00h37
Lorsqu'Alex passe les portes coulissantes de la salle d'urgences, elle sent son téléphone vibrer dans la poche de son jeans un peu trop large. Elle se dirige alors vers les chaises les plus proches du comptoir d'accueil, exceptionnellement vides et aide une Regina, encore inconsciente, à s'asseoir. Elle la force ensuite à tenir un autre torchon dans son poing pour essayer d'arrêter le sang, avant de sortir son téléphone de sa poche. Reconnaissant le numéro de son appelant, elle s'excuse auprès de la brunette et sort immédiatement de l'hôpital. Finalement, la jeune femme qu'elle a essayé de contacter une heure plus tôt s'est décidée à la rappeler. Il serait impoli de ne pas lui répondre…
Au même moment
Emma étire ses bras devant elle en baillant, avant de ramener son attention sur son amie. Cela fait près d'une demi-heure qu'elle et Elsa patientent dans la salle principale des urgences. Une infirmière est venue les voir pour prendre les informations sur la mécanicienne, afin de déterminer si son cas nécessite d'être pris en priorité ou non. De toute évidence, une fracture ou une entorse est moins urgente qu'une plaie ouverte. La jeune femme aux cheveux argent patientera donc certainement plusieurs heures avant de voir un médecin. En attendant, l'infirmière lui a proposé des antidouleurs, qu'Elsa a accepté sans hésiter.
« T'avais pas un date, toi, ce soir ? » demande-t-elle distraitement à sa meilleure amie.
« Affirmatif, » soupire la tatoueuse en jetant un coup d'oeil circulaire à la salle qui se remplit. Alors qu'Elsa lui pose une nouvelle question, son regard s'arrête sur un détail particulièrement troublant.
« Allo, tu m'entends ? » répète la mécanicienne. « Qu'est-ce qu'il y a ? »
Emma vient juste de reconnaître la jeune femme brune avec laquelle elle s'est querellée à deux reprises au cours des derniers jours. Mais la dénommée Regina est apparemment seule, totalement affalée sur une des chaises de la salle. Les yeux à demi clos, elle ne parait pas réellement consciente. Sûrement ivre, en fait. Mais elle tient un linge ensanglanté dans sa main, mouvant son bras avec peine.
« Fuck, c'est encore elle… » souffle la blonde, comme pour elle-même.
Suivant son regard, Elsa observe la brunette, à l'autre bout de la salle.
« Quoi ? C'est ta date de ce soir ? » demande-t-elle en sourcillant, quelque peu impressionnée.
« Non, non, » élude son amie en se levant. « Je reviens, ok ? »
Sans vraiment comprendre ce qu'elle fait, elle rejoint Regina de l'autre côté de la salle et s'assoit à ses côtés. Remarquant le garrot maladroit autour de son poignet, elle le retire délicatement, sachant très bien que c'est une solution qui peut s'avérer dangereuse. Elle essaie alors de réveiller la brunette, qui a l'air d'être dans un état second. Quand une infirmière s'approche d'elle pour demander à Regina ce qui l'amène, un frisson parcourt l'échine de la jeune femme blonde. Ses mains se mettent alors à trembler, tandis qu'elle répond à la spécialiste de santé sans vraiment comprendre ce qu'elle dit. Il lui semble entendre les réponses dans son esprit, indépendamment de sa volonté.
« Le nom complet de madame ?
-Regina Mills, » bredouille Emma, ne se souvenant pas d'avoir retenu son nom de famille.
« Date de naissance ?
-28 juillet 1988.
-Groupe sanguin ?
-Euhm… AB… euh oui… AB… » confirme la blonde, réalisant qu'elle n'est plus vraiment maîtresse de ce qu'elle dit. Jusqu'ici, elle n'a eu qu'une seule expérience d'écriture automatique. Mais il s'agissait d'écriture et non de récitation. De plus, c'était un geste volontaire, loin de ce qu'elle est en train de vivre.
« Que s'est-il passé ? » demande l'infirmière d'un ton calme, ignorant le trouble de la tatoueuse.
