Mercredi matin, 10h18

« Ok, donc on passe en presse avec ça pour demain. Malcolm, t'as réussi à finir le dossier sur Brock Boeser ? » demande Regina d'une voix autoritaire. Devant elle, assis à la table de réunion, les six autres membres de la rédaction semblent n'avoir rien à ajouter. Toutefois, l'intéressé préfère mordiller sa lèvre inférieure d'un air coupable avant de lui répondre.

« J'ai presque fini, en fait, » précise-t-il. « J'ai reçu les photos ce matin et je n'ai pas eu le temps de…

-Mais tu sais qu'on passe en presse à 10 heures, » le coupe-t-elle d'une voix plus rauque. « Tu sais qu'il me faut boucler tout avant 13 heures, n'est-ce pas ?

-Oui, oui, mais…

-Qu'est-ce que tu fais encore là ? » demande-t-elle, sans le quitter des yeux. Apparemment intimidé, il acquiesce rapidement avant de prendre sa tasse de café et de se lever en toute hâte. Il quitte la salle en silence, d'un pas pressé, comme s'il essayait de fuir une menace. De son côté, elle pousse un profond soupir avant de ramener son attention vers les autres membres de son équipe.

« D'autres questions pour la suite des choses ? Chacun sait ce qu'il a à faire pour demain ? » lance Regina d'un ton sans appel. De toute évidence, les autres se contentent d'un hochement de tête, avant de se lever à leur tour. Lorsqu'ils quittent la salle, la jeune femme prend quelques minutes avant de rejoindre son propre bureau. Plaçant ses mains sur le dessus de son crâne, elle ferme les yeux quelques instants, tentant de se concentrer sur son souffle. Cependant, une voix familière vient rapidement interrompre ses pensées.

« Hey, Roni, » bredouille une jeune femme blonde aux yeux clairs. « Comment tu te sens ? » dit-elle en entrant dans la salle, s'asseyant sur la table sans vergogne.

« Comme quelqu'un qui a l'impression de diriger une garderie plus qu'une salle de rédaction, » maugrée la brunette. « Et toi ?

-Plutôt bien en fait, » sourit la blondinette. « C'est encore Malcolm qui pose problème ?

-En plein dans le mille, » soupire Regina. « À ce point-là, je n'arrive plus à cerner si c'est de l'incompétence ou un manque de volonté.

-C'est si terrible que ça ? » demande son amie, affichant une moue désolée.

« Écoutes, je lui laisse tout le temps possible pour finir ses dossiers et il n'y parvient jamais. J'essaie même de prendre le relais quand je sens qu'il n'est pas en forme, mais rien n'y fait.

-Gold dit pourtant que c'est un des meilleurs…

-Gold n'est plus à ma place depuis près de dix ans, » riposte la brune. « Il n'a aucune idée de la manière dont les choses fonctionnent aujourd'hui. Son travail à lui, c'est de signer des chèques, serrer des mains et faire le tour du bureau une fois de temps à autre pour prétendre que ça l'intéresse.

-Mais c'est notre patron, » rappelle la blonde, un peu embarrassée.

« Ouais, malheureusement, » siffle la brunette. « Bon, je vais devoir y retourner. J'ai vraiment beaucoup de choses à finir…

-T'es sûre que ça va, Roni ? » demande la jeune femme.

« Pourquoi cette question ?

-T'as l'air… pas vraiment dans ton assiette, » remarque-t-elle. « Ça va toujours, avec la belle Alex ?

-Ouais, euhm, j'ai vraiment pas le temps Chloë, » répète l'intéressée, peu partante pour une conversation sur sa relation avec la sportive. « On se reparle bientôt ? » dit Regina en se levant pour quitter la salle à son tour. Tandis qu'elle s'éloigne, elle essaie de ne pas penser à la joueuse de hockey avec qui, justement, les choses ne sont pas au beau fixe. Depuis leur dernière querelle, près d'une semaine auparavant, Alex a essayé maints fois de la contacter, sans réel succès. Pour le moment, la brunette essaie de se convaincre qu'elle n'aurait jamais dû laisser cette fréquentation avancer autant. Dès les premières semaines, elle se doutait qu'Alex ne serait pas une personne qui lui correspondrait. Mais plus par ennui que par réelle conviction, elle s'est laissée emporter par cette histoire un peu bancale, espérant que les choses s'arrangeraient. Malheureusement, leur dernière dispute lui confirme que ses premières impressions sur la sportive étaient les bonnes. Suis ton instinct, bon sang, se répète-t-elle.

