Le lendemain, 18h15

Emma approche la bouteille de verre de ses lèvres, prenant une nouvelle gorgée de bière avant de détendre sa nuque, toujours trop nouée. Elle prend plaisir à savourer les parfums herbacés et fruités, précédant l'amertume du malt sur ses papilles. Tandis qu'elle entend un bruit métallique peu rassurant, elle choisit de poursuivre son explication.

« À deux reprises le gars a essayé de me proposer quelque chose, » répéte-t-elle. « À deux reprises ! Comme si j'étais là pour être à sa merci, prête à sauter sur le premier client que je croise sous prétexte qu'il me ferait de l'œil. Non mais t'imagines le délire ? Les hommes sont vraiment des ordures… » maugrée-t-elle avant de prendre une nouvelle gorgée de bière.

« Je ne te le fais pas dire, » confirme une voix un peu plus rauque. Emma perçoit ensuite des crissements de roues, avant qu'Elsa n'apparaisse enfin, devant le capot de la voiture qu'elle était en train de réparer. Vêtue d'un simple débardeur noir et d'un jeans serré, la jeune femme aux cheveux argent affiche une moue agacée avant de se lever. D'un simple coup de pied, elle envoie son chariot à l'autre bout de l'atelier, tandis qu'elle rejoint sa meilleure amie. Se frottant les mains avec un linge humide, elle saisit la bouteille de bière d'Emma et la porte à ses lèvres, taquine.

« Dit la fille qui couche avec le premier venu qui se présente, » se moque justement Emma avant de reprendre sa boisson d'un geste vif.

« Je ne couche pas avec le premier venu, » rectifie son amie avant de se diriger vers le frigo de son atelier. Elle en sort une bière, qu'elle décapsule d'un rapide geste du poignet. « Il m'arrive de coucher avec des gars mais je suis généralement très déçue et ça me conforte dans mon idée que je préfère les filles.

-Mais tu continues à coucher avec des gars, » remarque la tatoueuse.

« Simplement par désir de polyvalence, » glousse la blondinette. « Je n'aime pas me fermer des portes, » ajoute-t-elle en riant. « Bon, tu veux manger quoi ? Pizz ?

-Je croyais que t'avais pas le temps ce soir… » rappelle Emma en jetant un coup d'oeil à la voiture de couleur noire qui occupe la plus grande partie de l'atelier de sa meilleure amie.

« Ouais mais de toute manière je pourrais pas finir ça ce soir, » répond Elsa. « Il me faut changer tout un tas de trucs. Faut que je commande les pièces en express, les recevoir d'ici deux jours et les monter ensuite. Et puis de toute manière je suis crevée donc je vais m'arrêter là, » souffle-t-elle, apparemment exténuée. « Bon, pizz' ou pas ?

-Seulement si tu commandes ailleurs que chez l'autre con.

-Oh come on, il s'est trompé une seule fois sur ta commande Em', » rétorque son amie, amusée. « Laisse-lui une chance, au moins.

-Une seule fois ? Tu te fiches de moi ? » s'agace la tatoueuse. « On lui a dit que je suis allergique aux fruits de mer et il m'a mis des crevettes sur ma pizza. J'appelle ça une tentative de meurtre, pas une erreur ! » râle-t-elle.

« Ok… Je vais commander ailleurs, » cède la mécanicienne. « Mais c'est toi qui payes.

-Fuck off, » sourit Emma avant d'acquiescer, consciente qu'elle n'aura pas le dernier mot.

Depuis qu'elle est enfant, Elsa et elle sont les meilleures amies du monde. Les deux gamines se sont évidemment connues à l'orphelinat, partageant les mêmes douleurs et les mêmes problèmes. Elsa a un an de moins qu'Emma, mais les deux sont de vraies jumelles, toujours inséparables. Au fil des années, chacune a pu passer par différentes familles d'accueil et foyers, sans jamais perdre la trace de l'autre. À leur majorité, elles ont passé un an en colocation ensemble avant de finalement prendre chacune un appartement séparé. Elsa espérait alors emménager avec sa copine de l'époque, qui finit par la tromper et la quitter sans explication. De son côté, Emma préfère grandement la solitude, bien qu'elle adore la jeune femme aux cheveux argent. Mais pour ne pas rompre leur lien presque indestructible, elles se retrouvent une à deux fois par semaine pour se raconter leurs dernières aventures personnelles et professionnelles.