« Euh… Je suis rentrée et je l'ai trouvée inconsciente et blessée… Euhm… Je pense qu'elle a bu ou consommé quelque chose… » hésite la blonde, inquiète de donner de fausses informations.
« Quelque chose… comme quoi ? » interroge la quadragénaire, suspicieuse.
« J'en sais rien… Elle est juste… Elle a juste l'air très ivre…
-Effectivement, » soupire l'infirmière. « Votre nom à vous ?
-Emma Swan, pourquoi ?
-Votre rapport avec la patiente ?
-Euh… Je suis une amie… Une amie proche… » marmonne-t-elle, réalisant qu'elle répond de nouveau de son plein gré. Face à elle, la spécialiste de santé sourcille en prenant des notes. Elle la remercie ensuite avant de s'éloigner.
De son côté, Emma ramène son attention vers la brunette, se demandant si elle a pris la bonne décision en essayant de l'aider. On va espérer qu'elle soit prise en charge rapidement, se surprend-elle à songer, quand une voix rauque vient interrompre ses pensées.
« Tu te prends pour qui, exactement ? » demande une jeune femme aux cheveux courts qui se tient en face d'Emma, le regard perçant. La détaillant rapidement, la tatoueuse réalise qu'elle a certainement fait une erreur. Elle se lève par réflexe, s'excusant auprès de l'inconnue et expliquant la situation.
« La tatoueuse ? Ah c'est toi qui as failli te battre avec elle ? » répète la blonde, qui fait près d'une tête de plus qu'Emma.
Justement, elle l'attrape par la nuque dans un geste menaçant, qu'elle prétend affectueux, l'entraînant de force vers l'extérieur. Comprenant qu'elle ne veut pas poursuivre leur conversation dans le hall de l'hôpital, Emma se laisse faire en silence. Une fois dehors, elle se fait violemment plaquer contre l'un des murs de la façade, avant qu'un coup de poing vienne s'enfoncer dans son abdomen. Retenant un grognement, elle essaie de parer un second coup, quand un troisième vient percuter sa joue. Levant les bras en signe de paix, elle s'éloigne comme elle le peut de la jeune femme, essayant d'oublier la douleur dans son ventre.
« Je pense pas que t'ai appris la leçon, » gronde pourtant l'autre en la suivant.
« J'ai… On ne s'est pas battues avec Regina… C'est un malentendu…
-Qu'est-ce que tu foutais, assise à côté d'elle ?
-Rien… Rien du tout… Elle était seule et je voulais l'aider…
-Oh, parce que tu as été prise de compassion, j'imagine ?! » ironise la blonde aux cheveux courts.
« J'en sais rien… Oui, sûrement… Je voulais juste donner ses infos à l'infirmière pour qu'elle soit prise en charge rapidement… » proteste Emma en reculant encore, tentant d'apaiser son adversaire.
« Ses infos ? » sourcille la jeune femme. « Comment tu connais ses infos ? » demande-t-elle en saisissant la tatoueuse par le col de sa veste. La menaçant de nouveau avec son poing, elle se retient tout de même, attendant sa réponse.
« Je… J'ai une mémoire photographique et je retiens les infos de mes clients malgré moi, » ment Emma, espérant qu'elle soit suffisamment convaincante.
« Tu te fous de moi ?! » éructe pourtant son adversaire avant de lui donner un autre coup de poing dans le visage. « Comment tu connais ses infos personnelles ?! » Mais elle s'arrête alors dans un second geste, son regard s'assombrissant un peu plus. « Oh… Oh je vois, ok, » murmure-t-elle comme pour elle-même. « Tu t'intéresses à elle, en fait, c'est ça ? C'est avec toi qu'elle a passé la soirée ? C'est pour ça qu'elle m'a fait une crise tout à l'heure ?!
-Qu… quoi ?! » bredouille Emma, incrédule. « Non… pas du tout… on s'est juste croisées...»
Alors que la jeune femme aux cheveux courts s'apprête à la frapper encore, une voix vient les interrompre. Par réflexe, la sportive relâche Emma et la pousse violemment, comme pour l'éloigner d'elle-même. Pendant, ce temps, le gardien de sécurité qui les a interpellées s'approche d'un pas déterminé.
