9h11

« Tu lui as dit… quoi ? » hésite Elsa, sourcillant de surprise. Si la jeune femme affiche toujours un air nonchalant, comme Emma, elle n'est pas dotée du même flegme que son amie. Justement, elle approche de ses lèvres son gobelet orné d'une insigne verte pour prendre une gorgée de café afin de se donner une contenance.

« Qu'elle était sûrement très peu épanouie dans sa vie pour être aussi désagréable avec tout le monde, » répète Emma, souriant d'un air fier.

« Euhm… Je dirais plutôt que tu lui as poliment suggéré qu'elle est mal baisée, » rectifie la jeune femme aux cheveux argent, hilare. « C'est sacrément arrogant de ta part, et audacieux.

-Étant donné qu'elle n'a pas répondu, j'oserais dire que j'ai eu raison sur toute la ligne, » se moque la tatoueuse. « Mais au moins, je suis sûre qu'elle ne viendra plus me déranger.

-Je ne suis pas certaine de ça, honnêtement, » admet son amie. « Elle a quand même profité d'un simple échange autour d'une commande de café pour t'insulter. Je ne pense pas qu'elle soit le genre de femme qui se laisse faire si facilement.

-Bah, les chances pour que je la croise à nouveau sont quand même très minces, » rétorque Emma, haussant les épaules. « Ce matin, c'était sûrement une coïncidence parce qu'elle travaille dans le quartier.

-Quartier où tu vis, quand même, » remarque Elsa.

« Ouais mais on est à deux pas du centre-ville. Je croise des centaines de personnes différentes chaque jour. Aucune chance que je me retrouve encore avec cette conne.

-J'espère pour toi, en tout cas ! » s'amuse la blondinette avant de lui annoncer qu'elle doit retourner travailler. La tatoueuse quitte alors l'atelier poisseux d'Elsa pour rejoindre la rue principale. Prenant à droite sur une avenue plus dégagée, elle continue son chemin vers une petite boutique qu'elle connait par coeur. De toute évidence, les pierres qu'elle porte toujours sur elle ne sont d'aucune utilité pour la protéger. Il serait peut-être temps qu'elle opte pour quelque chose de plus efficace…

Deux jours plus tard, 19h29

La jeune femme blonde sirote son verre de vin d'un air distrait, tâchant de se concentrer sur la musique qui résonne entre les murs du bar. Devant elle, la rouquine sourit, tout en lui racontant ses projets d'avenir. Pour ce second rendez-vous, Emma a choisi de prendre les devants et d'inviter Ruby dans un endroit qu'elle affectionne particulièrement. La première fois, la barista l'avait entraînée dans un bar atypique de la ville, au détour d'une rue peu fréquentée. Le lieu était sombre, de simples lumières rétro éclairant les petites tables en bois. Les banquettes rougeâtres rappelaient les tendances d'un autre temps, comme les centaines de décorations kitsch qui ornaient le mur derrière le bar. D'un poster d'Elvis à une plaque d'immatriculation américaine, cette façade de pierres avait été agrémentée de tout un tas d'objets plus étranges les uns que les autres. Cela s'alliait évidemment avec l'ambiance un peu déjantée du bar, ainsi qu'à la bière très peu goûteuse qu'ils proposaient. C'est pourquoi la tatoueuse avait cette fois choisi un commerce qu'elle appréciait déjà, afin de s'assurer de passer une bonne soirée.

The Other Side est un bar qu'elle fréquente depuis l'adolescence, tant pour son décor élégant que pour son ambiance plus simple. L'endroit est aménagé comme un véritable bar clandestin des années folles, avec de lourds canapés capitonnés de couleur noire, des tables en bois massif, et de luxueux miroirs ornant les murs de brique. Derrière le bar, plusieurs mixologues s'activent à préparer des boissons excentriques, tous vêtus d'une chemise blanche, d'un veston sans manche et d'un nœud papillon. Fidèle à l'atmosphère particulière des speakeasy, les lumières de ce bar sont tamisées, conférant à la clientèle une intimité sans égal. C'est en partie pour cela qu'Emma adore ce lieu unique, presque mystique. Contrairement aux autres bars de la métropole, son atmosphère invite à la détente, à la confession, à la rencontre de l'Autre. Justement, la blonde s'excuse auprès de la dénommée Ruby, se levant pour aller commander d'autres verres de vin.

