.

_ Que... Que voulez-vous dire ? Aiolia sentit un frisson d'effroi le traverser.

_ Mon devoir... était de mourir. Je ne suis pas comme les autres mortels, c'est ce que disait mon père... Mon corps disposait de nombreuses vies, octroyées par le dragon de la vie... élucida le prince. Les mortels n'en ont qu'une... mais j'en portais des milliers en moi. Même si je mourais, le jour suivant... je revenais à la vie. Alors mon père me faisait venir ici et m'ôtait la vie...

_ De son propre fils ! Comment a-t-il pu ?

_ Chaque fois qu'une personne meurt, mon père devient plus puissant. Alors jour après jour, il me tuait... S'en suivit le jour d'après et ainsi de suite... Les autres ne meurent qu'une fois... Ils ne subissent cette souffrance qu'une fois. C'est rapide et clément. Pour moi, par contre... c'était une agonie sans fin. Chaque jour je mourais, et cette douleur... je la ressentais chaque fois.

_ Prince Shun... souffla Aiolos attristé.

_ Mais c'est bientôt fini : j'en suis à ma dernière vie. Toutes mes morts ont forgé le pouvoir de mon père... Pour lui, je suis désormais inutile. Il ne me reste que cette vie.

_ Un père qui fait subir tout ça... ça explique ta fuite, en conclut-t-il. »

Ils décidèrent de ne plus rester à cet endroit plus longtemps, ce lieu sordide devait lui rappeler tellement de souffrance. Tous eurent de la sympathie pour lui, Aphrodite en particulier, qui s'était vite attaché au garçon et prenait soin de lui comme s'il s'agissait de son propre petit frère. Le porteur de Baldr s'approcha du déteneur de Forseti et l'enlaça, cette étreinte chaleureuse et réconfortante émut profondément Shun. Combien de temps s'était-il écoulé sans qu'il n'eut reçu de geste tendre ? Sa mémoire était floue mais cela faisait sûrement des années qu'il était resté seul, sans le moindre contact avec un être vivant, en dehors de son père. Ces personnes étaient si attentionnées avec lui... Comment pourrait-il les trahir ? Shun fut déchiré par son dilème.

Les gardiens continuèrent donc leur périple en Helheim, ils approchaient de la demeure du roi, se situant aux confins de ces terres obscures. La mort était proche... Ils firent encore une fois face à Thanatos. Tous l'assaillirent, les éclaires, les flèches, les roses et les tranchants de lames fusèrent, mais aucune attaque ne fit effet.

« _ Stupides mortels, vos efforts sont vains, énonça-t-il avant de s'en prendre à Aiolos.

_ Ah ! Le roi d'Askr fut blessé par le dieu.

_ C'est fini, subis une nouvelle fois ma malédiction...

_ Arg... Alors... c'est ainsi...

_ Ton père a donné sa vie pour rallonger la tienne. Quelle idiotie. Ça ne change rien, tu vas mourir.

_ J'imagine qu'il en sera ainsi. Allez-y, alors ! Maudissez-moi.

_ Après neuf jours, tout comme ton père, tu décéderas. Pourquoi souris-tu ? La peur t'a-t-elle rendu fou ?

_ Vous ne comprenez pas ? C'est votre malédiction après tout... Oui, je vais mourir. Mais la malédiction devrait durer neufs jours... Une période pendant laquelle vous ne pourrez pas me tuer. J'ai déjà infiltré votre royaume. Je trouverai bien comment vous vaincre. Cette information doit forcément se trouver quelque part... Et je n'aurai même pas besoin de vous chercher une fois que je l'aurai trouvée. Vous réapparaîtrez devant moi quand le temps se sera écoulé. Alors lancez ce sort funèbre, Thanatos, roi des morts. Je l'accepte avec joie. Déclara-t-il confiant.

