Et voici la dernière partie... de l'histoire principale ! La trame est un peu sombre et tragique mais pas d'inquiétude, le prochain chapitre sur les annexes (et du coup l'épilogue) sera plus joyeux.

Il risque aussi d'y avoir pas mal de répétitions dans ce chapitre aussi, je préviens en avance.

Cette fois-ci, c'est pour les défis :
2. Personnages qu'on voit rarement ensemble (Myu et Aiolos)

3. Utiliser la fiche d'inscription d'un.e participant.e (fiche de Papaya Corrompue : couple Aiolos/Myu et les mots "amour", "délice" et "orgue")

Bonne lecture.

Disclaimer : Les personnages et l'univers ne m'appartiennent pas.


Réalité onirique

Après toutes les épreuves endurées dernièrement, Askr connut une période de calme bien méritée. Cela avait permis à Aiolos, récemment couronné, de s'habituer à ses nouvelles fonctions. Désormais, en plus d'être à la tête des gardiens d'Askr, il devait diriger tout un pays. Heureusement, Aiolia, Shura et Milo étaient là pour l'aider, ils lui facilitèrent grandement la vie, le roi leur en était infiniment reconnaissant. Le royaume connut jusqu'à présent des jours paisibles, sous le règne du nouveau souverain. Cependant, cette tranquillité ne pouvait pas durer éternellement.

Par une belle nuit étoilée, une aurore boréale apparut dans le ciel, un spectacle somme toute enchanteur. Des lumières provenant de la ville s'envolèrent vers la voûte céleste. Quelques temps après cela, un phénomène étrange se produisit : les habitants du royaume semblaient victime d'un sommeil de plomb. Alors que les villages étaient d'ordinaire animés, tout y était calme, les villageois n'étaient pas partis : ils étaient tous endormis. Personne n'avait pu les sortir de leur léthargie, les appeler ou les secouer ne fonctionnait pas. Ils dormaient sans interruption, de jour comme de nuit. Ils étaient encore en vie mais ils avaient l'air de souffrir, se battant contre des fantômes invisibles, comme dans un cauchemar. Odysseus, le médecin légendaire, demeura aussi impuissant face à ce phénomène. Les gardiens d'Askr décidèrent d'aller enquêter sur place.

Mais une fois arrivés sur place, les gardiens sentirent leurs paupières s'alourdir, ils avaient une irrésistible envie de fermer les yeux. Non... ils devaient rester éveillés... ne pas... s'endormir...

Aiolos rouvrir subitement les yeux ! Que s'était-il passé ? Puis il s'aperçut qu'il était dans le château en compagnie de son père, Kaiser.

« _ Eh bien Aiolos, que t'arrive-t-il ? Tout va bien ?

_ … Père ?

_ Aiolos ! Intervint une troisième personne, c'était Aiolia. Dépêche-toi ! Nous allons bientôt partir !

_ Oh, oui oui j'arrive.

_ Prince Aiolos, heureux de vous revoir, dit une autre personne. Je vous accompagne.

_ … Saga ? Vous êtes de retour ? Mais... je n'arrive pas à me rappeler... Quand est-ce que vous êtes revenu ? Et vous nous... aider ?

_ Vous aider ? Non, pourquoi suis-je revenu déjà ? Ah oui... Pour tuer la famille royale d'Askr. »

Le dragon attaqua le roi et le tua, sous le regard horrifié et confus du prince. Saga revient à la charge mais cette fois-ci, c'était lui la cible, alors qu'il allait se faire tuer, une lumière apparut.

« Les rêves sont le repos de l'être humain, ils représentent aussi leurs espoirs. », une voix retentit. Qui avait parlé ? La lumière s'intensifia, éblouissant les alentours.

Quand elle disparut, le château, Saga et les autres s'étaient évaporés aussi, laissant place à un paysage éclairé, coloré et rempli de fleurs. Devant Aiolos, se trouvait un jeune homme portant une tenue sophistiquée, enluminée et aérienne, il possédait un bracelet fait de fleurs, ainsi qu'une paire d'ailes lumineuses de papillon, grâce auxquelles il volait. Le roi d'Askr était subjugué par cet être qui semblait éthéré.

« _ Qui êtes-vous ? Et où sommes-nous ?

_ Bonjour étranger, je me nomme Myu, je suis un elfe de lumière et nous sommes actuellement en Ljösalfheim, le royaume des rêves.

_ Le royaume des rêves ? Des elfes de lumière ? Mais... j'étais en Askr, il n'y a même pas deux minutes. Qu'est-ce qui s'est passé ?

_ Vous êtes confus, je vais tenter de vous éclairer : vous vous êtes endormi, c'est pour cela que vous êtes ici. Mais avant que je ne vous trouve, vous étiez en train de faire un cauchemar, je l'ai chassé et vous voilà à nouveau en train de rêver normalement.

_ Je... suis en plein rêve ?

_ C'est exact, la seule façon pour les mortels de venir en Ljösalfheim, c'est de rêver. Mais vous les mortels adultes, vous avez oublié ce que c'était de rêver. Face à la réalité, il vous faut rester concentrer sinon vous ne survivez pas longtemps.

_ Mmh... je me souviens maintenant... Oui... Tout le monde s'endormait. Et ensuite, je suis arrivé ici. Mais où sont les autres ?

_ Aiolos ! L'interpela un homme, c'était Aiolia qui accourait vers lui.

_ Ah vous voilà ! Quel est cet endroit ? L'interrogea Shura.

_ Je ne suis pas sûr. Mais je suis content de vous voir tous les deux.

_ Est-ce que l'un de vous a vu Milo ?

_ Où pourrait...

_ J'ai bien peur que le cauchemar ait capturé votre amie... Voilà qui est embêtant, nous devons vite nous en occuper. Par ici, suivez-moi.

_ Attendez une minute ! Pourquoi devrions-nous vous faire confiance ? Demanda Shura sur ses gardes.

_ Le temps presse, je vous expliquerai en chemin, pour l'heure, hâtons-nous.

_ Je pense que nous pouvons lui faire confiance. Allons-y. »

Royaume de Ljösalfheim

Myu se présenta aux deux autres gardiens, et leur expliqua que Ljösalfheim était un monde crée à partir des rêves plaisants et agréables des mortels. Un univers qui enveloppait l'esprit comme une couverture toute douce, un monde idéal rempli de quiétude et de délices voluptueuses. Cependant, depuis quelques temps, le pays était envahi par des soldats crées à partir des pensées anxieuses et terrifiantes. Ils devaient les affronter pour avancer.

Bien qu'ils arrivassent à repousser l'ennemi, ils ne virent aucune trace de leur commandante. L'elfe de lumière eut une idée, peut-être que s'ils faisaient un vœu, il se réaliserait. Après tout, ils étaient au pays des songes donc les vœux pourraient devenir réalité. Tout était possible ici, d'après lui. Ils n'avaient rien à perdre, autant tenter, ils fermèrent les yeux et prièrent : « Nous souhaitons... que notre amie Milo soit ici ! ».

Même si la demande fut authentique et sincère, cela n'avait pas fonctionné. C'était sûrement dû à la perte de leur innocence, en déduisit Myu, leurs cœurs ne pouvaient pas accepter qu'un vœu pût façonner la réalité... Ils devaient trouver un autre moyen. L'elfe leur proposa d'aller rendre visite au roi des rêves, Morphée. Il pourrait peut-être les aider, le papillon leur montra la démarche à suivre : ils devaient s'endormir, oui dormir et rêver dans un rêve, le palais du roi n'était qu'accessible de cette manière. « Ne vous prenez pas la tête et détendez-vous, vous parviendrez ainsi à trouver le sommeil », leur conseilla le papillon. Bien que Shura et Aiolia fussent méfiants envers l'elfe, contrairement à Aiolos, ils n'eurent d'autre choix que d'obtempérer, épuisés par les combats et tout ce qu'ils venaient d'apprendre, ils sombrèrent vite. Le roi d'Askr ne tarda pas à les rejoindre, mais quelque chose le tracassait : il avait l'impression d'oublier quelque chose d'important, et cet elfe de lumière... il lui semblait curieusement familier... Il ne put penser davantage, et s'endormit à son tour. Le papillon était satisfait, ces mortels semblaient sceptiques vis-à-vis du pays et de lui, mais bientôt ils n'auraient plus de doute. Myu était un elfe de lumière qui apportait de doux rêves aux êtres humains, il appréciait les mortels même s'ils avaient des défauts, même s'ils finissaient par grandir et oublier les rêves. Il serait toujours là pour leur apporter du réconfort, et ça ne serait pas le pays des cauchemars qu'il allait l'en empêcher. A son tour, à présent de s'assoupir.

Palais du roi Morphée

Quand les gardiens ouvrirent les yeux, ils remarquèrent qu'ils étaient, maintenant, dans une grande salle avec de grands vitraux colorés, toutes sortes de fleurs et de lueurs qui s'élevaient dans les airs. Myu leur annonça qu'ils situés dans le royaume des intra-rêves, dans la demeure de Morphée. Il leur présenta son roi, celui-ci avait une apparence humaine : celle d'un homme aux longs cheveux châtain clair, portant une grande tunique blanche avec des broderies dorées et des motifs bariolés, ainsi qu'une majestueuse paire d'ailes de papillon. Il dégageait une telle prestance que les gardiens en furent ébahis. Le roi semblait plonger dans un profond sommeil.