« Tout va bien ici ? » interroge-t-il, son regard allant d'Emma à l'autre femme.
« Ouais… ouais… » ment la tatoueuse. « On discutait juste entre nous…
-Ça n'a pas l'air d'aller, vous, » répond-il, suspicieux, en observant son visage.
« C'est rien… » assure la blonde. « Je suis tombée en rollers, » dit-elle en souriant, tentant d'être convaincante. La dévisageant, l'homme acquiesce finalement et s'éloigne. La sportive adresse alors un dernier regard mauvais à la tatoueuse avant de faire volte face et de revenir dans la salle d'urgences. De toute évidence, elle espère qu'Emma a compris sa leçon. Justement, la blonde met la capuche de son sweatshirt sur le haut de son crâne pour dissimuler son visage tuméfié. Ce qu'il ne faut pas faire pour aider les autres, songe-t-elle en reprenant à son tour le chemin vers le hall d'hôpital.
1h03
« Attends… C'est qui cette fille au juste ? » demande Elsa un peu plus fort qu'elle ne l'aurait voulu. Sa meilleure amie lui adresse alors un regard sombre, avant de lui répondre en chuchotant.
« C'est la fille qui a été désagréable l'autre soir, » explique-t-elle à demi-voix. « Celle dont je t'ai parlé.
-La mégère ? » s'étonne la mécanicienne. « J'avais raison de dire qu'elle devait être canon alors, » ajoute-t-elle en ricanant.
« Peu importe, » souffle Emma, agacée. « Toujours est-il qu'il s'est passé un truc bizarre, tout à l'heure.
-Ouais, tu t'es un peu fait remettre à ta place par sa petite amie, » se moque la jeune femme aux cheveux argent en détaillant le visage de son amie. « Mais en même temps, fallait s'y attendre, c'est une joueuse de hockey.
-C'est une joueuse de hockey ? » interroge la tatoueuse, surprise.
« Tu vis dans une cave, ou quoi ? » ironise Elsa. « C'est la meilleure buteuse des Canucks. Alexandra Duvernay, une québécoise d'origine. Elle joue depuis trois saisons à Vancouver et c'est une des joueuses les plus réputées de la ligue. Mais j'ignorais qu'elle avait une copine…
-Bon, on s'en fout de qui elle est, » râle la blonde. « Elle n'avait aucune raison de s'en prendre à moi.
-T'as quand même été voir sa copine comme si t'étais en charge d'elle, » remarque son amie.
« Parce qu'elle l'a laissée seule sur une chaise d'hôpital alors qu'elle est clairement inconsciente, » s'agace Emma.
« Mais je croyais que tu la détestais, cette fille.
-Elle m'énerve et je la trouve désagréable, » rectifie la tatoueuse. « Ça ne veut pas dire que je vais la laisser seule alors qu'elle a clairement besoin d'aide.
-Et c'est ça le truc bizarre ?
-Non, » rétorque Emma. « Le truc bizarre c'est que… J'ai donné ses informations personnelles à l'infirmière.
-Ouais… comme elle te l'a demandé, j'imagine ?
-Non, tu ne comprends pas, El', » souffle son amie. « Je n'avais aucune idée de sa date de naissance ou de son groupe sanguin jusqu'à il y a une demi-heure. C'est pas vraiment moi qui aie répondu. J'ai juste… » Elle frissonne de nouveau, essayant de ne pas se laisser dominer par ses angoisses. « C'est comme si on m'avait soufflé les réponses. Sans que je puisse contrôler ce qui était en train de se produire. »
Face à elle, Elsa déglutit, réalisant ce à quoi elle fait allusion.