En quittant leur table, elle prend le soin d'ajuster les manches de son chemisier sur ses bras, afin d'avoir l'air plus soignée. Sans grande surprise, sa date du jour s'est contentée d'une simple robe noire assez courte et d'escarpins à talons. Plus élégante que la dernière fois, la barista a toutefois l'air de ne pas se soucier réellement de son apparence. Elle semble plutôt se concentrer sur des vêtements provocateurs ou particulièrement révélateurs, ne s'inquiétant pas d'avoir un style particulièrement original. Tandis qu'elle avance sans vraiment regarder devant elle, Emma regrette justement d'avoir opté pour une tenue aussi classe. Ce n'était vraiment pas la peine de faire le moindre effort, songe-t-elle en faisant craquer ses doigts contre ses paumes.

Alors qu'elle relève enfin son visage vers le bar, à quelques mètres d'elle, un violent choc vint l'interrompre. Rapidement, elle sent un objet heurter son abdomen et une sensation de fraicheur l'envahir. Elle fait vite volte face sur la gauche, essayant de comprendre ce qu'il vient de se passer. De toute évidence, elle a bousculé un autre client qui tenait un verre -visiblement plein- à quelques centimètres d'elle. Mais lorsqu'elle croise enfin le regard de son agresseur du jour, elle sent les muscles de ses bras se crisper de fureur. Devant elle se tient une jeune femme brune aux cheveux courts, dont les yeux sombres la toisent d'un air moqueur. Tenant une coupe de vin désormais vide, la brunette affiche un rictus satisfait, sous le regard furieux de la blonde. C'est une blague ?

« Oops, désolée, » lance la dénommée Regina, dont le regard n'exprime pourtant aucune culpabilité. Découvrant une large tache de vin rouge sur sa chemise blanche, Emma réalise qu'elle rêverait de pouvoir enfoncer son poing dans le joli minois de la brunette. Folle de rage, elle l'attrape justement par l'avant-bras et poursuit son chemin vers les toilettes du bar. Entraînant la jeune femme sans vergogne, elle ne se soucie même pas de la présence des autres clients. Quand elle referme la porte derrière elles, la tatoueuse bouscule la brune contre l'un des murs des toilettes, plaquant fermement ses épaules contre le grand miroir qui recouvre le mur. Plongeant son regard dans le sien, elle réfléchit soigneusement à la meilleure manière de lui faire regretter son geste.

« Oh, on est énervée ? » ironise Regina, un sourire aux lèvres. « Pauvre chaton, » ajoute-t-elle d'une voix faussement chaleureuse. « Finalement c'est peut-être toi qui es frustrée, hm ? »

Agacée par cette nouvelle provocation, Emma l'attrape par le col de sa veste en cuir et resserre son emprise sur elle, espérant être plus convaincante. Dans le miroir derrière Regina, elle vérifie néanmoins qu'il n'y a personne d'autres dans les toilettes. C'est jamais une bonne idée d'avoir des témoins, songe-t-elle avant de ramener son attention sur la brune.

« Fous-moi la paix, » grince la tatoueuse, peu encline à poursuivre leurs joutes habituelles. « La prochaine fois que tu m'insultes ou que tu essaies de m'atteindre je v… »

Emma s'interrompt quand un frisson la parcourt et qu'elle détourne rapidement son regard sur la droite. En un instant, il lui semble qu'elle ne ressent plus aucune colère ni rancoeur. Dans le reflet derrière elle, une silhouette apparaît. Aussi rapide qu'éphémère, la vision est suffisamment nette pour qu'elle y porte attention. Elle vient de voir un jeune garçon derrière elle, assis sur les lavabos destinés aux clients. D'après ce qu'elle a vu, il a l'air plutôt jeune. Brun, des yeux châtains et quelques taches de rousseur, il a l'air de l'enfant modèle. Mais qu'est-ce qu'il fout là, se demande-t-elle, particulièrement troublée par ce qu'elle vient d'observer.

« Tu vas… faire quoi ? » reprend alors la brune, sourcillant en remarquant l'expression livide de la blonde. « Finis ta phrase.

-Euhm…. » bredouille Emma en relâchant sa rivale. « Euhm… Peu importe… » dit-elle en faisant volte-face pour se diriger vers les lavabos, espérant revoir le garçon.