« Du coup, t'as fini la soirée sur un client de merde qui n'a jamais appris la notion de consentement ? » résume Elsa en sirotant sa bière, tout en lisant un email sur son smartphone.

« Quoi ? Oh non, non, non, » répond Emma, un peu plus nerveuse. « Figures-toi qu'après le gars débile, j'ai eu pire.

-Pire qu'un gars qui harcèle les filles, c'est quoi ? Un agresseur ? » ironise la blondinette.

« Non, une espèce de mégère qui prend tout le monde de haut, fait comme si elle était au-dessus de tout, essaie de donner des leçons alors qu'elle n'a clairement jamais eu à se battre pour quoi que ce soit et qui a commencé sa séance en m'insultant.

-Sérieux ? » s'étonne Elsa, apparemment fascinée par cette nouvelle anecdote. « Elle était belle au moins ?

-Qu'est-ce que ça peut faire ?

-Rien, mais généralement ce genre de fille est belle à en crever, » se moque la mécanicienne. Face à elle, la tatoueuse hausse les épaules, peu encline à répondre à sa question. « Elle était canon ou pas ?

-Ouais, » rougit Emma. « Mais ça ne change rien au fait qu'elle était insupportable… »

*** Dans l'obscurité, le garçon commence à entendre une voix féminine. Il ne reconnait pas le timbre, est incapable de la situer dans son espace, mais la trouve particulièrement chaleureuse. Un peu grave, comme une voix d'alto. Pas aussi rauque que celle de sa mère, mais légèrement plus basse que la moyenne. Fermant les yeux, il essaie de se concentrer sur cette source de vie très rassurante. C'est alors qu'il l'aperçoit de nouveau. La lumière. Une véritable orbe de lumière qu'il a aperçu, quelques minutes auparavant. Ou quelques heures. Peut-être était-ce même une journée. Réalisant qu'il n'a rien vu d'aussi beau depuis des années, il sent vite ses pas accélérer sous son corps. Courant à perdre haleine, il tente désespérément de rejoindre l'orbe. Et plus il s'approche, plus la voix résonne dans ses oreilles et son coeur, presque aussi lumineuse que l'orbe. Tout à coup, il se sent happé par un véritable courant d'air rassurant, le plongeant dans la source de lumière, l'aveuglant. Il essaie d'ouvrir les yeux mais sent ses paupières douloureuses, comme si ses pupilles avaient du mal à s'habituer à une telle luminosité. Il patiente alors quelques minutes, avant de finalement parvenir à ouvrir les yeux. C'est là qu'il la voit. Grande, blonde, des yeux verts profonds, rassurants, chaleureux, une voix qui donne l'impression de pouvoir vous apaiser tout entier. Mais qui peut-elle bien être ? Et pourquoi se retrouve-t-il devant une inconnue ?***

19h27

« Et puis, les amours ? » demande Elsa en finissant une troisième bouteille de bière, qu'elle laisse lourdement retomber sur la table de son balcon. Comme à leur habitude, les deux femmes ont choisi de souper sur la terrasse de l'appartement de la mécanicienne, pour mieux profiter de l'incroyable vue qu'elle offre. De manière générale, elles ne dérogent à leur règle que lorsque la température descend en dessous du zéro ou que la neige s'accumule sur la dalle de béton. Mais ce soir, seule une brise automnale un peu plus fraîche vient interrompre leur quiétude.

« Et puis rien du tout, » rétorque son amie en repoussant son assiette devant elle.

« Même pas la fille du café ? » interroge Elsa.

« On est allées prendre un verre ensemble l'autre fois, » explique Emma. « Mais c'était une soirée bizarre. Il y avait ses amis et je n'ai pas vraiment aimé l'ambiance. De toute manière, je ne pense pas que ça pourrait coller.

-Pourquoi pas ?

-J'en sais rien, » maugrée la blonde, faisant craquer ses doigts contre ses paumes. « Je l'aime bien mais je n'ai pas l'impression que ça pourrait aller très loin.

-Parce que toi, tu voudrais quelque chose de sérieux ? » s'étonne la jeune femme aux cheveux argent.

« J'ai presque trente ans, » sourit sa meilleure amie. « J'en ai un peu marre de papillonner.