« _ C'est normal, après tout, sa vie est dédiée aux songes. Leur expliqua Myu.

_ Peut-être... mais doit-on le réveiller ? J'aimerais lui parler.

_ C'est inutile, jeune mortel. Lui répondit le roi, toujours endormi.

_ Il... il peut parler dans son sommeil ? Fit Shura surpris.

_ A l'intérieur des rêves, tout est possible. Mais vous êtes venus avec une question, alors je vais vous répondre. Pour pouvoir quitter ce rêve, vous aurez besoin de ceci.

_ Un cor ?

_ Il s'agit du cor de Gullinkambi. Le son qu'il produit devrait vous tirer de votre sommeil. Pensez à votre monde, puis sonnez du cor. Si vous faites cela, vous parviendrez à réveiller toutes les personnes de votre choix.

_ Très bien, dépêchons-nous d'agir, se hâta Aiolia.

_ Attendez... Ce n'est ni le moment, ni l'endroit pour utiliser le cor. Des elfes des ténèbres se sont introduits en Ljösalfheim. Leur présence est néfaste, vous devez vous occuper d'eux pour utiliser cet instrument. Celui-ci ne peut résonner qu'en Ljösalfheim de toute façon, vous n'avez donc pas le choix. Myu peut vous guider

_ Très bien, Votre Majesté. Comme je suis un elfe de lumière, je connais très bien Ljösalfheim. Nous allons chasser les elfes des ténèbres qui sont venus polluer notre royaume avec des cauchemars.

_ Je vous remercie, Votre Majesté. J'ai une dernière chose à vous demander. C'est à propos de notre amie...

_ Ah oui, bien sûr. Vous souhaitez savoir où se trouve Milo. Malheureusement, je suis dans l'incapacité de vous répondre.

_ V-vraiment ? Même vous, vous l'ignorez...

_ Certaines choses me dépassent... La localisation de votre amie est un mystère pour moi... Mais ne vous inquiétez pas, faites ce que vous à faire... Je pense que vous pourrez tous rentrer chez vous, y compris Milo.

_ Nous savons ce qu'il nous reste à faire alors. Conclut Shura. »

Ljösalfheim

De retour au pays des rêves, ils ne perdirent pas une minute et se mirent à la recherche de l'envahisseur. Ce monde était bien étrange, les gardiens avaient l'impression qu'il n'avait ni queue, ni tête : les chemins se croisaient, s'arrêtaient à des endroits improbables, le paysage changeait d'une minute à l'autre. Seul le papillon ne semblait pas confus par tout cela. En chemin, Le roi crut voir la commandante au loin, juste le temps d'un battement de cil et elle disparut. Avait-il halluciné ? Ils devaient vite s'en aller de ce monde déroutant, avant qu'ils ne finissent par devenir fous ! Myu était tout de même un être curieux qui aimait apprendre de nouvelles choses, ils voulaient en apprendre davantage sur eux. Aiolos se fit un plaisir de parler de sa contrée et de leurs aventures, le récit était tellement prenant, que le papillon pouvait sans peine imaginer les mondes qu'ils avaient visités, et les combats épiques qu'ils avaient dû mener. D'un côté, il les enviait un peu : lui était resté toute sa vie ici, il ne pouvait pas quitter ce royaume, ni exister en dehors des songes. Mais l'imagination et l'onirisme des mortels, le faisait en quelque sorte voyager sans quitter son monde. Même si la situation était critique, Myu ne s'était jamais autant diverti ! Il avait l'impression de vraiment faire partie d'un groupe d'aventuriers héroïques, comme dans l'imaginaire des enfants ! Il avait l'habitude de jouer avec les enfants, cependant, combattre aux côtés des gardiens d'Askr était bien plus gratifiant et amusant. De plus, Aiolos était un humain vraiment captivant, il dégageait une telle noblesse, une prestance digne d'un prince de conte de fée mais en vrai !

Le groupe trouva finalement l'ennemi après plusieurs heures de recherche. A la tête des troupes obscures, se trouvaient un elfe des ténèbres. Cependant, les héros d'Askr furent déstabilisés par ce qu'ils virent : Milo était là parmi eux ! Elle avait l'air... inerte, comme si elle était profondément assoupie. L'elfe profita de leur surprise pour leur lancer un sort qui les endormit.

« _ C'est vous qui libérez les cauchemars en Ljösalfheim ! Devina Myu.

_ Huhuhu ! Eh oui ! Je suis Phantasos, l'elfe des rêves indécents.

_ Je vais vous faire passer l'envie de polluer l'esprit de ces personnes avec ses immondices. Laissez-les se réveiller et reprendre le cours de leur vie.

_ Je suis désolé mais c'est trop tard. Le rêve est déjà profondément ancré en eux et les obnubile complètement. Et ce sera bientôt votre tour ! »

Phantasos attaqua directement le papillon qui ne se laissa pas faire, Myu évita habilement l'assaut et riposta en invoquant une vague de papillon lumineux avec Urðr, le livre des songes. L'attaque frappa l'elfe sombre de plein fouet, ainsi que tous les autres soldats, le papillon ne lui laissa pas un instant de répit, et invoqua un deuxième essaim qui fit encore mouche. Phantasos était maintenant grandement affaiblit, il dût battre en retraite pour aller retrouver son allié, assurant que la prochaine fois, ça ne se passerait pas comme ça.

L'enchantement fut brisé et les gardiens purent se réveiller pour le plus grand soulagement de Myu, néanmoins, le fait de savoir que Milo était entre les mains de l'ennemi, les inquiétait. Ils espéraient qu'elle allât bien, ils devaient vite repousser les elfes sombres du pays et utiliser Gullinkambi !

L'elfe de lumière avait le pouvoir de détecter les mauvais rêves, les héros n'eurent d'autres choix que de le suivre, la logique de ce monde les dépassait. Aiolos observa l'elfe voler avec grâce, tout était beau chez lui, de sa personnalité à ses manières. Étrangement, il se sentait à l'aise en sa présence, comme s'il lui faisait oublier ses soucis... comme... une personne dont il n'arrivait pas à se souvenir... Le roi ne put s'empêcher de remarquer à quel point Myu était à la fois mystérieux et intriguant, il ne savait pas pourquoi mais il sentait qu'il pouvait lui faire confiance. Il sentait que le papillon était bienveillant et sincère, il devait avouer qu'il dégageait une telle aura mystique, il avait l'impression de côtoyer un être irréel... A moins... que ce fût le cas ?

Myu les mena jusqu'à la porte de Ljösalfheim, il remarqua que celle-ci était connectée à un autre monde : celui des cauchemars, Svartalfheim ! C'était pour cela qu'ils apparaissaient ici !

« _ Vous voilà enfin, Myu, elfe du doux rêve. Dit une nouvelle personne, c'était le deuxième elfe des ténèbres.

_ Qui êtes-vous ? Est-ce vous qui êtes derrière les mauvais rêves dont la populations d'Askr est victime ?

_ Je suis Ikelos, l'âcre des cauchemars. Vous et moi... sommes le revers d'une même médaille.

_ Il est temps que vous cessiez vos activités. Partez d'ici et libérez les victimes de votre emprise.

_ C'est impossible. Mais dites-moi... s'il vous arrivait malheur, le cauchemar deviendrait-il la nouvelle réalité des mortels ? »

Ikelos ordonna à ses troupes de les attaquer, les trois gardiens étaient prêts à les terrasser. Myu se retrouva donc face à face avec l'elfe noir, qui fit apparaître des ronces sombres pour l'emprisonner. Le papillon réussit tout de même à les éviter mais Ikelos ne le laissa pas s'échapper aussi facilement : il lança ses attaques en continu. L'elfe de lumière riposta avec sa propre magie, des papillons et des sphères lumineuses sortirent du livre des songes. Les deux magies s'entrechoquèrent et s'annulèrent, alors que l'ennemi allait de nouveau attaquer, une flèche le frôla : Aiolos et les autres en avaient fini avec les sbires.

A quatre contre un, il n'avait aucune chance, l'elfe noir n'eut d'autre choix que de fuir, les héros avaient triomphé !

« _ Voilà une bonne chose de faite. Allez-y, utilisez le cor ici, de cette manière, tous les cauchemars disparaîtront et Svartalfheim ne sera plus relie à ce monde. Cela vous permettra de vous réveiller.

_ Très bien, je vais essayer. Au nom du roi Morphée, Gullinkambi réveillez les habitants d'Askr. Aiolos sonna le cor.

_ Ça fonctionne, je sens les présences maléfiques disparaître. C'est un peu triste... L'heure des adieux est proche.

_ Tout va bien Myu ? Demanda l'archer.

_ C'est juste que le rêve touche à sa fin. Une fois éveillés, vous oublierez ce pays, les elfes de lumière... et vous m'oublierez...

_ Oh... nous devons nous dire adieu ? Fit-il peiné.

_ Je suis désolé, merci pour ces moments passés avec vous. Je veillerai sur chacun d'entre vous... Et peut-être un jour...

_ Myu ! Nous... Nous reverrons un jour dans un rêve. Promit Aiolos avant de disparaître. »

Les gardiens d'Askr s'étaient maintenant volatilisés, Myu se retrouva seul, ils allaient lui manquer... en particulier Aiolos, il avait été si sympathique avec lui... C'était un humain admirable. Morphée apparut, tout à coup, en Ljösalfheim.