« C'est quoi ça ? T'as peur de moi finalement ? » ricane la dénommée Regina en arrangeant sa veste sur ses épaules.

« Non, » souffle la blonde, scrutant soigneusement son environnement, espérant revoir apparaître l'enfant. « Je n'ai pas peur des filles bourgeoises qui se croient au-dessus de tout le monde.

-Alors pourquoi tu n'as pas fini ta phrase ? » s'agace Regina, apparemment déçue que leur rixe ne se soit interrompue si vite.

« Tu n'en vaux pas la peine, » répond Emma en se retournant finalement vers elle.

« J'en vaux suffisamment la peine pour que tu m'insultes devant les clients d'un café, mais pas assez pour poursuivre tes menaces ? » ironise sa rivale.

« Écoute, ça n'a pas d'importance. Retournes voir ta petite amie qui ne te satisfait pas et fais surtout en sorte de ne jamais me recroiser. T'as ruiné ma chemise et mon rendez-vous, donc on est quittes. Ça te va ? » affirme la tatoueuse, nonchalante.

« Ma petite amie qui ne me satisfait pas ? Mais pour qui tu te prends ?! » siffle Regina, à présent folle de rage. « Qui penses-tu être pour affirmer de telles choses sur moi ?!

-Personne, mais apparemment je vois assez juste pour que ça te fasse sortir de tes gonds, » s'amuse Emma, reprenant un peu ses esprits.

« Tu ne vois rien du tout, » éructe l'autre. « Tu n'es qu'une pauvre conne qui pense qu'elle sait tout et qu'elle peut se permettre de dire tout ce qui lui traverse l'esprit sans aucune conséquence. Mais tu n'as aucune idée de ce dont tu oses parler, » lance la brune, sa voix un peu plus rauque. « Alors… »

Sa voix s'interrompt quand la porte des toilettes s'ouvre sur une jeune femme rousse, plus grande qu'Emma, dont les yeux bleus détaillent immédiatement la tatoueuse.

« Roni, tu fous quoi ? » demande-t-elle à l'adresse de la brunette. « Euh… ça va ? » ajoute-t-elle, inquiète, son regard alternant entre les deux femmes.

« Ouais, tout va très bien, » répond froidement la dénommée Regina. « J'allais vous rejoindre, de toute manière. »

Ramenant son attention vers la rouquine, elle fait les quelques pas qui la sépare de l'intruse afin de la suivre vers l'extérieur de la pièce. Néanmoins, Emma s'amuse une nouvelle fois de son comportement étrange.

« Apparemment, je ne suis pas la seule à ne pas finir mes menaces, » lance-t-elle d'un ton moqueur. Cette fois, la brunette se retourne rapidement vers elle pour lui adresser un regard des plus sombres, ainsi que deux mots très significatifs.

« Ta gueule, » réplique-t-elle froidement, avant de quitter les toilettes d'un pas déterminé.

Deux à zéro, songe Emma en observant la porte se refermer sur les deux femmes. Toutefois, ses pensées reviennent vite vers le garçon qu'elle a vu quelques minutes plus tôt, mais aussi sur Ruby qui doit l'attendre à leur table. Sachant pertinemment qu'elle ne pourra pas sauver sa chemise, la blonde se dit qu'elle pourrait se contenter de payer leurs verres et proposer à la barista de finir la soirée chez elle. Au moins, celle-ci se terminerait sur une note plus positive…

22h47

Regina claque maladroitement la porte de son appartement derrière elle, après avoir enlevé ses chaussures d'un geste peu assuré. L'esprit quelque peu embrumé par l'alcool, elle laisse tomber lourdement son sac à main sur le sol, avant de jeter son manteau sur le dossier de son divan. Sans surprise, elle retrouve la jeune femme blonde assise sur un fauteuil, un livre à la main. Le matin même, les deux se sont disputées quant à la jalousie presque maladive d'Alexandra. Aussi, la brunette ne pensait certainement pas la retrouver si vite chez elle. Mais la joueuse de hockey a l'air sereine et lui sourit immédiatement dès qu'elle entre dans la pièce. Apparemment, elle a décidé d'enterrer la hache de guerre avant même qu'elles ne règlent leur conflit. C'est mieux que rien, songe Regina en s'asseyant lourdement sur ses cuisses. Amusée, la blonde pose son livre sur la table basse du salon avant de lui donner un baiser langoureux.