_ Quelle insolence ! Tu ne crains pas ma condamnation ? Tu n'as pas peur de la mort ? Pas peur de moi ? Très bien. Je peux corriger ça. Je ne vais pas t'ensorceler, cette fin est trop douce pour toi... Je ferai régner la terreur de la mort dans ton corps tout entier. Et à ce moment-là, je viendrai te tuer. »

Après cela, la divinité se volatilisa. Aiolos sut qu'il avait raison, il existait bel et bien un moyen de triompher.

Ils sortirent du château et continuèrent à explorer les alentours, Shun sentit quelqu'un entrer en communication avec lui : c'était son père.

« _ Oh, père... Je... Je...

_ Shun, je vois que tu n'as pas péri et tu vis avec les enfants d'Askr. Bien, continue de t'attirer leurs bonnes grâces. Fais-leur confiance. Obéis-leur. Puis, quand j'en donnerai l'ordre, tue-les.

_ Père... Ils... Ils me traitent bien. Ils sont gentils avec moi... Le roi Aiolos, le prince Aiolia... Je vous en prie... Oubliez tout ça... Laissez-les vivre.

_ Je n'ai que faire de tes souhaits, Shun. Mes ordres sont clairs, et je veux qu'ils soient suivis.

_ Père... Depuis que je les ai rejoints, je fais constamment le même rêve... Un rêve du passé... Des ailes blanches... La chaleur et la vie... Vous aviez un sourire si tendre. Quand... Quand était-ce ?

_ Tu exécuteras mes ordres. Fit-il implacable.

_ Je... Très bien, se résigna le jeune garçon. »

Le groupe marcha à travers les étendues sombres, jusqu'à de nouveau croiser Sisyphe, cette fois-ci accompagné de El Cid. Ces derniers ne les avaient pas remarqués et traversèrent un portail qui ouvrait sur un autre monde. Le groupe les suivit dans l'espoir d'en apprendre plus sur l'ennemi.

Ailleurs

Le groupe se retrouva sur des terres qui leurs étaient familiers, plus ils explorèrent les lieux, plus le paysage leur faisait penser à... Askr. Mais ce n'était pas celui qu'ils connaissaient, c'était un autre Askr... Il existait sûrement d'innombrable versions de leur monde, cependant celui-ci était vide, pas une âme qui y vivait. En poursuivant leur exploration sans rencontrer d'autres personnes, ils en conclurent donc que tout le monde était mort, sans exception, un bien triste constat. Pourtant, les rues, les maisons et même le vent étaient les mêmes, ils avaient l'impression d'être de retour chez eux. Qu'avait-il pu donc se passer ? Les héros visitèrent ce monde à la fois si différent mais si similaire au leur, ils finirent par tomber sur les deux généraux d'Helheim.

« Vous voilà, quoi de plus approprié que de vous voir mourir ici, sur ces terres désolées. Votre heure a sonné. »

Un autre combat débuta, le camp opposé était en supériorité numérique, de plus, Sisyphe et El Cid étaient de redoutables guerriers. Mais grâce à leur travail d'équipe et aux stratégies du jeune roi, ils finirent par prendre le dessus, forçant l'adversaire à se retirer. Il se faisait tard et tous étaient trop fatigués pour les poursuivre, le groupe décida de se réfugier dans la ville pour la nuit.

En arrivant sur la grande place, ils virent d'innombrables fleurs éparpillées un peu partout, ces fleurs avaient une signification particulière : elles rendaient hommage à quelqu'un qui a rendu son dernier soupir. Était-ce là l'œuvre des premiers rois ?

La nuit tombée, ils établirent un camp, Shun remarqua une personne cachée dans l'ombre, il avait reconnu la silhouette de Sisyphe qui s'éloignait à présent.

« _ Attendez, Sisyphe !

_ Que voulez-vous ?

_ Vous... vous savez des choses sur moi, n'est-ce pas ? Dites-moi ce que vous savez, je vous en prie. Je suis proche... si proche de me rappeler de quelque chose d'important. Les fleurs dont vous avez jonché le sol du village... ce sont des offrandes, n'est-ce pas ? Je suis sûr qu'elles me disent quelque chose...

_ Parlez-en à Thanatos. Il effacera ces souvenirs. Tous ces souvenirs...