-T'as toujours eu des projets bizarres, » se moque la mécanicienne en prenant les deux assiettes pour débarrasser la table. Elle passe justement la porte du balcon pour les ranger, tandis qu'Emma finit sa bière, en observant la vue sur la ville. Alors qu'elle s'approche du bord pour s'accouder au petit muret sur lequel se dessine une balconnière, un détail attire son attention. Elle baisse le regard et s'étonne de trouver devant elle une petite plume. Blanche. Fine. Presque immaculée. L'objet semble quasiment tombé du ciel, comme celle qu'Emma a pu observer quelques jours plus tôt. Justement, un frisson très familier la parcourt tout entière. Elle récupère pourtant la petite plume et la glisse dans sa poche en toute hâte. Peut-être qu'elle finira par comprendre ce que ça signifie…

22h56

Comme à son habitude, Emma allume uniquement la lampe de chevet sur le petit meuble à la gauche de son lit, préférant une lumière tamisée. Toutefois, elle sent un nouveau frisson parcourir son échine quand elle se déshabille, troquant ses vêtements contre un tshirt un peu plus large et un pantalon de jogging. Dans l'espace habituellement chaleureux de sa chambre, elle ne se sent évidemment pas très à l'aise. Depuis le début de la soirée, elle est consciente de ne pas être seule. Pourtant, elle n'a pu percevoir aucune ombre chez Elsa. Elle n'a pas non plus croisé de silhouette étrange lorsqu'elle longeait l'avenue avant de rejoindre la rue de son appartement. De toute évidence, la présence qui la suit a décidé d'attendre qu'elle soit seule pour se préciser, peut-être par désir de mieux se présenter à elle. Un nouveau frisson l'envahit, alors qu'elle dépasse son salon pour rejoindre le hall d'entrée de son loft. Elle vérifie une nouvelle fois que la porte est fermée à clé, éteint la lumière de la cuisine en passant, avant de revenir vers sa chambre. La jeune tatoueuse s'assoit ainsi en tailleur à côté de son lit, redressant son dos et fermant les yeux. Elle fait encore craquer ses doigts entre ses paumes, tentant de se détendre. D'un geste rapide, elle vérifie aussi que son bracelet de pierres est bel et bien à son poignet, comme à l'ordinaire. Elle ne sait pas jusqu'à quel point les légendes sur les cristaux sont vrais, mais elle préfère mettre toutes les chances de son côté. Ainsi, elle prend une grande inspiration et se concentre du mieux qu'elle le peut sur l'autre côté.

Un léger frisson remonte alors jusqu'à sa nuque, tandis qu'elle visualise sa chambre dans un tout nouvel angle. Son lit se trouvant au milieu de la pièce, la tête placée au centre du plus grand mur. Entouré par deux petits chevets en bois massif, le meuble principal de la chambre est fait de chêne, comme la commode de la jeune femme. Celle-ci se trouve à l'autre bout de la pièce, à droite de la fenêtre, très discrète. Elle se fond élégamment dans le décor neutre, sa couleur se mariant parfaitement avec celle des rideaux, bien plus sombres. L'esprit d'Emma divagant vers cette partie de sa chambre, c'est là qu'elle le voit enfin. À gauche de sa fenêtre, l'observant d'un air carnassier. Elle détaille rapidement sa silhouette, un peu intimidée. Il s'agit d'un homme plutôt grand, aux yeux complètement noirs. De toute évidence, il ne quitte pas des yeux la jeune femme, son rictus affichant la plus grande satisfaction. Et merde. Justement, Emma n'a pas le temps de réagir avant qu'il ne bondisse sur elle, plaçant ses mains sur sa gorge pour l'étrangler. Suffoquant, elle bascule en arrière et essaie de se rattraper au pied du lit. En vain. Elle ferme alors les yeux et se concentre désespérément sur sa main pour sortir de sa transe, comme on le lui a appris. Mais ses yeux ne rouvrent que lorsque son pied droit heurte violemment le pied de son chevet, et qu'elle se redresse avec peine. Ses pupilles se réadaptant à la lumière tamisée, elle observe la pièce vide, une main sur sa gorge pour soulager la douleur. Mauvaise idée, Swan.