« Comment a été ta soirée avec tes amies ? » demande-t-elle justement d'une voix plus douce.

« Plutôt bien, si on oublie le moment où j'ai failli me battre avec la tatoueuse qui a fait ma plume, » ricane la brunette.

« Failli te battre ? Qu'est-ce qu…

-Rien d'important, » la coupe Regina, peu encline à débattre sur le sujet. « On n'arrête pas de se croiser avec cette fille-là et elle est très désagréable. Donc je me suis arrangée pour pimenter sa soirée, si on veut, mais elle n'a pas apprécié, » explique-t-elle en souriant d'un air satisfait.

« Mais elle ne t'a rien fait ? Est-ce que tu es blessée ? » s'inquiète la blonde, dont la voix devient un peu plus grave.

« Non, non, » assure la brunette en dodelinant de la tête. « Je te l'ai dit, c'est rien d'important, » tranche-t-elle, quelque peu agacée par l'idée qu'elle ne parvient pas à songer à autre chose depuis qu'elle a quitté le bar. « Et toi ? Ta journée ?

-Un peu comme toutes les autres, » sourit Alex. « J'ai été m'entrainer ce matin avec les girls, puis j'ai passé l'après-midi sur mon ordi à répondre à des emails, planifier des interviews, ce genre de choses.

-M'en parles pas, » soupire la brune, épuisée par sa journée. « Demain faut qu'on boucle notre numéro automnal et il me manque encore quelques dossiers… C'est vraiment le rush en ce moment…

-Finalement, t'as pu avoir ton interview avec la fille là… Celle dont tu m'as parlé ?

-Ouais, je vais faire ça la semaine prochaine, » répond-elle simplement.

Regina a évidemment rencontré Alexandra dans une soirée mondaine, juste après la victoire de l'équipe de la blonde. Journaliste de métier, travaillant pour l'une des revues les plus populaires de la métropole, la brunette en a alors profité pour poser quelques questions à la sportive, ne se doutant pas que leur conversation puisse déboucher sur quelque chose de plus intime. Toutefois, la joueuse de hockey parait toujours assez agacée quand la rédactrice doit interviewer d'autres personnalités publiques pour ses articles. De toute évidence, sa possessivité envers Regina n'a pas vraiment de limites, même quand il s'agit de son domaine professionnel.

« Oh, au fait, » ajoute justement la sportive. « J'ai eu un appel du magazine web dont je t'ai parlé, VanCity. Ils veulent que je fasse une interview par rapport à la nouvelle saison de hockey… et aussi par rapport à toi.

-Par rapport à moi ? » s'étonne la brunette, qui accorde peu d'importance à ce magazine plutôt tourné sur les célébrités et le lifestyle des jeunes. « C'est quoi le rapport ?

-Ben… Tu apparais dans des photos sur mon Instagram. Et comme je suis une « personnalité publique » ben ils veulent en savoir plus sur ma nouvelle petite amie…

-Il n'en est pas question, » éructe alors la journaliste, agacée. « Je t'ai déjà dit que je ne voulais pas que qui que ce soit m'interroge sur notre relation. Et je souhaite encore que mon existence, ma profession et notre rencontre restent assez confidentielles. Je ne suis pas une célébrité et il est hors de question que ma vie intime ne soit dévoilée à des milliers de lecteurs débiles.

-Come on, VanCity ont le monopole sur bien des choses, ce n'est pas comme si c'était un tabloïd non plus…

-Je me fous éperdument du magazine concerné. Je ne veux pas que tu parles de moi, c'est clair ? » répète la brune, désormais irritée par l'insistance de la blonde.

Tentant d'apaiser sa colère, elle détourne le regard, observant distraitement les meubles dans son salon. C'est là que ses yeux se posent sur un objet qu'elle n'a pas vu depuis plusieurs années. À gauche de son écran plat, sur son meuble télévision, se trouve une petite boite métallique. Sur le couvercle, on devine les formes de personnages de comics, agrémentés de mots dans des vignettes colorées, rappelant celles d'une bande dessinée. Se séparant immédiatement de la jeune femme blonde, elle se lève et se dirige vers le meuble. À présent, son agacement s'est transformé en véritable fureur. Elle saisit justement l'objet et le montre à la joueuse de hockey d'un geste vif. Consciente que l'alcool n'aide pas à la rendre plus raisonnable, elle laisse la rage prendre le contrôle de ses esprits.