Quand elle croise une des rédactrices dans le couloir menant à son bureau, la jeune femme baisse instinctivement le regard avant de poursuivre sa route. Au moins, Regina a toujours su mener sa vie professionnelle d'une main de maître. Depuis qu'elle est entrée à la rédaction du Seven Days, elle n'a cessé de gravir les échelons. Elle occupe justement, depuis plus d'un an, le prestigieux poste de rédactrice en chef, une opportunité dont elle n'aurait jamais espéré pouvoir rêver. Pourtant, son ambition et sa volonté sans faille lui ont permis d'avancer plus vite que ses collègues, sans jamais craindre les lendemains. Mais maintenant qu'elle est au sommet, il lui semble que sa carrière n'est, finalement, pas vraiment l'élément essentiel de son existence. Justement, elle se retient de prendre son téléphone dans la poche de son veston pour consulter ses messages. Laisse-toi le temps d'y réfléchir, tente-t-elle de se convaincre, sachant très bien qu'elle risque de vite déchanter. Elle n'a peut-être jamais eu peur du noir, mais elle redoute tout de même de passer ses nuits, seule avec ses propres démons… et son passé.

11h13

Emma passe une nouvelle fois la lingette sur l'épiderme de la jeune femme, afin d'enlever les dernières traces d'encre et de sang. Elle applique ensuite une crème hydratante, afin d'aider la plaie à cicatriser au plus vite. Cette fois, sa cliente pousse toutefois un grognement de douleur, fermant les yeux pour essayer de la contenir.

« Tout va bien ? » s'inquiète la tatoueuse, interrompant son geste.

« ...Ouais… Je pense juste que c'est la sensation d'après qui me dérange… Ça fait comme une brûlure… » se plaint la jeune femme aux cheveux bruns. Après avoir fini de mettre la crème, la blonde lui indique justement que c'est fini et qu'elle peut aller voir son nouveau tatouage. Ravie, l'intéressée se précipite vers le miroir du salon, pivotant sur elle-même pour admirer le magnifique harfang qui orne désormais ses côtes. Sans le toucher, elle trace délicatement les lignes du rapace du bout de ses doigts, comme pour s'assurer qu'il est bien réel.

« C'est magnifique ! » s'exclame-t-elle avant de se retourner vers Emma. « Merci!

-Il n'y a pas de quoi, » répond la tatoueuse en enlevant ses gants. « Maintenant, faut juste que tu en prennes soin et que tu l'entretiennes correctement, » rappelle-t-elle en se levant de son tabouret. Pendant ce temps, la jeune femme remet son tshirt et sa veste en jean, en prenant soin de ne pas trop toucher ses côtes. De toute évidence, elle s'apprête à vivre quelques jours de douleurs et de brûlures constantes sur cette zone de son corps. Quand elle rejoint Emma au niveau du comptoir pour payer sa séance, la blonde l'observe avec attention. La jeune femme doit avoir la vingtaine à peine et apparaît comme une personne particulièrement enjouée et optimiste. Justement, elle répète encore à la tatoueuse qu'elle la remercie pour son magnifique travail.

« Pourquoi une chouette blanche, déjà ? » demande la blonde pour changer de sujet.