_ Et pourtant, votre visage est si triste quand vous prononcez ces paroles. Pourquoi ? »

Le jeune prince ne reçut aucune réponse de sa part, le général s'en alla sans un mot de plus.

Quelque chose intriguait Aiolos et le rendait perplexe, il avait l'impression de passer à côté d'un détail. Il était tellement absorbé dans ses pensées, il ne vit pas une flèche volée droit sur lui, heureusement, elle ne toucha pas un point vital, il ne s'était pas attendu à ce qu'on venait l'assassiner ! Le premier roi d'Askr apparut, c'était lui qui avait tiré sur le roi actuel, El Cid aussi sortit de l'ombre, les deux anciens rois avancèrent vers Aiolos. Aiolia se positionna face à son frère pour le protéger, curieusement, les deux opposants ne semblaient pas vouloir lui faire de mal et ça, Aiolos l'avait bien remarqué. Voyant, que le second prince refusait de bouger et les autres rappliquer, ils s'en allèrent de nouveau. Tout ceci le fit réfléchir.

Le lendemain, les gardiens fouillèrent la bibliothèque royale, ils purent apprendre que ce monde était plus ancien que le leur et firent une trouvaille intéressante : un rituel qui permettrait de combattre Thanatos, « Le rituel du cœur est l'unique moyen de vaincre le roi des morts », indiqua un écrit. Mais c'était un rituel risqué : il était dit aussi qu'il pouvait signer leur propre perte. « A chaque battement, il absorbe une vie. La mort s'abattit sur nous en un clin d'œil... La population du pays tout entier fut décimée. Ô puissants dragons d'Askr pardonnez-nous pour ces actions. », apparemment ça serait à cause de ce cœur qu'il n'y avait plus de vie dans ce monde. Alors qu'ils étaient horrifiés par cette idée, l'ennemi les attaqua encore mais cette fois-ci, Aiolos devait mener son enquête.

« _ Vos vrais noms ne sont pas Sisyphe et El Cid, n'est-ce pas ? Je pensais que vous étiez mes ancêtres, comme vous l'avez prétendu. Mais c'est faux, n'est-ce pas ? Non seulement vous connaissez Aiolia, mais en plus vous tenez à lui plus que tout. Vous n'avez pas pu le frapper et vous lui avez offert des fleurs symbolisant la perte d'un être cher... Cela veut dire que vous ne venez pas du passé. De plus, vous pouvez voyager à travers les dimensions, comme la famille royale.

_ Et alors, où voulez-vous en venir ?

_ Donc si tout cela est vrai, vous ne pouvez être que...

_ Taisez-vous ! Lui intimèrent-ils.

_ Vous êtes... Aiolos et Shura. »

Ne supportant plus d'en entendre d'avantage, les deux généraux d'Helheim fuirent.

« _ Aiolos, tu es en train de dire que toi et Sisyphe... êtes la même personne ? Et il en est de même pour Shura et El Cid ?

_ Je pense être dans le vrai. Ce ne sont pas les premiers rois d'Askr. Ce sont les nous... d'un autre Askr. »

Seulement, ils n'avaient pas le temps de les suivre pour leur poser des questions, ils devaient chercher ce cœur, celui d'Angrboða d'après les écrits, et trouver une solution pour l'utiliser sans danger. C'était alors que le moyen apparut clairement à l'esprit d'Aiolos : il ne devait pas exécuter le rituel dans leur monde, en revanche, il avait déjà été fait ici. Cela voulait dire que l'arme devait bien être quelque part dans ce monde ! Les gardiens n'eurent de cesse de le rechercher et finirent par retrouver les deux généraux de Thanatos, devant l'entrée d'un temple.

« _ Aiolos...

_ Sisyphe...

_ Je dois faire un choix entre ton monde... ou le mien.

_ Comment cela ?