« _ Le cor a été sonné, ils ont donc réussi...

_ Bonjour, Morphée. Dit un nouvel arrivant.

_ Vous... que faites-vous ici ?

_ Allons Morphée, est-ce ainsi une façon de t'adresser à ton père ?

_ Je réitère ma question : que faîtes-vous en Ljösalfheim ?

_ Je suis venu pour te chercher, joins-toi à moi, viens avec moi en Svartalfheim.

_ … Je ne peux pas, si je faisais cela, vous envahiriez l'esprit des êtres vivants avec vos cauchemars.

_ C'est très probable, mais si c'était le cas, ce serait de leur faute.

_ Je ne suis pas d'accord avec vous, père. Tout être vivant doit être traité avec considérations, même les mortels.

_ Ta façon de voir les choses m'écœure. Et ta compassion envers les humains ne fait que renforcer mon courroux. Tu leur as même donné Gullinkambi, ce qui te laisse sans défense face à moi... Hmm... Tu n'aurais jamais dû faire cela. A présent, tu ne peux plus rien faire pour eux, je ne laisserai pas des animaux qui peuvent à peine contrôler leurs instincts primaires, impunis. Ils payeront pour ce qu'ils ont fait...

_ Père, écoutez-moi...

_ Ikelos, Phantasos... Saisissez-le.

_ Oui, Seigneur Hypnos.

_ Maudits mortels... Maintenant que le cor a résonné, ils ne devraient plus tarder à se réveiller... Mais qu'à cela ne tienne, ils découvriront que le cauchemar les a suivis malgré leur réveil. Une terrible souffrance... Voilà ce qui attend ceux qui ont osé tuer mon frère ! »

Royaume d'Askr

Aiolos émergea doucement, en regardant autour de lui, il se rendit compte qu'il était allongé au sol, dans un village. Que s'était-il passé ? Puis il vit Aiolia et Shura reprendre conscience aussi, ils s'étaient tous endormis soudainement, pas très flatteur comme image pour les gardiens d'Askr. A en juger par la position du Soleil, ils s'étaient assoupis un court instant, néanmoins, ils avaient l'impression d'avoir longtemps rêvé, d'avoir vécu une grande aventure sans pour autant en avoir souvenir. D'ailleurs... il manquait une personne à l'appel, nota Aiolos.

« _ Où est Milo ? Demanda-t-il.

_ Je crois que tu n'es pas bien réveillé, Aiolos. Nous ne connaissons pas de Milo, répondit le prince.

_ Ce n'est pas le moment de plaisanter, Aiolia, le sermonna-t-il. Nous avons combattu maintes fois avec elle à nos côtés...

_ Ne serais-tu pas en train de confondre rêve et réalité, Aiolos ? Milo était le prénom d'une chevalier pégase légendaire, n'est-ce pas ? Ces fables sont si anciennes que les personnes qu'elles mentionnent ont disparu depuis longtemps... Cela ne peut être qu'un rêve. Énonça Shura.

_ Rien est impossible, si une guerrière est déjà venue d'un autre monde, cela peut se reproduire.

_ … Vous n'êtes pas sérieux tous les deux, n'est-ce pas ?

_ Pourquoi ne le serions-nous pas ? Tu es sûr que ça va ?

_ Cet étrange perte de conscience est peut-être à l'origine de ce rêve...

_ Non. Je refuse d'y croire... Mais... je suis le seul à me souvenir, alors peut-être que mon rêve était si intense que je l'ai pris pour la réalité. Non, impossible après tout ce temps passé sur le champ de bataille avec elle... Mais qu'est-ce qui se passe ici ? »

Ils virent des troupes ennemies approcher au loin. Mais cet emblème... C'était... Surt ? Comment était-ce possible ?! Non c'était un cauchemar ! Il était revenu après toutes les épreuves qu'ils avaient subies pour le terrasser !

Alors qu'ils étaient en train de vaillamment lutter contre le tyran, celui-ci s'évapora en un instant, comme s'il n'était qu'une illusion... C'était à cet instant que Aiolos se remémora les derniers événements : des cauchemars envahissaient leurs songes... Saga s'était également volatilisé lorsqu'il l'avait affronté. C'était insensé... le cauchemar était venu déformer la réalité...

Les gardiens reçurent un rapport : apparemment, la population des différents villages de la région commençait à se réveiller. Avait-il accompli leur mission ? Non, pas encore. Des ennemis continuaient à apparaître de façon imprévisible...

Les gardiens durent combattre des fantômes du passé des jours durant. Rien n'expliquait cet étrange phénomène, ils ne trouvèrent aucune solution pour y remédier... Ces chimères auraient-elle raison d'eux ? Était-ce la fin de leur monde ?

En explorant une région reculée, ils rencontrèrent une personne qui semblait se faire attaquer. Épris de justice, ils vinrent à sa rescousse, l'aidant à abattre l'ennemi. Une fois sauvé, Aiolos fut stupéfait de voir cet inconnu en Askr.

« _ Merci de m'avoir aidé, je m'appelle...

_ Myu... C'est bien ça ?

_ Co... comment ? Vous vous souvenez de moi ? Comme c'est étrange. D'habitude, quand vous autres humains vous réveillez, normalement vous oubliez complètement les rêves...

_ Aiolos, tu... le connais ? Questionna Aiolia.

_ Oui... Il vient... Ah, c'est vrai. J'ai un service à vous demander, Myu.

_ De quoi s'agit-il ?

_ Lors de notre première rencontre, vous avez dissipé mes cauchemars... Pourriez-vous faire la même chose avec cette nouvelle vague de mauvais rêve qui nous envahit ?

_ Eh bien, je peux essayer. Mais je risque d'avoir un peu de mal à dissiper les plus puissants à moi seul.

_ Merci... Au fait, que faîtes-vous ici ? C'est étrange, vous ne pouviez pas quitter votre royaume, non ?

_ Eh bien... il semblerait qu'une anomalie dimensionnelle ait permis une sorte de fusion entre la réalité et l'onirisme. C'est pour cela que je peux apparaître ici.

_ Oh je vois... Cela explique aussi la présence de cauchemars... »

Myu se concentra et utilisa ses pouvoirs pour purifier toute la zone des hantises. Cela eut un effet sur les deux autres gardiens qui semblaient, tout à coup, avoir une illumination.

« _ Ah ! Je... je me souviens maintenant... Comment ai-je pu oublier Milo ! S'horrifia le prince.

_ Oui... ma mémoire me revient... Milo est notre commandante et une amie très chère. Renchérit le chevalier.

_ Malheureusement, j'ai de mauvais nouvelles, quelque chose s'est produit en Ljösalfheim... Nous aurions besoins de votre aide, gardiens d'Askr. Notre roi a été enlevé par les elfes des ténèbres et emmené en Svartalfheim. C'est aussi pour cela que ce monde est envahi. Nous devons le sauver.

_ D'accord, expliquez-nous calmement ce qu'il s'est passé... Mais tout d'abord, je tiens à vous dire que je suis heureux de vous revoir. Votre présence me redonne de l'espoir. Dit le roi sincèrement.

_ Moi aussi, je suis ravi de vous retrouver. Répondit l'elfe, ému.

_ Il doit bien exister une solution afin de dissiper le chaos qui se cache au cœur du royaume des rêves. Et avec vous à nos côtés, Myu, nous avons une chance de la trouver. Et Milo aussi… »

Grâce au papillon, leurs souvenirs étaient ravivés. D'après lui, c'est le dieu Hypnos, ancien roi de Ljösalfheim et souverain actuel de Svartalfheim, qui aurait enlevé Morphée. C'était aussi lui qui était à l'origine du rêve éveillé : les songes pouvaient affecter les autres mondes, y compris celui-ci. La preuve étant les mauvais rêves qui étaient maintenant ancrés dans la réalité, Askr n'était pas encore sauvé. Pour rétablir la situation, il fallait aller secourir le roi des rêves. Cependant, un problème de taille résidait : comment se rendre dans le royaume des cauchemars ? Myu avait bien une idée : s'ils parvenaient à trouver son ami, un elfe de lumière qui serait aussi apparu dans ce monde, ils pourraient lui demander d'utiliser ses pouvoirs pour les envoyer à Svartalfheim. Il existait un elfe qui permettait aux mortels de rêver même en étant réveillés, en d'autres termes, il pouvait les faire « rêvasser ». Sans perdre une minute de plus, le groupe partit à la recherche de cette fameuse personne. Sur la route, ils durent affronter les cauchemars de chacun se matérialiser devant eux, mais grâce au papillon, les hantises furent plus faciles à vaincre et purifiés. Myu sentit la présence de son ami, quelque part dans une immense forêt voilée par un épais brouillard. Malheureusement, de nombreuses illusions naissaient de cet endroit. Lutter contre ces chimères faisait douter Aiolos… des fantômes du passé… dont ses souvenirs étaient flous, comment était-ce possible ? Il se souvenait de ses amis et sa famille mais le reste était plus obscur… Il devait y avoir une explication mais elle lui échappait pour le moment. Oublier était une… torture. Le groupe avait décidé de se scinder en deux, afin de couvrir plus de zone, Aiolia et Shura partirent ensemble de leur côté, tandis qu'Aiolos et Myu avancèrent vers le cœur du bois.

Pendant ce temps, ailleurs en Askr

Les elfes des ténèbres apparurent également en ces terres, le roi Hypnos leur avait ordonné d'arrêter les humains qui se mettaient en travers de son chemin.