Reprenant son souffle, elle se hisse sur le lit avec peine, avant de se lever complètement. Il est clair que l'homme est encore là, quelque part dans l'obscurité. La jeune femme rejoint sa cuisine, se massant la gorge par réflexe, comme pour s'assurer qu'elle va bien. Dépassant l'îlot central de la pièce, elle ouvre l'un des premiers placards du garde-manger, en sortant une petite boite métallique. Elle l'ouvre, attrape deux feuilles verdâtres qu'elle place dans un bol en verre. Elle fouille ensuite dans un tiroir pour récupérer un briquet, avant de le refermer. Marchant rapidement vers sa chambre, elle dépose le bol sur le sol, à l'endroit où elle se trouvait quelques secondes plus tôt. Comme pour mieux se préparer, elle attache ses cheveux en un chignon lâche, tout en s'agenouillant de nouveau. Elle allume alors le briquet, l'approchant des deux feuilles de sauge pour les brûler. Elle glisse ensuite le petit objet dans la poche de son jogging, avant de s'installer confortablement et de fermer les yeux. Maintenant tu vas dégager, mon mignon…

23h11

Regina referme lourdement la porte de l'appartement derrière elle et enlève ses chaussures d'un geste vif de chaque pied. Par habitude, elle envoie chacun des escarpins valser sur le tapis d'entrer, avant de déposer son sac d'un air las. Elle se débarrasse rapidement de son écharpe et de son duffle coat, non sans lâcher un nouveau soupir. Ajustant les pans de sa robe sur ses cuisses, elle passe sa main droite dans ses cheveux pour les recoiffer. Si elle est épuisée, elle espère toujours être présentable. Justement, une jeune femme aux cheveux courts blonds la rejoint dans l'entrée, une bière à la main, l'autre poing serré dans sa poche de jogging. À sa mine renfrognée, la brunette devine que quelque chose ne va pas. Néanmoins, elle est bien trop épuisée pour souhaiter débuter ce genre de querelle. Elle rejoint toutefois la cuisine, la blondinette sur ses talons. S'approchant de l'évier, elle attrape un verre vide dans le placard au-dessus, referme la porte en bois et se fait couler un verre d'eau. Le buvant d'une traite, elle prend une profonde inspiration avant de poser la question qui lui brûle les lèvres.

« Qu'est-ce qui ne va pas ? » demande-t-elle en déposant délicatement le verre vide dans l'évier. Elle remarque d'ailleurs que celui-ci est plein de vaisselle sale, mais garde ses pensées pour elle-même.

« Pourquoi cette question ? » ironise la blondinette, un rictus aux lèvres. Répondre à une question par une autre. Laisser l'autre s'enfoncer dans ses doutes. Rien de mieux pour manipuler sa moitié et lui faire croire qu'il est, encore, responsable d'une erreur monumentale.

« Come on, Alex, » soupire Regina. « Tu n'as pas répondu à mon message quand je t'ai dit que je partais du bureau. Tu ne m'as pas embrassée ni adressé une seule parole depuis que je suis rentrée. Ne te fous pas de moi. Il y a quelque chose qui cloche.

-C'est toi qui le dit, apparemment, » réplique l'autre en haussant les épaules.

« Ok, t'as gagné, » concède la brune. « Je suis bien trop fatiguée pour ces conneries. Je vais me coucher et si t'as décanté d'ici demain, on en parlera.

-Trop fatiguée par ta secrétaire ? » contre la blonde, la toisant d'un regard carnassier.

« Va te faire foutre, » grince la brune. « Je t'ai dit que j'avais des centaines de choses à faire cette semaine. Mais comme tu ne m'écoutes pas, tu préfères imaginer le pire, histoire d'avoir encore quelque chose à me reprocher.

-Ah parce que selon toi je devrais te reprocher quelque chose ? » lance Alex, sarcastique.

« Putain… non ! » gronde cette fois Regina. « Tu essaies juste de me faire fucking tourner en rond et dire n'importe quoi juste pour que je finisse par t'avouer quelque chose qui n'est même pas vrai, dans le seul but de te calmer ! » Elle serre ses poings, enfonçant ses ongles dans ses paumes pour essayer d'apaiser sa colère. Face à elle, la blondinette ne se déride néanmoins pas. « Tu sais quoi ? Je vais rentrer chez moi, » ajoute-t-elle, la dévisageant de son regard sombre. Comme en écho à ses paroles, elle rejoint l'entrée et commence à récupérer ses affaires, folle de rage. Apparemment peu inquiète, l'autre la suit, ne la lâchant pas de ses yeux océan.

« Je croyais que t'avais très envie de me retrouver ce soir, » argumente-t-elle, toujours nonchalante.