_ J'ai réalisé un rituel interdit... cela a coûté la vie à tous les habitants du royaume, et conduit Thanatos à la victoire. Je ne prends pas des vies par plaisir... Je cherche à sauver mon monde. C'est lui qui a tué mon frère... mais il m'a promis de tous les ramener si je travaillais pour lui : lorsqu'un habitant d'un autre monde meurt, un de celui-ci sera sauvé, ce sera comme personne n'était jamais mort... Même Aiolia... »

Il y a quelques mois, ici, en Askr

Ils étaient tous là, dans la forêt en train de fuir et lutter pour leur survie. Malheureusement, Milo et les autres gardiens moururent en essayant de protéger la famille royale, il ne restait plus qu'Aiolos, Aiolia et Shura. Tous affrontèrent Thanatos vaillamment mais ils se faisaient facilement repoussés, ils finirent par se retrouver à terre, épuisés et blessés. Alors que le dieu s'apprêta à faucher l'aîné, le cadet s'interposa et le poussa : « Sauve-toi ! », ont été ses derniers mots avant de se prendre le coup fatal, sous les yeux des deux derniers survirants, assistant impuissamment à la mort de la personne la plus chère à leur cœur.

Retour au présent

« _ Voilà les conditions de mon pacte avec Thanatos. Pour sauver notre monde... je dois décimer le tien.

_ Non ! M'imaginer au service de ce dieu... as-tu perdu l'esprit ?

_ Perdu l'esprit ? Serait-ce possible de ne pas perdre l'esprit ? Tout est de ma faute... en perdant tout le monde et j'ai aussi perdu ma lucidité. Maintenant, préparez-vous à trépasser ! El Cid, je te les laisse, dit-il avant de partir.»

Shura intima aux autres de lui laisser combattre El Cid seul, ils se chargeraient des autres soldats. C'était son autre lui, il devait l'affronter. Alors que les deux bretteurs croisèrent le fer, Shura semblait être dépassé par son adversaire.

« _ Tu es bien naïf de penser pouvoir rivaliser avec moi. Je suis toi mais en plus mature, pauvre fou, je lis en dans tes pensées comme si c'étaient les miennes. Parce que c'est le cas. A présent, accepte ton destin ! Dit-il en donnant un estoc, Shura l'évita mais fut tout de même entaillé.

_ Pourquoi fais-tu cela ?

_ Ha ! Tu oses me le demander ? Pourtant tu le sais aussi bien que moi ! Pour Aiolia... je ferai tout pour le ramener, répondit-il en effectuant un coup de taille, paré par le chevalier d'Askr.

_ Et tu penses vraiment que c'est ce qu'il aurait souhaité ?

_ Tais-toi ! Tu ne peux pas comprendre... le Aiolia de ton monde est encore en vie. Quand je l'ai perdu, mon univers s'est écroulé en même temps... Je n'avais plus aucune raison de vivre... Cependant, ce pacte nous offre une chance de tout réparer avec Aiolos. Alors, hors de question de nous arrêter, nous avons tant sacrifié, nous ne pouvons plus faire marche arrière ! »

El Cid donna plusieurs coups qui furent tous bloqués, créant une ouverture, Shura saisit l'occasion et asséna un coup qui acheva l'autre épéiste.

« _ Aaarg... Comment ?

_ Tu l'as dit toi-même : nous pensons de la même manière, ainsi j'ai pu prévoir tes coups.

_ J'ai échoué... Aiolia... pardonne-moi... El Cid succomba après ces dernières paroles.

_ Shura... Je te promets de tuer Thanatos, en attendant, va retrouver Aiolia. Vous avez sûrement beaucoup de choses à vous dire... »

Le combat prit fin, bien qu'ils fussent ébranlés par ces révélations. Ils devaient aller trouver l'arme, pour vaincre le dieu de la mort une bonne fois pour toute. Ils entrèrent dans le temple mais ne trouvèrent aucune trace du cœur, ils avaient été induits en erreur. Aiolos réfléchit : que ferait-il à la place de Sisyphe ? Oui, maintenait il savait où il se trouvait : au château. Après tout, il était la même personne et par conséquent, pensait de la même manière.

Au château

Sisyphe ressassait le passé.