« Parce que c'est un animal qui a une belle signification, » admet la cliente. « En fait, la chouette est l'oiseau qui peut voir dans l'obscurité, quand d'autres animaux ne le peuvent pas. Dans certaines traditions, on estime que les personnes qui représentent la chouette sont ceux qui sont lucides en toute situation, qui ont un instinct bien plus développé que les autres. Ils voient des choses que les autres ne perçoivent pas, ils sentent certaines énergies, certaines présences. En somme, ils sont capables de voir véritablement dans un monde où tout est parfois obscur. » La brunette sort son porte-monnaie, tout en poursuivant son explication. « Mais on dit aussi que comme les chouettes voient dans le noir, ces personnes sont un peu comme des phares pour guider les autres. J'aime bien cette vision aussi. Je trouve ça inspirant, en fait.

-Ça l'est effectivement, » remarque Emma, amusée par ce qu'elle raconte.

« Vous ne croyez pas à tout ça, vous ?

-Aux personnes qui peuvent voir dans le noir ? » rétorque la blonde, taquine.

« Aux gens qui voient au-delà du réel, qui ressentent plus de choses que les autres, qui sont dotés de certaines facultés, si on veut, » reprend la brunette, amusée par sa remarque. « Mais le fait qu'il existe des personnes comme ça suggère aussi… qu'il existe des choses qui sont au-delà de notre portée et de nos capacités sensorielles.

-C'est très ésotérique, tout ça, » s'amuse la tatoueuse.

« Vous n'y croyez vraiment pas ? » s'étonne la cliente. « Aux énergies ? Au fait qu'il existe autre chose que notre réalité ? Aux esprits, même ? »

Plaçant les billets dans sa caisse, Emma tend sa carte d'affaires à la jeune femme, essayant de deviner ses pensées.

« Pas vraiment, » ment-elle en lui souriant. « Les histoires de fantôme, c'est pas trop mon truc.

-Pourtant, c'est bien réel ! » réplique la brunette, apparemment très convaincue par ce qu'elle dit. « Il existe des tas de témoignages et de vidéos sur internet. Vous devriez y jeter un coup d'œil parce que c'est vraiment un univers fascinant… et terrifiant aussi.

-Je n'y manquerai pas, » ajoute la blonde, se demandant si la jeune femme perçoit les mêmes choses qu'elle ou si elle est simplement persuadée qu'il existe bien d'autres choses en dehors du réel. Après lui avoir répété qu'elle devrait s'intéresser au sujet, la jeune femme remet sa veste et quitte le salon d'une allure élancée, comme si elle n'avait peur de rien. De son côté, Emma s'assoit sur l'un des sofas imposants à l'entrée de son salon, attendant son prochain rendez-vous. Au moins, aujourd'hui le gamin a décidé de la laisser tranquille

19h27

Massant ses joues avec une crème hydratante, Emma laisse encore son esprit divaguer vers la dénommée Regina Mills. Depuis que le gamin lui a rendu visite, quelques jours auparavant, elle ne cesse de songer au destin -assez sombre- de la brunette. Et si elle déteste essayer de chercher des excuses aux gens, elle ne peut s'empêcher de se demander si l'arrogance de la journaliste n'est pas une simple carapace, pour la protéger du drame qu'elle a vécu. Regina Mills était certainement une personne assez imbue d'elle-même avant de perdre son enfant, car on ne devient pas aussi désagréable du jour au lendemain. Mais la distance qu'elle semble vouloir mettre entre elle et le monde entier serait peut-être simplement une astuce pour ne plus souffrir. Pour ne plus avoir à endurer une douleur semblable à celle qu'elle a vécue, quatre ans auparavant. Réalisant que sa migraine mensuelle revient au pas de course, la jeune femme ouvre la petite armoire au-dessus de l'évier de sa salle de bain. Elle attrape une petite boîte rouge qu'elle ouvre rapidement avant de prendre deux cachets. Les analgésiques ne sont pas toujours très efficaces, mais au moins ils lui donnent l'impression que la douleur est moins forte. Quand elle referme la petite armoire, Emma a à peine le temps de voir une ombre dans le reflet du miroir. Sursautant, elle fait volte face aussi vite qu'elle le peut, se retrouvant évidemment face au gamin qu'elle a vu quelques jours avant.

« Salut, » lui adresse-t-il simplement, comme s'il ne percevait pas la respiration saccadée de la blonde et son regard abasourdi.