De retour dans la forêt

Les gardiens s'enfoncèrent dans la sylve, la bruine se fit plus dense… Myu sentait que son ami n'était pas très loin, il prit la main du roi pour le guider à travers ce brouillard, de cette façon, ils éviteraient de se séparer aussi par mégarde. Aiolos ne savait pas pourquoi, mais la sensation de la main de l'elfe dans la sienne lui semblait coutumière… comme s'il l'avait déjà sentie par le passé… malheureusement, sa mémoire était aussi brumeuse que l'était cette forêt. Malgré cela, le touché était doux et agréable, légèrement teinté de nostalgie.

Alors qu'ils continuaient à avancer, ils entendirent une belle mélodie résonner au loin. Le monde semblait devenir plus flou autour d'eux, Myu rassura le roi : cet effet était probablement dû à la musique de son compatriote, il suffisait simplement de suivre le son et cela devrait les mener jusqu'à lui.

Ce fut le cas, ils rencontrèrent, au milieu d'une clairière parsemée de fleurs blanches, une personne jouant de la flûte. Elle avait l'apparence d'un jeune homme aux cheveux courts parme, habillé élégamment avec des vêtements déclinés dans un joli camaïeu de jaunes, possédant des ailes dorées.

« _ Te voilà, Sorrento. Nous te cherchions.

_ Oh, bonjour Myu.

_ Bonjour, nous avons une faveur à te demander… Nous sommes venus pour obtenir ton aide. Les cauchemars ont envahi ce monde et notre roi a été enlevé. Nous devons aller en Svartalfheim pour le secourir. Sans ton aide, nous ne pourrons pas atteindre ce royaume, nous avons besoin de ta rêverie.

_ Mmh… Voilà une nouvelle des plus terribles… Très bien, je vais vous aider.

_ Voilà donc votre plan. Dans ce cas, je vais devoir vous arrêter. Dit une troisième voix. »

Ce fut Ikelos qui les avait trouvés, il invoqua l'une de leur plus grande peur : Thanatos. Aiolos fut tétanisé par cette apparition, lui et ses amis avaient tant sacrifié pour le vaincre… et le voilà de retour. Voyant que le roi d'Askr n'était pas en mesure de bouger, les elfes de lumière prirent les devant, ils le protègeraient de ce spectre, c'était leur devoir ! Ikelos ordonna aux cauchemars de les assaillirent, mais c'était sans compter sur Sorrento qui fit apparaître des créatures enchantées, en utilisant Hléraðr, la flûte des mirages, qui firent face aux êtres maléfiques. L'elfe des ténèbres ne resta pas les bras croisés et lança une déferlante d'énergie noire sur l'archer, celle-ci fut contrée par une vague de papillons lumineux, déployée par Myu. Mais l'ennemi ne faiblissait pas, et continua à attaquer, les elfes commençaient à perdre du terrain, c'était à ce moment qu'Aiolos se réveilla de sa transe, ce rendant compte que son moment de faiblesse allait probablement leur coûter la vie. Épris d'une nouvelle volonté de combattre, il utilisa Fólkvangr pour inonder le camp adverse d'une pluie de flèches dorées, les illusions s'évanouirent. L'opposant fut forcé de battre en retraite mais les mauvais rêves ne disparaîtraient pas pour autant. Quelques minutes après, Aiolia et Shura arrivèrent sur les lieux, ils avaient dû affronter l'autre elfe noir et son armée avant de pouvoir les rejoindre.

« _ Sorrento, peux-tu maintenant nous emmener dans le pays des cauchemars, s'il-te-plaît ?

_ Mmh… marmonna-t-il, Sorrento paraissait perdu dans ses pensées.

_ Sorrento, l'heure n'est pas à la rêverie.

_ Mmh ? Ah oui, c'est par ici, vous vous approcherez de Svartalfheim lorsque vous atteindrez l'endroit où le Soleil se couche… Au crépuscule. Mmh… c'est bientôt l'heure, hâtons-nous. »

Ils partirent donc en direction de l'ouest, l'archer ne put s'empêcher de penser qu'il avait aussi l'impression de connaître ce mystérieux Sorrento qui semblait souvent avoir l'esprit ailleurs, Myu lui expliqua que l'autre elfe avait tendance à se prendre lui-même dans sa rêverie, même dans les pires moments. En lui posant la question, celui-ci lui répondit que c'était possible qu'ils se fussent déjà rencontrés dans un rêve. Aiolos se remémora à l'instant, d'avoir fait le même songe à plusieurs reprises quand il était petit : il jouait avec deux êtres ressemblants aux elfes. Ces derniers affirmèrent que c'était fortement probable que leur première réunion se fût passée ainsi, mais d'après eux, cela n'avait plus d'importance. Pourtant, aux yeux du roi, ils paraissaient faire quelque chose de cruciale… Peut-être faisaient-ils semblant de partir à l'aventure pour sauver le monde ? Il n'arrivait pas à s'en rappeler.

Après avoir passé un long moment à papillonner dans tous les sens, car Sorrento se trompait de chemin à cause de ces instants d'égarement. Ils atteignirent, enfin, le point le plus proche de l'horizon rougeoyant d'Askr. La journée touchait à sa fin… les derniers rayons solaires étaient en train de disparaître… La nuit reprenait ses droits. Sorrento devait à présent les plonger dans une rêverie particulièrement effrayante, qui les rapprochera du royaume des cauchemars. L'elfe commença à jouer un air assez terrifiant, avec cela, ils devraient être en mesure de rêvasser. Ils fermèrent tous les yeux, se laissant emporter par la magie de la mélodie.

Royaume de Svartalfheim

Ils reprirent conscience dans un nouvel univers, aux paysages sombres, les végétaux fanaient, tout était plongé dans une nuit éternelle, cet endroit dégageait une aura maléfique. Tout à coup, ils sentirent une odeur agréable et sucrée, on aurait dit du… nectar. Le papillon ne put s'empêcher de goûter à ce délice, c'était envoûtant… il se sentit si léger qu'il croirait flotter…

« _ Aiolos…

_ Oui, Myu ?

_ Je… vous aime. Je veux être… plus proche de vous…

_ Pardon ? Fit-il surpris. »

Le roi ne put s'empêcher de rougir face à cette déclaration si soudaine, néanmoins il se sentait flatter et étrangement heureux suite à ces mots. Cependant, son bonheur fut de courte durée : les autres avaient également succombé à la tentation et étaient maintenant obnubilés par Aiolos. Ils se rapprochèrent beaucoup trop près de lui et commencèrent à le caresser…

« _ Ça suffit ! Reprenez vos esprits ! C'est sûrement les elfes noirs qui sont derrière tout ça !

_ Hihihi ! Vous êtes sur mon territoire, le fantasme indécent est ma création, intervint Phantasos qui se matérialisa. Le besoin d'être aimé… l'envie, le désir… cette soif d'amour… Vous êtes tous les mêmes.

_ Arg… Préparez-vous à combattre !

_ Bien dit Aiolos, désolé j'ai perdu contenance. S'excusa l'épéiste.

_ Ravi de te voir dans ton état normal, Shura.

_ Garde tes distances s'il te plait… C'est dur de résister si tu es trop proche… Je dois rester concentré sur la… mission. Ces illusions vont avoir le droit à un réveil brutal ! »

Seul le chevalier semblait pouvoir garder un semblant de lucidité, le roi dut assommer les autres gardiens afin de les contenir, bien que cela le fit culpabiliser. Le bretteur fonça droit sur l'elfe, il sauta et abattit Excalibur sur son adversaire ! Ce dernier l'arrêta à l'aide un champ de force.

« Huhu ! Céder à la tentation procure un certain plaisir… Vous avez le droit au bonheur vous aussi, non ? », le provoqua Phantasos. Shura fit fi de son commentaire et continua à lui asséner des coups d'épée, il finit par ébrécher le bouclier. Aiolos en profita pour envoyer un projectile qui brisa la défense, le chevalier put ainsi porter une attaque qui fit mouche. Eraflé et furieux de s'être fait toucher, l'elfe prit la fuite, marmonnant qu'il reviendrait avec plus de nectar.

Le roi entendit, pendant un court instant, la voix d'un enfant qui appelait sa mère à l'aide. Avait-il halluciné ? Les effets de la boisson semblaient s'estomper, les autres avaient également fini par reprendre leurs esprits, honteux de s'être comporté de la sorte. L'archer les rassura et leur pardonna, ils avaient encore du chemin à faire pour atteindre la demeure de Hypnos.

Ils continuèrent à avancer jusqu'à tomber sur un champ de fleurs, leur parfum était différent du nectar mais tout aussi enchanteur. Cette odeur… elle rappelait au roi des souvenirs enfouis, c'étaient les mêmes fleurs qui hantaient ses rêves ! Des brides de son passé refaisaient surface : il n'était pas seul dans ce champ, il y avait une autre personne avec qui il s'amusait mais… impossible de voir son visage ni de mettre un nom sur cet inconnu.

Dans le château du roi Hypnos

Phantasos entra dans la salle du trône, le dieu était en train de jouer de l'orgue, une mélodie à la fois angoissante et mélancolique. Le subordonné écoutait attentivement le morceau quand soudain, il entendit une voix résonnée dans sa tête, la voix d'un enfant appelant désespérément sa mère. Hypnos acheva ses dernières notes.

« _ Bonjour, Phantasos.