« _ Prince Shun, devez-vous vraiment retourner auprès de votre père ?

_ Oui il le faut, je vous partagerai toutes les informations que j'aurai. Comme sa localisation ou ses plans de batailles.

_ Mais il doit se douter que vous n'êtes plus de son côté, il pourrait vous torturer... ou pire...

_ Je me moque de ce qui peut m'arriver. Je ne me soucie que de votre avenir. Vous êtes mes amis, et je ne veux pas vous voir souffrir.

_ Je vous remercie mais je ne peux pas vous laisser prendre de tels risques.

_ Pourquoi cela ?

_ Certes, votre aide pourrait nous aider à vaincre Thanatos. Mais je ne suis pas disposé à vous sacrifier pour obtenir la victoire. Quel genre de personne serais-je si j'abandonnais mes amis à leur triste sort ? Je m'y refuse.

_ Prince Aiolos...

_ Ne vous inquiétez pas, tout ira bien. Nous savons comment l'emporter. Tout le monde a un rôle à jouer. Faites-moi confiance. Une fois cette guerre terminée, nous célébrerons notre victoire... ensemble. »

Célébrer ? Ensemble ? Ah, si seulement c'était aussi simple, pensait-il. Mais l'heure n'était plus aux souvenirs, il voyait les gardiens d'Askr approcher, il savait qu'ils viendraient. Un dernier face à face avec son alter-ego. Ce fut un combat opposant deux archers d'élite, les flèches fondirent à toute vitesse à travers le hall, les deux adversaires guettaient la moindre opportunité pour tirer sur l'autre, tout en restant couvert. Aiolos eut une idée, mais celle-ci était risquée. Tant pis, il fallait tenter. Il sortit de sa cachette et courut sans s'arrêter jusqu'à l'autre bout de la salle, forçant Sisyphe à bouger pour le viser, les projectiles l'effleurèrent, manquant de toucher le jeune roi. Sur les derniers mètres, il se jeta en avant pour se protéger derrière un obstacle, une roulade pour se réceptionner, puis il tira une flèche en direction du plafond. Cette dernière sectionna un lustre qui tomba sur le général, s'écrasent sur le sol d'un grand fracas. Une fois la poussière dissipée, il vit son némésis grièvement blessé et paralyser pas le lustre.

« _ Notre combat est terminé. Cessons donc les hostilités.

_ Uarg... Jamais ! Mon combat est éternel. Aiolos... il y a quelque chose que tu ne comprends toujours pas.

_ Qu'est-ce donc ?

_ Le sens du mot « défaite ». Tu vas devoir t'en imprégner. J'y ai goûté, bien plus souvent que je ne l'aurais souhaité. Mais je ne serais plus jamais vaincu, je m'en suis fait la promesse.

_ L'obstination ne te mèneras à rien.

_ C'est ce que tu dis. Mais tu as oublié l'écart de taille entre nos objectifs. Pour l'emporter, tu dois vaincre Thanatos et survivre. De mon côté, je n'ai qu'à t'éliminer. Peu importe si je survis ou non. Ma route vers la victoire est bien plus courte que la tienne, j'y ai mûrement réfléchi. Depuis la destruction de mon monde et mon contrat avec le dieu, je savais que j'aurais eu à te combattre un jour. Ici, à l'intérieur de ce château. Oui, j'y ai longuement réfléchi, et j'ai eu tout le loisir d'y poser des pièges.

_ Quoi ? Fuyez ! Immédiatement ! Quittez les lieux !

_ Oh, mais il est déjà trop tard. Gardiens d'Askr... Lorsque ce château s'effondrera sur vous, il deviendra votre tombeau. »

Le sol trembla et céda, Sisyphe réussit à s'extirper des débris et fuya, les héros tombèrent, ensevelis sous les décombres. Mais une personne y échappa grâce à Milo qui eut le temps d'attraper Aiolia et le jeter sur Lesath qui s'était envolé. Le voilà à présent posé à terre par le pégase.

« _ Argh... ça fait mal ! Se plaignit-il.