« Comme le jour où t'as fait de l'écriture automatique pour moi ? Avec Anna ? » demande-t-elle simplement, l'air embarrassée. De son côté, Emma se contente d'acquiescer, pensive. Depuis quelques jours, les évènements semblent s'enchainer, sans qu'elle ne comprenne réellement la raison de toutes ces apparitions. De manière générale, elle n'est jamais confrontée à autant de problèmes en même temps. Mais il semblerait que les dernières rencontres qu'elle a faites l'amènent à d'autres, bien plus inquiétantes…
Trois jours plus tard, 8h12
Emma entre dans le café chaleureux, comme à son habitude. Dépassant les tables sur la gauche, elle prend la direction du comptoir, ajustant la bandoulière de son sac sur son épaule. Une main vient alors se poser sur son épaule, la poussant à faire volte face. Surprise, elle se retrouve face à la jeune femme brune qu'elle n'arrête pas de croiser. Néanmoins, la dénommée Regina ne parait pas encline à la querelle, ce matin. Elle lui tend justement un gobelet plein, lui adressant un sourire presque rassurant.
« Café infusé à froid, pas de crème ni de sucre, » dit-elle sans quitter des yeux la tatoueuse. « C'est bien ça ?
-Euh… ouais… » hésite Emma, prenant toutefois le gobelet d'un geste délicat.
« Ce n'est pas empoisonné, » ironise la brune en voyant la blonde observer son verre d'un air suspicieux. « Je voulais te remercier.
-Pour ?
-Alex m'a dit que tu t'es occupée de moi, quand elle s'est absentée de la salle d'attente des urgences. Elle m'a dit que tu as donné mes informations à l'infirmière pour que je sois prise en charge plus rapidement, » explique-t-elle d'une voix calme, légèrement embarrassée. « Je ne sais pas ce que tu faisais à cet endroit mais… Merci, en tout cas.
-Il n'y a pas de quoi, » bredouille la tatoueuse, quelque peu troublée par le ton particulièrement doux de la brune. « T'aurais sûrement fait la même chose pour une personne qui avait l'air en danger. Et seule. »
Par réflexe, Emma détourne le regard vers le comptoir au fond de la pièce, derrière lequel Ruby travaille, comme six matins par semaine. Suivant ses yeux émeraude, la dénommée Regina esquisse un sourire amusé.
« Elle ne te quitte pas des yeux, » dit-elle simplement. « Je vois que mon opération pour ruiner ta date n'a pas fonctionné.
-Apparemment pas, » répond Emma en ramenant son attention sur la brunette.
« Mais je voulais te présenter mes excuses pour ça, » admet sa rivale. « C'était puéril et stupide, comme comportement.
-Je ne te le fais pas dire, » soupire la blonde.
« Come on, je te présente des excuses sincères, » rétorque la journaliste, un peu irritée. « Accepte-les au moins sans essayer de me provoquer.
-J'accepte tes excuses, alors, » affirme la tatoueuse, toujours méfiante à son égard.
« Mais je maintiens, que tu pourrais faire mieux, » ajoute la brune en observant la barista pendant un instant. « Je suis sûre que tu n'es pas juste une fille désagréable et que tu mérites une personne un peu plus mature.
-Dit la fille qui sort avec une joueuse de hockey qui est incapable de contenir ses pulsions violentes, » remarque Emma, la défiant du regard. Apparemment amusée par sa nouvelle pique, Regina se mordille la lèvre inférieure.
« On va dire qu'elle a choisi de laisser libre cours à ce que ton arrogance m'inspire depuis quelques jours, » réplique-t-elle avant de prendre une gorgée de son café. « Au moins, tu t'en sors avec quelques hématomes seulement.
-Et je devrais m'en contenter ? » ironise la blonde, pourtant amusée par leur nouvelle joute, bien plus douce que les précédentes.
« Bah, ça aurait pu être bien pire, » remarque la brunette. « En plus je suis sûre que ta chère barista va te trouver infiniment plus canon avec tout ça.
-Parce que j'ai l'air de la fille qui s'est faite malmener par une parfaite inconnue ? » ricane Emma.
« Parce que ça te donne l'air d'une bad girl qui s'attire toujours des problèmes, » rectifie Regina. « Super mystérieuse et ténébreuse, » ajoute-t-elle avant d'adresser un clin d'oeil à sa rivale. De son côté, la tatoueuse détourne le regard, essayant d'avoir l'air agacée par ses moqueries. « Toujours est-il que je voulais te remercier pour ce que tu as fait, et admettre que tu n'es pas juste insupportable.