_ Seigneur Hypnos. Mes excuses.

_ Ne t'inquiète pas, je te donnerai plus de force. Voilà… Tout va bien. Tes ailes vont mieux, n'est-ce pas ?

_ Oui. Merci, Seigneur Hypnos… Mmh… fit-il songeur.

_ Quelque chose te tracasse ?

_ J'ai entendu la voix d'un enfant qui pleurait. J'avais l'impression… que c'était la mienne.

_ Tu es un elfe, tu n'aurais aucune raison de pleurer… n'est-ce pas ?

_ Je… Avant que vous ne me donniez vie en tant qu'elfe… Etais-je un mortel ?

_ Oui… Un petit garçon que personne n'aimait. Ton père ne t'aimait pas et n'aimait pas ta mère non plus d'ailleurs… C'est pour cela qu'il t'a abandonné… Mais ta mère n'a pas fait mieux, c'est même plutôt le contraire… Tu l'empêchais de vivre sa vie avec un homme, alors elle aussi t'a délaissé… au fond d'un puits. Et dans l'obscurité et l'humidité, tu l'as suppliée de t'aider… de venir te sauver… Mais en buvant le nectar des rêves, tu es devenu un elfe. Tu es spécial à présent… tu es supérieur. Tu peux oublier ton passé douloureux d'humain. Laisse-le s'évanouir. Tu es immortel maintenant et tu bénéficies de ma protection. »

Le dieu avait raison… Pourquoi s'encombrer de ce genre de débris de sa précédente vie misérable ? Il était bien plus heureux à servir son dieu maintenant qu'avant, il n'y avait aucun regret à voir.

Ailleurs en Svartalfheim

Le groupe était maintenant dans une zone où il n'y avait plus de fragrance sucrée, bien qu'au départ c'était agréable, elle était vite devenue écœurante et insupportable. Cependant, ils ne sentirent pas l'air non plus, pas de vent ni même une légère brise… Cela était inquiétant… On aurait dit un rêve creux, une coquille vide… Il valait mieux presser le pas et ne pas s'attarder dans cet endroit.

Tout à coup, ce fut au tour de Myu d'entendre des voix, celles de deux petits garçons : le cadet semblait demander de l'aide à son grand frère, ce dernier lui jura de la protéger quoi qu'il advînt. Elles lui semblaient familières…

Dans le château

Hypnos conversait avec Morphée.

« _ Le moment est enfin venu, mon fils. Il est l'heure d'unir nos forces.

_ Ce doit donc être le collier des Brísingar.

_ J'ai attendu si longtemps qu'il soit restauré. Une… éternité. Grâce à lui, je vais pouvoir étendre les terres oniriques vers les autres royaumes. De cette manière, je pourrai plonger les mortels dans un sommeil sans fin, et ainsi mon frère sera vengé.

_ Père… Je comprends désormais qu'il est trop tard pour nous deux.

_ Comment cela ? L'interrogea-t-il, l'air sombre.

_ Si vous êtes prêt à meurtrir le monde des humains volontairement… alors vous n'êtes plus le père que j'ai connu. L'amour que je vous portais autrefois n'est plus qu'un vague souvenir… C'est comme un beau rêve qui se serait complètement évanoui au moment du réveil. Lorsque votre frère mourut, c'était comme si vous aussi vous aviez succombé.

_ Non, je suis toujours là et c'est pour cela que je dois agir. Les mortels payeront pour ce sacrilège. Dit-il déterminé. »

Svartalfheim

Myu sentait la présence du roi des rêves à proximité d'eux, ils y étaient presque ! C'était sans compter sur Ikelos qui apparut pour leur barrer la route. S'engagea alors un autre combat face à l'elfe, malgré toute l'ardeur que mit l'adversaire dans la lutte, il finit par être surpasser par la force de la cohésion des héros. Mais alors qu'il battit en retraite, des voix se firent encore entendre :

« _ Arrêtez… Ne lui faites pas de mal… Ne faites pas de mal à mon frère…

_ Tout va bien… Ne t'inquiète pas… Tu es en sécurité avec moi. »

Ikelos semblait connaitre ces paroles, il les avait déjà entendues. Confus, il alla rejoindre son souverain.

« _ Tu es de retour, Ikelos. Bien nous devons suivre ces humains, allons-y.

_ Oui, Seigneur Hypnos…

_ Qu'y a-t-il ? Mmh… Je peux voir dans ton regard que des brides de ton passé de mortel ont ressurgi.

_ Mon… passé de mortel ?

_ Toi et ton frère êtes nés dans la pauvreté, l'homme que votre mère a épousé était cruel et sans merci. Il ne vous nourrissait pas et vous faisait dormir dehors, même en hiver, et avec pour seul confort des haillons.

_ …

_ Ton frère et toi seriez morts ce jour-là si tu n'avais pas tué ton père… Tu as fait ce qui devait être fait pour sauver ton frère… Alors ne laisse pas la culpabilité te peser.

_ Oui, Seigneur Hypnos. Je vais bien. Je… grâce à vous, je suis une version de moi-même que je n'aurais jamais pu espérer devenir. Je suis Ikelos… un elfe des ténèbres de Svartalfheim. Ma vie est vôtre. »

Les gardiens arrivèrent dans la demeure de Hypnos, ils y trouvèrent le roi Morphée. Ils étaient soulagés de l'avoir retrouvé, ce dernier déplora tout le mal que ce conflit familial avait pu causer… Malheureusement, il était trop tard : Hypnos lui avait jeté une malédiction avec le collier des Brísingar grâce auquel, il était possible de s'approprier les pouvoirs de quelqu'un d'autre. Le dieu contrôlait désormais pleinement ses capacités, il ne pouvait rien faire pour l'arrêter. Il était désormais capable de plier le rêve et la réalité à sa volonté. D'ailleurs, ils ne pouvaient plus s'échapper d'ici, le roi les avait piégés dans un cauchemar sans fin. Les héros essayèrent tant bien que mal de combattre toutes les illusions et de trouver un moyen de sortir de ce royaume mais leurs efforts furent vains, les cauchemars réapparaissaient et les poursuivaient. Où qu'ils fussent, le dieu les rattrapaient toujours et leur répéta la même litanie.

« Toute résistance est inutile, il n'y a pas d'échappatoire, je suis le dieu des rêves. Ma volonté, tous mes désirs deviennent réalité. Nul ne peut s'opposer à moi. Je pourrais vous anéantir mais je vous laisse en vie uniquement pour me divertir. », déclara Hypnos.

Il devait bien avoir un moyen de s'échapper de ce pays dont le dieu ne connaissait pas l'existence. Morphée avait bien peur que son père soit invincible à l'intérieur des rêves, en attendant de trouver la solution, ils repoussèrent l'ennemi tout en battant en retraite, cependant, ils ne pouvaient pas fuir éternellement. Le souverain des elfes était pris de culpabilité, tout ceci-ci était de sa faute, il n'avait pas pu empêcher son père de succomber à la folie. Autrefois, Hypnos était un dieu bon et juste, mais quand il perdit son frère bien-aimé, il sombra dans un désespoir incommensurable, le poussant à haïr et vouloir faire souffrir les humains. C'était pour cela qu'il avait quitté la contrée des rêves, laissant le pouvoir à son fils, celui-ci l'avait regardé partir sans dire un mot, croyant qu'il avait juste besoin de temps pour faire son deuil. Ô combien il eut tort, le dieu s'était exilé dans ce royaume cauchemardesque pour préparer ses plans de vengeance. Et voilà le résultat de son incapacité, tous les mondes courraient désormais un grand danger, ils risquaient d'être réduits en cendres et faire disparaître l'espoir.

D'un côté, Myu se disait que ce n'était peut-être pas plus mal, certes ils étaient coincés dans un cauchemar infini mais au moins, ils étaient tous ensemble, ils n'auraient pas à se séparer, il pourrait être au côté d'Aiolos pour toujours… Le papillon se surprit lui-même de penser à ce genre de chose, depuis quand était-il si égoïste ? Non, ce n'était pas une bonne chose : les humains devaient se réveiller et retourner chez eux, et ce malgré le chagrin que cela lui causerait… Il s'était énormément attaché à eux, cela lui faisait de la peine de penser qu'après tout cela, ils devraient se dire adieu…

Alors que leur situation était désespérée, Morphée prit une décision drastique mais qui leur permettrait de s'en sortir. Le pouvoir de Hypnos est la somme de leurs deux puissances… Si l'un d'eux devait disparaître, alors son pouvoir serait réduit de moitié, le roi les laissa accomplir leur devoir. Voyant la détermination sans faille dans le regard et l'attitude de Morphée, ils savaient qu'il s'était préparé à mourir. C'était avec le cœur lourd qu'ils mirent fin à son existence.

« _ Merci…

_ Morphée… Pourquoi avoir choisi de mourir ? L'interrogea le dieu.

_ Pour leur laisser une chance… Désormais l'onirisme et la réalité sont séparés… ils pourront rentrer chez eux…

_ … Comptent-ils autant que cela pour ?