_ Aiolia ? Non... mon frère a été tué... Thanatos l'a tué. Tu n'es... qu'une illusion.

_ Tu... tu es vraiment mon frère, n'est-ce pas ?

_ Oh... Tu es le Aiolia de l'autre monde.

_ En effet.

_ Tu ne comptes pas à mes yeux, je peux t'éliminer sans ciller. Mais que dirait mon frère, s'il était présent ? « Ça suffit, Aiolos ! », très clairement. « Si tu dois faire du mal à ces gens pour me ramener... » Il ne serait pas d'accord...

_ Sisyphe...

_ Aiolia... Ai-je tort ?

_ Je suis désolé mais je ne peux pas savoir ce que Aiolia dirait. Je ne le connais pas... Tu le connais sûrement mieux que quiconque.

_ Moi ?

_ Oui. Tout comme je connais mon frère... Il est gentil et me connaît mieux que moi-même... Tu connais déjà la réponse à ta question. Tu sais ce que Aiolia penserait de tout ça.

_ Tu... tu as raison. Je l'ai toujours su, en réalité... J'ai juste choisi de l'ignorer...

_ Aiolos... murmura le cadet peiné.

_ Aiolia ! Ça va ? Intervint une troisième personne.

_ Aiolos ! C'est toi ! Et je vois les autres arriver aussi.

_ Oh. Aiolos... tu as survécu. Tu... tu as pu anticiper mon piège et tu t'en es sorti.

_ Je n'en étais pas certain, mais j'avais une idée de ce que tu pourrais faire. Nous sommes la même personne après tout.

_ Tu peux continuer de fuir la mort, mais tu finiras par périr. Tous les vivants rejoindront bientôt Helheim. En attendant, je vais commencer par toi. L'un de nous doit mourir, c'est la seule issue possible.

_ Je t'en prie, pense à ce que ton frère voudrait que tu fasses, à la voie qu'il souhaiterait te voir emprunter, essaya le prince de le persuader.

_ C'est trop tard. Cette voie n'est plus pour moi... Passons aux choses sérieuses. Je suis Sisyphe, général du royaume de Helheim. Et je compte vous anéantir avec mon arc Sökkvabekkr, aujourd'hui. »

Il banda son arc puis tira une flèche obscure sur le groupe. Le roi actuel contre-carra avec sa propre flèche de lumière avec toute la puissance de Fólkvangr. Les deux attaques rentèrent en collision, elles avaient l'air d'être à force égale. Seulement, celle du roi s'alimentait des espoirs de chacun, tandis que celle de l'ennemi, tirait sa force du désespoir, la foi des gardiens leur permirent de prendre l'ascendant, la traînée de lumière perça les ténèbres et toucha Sisyphe en plein cœur.

« _ Aaaarg ! C'est... la fin, alors ?

_ … Je n'ai pas pu te sauver... Je suis désolé.

_ Pourquoi t'excuses-tu, Aiolos ? C'est inutile. Tu as gagné. J'étais rongé par la folie, cela a mené à ma perte... Mais toi, tu es resté le même. Aiolia, les habitants d'Askr, et même mes amis... Je n'ai pu sauver personne. Le chagrin m'a brisé. Dans ton monde, ils sont encore vivants. Cette idée pourra peut-être m'apporter un peu de réconfort... S'il te plaît, assure un meilleur avenir à ton Askr.

_ … Nous sommes la même personne au final et nos situations auraient très bien pu être inversées... Le moins que je puisse faire c'est de protéger le royaume et ses habitants. Je t'en fais la promesse. Mais avant cela... je dois éliminer la source de toute cette souffrance. »

Sisyphe succomba, laissant son arme, c'était celle qu'ils cherchaient. On aurait dit une réplique de Bilskirnir, cela signifie que le pouvoir du rituel avait été confié à Aiolia. Cependant, comme ce dernier avait péri dans ce royaume, personne ne pouvait l'utiliser, c'est pour cela que le général la gardait au près de lui, comme un souvenir auquel il se raccrochait. Il était temps de retourner au royaume des morts pour mettre fin au cauchemar façonné par Thanatos. Aiolos confia l'arme à son cadet, il était le seul qui fût capable de la manier.