-Il n'y a vraiment pas de quoi me remercier, » répète la blonde, songeant qu'il est temps de conclure cette conversation. « Ce n'était rien. »
Justement, la dénommée Regina referme son duffle coat et ajuste son écharpe autour de son cou, comme pour se préparer à partir. Mais elle s'interrompt, dévisageant une dernière fois la jeune femme blonde.
« Il y a juste une dernière chose, qui m'interpelle un peu, » dit-elle d'un ton sérieux. Devant la mine embarrassée d'Emma, elle se décide à poursuivre d'une voix un peu plus rauque. « Alex m'a dit que tu prétends avoir une mémoire photographique et que c'est comme ça que tu as pu donner mes informations à l'infirmière… Mais, sur la déclaration que j'ai signée avant mon tatouage, j'ai écrit que mon groupe sanguin est O positif, parce que je déteste donner cette information à de parfaits inconnus. En plus, je suis assez persuadée que ça n'est d'aucune utilité pour une personne qui me tatoue, parce que je ne risque pas de perdre du sang ou de nécessiter une intervention chirurgicale. » Face à elle, la tatoueuse a l'impression que son coeur vient d'arrêter ses battements, tant cette remarque lui glace le sang. Elle recule légèrement, essayant de ne pas afficher son trouble à la brunette. « Mais sur le rapport de l'infirmière, il y avait écrit AB, parce que c'est l'information que tu lui as donnée. Et c'est mon véritable groupe sanguin. Même Alex n'était pas au courant de ça, » explique Regina, son regard sombre détaillant les yeux verts de la blonde. Justement, celle-ci souhaiterait pouvoir disparaître instantanément afin de ne pas avoir à lui donner de telle réponse. Heureusement, elle trouve rapidement un moyen de se défiler.
« Euhm… Les personnes qui sont O positifs sont censés être des donneurs universels de sang et les AB sont les receveurs universels… J'imagine que mon cerveau a confondu les deux, puisque j'ai plusieurs clients par jour… » bredouille-t-elle. De toute évidence, la journaliste sourcille d'incompréhension devant cette excuse peu convaincante.
« Mais les deux lettres n'ont rien à voir… » dit-elle, suspicieuse.
« J'en sais rien… » ment la blonde. « J'imagine que c'était une erreur positive au final… Enfin, ça aurait pu te sauver la vie…
-Je trouve quand même ça vraiment étrange, » remarque Regina, apparemment suffisamment convaincue pour passer à autre chose. « De toute manière, je n'ai plus vraiment le temps pour ça, » ajoute-t-elle en jetant un coup d'œil à son smartphone. « Bonne journée et… peut-être à bientôt, puisque le destin veut absolument qu'on se croise sans cesse, » dit-elle en lui adressant un sourire poli. À l'inverse, Emma se contente d'acquiescer, encore troublée par le sujet qu'elles viennent d'aborder. Entendant le claquement des talons de la brunette derrière elle, elle pousse un profond soupir en songeant qu'elle n'est décidément pas au bout de ses surprises…
18h57
Regina repousse le bras nu de la jeune femme blonde sur son abdomen pour se redresser. Détachant ses cheveux mi-longs, elle les laisse tomber sur ses épaules en étirant sa nuque. Comme d'habitude, les mains de la sportive viennent rapidement rejoindre ses hanches, l'incitant à se recoucher. Mais la brunette les repousse en souriant, amusée par leur jeu de séduction.
« Je meurs de faim et faut vraiment que je commence à cuisiner si on veut manger un jour, » dit-elle d'une voix faussement autoritaire. « On reprendra tout ça après.
-Pourquoi tu refuses ? » interroge la blonde, plaçant sa main sous son menton pour se redresser.
« Je ne refuse pas, Alex, » corrige la brune, essayant de ne pas se laisser entraîner dans sa visible provocation. « Je dis simplement que j'ai faim et qu'il est temps de faire à souper parce que je ne veux pas manger à 21 heures…
-C'était mieux avec la tatoueuse, c'est ça ? » ironise la sportive, le regard mauvais.
« Quoi ?! » éructe la journaliste, agacée par ses accusations. « Mais de quoi tu parles ?