_ Si je les apprécie autant… c'est grâce à vous… Vous m'avez appris à les aimer, vous aussi… à une époque vous les teniez en estime… Leurs rêves et leurs espoirs alimentaient notre monde et vous rendaient heureux… Je vous vois encore sourire quand vous regardiez les enfants jouer… Mais cette époque est révolue… Tant que je serais là, les mortels souffriront, jusqu'à ce que vous finissiez par les détruire. Je ne supporterai pas de vous voir faire cela… Adieu père…

_ … Pauvre idiot… ton affection pour eux t'a conduit à ta propre perte. Et entraine la chute de mes desseins par la même occasion… »

Le corps de Morphée disparut en laissant des particules lumineuses, Hypnos et ses subordonnés se volatilisèrent également. Avaient-ils réussi ? Avec le sacrifice du roi, les rêves ne devraient plus influencer la réalité. Ils décidèrent donc de se réveiller et de retourner dans leur monde, c'était le dernier souhait de Morphée.

Askr

Une fois réveillés, ils constatèrent qu'ils étaient toujours debout et que l'horizon était encore rougeoyant, comme s'ils n'étaient partis que pendant quelques secondes, en réalité, il ne s'était écoulé que très peu de temps depuis leur rêverie. Les choses reviendront à la normale, pensaient-ils.

« _ Que de naïveté. Intervint une autre personne.

_ Hypnos ?! Comment est-ce que… fit Aiolos horrifié.

_ Je vous l'ai déjà dit. Peu importe ce que vous tentez, vous ne pourrez pas vous échapper.

_ Mais… sans le pouvoir de Morphée, vos cauchemars ne devraient pas influer sur la réalité ! Alors comment avez-vous…

_ Si je te répondais, je me priverais du plaisir de te voir te torturer l'esprit pour comprendre, stupide mortel. Les cauchemars ne vous laisseront pas un instant de répit. Annonça-t-il avant de disparaître de nouveau.

_ Je suis navré, Aiolos. Je ne comprends pas non plus comment est-ce possible, dit Myu désolé. Sorrento, est-ce que tu sais ce qu'il se passe ?

_ Mmh… mmh…

_ Sorrento, reviens parmi nous !

_ Ah ! Je n'en ai pas la moindre idée.

_ Quoiqu'il en soit, nous devons avancer, nous devons continuer à fuir et à combattre ces hantises. »

Ils errèrent longuement dans Askr, tout en repoussant l'ennemi, cependant, ils ne tiendraient pas longtemps ainsi, il fallait trouver le moyen d'en finir.

« _ Mmh… mmh…

_ Sorrento, debout !

_ Mmh ? Ah ! Je n'ai aucune idée de l'endroit où nous devrions aller…

_ Vous n'avez nulle part où aller. Surgit Hypnos.

_ Oh… Il est de retour.

_ Comment ? C'est comme cela que tu m'accueilles ? Aussi mollement ? As-tu oublié tout ce que j'ai fait pour toi ? Sans moi, tu n'en serais pas là aujourd'hui.

_ Mmh ?

_ Sorrento. Il est difficile d'avoir tout le temps faim, n'est-ce pas ? Toujours en train de rêvasser, imaginant d'avoir le vente plein… Ce n'est pas de ta faute, bien sûr. Ce comportement est naturel puisque ta mère t'a ignoré après ta naissance. Qu'étais-tu pour elle, cette femme qui n'avait jamais voulu être enceinte ? Tu n'étais qu'un caillou dans sa chaussure, j'imagine. Juste bon à être jeté et agaçant.

_ Mais que… Je ne…

_ Ne t'inquiète pas, Sorrento, ce n'est pas toi. Tu es différent, maintenant. Tu es fais de la même matière que les rêves doux. Nul besoin de te morfondre. Tu peux rester ici et vivre heureux dans un joli songe englouti dans un mauvais rêve éternel.

_ Hah… Aaaah… Aaaaaah ! Gémit-t-il de douleur.

_ Je me souviens que tu as pleuré toutes les larmes de ton petit corps, mais personne n'est venu te secourir… Tout seul… Toujours tout seul… Pour toujours.

_ Arrêtez ! Vous voyez bien qu'il souffre ! Intervint Aiolos.

_ Tu n'as aucun mot à dire, toi, le traître qui s'est enfui en abandonnant ses amis… Mais tu ne t'en souviens pas, n'est-ce pas ? Tu as vécu dans la réalité, libre de tout souci. Tu as tout oublié de ta vie dans le monde des rêves… Laisse-moi t'aider à t'en rappeler. »

Le dieu lui lança un sort, puis d'un coup, la lumière se fit dans l'esprit brumeux du roi.

« _ … Qu'est-ce qu-

_ Et maintenant ? La mémoire t'est-elle revenue ? Tu rappelles-tu de tes chers amis d'il y a longtemps ? Vous jouiez ensemble des heures durant… Fut un temps où j'avais besoin de serviteurs dévoués à ma cause. J'ai donc invité des enfants dans mon royaume et leur ai donné une boisson qui les avait transformés en elfes. Je pensais tout de même à leur bien : c'étaient des petits garçons que personne n'aimait ou ne s'en souciait, je leur ai offert une meilleure vie à mes côtés. Ikelos, Phantasos, Myu et Sorrento… C'est comme ça qu'ils son devenus ce qu'ils sont aujourd'hui. Mais de tous ces garçons, toi seul est resté mortel… Tu as sacrifié des amis en les laissant derrière toi pendant que tu partais seul…

_ Je… Je… AAAAAAARGH !

_ C'est douloureux, n'est-ce pas ? Il suffit de dormir… de tout oublier… dans un joli rêve… »

Voyant que le roi et Sorrento étaient très mal en point, les gardiens les embarquèrent et s'éloignèrent le plus possible du dieu. Ce dernier les laissa partir, tôt ou tard ils succomberaient, il avait tout son temps pour les regarder trimer. Il envoya Phantasos à leur trousse, il lui ordonna de tuer ses anciens amis, l'elfe s'exécuta.

Aiolos émergea difficilement, ça y est… il se souvenait de ce qui lui échappait jusqu'à présent… Les elfes et lui étaient de vieilles connaissances… Ils s'étaient connus dans un champ de fleurs similaire à celui de Svartalfheim, ils s'amusaient tellement ensemble… Ils partaient à l'aventure et disaient qu'ils allaient sauver le monde… Mais lui était resté en arrière. A peine eut-il le temps de reprendre ses esprits, qu'ils fussent attaqués par Phantasos. L'archer essaya de le persuader de ne pas combattre, après tout, ils étaient amis. Celui-ci ne voulait rien entendre, les ordres de son souverain étaient clairs et il obéirait quoiqu'il en coûtât. De plus, il avait dû se souvenir par leur faute, de son passé qui envahissait sa conscience. « J'aimerais que tu meures. », « Si tu n'étais pas là, je pourrais être heureuse. », c'étaient le genre de choses que disait tout le temps sa mère. S'il était devenu comme ça, c'est parce qu'il l'avait voulu. Avant, il était malheureux et personne ne l'aimait… Alors que dans ses rêves… Il était quelqu'un de spécial. Phantasos ne voulait pas de la réalité, il avait tout ce dont il avait toujours eu envie ici, et il ne comptait pas abandonner cela. C'était pour cela, qu'il se battrait jusqu'au bout !

L'elfe noir les attaqua de toutes ses forces, ils furent tous balayé par son offensive. Cependant, Sorrento refusait de le laisser faire du mal à ses amis, il ne voulait pas non plus le blesser, alors il joua un air apaisant de sa flûte Hléraðr, en espérant l'endormir. Ce fut un échec, la volonté de l'ennemi était trop forte, seule la mort pouvait l'arrêter… Myu réussit à l'immobiliser à l'aide de fil de soie, c'était le moment pour l'achever ! Hélas, le papillon n'avait pas leur courage de lui porter le coup de grâce, ce fut Aiolia et Shura qui s'en chargèrent : les deux n'ayant aucune attache avec l'ennemi.

Dans ses derniers instants, Phantasos repensait au moment de sa décision de devenir un elfe. Oui… ça lui revenait à présent… Il voulait le devenir pour rendre sa mère fière de lui, elle qui lui disait qu'il n'était qu'un bon à rien et qui lui criait dessus quand il faisait une petite bêtise. Alors à cet instant, il croyait que c'était le meilleur choix à faire, il avait espéré qu'elle fût un jour contente de lui. Sa vie s'éteignit, il eut une dernière pensée pour les personnes qui lui avaient été chères : Aiolos, Sorrento, Myu, Ikelos, le Seigneur Hypnos… sa mère.

Aiolos et les deux elfes lumineux eurent le cœur brisé de voir leur ami décédé devant leurs yeux… Le destin pouvait être bien cruel… Mais le malheur des uns faisait le bonheur des autres, Hypnos se délecta de leur tourment. Cela mettait le roi hors de lui, comment pouvait-on être aussi sans pitié ? Soudain, il eut une illumination : si les cauchemars ne devaient pas apparaître dans la réalité, cela ne pouvait signifier qu'une seule chose… ils étaient encore dans un rêve. Tout ceci n'est qu'un songe. Absolument tout, depuis le début. Depuis le moment où ils avaient entendu parler des gens plongés dans un profond sommeil. Ils avaient passé tout ce temps dans le monde des rêves. Donc, en revenant en cet Askr, ils n'avaient fait que retourner dans le premier rêve. La présence des elfes n'était pas due à une anomalie dimensionnelle. Et la solution à leur problème était… le cor, Gullinkambi. S'ils trouvaient la porte des rêves de ce monde, il les tirerait de leur sommeil. Il ne restait plus qu'à savoir où elle se trouvait, Sorrento savait où elle se situait, il les guida jusqu'à elle. C'était reparti pour un tour, ils passèrent par ici… et puis en fait, c'était de l'autre côté… ils avaient encore un long chemin à parcourir.