« T'as trouvé ça où ?! » gronde-t-elle à l'adresse de sa petite amie. « Et pourquoi tu l'as mis ici ?! Pourquoi tu fouilles dans mes affaires ?! »

Surprise par le ton de la brunette, Alex se lève, les deux mains en l'air, comme en signe de paix. Dans son regard, Regina devine qu'elle ne s'attendait pas à la voir, un jour, en colère.

« Je n'ai aucune idée de ce qu'est ce truc, Roni, je... » bredouille la blonde.

« Dis-moi la foutue vérité, putain ! » la coupe la journaliste, peinant à se calmer. « Pourquoi t'as fouillé dans mes affaires ?! Et pourquoi t'as sorti ça ?! » insiste-t-elle en brandissant un peu plus la boite, comme pour gestualiser sa colère.

« Je n'ai rien fait Roni… » hésite la sportive. « Je te jure… Je… Je n'avais même pas remarqué que c'était là… Je ne sais pas ce que c'est je…

-Sors de chez moi, » tranche alors Regina d'un ton sans appel.

« Mais babe je…

-Sors de chez moi. Dégage, » répète la brune, ne lui laissant pas le temps de se justifier.

Comprenant que la situation est grave, la joueuse de hockey obtempère et prend la direction de la sortie. Quelques secondes plus tard, elle referme délicatement la porte de l'appartement de Regina derrière elle, se demandant sans doute ce qu'il vient de se produire. De son côté, la brunette repose la boite sur le meuble et se dirige vers le petit meuble en bois verni qui lui sert de bar. Sortant un verre qu'elle remplit d'un whisky particulièrement doré, elle espère que l'alcool fera vite effet et qu'elle pourra rapidement retrouver Morphée afin d'oublier les dernières minutes.

00h10

Emma grogne en se tournant dans ses draps lorsqu'elle entend son téléphone vibrer sur sa table de chevet. À sa droite, la jeune femme aux cheveux rouges est profondément endormie. La tatoueuse saisit alors son petit appareil et décroche avant de le porter à son oreille en maugréant. Se redressant, elle espère que son interlocuteur aura fait fausse route en composant son numéro et qu'elle pourra se rendormir rapidement.

« Allo, Em' ? C'est Elsa, » bredouille toutefois un timbre familier à l'autre bout.

« Hey, » marmonne la jeune femme endormie. « Tout va bien ?

-Ouais euh… en fait pas vraiment… C'est pour ça que je t'appelle…

-Qu'est-ce qu'il se passe ? » s'inquiète désormais la blonde en frottant ses paupières de sa main disponible.

« Euhm ben… On a passé la soirée avec des collègues à boire des bières et euhm… On a eu l'idée d'aller au Silot numéro 5 tu sais… Je t'en avais parlé l'autre jour…

-Le truc abandonné ? » se remémore la tatoueuse. « Super idée d'aller là-bas en pleine nuit, » ironise-t-elle.

« Ouais… En fait justement… » hésite la mécanicienne. « J'ai dérapé en sautant une barrière et depuis je suis incapable de marcher… J'ai mal à la cheville et j'ai l'impression que je ne peux plus me lever…

-Ça fait combien de temps ?! » interroge sa meilleure amie, la maudissant d'avoir composé son numéro avant celui des secours.

« J'en sais rien… Peut-être une vingtaine de minutes… Écoute… Les collègues sont tous ivres, comme moi, et incapables de conduire… Et j'ai pas vraiment envie d'appeler les secours parce que…

-Parce que t'es coincée dans un endroit où tu n'as pas le droit d'être, » résume la tatoueuse, quelque peu agacée. « Donc tu veux que je vienne te chercher pour t'amener aux urgences, » devine-t-elle.

« Euhm… ouais… C'est pas mal ça… » bredouille Elsa, apparemment embarrassée.

« T'en rates vraiment pas une… » râle Emma en se levant enfin de son lit. « Envoies-moi ta localisation par message, je vais venir te chercher.

-Emma Swan, tu es un ange tombé du ciel ! » s'exclame la mécanicienne, certainement rassurée de savoir que sa meilleure amie vient à son secours.