-Elle te plaît, c'est ça ? C'est pour ça que tu m'as fait une crise après l'avoir vue, l'autre soir ?
-Tu divagues complètement, » répond la brune en se levant. Elle attrape alors une robe de chambre qu'elle met rapidement, irritée par cette nouvelle querelle. Pour une fois qu'elle espérait passer une soirée tranquille...
« Je divague, moi ? » répète la joueuse de hockey d'un air sarcastique. « Pourquoi elle connaissait tes infos alors ? Pourquoi elle voulait t'aider, à l'hôpital ?
-Parce que tu m'as laissée là comme si je n'avais aucune importance à tes yeux ! » rétorque alors Regina, réalisant que ce geste l'a bien plus affectée qu'elle ne l'aurait cru. « Je ne sais pas pourquoi t'es partie, mais c'était vraiment irresponsable de me laisser comme ça alors que j'étais ivre morte.
-J'avais un appel à passer, » réplique la blonde en haussant les épaules.
« À fucking minuit et demie ?! » ironise sa petite amie. « Et c'est moi que tu accuses de tromperie ?
-Tu dis n'importe quoi, » siffle la sportive en se levant à son tour. « C'est toi qui m'as fait une crise pour rien. C'est toi qui m'as parlée d'elle avant tout. Il y a clairement quelque chose de bizarre avec cette fille. »
Lassée par son comportement, la brunette se demande si elle n'aurait pas mieux fait de rester chez elle, ce soir.
« Tu sais ce qui est bizarre ? » dit-elle d'une voix plus rauque. « C'est le fait que tu sois incapable de me faire confiance ou d'accepter que tu puisses avoir des torts. Et c'est la raison pour laquelle je ne viendrais pas m'installer chez toi. Et c'est aussi la raison pour laquelle je ne veux pas que tu parles de moi à de quelconques journalistes. Parce qu'on ne construira rien de sérieux à ce rythme-là. »
Apparemment folle de rage, la sportive se rapproche de Regina et la saisit violemment par le bras. Se dégageant rapidement, la brune se recule afin de ne pas être à sa portée. Dit la fille qui sort avec une joueuse de hockey qui est incapable de contenir ses pulsions violentes, se remémore Regina, agacée par l'idée que la tatoueuse a raison, encore une fois. Pourtant, la dénommée Alex a l'air prête à laisser sa violence prendre le contrôle de ses esprits.
« Ce n'est pas sérieux pour toi tout ça ?! » gronde-t-elle, sa mâchoire crispée de fureur. « Je passe mon temps à faire des efforts pour toi et ça ne te suffit pas ?!
-Essayer de provoquer sans cesse de nouvelles querelles, ce n'est pas un effort, » ironise la journaliste. « Tu essaies toujours de voir les problèmes là où il n'y en a pas et tu es incapable de reconnaître que tu as des torts. Et n'essaie même pas de me toucher à nouveau parce que je n'ai vraiment pas envie d'appeler la police sous prétexte que ma petite amie est une brute.
-Une brute ?! Sérieusement ?! » tonne l'intéressée, essayant tant bien que mal de contenir sa rage.
« Tu as violenté une fille qui essayait simplement de m'aider, sous prétexte que sa face ne te revenait pas, » rappelle la brune. « Excuse-moi, mais je ne vois pas d'autre terme. Et si ça suffit à te faire sortir de tes gonds, je ne suis peut-être pas loin la vérité, » explique-t-elle d'un ton sans appel, ignorant l'air furieux de la sportive.
Regina enlève alors sa robe de chambre et commence à réunir ses vêtements sur le lit d'Alex. Enfilant ses sous-vêtements sous le regard abasourdi de la blonde, elle tente de se convaincre qu'elle prend la bonne décision. De son côté, cette dernière quitte la pièce en claquant la porte, souhaitant sûrement évacuer sa rage d'une autre manière. Pour une fois que la soirée commençait bien…
20h29
Emma consulte le message qu'elle vient de recevoir sur son téléphone, poussant un long soupir de déception. Sur le petit écran, le nom de la barista s'affiche une seconde fois, comme pour signifier son impatience. « T'as pas répondu à mon message de cet après-midi. Tu boudes ou je me suis simplement fait des idées sur ce qu'il s'est passé ? » Sérieusement, songe la tatoueuse, avant de lui répondre en quelques mots qu'elle est simplement très occupée. Je suis sûre que tu n'es pas juste une fille désagréable et que tu mérites une personne un peu plus mature, se remémore-t-elle en rangeant son téléphone dans la poche de son jeans. Justement, elle avance dans la pièce étroite et particulièrement sombre, éclairant devant elle avec une simple lampe de poche. Tandis qu'elle fait encore quelques pas, un frisson parcourt son échine. Bingo.