Ailleurs

« _ Envole-toi, Ikelos… Inflige aux elfes qui se sont alliés aux mortels le sort qu'ils méritent… Conduis-les tous à la mort.

_ A vous ordres, Seigneur Hypnos.

_ … Ikelos…

_ Avez-vous besoin d'autre chose ?

_ Tu continues à m'obéir même lorsque ta vie est sur le point de s'éteindre… Pourquoi ? Je t'ai utilisé, et tu le sais. Et pourtant… Alors je te le demande à nouveau : pourquoi ?

_ Ma vie vous appartient… Tout ce que j'ai, tout ce que je suis… C'est grâce à vous. Je suis à vous. Si je peux vous apporter du réconfort, je le ferai. Peu importe ce dont vous avez besoin. Voilà pourquoi.

_ Penses-tu que… tu me le dois ?

_ Oui. Enfin… pas seulement. Je ne sais pas si je devrais avouer cela, mais… Phantasos et moi… nous vous admirons et vous adorons.

_ … Avez-vous une si haute opinion de moi ?

_ Les souvenirs de ma vie de mortel sont comme un rêve lointain, mais ils n'ont pas totalement disparu… Je me souviens avoir toujours voulu faire le bien pour les gens auxquels je tiens… Même s'il n'y a pas de récompense… Même si je dois mourir…

_ Je ne comprends pas. Si tu meurs, tu ne pourrais plus être avec les personnes que tu aimes. Alors, quel est l'intérêt ? L'amour des mortels est-il ainsi ? J'imagine que c'est parce que leurs vies sont si fragiles et peuvent prendre fin si facilement. Nous, les dieux, nous sommes bien au-dessus de ce pitoyable manque de recul.

_ Toutes mes excuses, je ne veux pas vous importuner avec de telles idioties. Je ferais mieux de m'en aller. »

Quelques temps plus tard, en Askr

Ikelos les avaient retrouvés, il leur faisait à présent face. Myu avait retrouvé tous ces souvenirs, c'était lui son grand frère… Il ne voulait pas se battre contre lui.

« _ Ikelos, attends ! Tu… tu es…

_ J'étais si faible. En tant que grand frère, j'aurais dû agir et mettre fin à la violence mais je n'en avais pas la force… Et je ne pourrais jamais me le pardonner…

_ …

_ Mais… si je buvais ce nectar des rêves… J'aurais le pouvoir dont j'ai besoin. Je deviendrais un elfe, je pourrais protéger les gens qui m'entourent… Ceux qui traitent les autres comme mon frère a été traité périraient. Et je me chargerais moi-même de mettre fin à leurs jours. C'était ça mon rêve ! Assez parler, en garde ! »

L'elfe noir envoya une vague sombre sur les gardiens, elle fut contenue par les papillons de Myu. Les deux elfes étaient à égalité en termes de puissance, leur affrontement allait s'éterniser. Le papillon refusait d'attaquer son frère mais il ne le voulait pas non plus le laisser s'en prendre à ses amis. Il se contenta donc de repousser ses attaques, Ikelos avait bien remarqué son manège, il décida de concentrer tous ses pouvoirs en une seule attaque et la lança sur eux. Myu dut se résoudre à utiliser le potentiel de Urðr à son maximum et envoya une déferlante lumineuse pour contrer l'assaut. Les deux attaques entrèrent en collision, provoquant un violent choc. Alors qu'aucun des deux camps ne cédait, les débris du passé revinrent dans l'esprit de l'elfe noir, il y avait certes beaucoup de souffrance mais il avait aussi connu de rares moments de bonheurs avec son frère. L'intensité de son offensive faiblit et se fit pulvériser, l'attaque le frappa de plein fouet.

« _ Arg ! Je suis… à bout de forces… Pardonne-moi… Je voulais simplement te protéger… un peu plus longtemps… Dit-il honnêtement avant de succomber.

_ Grand frère… Snif… sanglota Myu. »

Cette perte les avait dévastés… mais ils devaient continuer malgré tous… Ils finirent par atteindre la porte. Une personne encapuchonnée les attendait, dès qu'elle les vit, elle fonça à une vitesse ahurissante sur les gardiens qui n'eurent pas le temps de se défendre, et poignarda Aiolia et Shura. Cette dague rouge… cela ne pouvait être… L'inconnu enleva sa capuche et se révéla être Milo ! Aiolos nageait en plein cauchemar, son amie venait de tuer ses compagnons devant ses yeux… Profitant de la paralysie du roi, elle chargea sur lui mais fut repoussée par les deux elfes. Ils engagèrent le combat. L'archer reprit contenance, ce n'était qu'un mauvais rêve, rien de cela n'était réelle. Il banda son arc, se concentra et tira, la flèche passa habilement entre Myu et Sorrento et se planta dans la poitrine de la commandante qui s'écroula au sol, inerte. Ce rêve… était bien trop cruel…

Hypnos apparut en ces lieux.

« _ Tu ne comprends pas, n'est-ce pas ? Je vais te l'expliquer : comment tu le sais, les rêves sont façonnés selon les désirs de la personne. Ce royaume, tous ces gens… tout cela est cher à ton cœur, c'est pour cela qu'ils se matérialisent ici. En vérité… ils sont tous morts dans ton monde.

_ …

_ J'entends les « Non, cela ne peut pas être vrai ! » résonner dans ton esprit. Mais tes désirs ne peuvent changer la réalité des choses. « Ils ne peuvent pas être morts, ils sont quelque part en vie ! » C'est ce que tu penses, non ? Ce monde des rêves a été créé à partir de ta douleur et ta tristesse.

_ Ce ne sont que des mensonges ! Les gardiens d'Askr doivent être en vie… Arrêtez de nous manipuler, Hypnos !

_ Je ne sais pas… Je ne connais aucun moyen de savoir s'il ment ou pas.

_ J'en connais un. Continuez d'être spectateurs de ce rêve qui durera pour l'éternité. Soumettez-vous à moi. Il n'y a que comme ça que vous connaitrez le bonheur. »

Néanmoins, ils ne l'entendirent pas de cette oreille et attaquèrent le dieu. Ce dernier ne comprenait pas pourquoi s'entêtaient-ils à résister ?

« Tu es vraiment unique Aiolos. Je te laisse donc le choix… Pour connaitre la vérité, tu dois décider entre le rêve et la réalité. Quel sera ton choix ? Rester dans un rêve où tes amis seront toujours en vie ou retourner à la terrible réalité ? Réfléchis bien… ici, nous pouvons obtenir ce que nous souhaitons. Nous pouvons ressusciter mon frère et tes amis… Tu peux façonner l'univers qui t'entoure selon tes désirs… Choisis l'onirisme et tu connaitras le bonheur éternel. Néanmoins, si tu choisis l'autre option… tu te réveilleras dans un monde sans tes camarades. Si tu choisis cette voie, je mettrai fin à la vie des elfes. Aucune défaite ne pourra m'arrêter. Je leur ai donné la vie. Je peux tout simplement la leur reprendre. Essaye donc de me vaincre, par tous les moyens à votre disposition. Peu importe ton choix, je ne te laisserai pas te réveiller et tu ne peux rien y faire. Soumets-toi à ma volonté. » Menaça le dieu.

Ils devaient affaiblir Hypnos ou il serait impossible d'utiliser le cor. Mais pour le moment, il valait mieux se retirer, ils étaient fatigués physiquement et moralement après toutes ces batailles.

Ils se réfugièrent dans le château, demain ils reviendraient à la porte pour affronter le dieu.

« _ Quel est le problème, Aiolos ? Tu as l'air inquiet. Tout ira bien, je suis persuadé que tes amis vont bien. Une fois tout ceci terminé, tu pourras les revoir.

_ Myu… L'enfant qui jouait avec moi dans le jardin de fleurs… c'était toi n'est-ce pas ?

_ Oui… Je n'ai pas beaucoup de souvenir de ma vie avant d'être un elfe, mais je me rappelle de toi. Nous étions de très bons amis et même plus que cela si je me souviens bien…

_ Oui… Nous jouions à être amoureux. Myu, nous n'étions que des enfants à cette époque mais je me souviens… que mes sentiments pour toi étaient sincères ! Même maintenant… Après toutes ces péripéties en ta compagnie… Après notre deuxième rencontre… Mes sentiments ont été ravivé ! Je me rends compte que je t'ai toujours aimé.

_ Aiolos… Je… Je pense que c'est réciproque. Pour une raison que j'ignore, lorsque je t'ai revu en Ljösalfheim, malgré ma perte de mémoire, je savais, au fond de moi, que tu étais une personne très spéciale. Je suis heureux que ce soit le cas, je t'aime aussi, Aiolos. »

Ils s'embrassèrent, comme lorsqu'ils s'étaient donné leur premier baiser dans leur enfance. Le geste était doux et emplie de nostalgie. Quand ils le rompirent, le roi se sentit instantanément triste : quand le rêve s'achèverait, il ne pourrait plus le voir et l'oublierait… encore.

« _ Myu, vas-tu vraiment mourir une fois le rêve dissipé ?

_ Oh, euh, eh bien…

_ Je refuse ! Je ne te laisserai pas disparaître comme ça !