« J'avais envie jusqu'à ce que tu décides d'encore me faire des reproches stupides, » riposte la brunette. « Et honnêtement, ce soir je n'ai pas envie d'entrer dans ton jeu et d'aller sur une nouvelle dispute. Si tu veux argumenter, tu le feras toute seule.

-Ou bien tu pourrais te faire pardonner, » susurre la blonde en se rapprochant d'elle, saisissant son menton entre ses doigts d'un geste sensuel.

Tandis qu'elle remettait son écharpe, Regina s'interrompt dans son geste, comme par habitude. Elle ne voudrait céder pour rien au monde mais la nuit est glaciale et elle n'a pas la force de conduire jusque chez elle. En plus, elle sait pertinemment qu'Alex lui fera d'autant plus de reproches si elles ne passent pas la nuit ensemble, comme à leur habitude. Épuisée et lassée de se battre avec la jeune femme, la brunette se laisse alors aller dans ses bras. Il serait temps qu'elle se sorte de cette pseudo-relation qui n'a rien de particulièrement sain, mais elle préfère se conforter dans cela. Alexandra, de son vrai nom, ne connait presque rien de son passé. Il s'agit d'une joueuse de hockey professionnelle, ayant remporté de nombreuses compétitions internationales. Pour l'heure, elle a décroché un contrat dans l'équipe locale, après avoir déclaré qu'elle souhaitait passer plus de temps dans sa ville natale. Elle a évidemment rencontré Regina lors d'une soirée mondaine et a immédiatement jeté son dévolu sur la brunette. De son côté, la jeune femme sait pertinemment que cette relation ne mènera jamais à ce qu'elle souhaite. Mais la blondinette a au moins l'avantage de lui faire oublier le reste. Tout le reste. Le seul problème est sa propension à débuter des querelles sur tous les sujets, sa possessivité maladive et ses accès de colère. Il serait grand temps que je me sorte de là, songe Regina, pourtant consciente qu'elle n'en a pas la force pour le moment. Justement, elle se cambre de plaisir sous les caresses de la blonde, se disant qu'elle se souciera de tout cela plus tard…

Le lendemain, 7h56

« Hum… Je vais prendre un café infusé à froid, noir, sans sucre ni crème. Et un latte aux épices d'automne, s'il te plait. Les deux en grand format, » précise Emma en sortant son portefeuille de son sac à dos.

Puisqu'elle ouvre sa boutique à dix heures ce matin, elle a décidé de passer acheter un café à Elsa. Ayant des achats à faire dans le quartier où se trouve l'atelier de la blonde, elle préfère en profiter pour passer la voir. Derrière la petite caisse, la jeune femme aux cheveux châtains lui annonce le montant de sa commande, en lui adressant un sourire. Emma paye en glissant simplement sa carte sur le lecteur, avant de se mettre en file pour attendre ses boissons. Comme chaque matin, c'est une barista aux cheveux rouges qui s'active derrière les immenses machines à café. Quand son regard croise celui d'Emma, un rictus se dessine sur ses lèvres. La tatoueuse se rapproche alors pour échanger quelques mots avec elle, comme à leur habitude. Ce matin, la dénommée Ruby a opté pour un pull noir très décolleté, dont le col est dissimulé par son tablier vert. Elle a également privilégié un jeans bleu marine très moulant, afin de mettre en valeur ses formes. Elle détaille justement la tenue de la blonde un instant, tandis qu'elle remue un shaker qui contient apparemment un smoothie.

« Sympa le veston, » sourit-elle, presque aguicheuse. Un peu mal à l'aise, Emma hausse les épaules en la remerciant. Si elle se soucie peu de sa tenue lorsqu'elle est au tattoo shop, elle adore prendre soin de son apparence lorsqu'elle sort. Ce matin, elle a donc opté pour un col roulé noir, un veston gris et un pantalon assorti. Une tenue apparemment assez différente pour attirer l'attention de la rousse.

« Deux boissons ce matin ? » reprend alors la barista, toujours souriante. « Elle est chanceuse, » suggère-t-elle en adressant un clin d'oeil à la blonde.

« Euhm… en fait c'est pour ma meilleure amie, » explique la tatoueuse, un peu embarrassée. Elle n'est certes pas convaincue qu'une relation avec Ruby pourrait la mener loin, mais la jeune femme est tout de même particulièrement charmante. « Je vais passer la voir alors je me suis dit que j'allais lui amener un truc.