« Ouais, ouais, » marmonne l'intéressée. « On en reparlera quand j'aurais un service à te demander. J'arrive, ne bouges pas, ok ?

-Oui, Maman ! » se moque la jeune femme aux cheveux argent avant que sa meilleure amie ne raccroche. Récupérant des vêtements dans sa commode, Emma les enfile en toute hâte avant d'envoyer un message à Ruby, en espérant qu'elle le lira si elle se réveille avant son retour. La blonde déteste l'idée d'abandonner ainsi la barista, mais elle n'a évidemment pas le choix d'aller aider sa meilleure amie. De toute évidence, Elsa ne pourra pas s'en sortir sans son aide. Quelle nuit, songe la tatoueuse en attrapant ses clés de voiture avant de quitter enfin son appartement.

00h28

Alex tourne la poignée de l'appartement en prenant une grande inspiration, comme pour se donner du courage. Après sa querelle avec Regina, elle n'a pas eu la force de rentrer chez elle. Elle n'a aucune idée de la raison de leur dispute, puisque la brunette n'a pas voulu lui laisser le temps de s'exprimer. Elle n'avait d'ailleurs jamais vu l'objet que la journaliste l'accuse d'avoir trouvé. Aussi, il est hors de question pour elle de finir la soirée sur une note si négative. Elle en a même profité pur envoyer un message à l'une de ses fréquentations, afin d'oublier le conflit avec Regina. Mais la jeune femme n'a jamais répondu, comme un signe du destin. La joueuse de hockey a alors décidé de revenir chez la brunette, pour essayer d'éclaircir l'affaire et tenter une approche plus douce. Justement, elle entre dans le logement désormais sombre, remarquant que seule l'une des petites lampes du salon est allumée. La pièce tamisée n'a pas l'air très accueillante, mais la blonde choisit d'avancer quand même. Regina est sûrement couchée depuis près d'une heure et a oublié d'éteindre cette lampe qu'elle utilise pour lire. Alex pourrait donc la rejoindre dans son lit et entreprendre des réconciliations de cette manière.

De toute façon, elle n'a rien à se reprocher et suspecte plutôt la journaliste d'avoir du mal à se détacher de l'une de ses anciennes relations. L'objet d'intérêt qu'elle lui a montré ressemble à une boite à lunch qu'elle aurait pu offrir à une ancienne petite amie, peut-être parce qu'elles se seraient installées ensemble. En fait, il se pourrait que ce soit Alex qui ait des reproches à faire à Regina à la fin de la soirée, si elles reprennent leur discussion. Parce que si la brune ne parvient pas à oublier ses ex, il se peut qu'elle songe même à revenir vers elle. Des concurrentes. Rien de tel pour rendre la joueuse de hockey folle de rage… et avide de nouvelles disputes.

Cependant, elle se surprend à découvrir sa petite amie assise sur le sol, adossée à l'un des fauteuils en cuir de son salon. Apparemment assoupie, Regina ne réagit pas quand la blonde s'approche d'elle. C'est là qu'Alex comprend immédiatement la raison de son silence. Autour de la journaliste sont éparpillés d'énormes bouts de verre, certains tachetés de sang. Justement, la main de la brunette présente une large entaille ensanglantée, provoquant un haut le coeur chez la sportive. Elle prend néanmoins son courage à deux mains et essaie de réveiller sa petite amie, qui ne réagit que par quelques marmonnements.

Songeant qu'elle a peut-être perdu beaucoup de sang, Alex entreprend de soulever Regina et de l'emmener avec elle. Il est impératif qu'elle se dirige vers les urgences les plus proches pour éviter que la situation n'empire. Par réflexe, elle attrape un torchon dans la cuisine de la brunette et l'enroule autour du poignet de sa petite amie, serrant assez fort pour lui faire un garot. Elle saisit ensuite son téléphone et recherche rapidement l'adresse de l'hôpital le plus proche. Le General Hospital McKibbins, près du Vieux Port, à deux pas des anciennes usines abandonnées. Contente de voir qu'il se trouve à dix minutes de route, la blonde passe le bras de Regina sur ses épaules et la force à marcher comme elle le peut, titubant, presque inconsciente. Le trajet va être long… Mais la sportive sait qu'elle prend la bonne décision en amenant la jeune femme aux urgences. Elle ne peut tout de même pas s'empêcher de s'interroger sur la manière dont la journaliste s'est blessée...