Helheim

Le prince des morts fut à nouveau contacté par le roi :

« _ Le moment est venu, Shun. Tue Aiolia, c'est leur pièce maîtresse.

_ Non, je vous en supplie...

_ C'est un ordre, Shun !

_ … Père, je me suis remis à rêver de vous. Seulement... Mes songes sont flous. Je ne parviens pas à bien m'en souvenir au réveil...

_ Reviens me voir après avoir accompli ma volonté, et je te révèlerai tout ce dont tu ne parviens pas à te souvenir.

_ Je n'ai...

_ Tu n'as quoi ? Pas envie de m'obéir ? Tes désirs sont sans importance, tu ne peux pas t'opposer à moi. Ton existence dépend de mon bon vouloir. Ton âme est marquée par une agonie éternelle. Obéis !

_ … Oui, père... »

Il les mena à nouveau jusqu'au château, l'arme devrait pouvoir venir à bout de leur ennemi. Ils devaient gagner ! En chemin, la mémoire de Shun semblait lui revenir, en entendant le discours des gardiens... c'était le même...

« _ Nous nous apprêtons à vaincre Thanatos. Ce sera l'ultime bataille, avait déclaré Aiolos.

_ Non... vous ne devez pas... vous n'avez aucune chance contre lui...

_ Ayez foi en nous, une fois que tout ceci sera fini. Vous pourrez venir en Askr avec nous. »

Le prince Aiolia avait après été tué par son père. Et le roi Aiolos avait passé un marché pour le ramener à la vie. Il n'avait pas pu les empêcher...

Alors qu'ils s'approchaient du château, Shun demanda au second prince une entrevue en privé avec lui. Il avait besoin de se confier à lui.

« Je sais que c'est très soudain, mais... J'ai une tâche à accomplir... et pour cela, nous devons être seuls. C'est difficile pour moi d'en parler et je n'ai pas envie de le faire. Vous voyez, il s'agit d'une chose que mon père m'a ordonné de faire. Il veut votre mort. Toute résistance est vaine. Nous le savons tous les deux. Je regrette vraiment de devoir le faire. Vous avez toujours été si gentil avec moi... Adieu, Aiolia... », il sortit Forseti et attaqua.

Shun arriva seul devant Thanatos.

« _ Est-ce fait ?

_ Oui, père. J'ai exécuté vos ordres.

_ Excellent, à présent, plus personne n'est assez puissant pour s'opposer à moi. Je n'ai plus besoin de tes services, Shun. Je vais donc aspirer la vie qui subsiste en toi.

_ Père, je vous en supplie, tenez au moins la promesse que vous m'avez faite. Vous aviez promis de me révéler le sens caché de mes rêves. Et la raison pour laquelle je parviens à peine à me souvenir de nous, ailés et tout de blanc vêtu ?

_ Ce n'est pas moi que tu vois, mais ton véritable père.

_ Je ne comprends pas...

_ Tes parents venaient d'une lignée royale, bénie par le dragon de la vie. Je les ai assassinés quand tu étais tout petit, et t'ai pris avec moi.

_ Père...

_ Puis j'ai effacé tes souvenirs, et t'ai fait croire que tu étais mon fils.

_ Pourquoi avez-vous fait une chose pareille ?

_ Pour te rendre docile. Rien ne vaut la confiance aveugle que voue un enfant à ses parents. Tu étais si heureux de m'obéir que tu n'as pas bronché lorsque je me nourrissais de ton essence vitale.

_ … Vous m'avez dupé !

_ Eh oui, mais cela n'a plus d'importance, car ta vie est sur le point de prendre fin.

_ Il vivra une existence bien plus longue que vous ne semblez le croire, annonça une troisième voix.

_ Toi ? Comment es-tu arrivé ici, Aiolos ? C'est à cause de toi, n'est-ce pas, Shun ? Mais comment ? J'ai gravé ma volonté en toi, tu ne peux pas te rebeller !