_ Merci de penser à moi. Si je disais que je n'étais pas triste, je mentirais. Je voudrais pouvoir rester avec toi pour toujours. Mais le rêve doit se terminer. Nul besoin de t'inquiéter, une fois réveillé, tu n'auras probablement aucun souvenir. Donc, tu ne te sentiras même pas triste.

_ Non ! Ce n'est pas ce que je veux ! Si ça doit se finir comme ça… cela sera la même situation que lorsque nous étions enfants. Je ne veux pas te perdre une nouvelle fois ! S'écria-t-il avant de s'effondrer en larmes.

_ Ne pleure pas, Aiolos… Tiens, prends ça. Dit-il en lui tendant un objet.

_ Qu'est-ce que c'est ?

_ Un bracelet de fleurs. Tu me l'avais tressée autrefois, quand nous jouions ensemble. Je l'ai gardée avec moi. Tu m'as donné tellement de choses précieuses, à moi, un enfant qui vivait dans la misère. Et tu continues à m'en donner. Tes paroles et ton amour sont des cadeaux désormais gravés à jamais dans mon cœur, je les chérirai éternellement. Même si nos souvenirs se dissipent, cela ne fera pas disparaître ce qui s'est passé. Nous sommes amoureux depuis notre rencontre dans le royaume des rêves. Rien ne peut y changer, n'est-ce pas ?

_ Mais je ne peux pas supporter l'idée de te voir mourir…

_ Merci, Aiolos… Mais même les rêves les plus doux doivent se terminer un jour. Nous devons tous affronter la réalité à la fin. Mais… s'il existe un moyen pour que tu te souviennes de moi, peut-être pourrons-nous nous revoir un jour. Prions ensemble que ce jour vienne. En attendant, nous ne pouvons pas faire grand-chose de plus, alors il est inutile de nous inquiéter. »

Aiolos mit le bracelet à son poignet et essaya de lui sourire malgré sa peine. Myu lui en fut reconnaissant et l'embrassa à nouveau.

Ailleurs

Hypnos était en proie au doute, pourquoi refusait-il de rester ? Il lui avait pourtant tout expliquer… Et quelle était cette sensation qui naissait dans sa poitrine ? Ses enfants étaient partis et pourtant… Qu'est-ce que… et pourquoi est-ce si… ? Non, seul son objectif comptait.

Le lendemain, à la porte des rêves

« _ Je ne comprends pas. Pourquoi vouloir retourner à la réalité ? Préfères-tu la tristesse au bonheur ? Demanda Hypnos.

_ Mes amis m'attendent, voilà pourquoi. Si je ne me réveille pas, je ne les reverrai jamais.

_ Très bien, alors je te ferai sombrer encore plus profondément dans un sommeil sans fin. »

Hypnos leur envoya une vague d'énergie sombre qui les fit valser les elfes, Aiolos eut dû mal à résister à cette tempête. Myu se rattrapa et concentra tout son pouvoir dans le livre des songes et invoqua une nuée de papillons lumineux, Sorrento se redressa également est joua de la flûte, les notes se matérialisèrent et s'envolèrent vers le dieu. Le roi banda Fólkvangr et mit tous ces espoirs dans sa flèche de lumière. Leur attaque combinée surpassa la puissance d'Hypnos et le blessa.

« _ Aaaarg ! Tu veux rentrer chez toi en dépit des conséquences ? Ainsi soit-il, pour la mort de mon frère, un elfe mourra ! Une relation de cause à effet des plus simples et bien réelle. Grâce au pouvoir que je détiens, je l'effacerai de la réalité. Sa vie, ses souvenirs… tout.

_ Aiolos ! C'est le moment, utilise le cor !

_ Myu…

_ Je suis désolé… En réalité, tout ça sera bientôt fini… Le Seigneur Hypnos va mettre fin à ma vie. Cela sera comme si je n'avais jamais existé… Personne ne peut l'en empêcher. Mais… j'accepte cette situation. Tous les rêveurs finissent par se réveiller… Les enfants deviennent des adultes. Ainsi va la vie. Je sais que tes camarades t'attendent, alors vas-y ! Souffle dans le cor. »

Aiolos s'exécuta le cœur en peine. Il fit résonner le son du cor dans tout le royaume.

« _ Myu ! Je t'aimerai toujours ! Je garde espoir que nous puissions être réunis un jour.

_ Merci pour tout, Aiolos. »

Askr

« … Aio… los… Aiolos ! » Cria une voix. L'interpelé ouvrit les yeux et vit Aiolia.

« _ Enfin, tu te réveilles ! S'écria-t-il. Tu fais la grasse matinée maintenant ? Mais qu'est-ce que tu as ? Tu es bien pâle.

_ … J'ai l'impression d'avoir dormi pendant très longtemps… J'ai fait un rêve mais je n'arrive pas à m'en souvenir.

_ C'est normal, je suppose…

_ Oh Aiolos, te voilà réveillé. Préparons-nous pour accomplir les missions du jour. Annonça Milo.

_ Oh ? Un bracelet de fleurs ?

_ Tout va bien, Aiolos ? Demanda Shura en le voyant.

_ Pourquoi… Mais où… Pourquoi suis-je soudain… si triste ? Voir ces fleurs me brise le cœur… »

Il suivit les autres gardiens machinalement, une fois à l'extérieur, il vit un papillon se poser sur son bracelet. Et pendant un instant, il crut voir en cet insecte, la silhouette d'un jeune homme avec des ailes de papillon. Le temps d'un battement de cil et l'ombre disparut, avait-il rêvé ? Le papillon s'envola, Aiolos le suivit du regard jusqu'à qu'il le perdît de vue dans l'immense ciel bleu. Un léger sourire fleurit sur ses lèvres, cette journée s'annonçait magnifique. Il espérait que ce soit le cas aussi pour cette mystérieuse personne qu'il avait aperçu, Aiolos était intiment convaincu qu'il le rencontrerait un jour.

Svartalfheim

Deux personnes se réveillèrent, leur confusion était totale.

« _ Où… suis-je ? Questionna Phantasos.

_ Se-Seigneur Hypnos ? S'étonna Ikelos.

_ Vous vous êtes enfin réveillés.

_ Seigneur Hypnos, pourquoi… Que se passe-t-il ?

_ Mes plus sincères excuses. Je vais me préparer sur-le-champ pour affronter nos ennemis.

_ Non. C'est inutile. Vous êtes libres. Vous n'avez plus besoin de m'obéir. Je suis… déjà…

_ Seigneur Hypnos, non !

_ Vous… Vous donneriez votre vie pour nous ?

_ Ikelos, Phantasos… Je n'ai aimé que mon frère. Il était tout pour moi. Je ne vous ai jamais aimés, car seul lui comptait à mes yeux.

_ Nous le savons. Mais alors… pourquoi ?

_ Pourquoi ? Ha… Je vous ai posé la même question, n'est-ce pas ? Même en sachant tout cela, pourquoi ? Je n'ai aucune réponse à vous offrir, je ne le comprends pas moi-même. C'est ce qu'un mortel ferait, je crois. Je n'ai jamais compris mon fils, le fait qu'il était près à donner sa vie pour ces humains et elfes… Et pourtant…

_ Seigneur Hypnos…

_ Mon rêve touche à sa fin. Vous devez vous trouver un nouveau foyer. Je ne voulais que des enfants naïfs prêts à rejeter leurs vies de mortels pour m'obéir. Pour moi, vous n'étiez que des outils. Mais ça aussi c'est terminé. Maintenant, laissez-moi. Allez-vous-en.

_ Non, nous refusons !

_ Nous sommes vos elfes, nous resterons à vos côtés.

_ C'est inutile, mon destin est déjà scellé. Je vais pouvoir revoir mon frère… et mon fils.

_ Nous trouverons un moyen de vous ramener…

_ Oui… Il doit exister.

_ … Je ne le comprendrai jamais. Seule ma famille comptait… Et pourtant… vous deux ici… Vous m'avez fait… sourire. »

Sur ces paroles, Hypnos ferma les yeux pour toujours. Il semblait dormir profondément.

« Nous trouverons un moyen de vous réveiller, en attendant, reposez-vous bien. », dirent les elfes avant de le laisser seul, au milieu du champ de fleurs.

Un autre souvenir leur vint en tête : ils se virent ici, au milieu de ces fleurs, en train de s'amuser, sous le regard bienveillant du dieu. Ils considéraient leur souverain comme le père bon et aimant qu'ils n'eussent jamais eu, du moins, jusqu'à ce qu'il sombrât dans la démence.

Askr

« _ Vous êtes prêts à partir ? Demanda Aiolos.

_ Toujours, Aiolos ! Répondit Aiolia.

_ Tous les préparatifs sont terminés. Informa Shura.

_ Et les troupes sont également parées. Dit Milo.

_ Très bien, alors... Allons-y ! Annonça le roi. »

Les montures préparées, les armes aiguisées, les vivres empaquetés. Les gardiens s'apprêtaient à voyager vers d'autres contrées, peut-être que leur prochaine aventure les mènerait à Saga ? Qui savait ? L'avenir était plein de surprises.

Fin.


Les références à la mythologie nordique :

Gullinkambi : un coq qui habite au Valhalla
Hléraðr : signifie "celui qui procure le repos"
Ljösalfheim : le pays des elfes
Svartalfheim : le pays des elfes noirs
Urðr : une des trois nornes, son nom signifie "ce qui est arrivé" et est lié au mot "weird"