-Tu es une amie attentionnée, alors, » remarque la rousse, ne lâchant pas son jeu de séduction.

« Je ne suis pas seulement attentionnée en amitié, en fait, » riposte Emma, charmeuse.

« Ah oui ? » rougit la barista, détournant rapidement le regard pour se concentrer sur le lait qu'elle est en train de faire chauffer.

« D'ailleurs, je me disais qu'on… » débute Emma avant qu'une main vienne frapper son épaule, d'un geste vif, presque violent. Elle n'a pas le temps de se retourner, qu'une voix vient rapidement envahir l'espace, menaçant la jeune femme aux cheveux rouges.

« Ok vous pouvez flirter si ça vous tente, mais vous ferez ça quand j'aurais pris mon café, » s'impose un timbre plutôt rauque, que la tatoueuse reconnait. Quand la brunette pose enfin son regard sur Emma, ses yeux prennent une teinte plus sombre. « Ah mais c'est de toi qu'il s'agit, en plus ?! » ironise une Regina aux traits tirés. « Tu es donc insupportable dans toutes les sphères de ta vie, en fait.

-Je te demande pardon ?! » éructe la blonde, aussi surprise qu'agacée. « Il est huit heures du matin, tu vas l'avoir ton foutu café. Contentes-toi d'attendre en file comme tout le monde et de prendre ton mal en patience, » ajoute-t-elle d'une voix plus forte. Elle sait pertinemment qu'elle en rajoute un peu, mais espère gagner de nouveaux points auprès de la barista. Contre toute attente, la brunette ne se laisse pas faire.

« Mais… mais vas te faire voir ! » répond-elle d'une voix ironique, tandis qu'un murmure parcourt la file de clients qui attendent. « Ça fait dix minutes que j'ai commandé et cette idiote ne semble pas capable de faire un latte en moins de temps que ça. Alors si t'arrêtais de la distraire, j'aurais peut-être enfin ce que j'ai payé.

-Tu pourrais aussi avoir conscience que la plupart des gens qui attendent ont certainement autant envie que toi d'avoir leur café, mais que le monde ne tourne pas autour de ta petite personne, » rétorque la tatoueuse.

Justement, la dénommée Ruby se penche sur le comptoir pour tendre son café à Regina en s'excusant d'un air embarrassé. La brunette le récupère, ne quittant pas la blonde de son regard sombre. Apparemment, elle espère pouvoir lui transmettre toute sa colère par ses prunelles sombres. Mais la blonde ne risque pas de se démonter devant une personne autant imbue d'elle-même.

« Je rêve de te jeter ce café dessus pour te faire payer ton insolence, mais j'ai trop attendu pour l'avoir, » siffle-t-elle justement entre ses dents.

« On est en colère parce qu'on a trop attendu, ou parce qu'on a passé une mauvaise nuit ? » argumente Emma, heureuse d'avoir pris l'avantage.

« Vas te faire voir, » grogne la brunette. « Quand tu apprendras la politesse, tu pourras discuter avec les autres sans te faire insulter. Pour le reste, je ne te souhaite surtout pas une bonne journée, » dit-elle en se rapprochant de la blonde, comme pour la menacer. « Oh et, j'espère qu'elle fait mieux l'amour que le café parce que sinon t'es très mal barrée. Mais elle n'a pas l'air super brillante alors je pense que t'as manqué ton coup. T'aurais peut-être dû viser plus haut qu'une simple barista.

-C'est pour ça que t'as l'air épuisée ? » rétorque la blonde, sourcillant pour la défier. « Parce que ta copine fait mieux l'amour que le café ? » ajoute-t-elle en gloussant. « Dommage pour toi, t'aurais peut-être pu boire le tien chez toi et éviter de passer tes nerfs sur une personne qui fait simplement son travail... Ou bien… C'est justement parce que ta copine ne sait faire ni l'un ni l'autre que t'es autant frustrée au quotidien, » conclue-t-elle en un sourire moqueur.

Elle récupère alors ses deux boissons, salue la barista et quitte le café de son habituelle démarche nonchalante. Si elle n'attend pas la réponse de la jeune femme aux cheveux bruns, elle se doute que bien des insultes traversent l'esprit de la dénommée Regina tandis qu'elle la regarde s'éloigner. Échec et mat.