_ Je ne pense pas que le dieu de la mort puisse comprendre ceux dont le cœur bat encore. En réalité, Shun travaillait avec nous. Il nous faisait confiance. Aiolia n'a jamais couru le moindre danger ! Le pouvoir de vous vaincre n'a jamais disparu.

_ Le problème avec la vie, Aiolos, c'est qu'elle est si fragile elle peut disparaître si facilement.

_ Vous avez fait tant de mal, à Shun et aux habitants des autres mondes. Votre existence même souille l'univers.

_ Ainsi vont les choses. Tu qualifies la mort de maléfique, mais elle simplement un fait. Tant que les mortels restent en vie, ils se battent pour survivre. Pourtant, la mort est inéluctable. Ton trépas renforcera mon pouvoir, tout comme celui de ton alter-ego juste avant.

_ J'ai fait une promesse à mon autre moi, et j'entends bien la tenir aujourd'hui... C'est la fin, en garde ! »

Pour la première fois de sa vie, Shun se sentit bien malgré le choc qu'il avait reçu. Il était prêt à affronter Thanatos ! Il invoqua Forseti et assaillit son bourreau de toujours. Celui-ci dévia aisément les chaînes, Shura et Milo attaquèrent ensembles juste derrière. Ils firent mouche mais cela n'égratignait pas le dieu, Shun revient à la charge, faisant tournoyer Forseti autour de sa cible. Thanatos para tous ses offensives mais le jeune prince ne se laissa pas abattre et continua à l'attaquer sans répit.

Voyant qu'on ne le laisserait pas tranquille, Thanatos se mit à disparaître, Aiolia devait vite lui porter le coup de grâce ! Avant qu'il ne pût s'échapper, Shun l'attrapa à l'aide de sa chaîne, l'emprisonnant. C'était le moment ! Le second prince lui planta l'arme profondément dans sa chair !

« _ C'est donc ça, la mort ? L'incantation de la mort peut-il vraiment mourir ?

_ Père !

_ Stupide enfant, je te l'ai déjà dit, je n'ai jamais été ton père...

_ Mais si, je m'en souviens. Vous me serriez dans vos bras quand j'étais enfant. Et vous m'embrassiez. Ces bras tendres n'étaient pas ceux de mon vrai père, Thanatos, mais les vôtres.

_ Je ne faisais qu'imiter ton véritable père... Pour mieux te contrôler...

_ Cela m'est égal, je...

_ Pourquoi me regarde-tu ainsi ?

_ Parce que je suis triste.

_ Ma mort... te rend triste ? S'étonna-t-il.

_ Oui. Même si je n'étais pas votre fils à vos yeux... Vous étiez ma seule famille. Vous... serez toujours mon père. Au revoir, père... »

C'était enfin fini... ils l'ont anéanti, ils avaient surpassé la mort ! Ils pouvaient enfin rentrer chez eux.

Ailleurs, dans un autre monde

Sisyphe fit un rêve merveilleux : celui où lui et ses amis auraient triomphé de Thanatos, et où ils vivraient heureux. Mais était-ce vraiment un rêve ? On aurait plus dit une vision, après tout, il existe une infinité de mondes. Peut-être que l'un d'entre eux avait réellement réussi à accomplir ce miracle ? Cette idée le réconfortait. Il souhait cet avenir radieux pour son autre lui.


Un chapitre relativement long qui j'espère plaira. Ce n'était pas le plus marrant mais le registre changera par la suite.

Lexique :

_ Angrboða : une géante de glace qui serait la mère de Hel, une déesse de la mort

_ Baldr : dieu de la lumière, de la beauté, de la jeunesse et de l'amour

_ Forseti : dieu de la justice et de la réconciliation, fils de Baldr et Nanna (preuve du lien entre Aphrodite et Shun ? Complètement XD)

_ Helheim : le domaine des morts

_ Jötunn : des géants à la force colossale

_ Sökkvabekkr : résidence de la déesse Sága