« Il n'y a vraiment aucune lumière ici ? Aucun système électrique ? » demande-t-elle à l'homme d'un ton sérieux.
Derrière elle, le quadragénaire lui explique qu'il ne pense pas que ce soit le cas. Néanmoins, il avance à pas de loups, particulièrement intimidé par la jeune femme. Ce soir, Emma a accepté d'aider une connaissance d'un collègue d'Elsa. Il s'agit d'un homme qui vient d'acheter une nouvelle maison pour sa famille, souhaitant offrir une vie meilleure à sa femme et ses deux enfants. Fidèles aux tendances de la classe moyenne de Vancouver, ils ont préféré opter pour une vieille maison de banlieue, dans le quartier de Richmond. Leur désir est évidemment de refaire, petit à petit, cette demeure à leur goût. Toutefois, le rêve est devenu cauchemar quand deux des enfants ont expliqué voir des ombres dans leur chambre, la nuit, et entendre de nombreuses voix. La mère, de son côté, se réveille régulièrement avec des hématomes ou des traces de griffures. Selon l'homme, les problèmes viennent d'une des pièces de la maison qu'ils n'ont pas encore essayé de rénover : la tour, culminant la demeure comme le paysage, datant du XIXème siècle. Si elle en croit ses impressions, Emma dirait que le quadragénaire a raison, quant à cette pièce abandonnée et très sombre de la maison. Mais il se peut aussi que le problème vienne d'eux et non de la demeure en elle-même.
Nouveau frisson. Continuant son chemin vers une des fenêtres de la fameuse tour, Emma sent un souffle chaud sur sa joue droite. Elle se retourne par réflexe, essayant cependant de ne pas laisser transparaître son inquiétude au propriétaire de la demeure. Elle observe alors les vieilles tapisseries dégradées sur l'un des murs, représentant des nuages sur un fond uni de couleur bleue. Sûrement une chambre d'enfant, pense-t-elle en s'interrogeant sur les personnes qui habitaient la demeure avant eux. Tentant de rester sûre d'elle, la tatoueuse explique à l'homme qu'elle préfèrerait être seule pour faire ce qu'elle a à faire. Embarrassé, il s'excuse et quitte la pièce le plus vite possible. Quand elle n'entend plus ses pas rapides dans les escaliers, la jeune femme blonde s'assoit en tailleur sur le plancher poussiéreux de la tour. Elle garde sa lampe de poche entre ses jambes, consciente que ce n'est pas le meilleur moment pour se la faire voler, avant de fermer les yeux.
Prenant une grande inspiration, elle essaie de visualiser la pièce autour d'elle, les murs décrépis et sales, les fenêtres ouvrant sur le grand jardin derrière la maison, jusqu'à ce qu'elle passe de l'autre côté. C'est là qu'elle sent une main glacée saisir la sienne, la ramenant rapidement dans la réalité. Le coeur battant à ses tempes, elle rouvre les yeux aussi vite qu'elle le peut et se recule. Devant elle, elle distingue une silhouette d'enfant, la même qu'elle a vu quelques jours auparavant. Mais avant qu'elle ne puisse réagir, l'ombre disparaît instantanément. De son côté, elle tente de reprendre ses esprits et son souffle, toujours troublée par ce qui vient de se produire. D'habitude, elle n'a aucun véritable contact avec eux et certainement pas dans ces conditions. Elle se redresse, songeant qu'il lui faut quand même essayer d'aider le quadragénaire qui a fait appel à ses services. En espérant ne pas être, encore une fois, dérangée...