« Ne refais jamais ça. Ja-mais, putain… » râle-t-elle, encore sous le choc.

« C'est un gros mot, » lance-t-il, tandis qu'elle sort de la pièce pour rejoindre son salon.

« T'es mort, personne ne va t'en vouloir si tu utilises des injures, » répond-elle, sarcastique. « Qu'est-ce que tu fais là, de toute manière ?

-Je venais te voir.

-Mais encore ?

-Je me sens seul ici. Et ma mère ne peut pas me voir alors… je me suis dit qu'on pourrait parler.

-Qu'on pourrait parler ? » s'étonne-t-elle, peu certaine de vouloir passer encore du temps en sa présence.

« Est-ce que t'as été voir ma mère ?

-Non, et je cherche encore la bonne manière d'aller lui parler de toi. Déjà, il faudrait que je trouve une bonne excuse pour qu'on se croise…

-Elle habite au 2860 rue….

-Arrête ça, tout de suite, » l'interrompt la blonde en s'asseyant sur son divan. « Je ne veux pas d'autres informations sur elle que je ne suis pas censée avoir. D'ailleurs, j'aimerais qu'on établisse quelques règles, tous les deux.

-Des règles ? » répète l'enfant, apparemment étonné par l'agacement de la tatoueuse.

« Parce que je ne veux pas que tu débarques à l'improviste et que tu me foutes la trouille à chaque fois, » admet-elle. « Ni que tu débarques à un moment où je ne veux clairement pas qu'un gamin de huit ans…

-Neuf ans, » précise-t-il.

« ...Neuf ans, à peine, m'observe, » explique Emma. « Alors on va établir des règles.

-Ok, » sourit-il. « C'est quoi les règles ?

-La première règle c'est que tu ne peux pas débarquer de nulle part sans que je te fasse signe auparavant, » affirme-t-elle d'un ton autoritaire. « La seconde, c'est que tu n'as pas le droit d'essayer d'envoyer des signes ou de signaler ta présence à qui que ce soit sans que je t'en donne l'autorisation.

-Pourquoi ? » sourcille-t-il.

« Parce que le but c'est que tu puisses communiquer avec ta mère, pas que tu deviennes un poltergeist, » ironise la blonde. « Alors à partir de maintenant, je t'interdis de déplacer des objets ou d'entrer en contact avec les autres, de quelque manière que ce soit.

-Ok… » concède-t-il. « Mais… Pourquoi ça te fait peur que je vienne te voir ? T'es habituée à voir des gens comme moi, non ?

-Habituée ne veut pas dire préparée, » rectifie la tatoueuse. « Ce n'est pas parce que j'ai certaines capacités que ça rend les choses normales pour autant. Crois-le ou non, mais ça me glace toujours le sang quand je me sens suivie, quand des esprits néfastes essaient de me faire du mal ou quand je vois des gens qui ne sont pas vraiment là. Et je ne te parle même pas des gamins qui apparaissent dans mon miroir de salle de bain, comme dans un mauvais film de série B.

-Des esprits néfastes ? » s'étonne-t-il, ignorant sa remarque. « Il y en a ?

-Oui, plus que tu ne le crois, » admet la jeune femme.

« Et ils te suivent, à toi ? Pourquoi ? » interroge-t-il.

« Ils ne me suivent pas vraiment, » corrige l'intéressée, quelque peu embarrassée. « C'est juste que comme je suis une passeuse, disons que je suis plus "visible" que les autres personnes, pour les gens comme toi. Parce que justement j'ai un rôle pour vous. Et la même règle s'applique aux entités qui ne sont pas forcément très positives. Sauf que celles-ci sont bien plus coriaces, » conclut-elle en frissonnant, se remémorant la présence qu'elle a croisée dans la tour, près d'une semaine auparavant. « Bon, je pense que ce sera tout pour ce soir, dans la rubrique "Ghostbusters", » lance la tatoueuse, cynique. « Maintenant, si ça ne te dérange pas, j'aimerais bien être tranquille… Euhm… c'est quoi ton nom déjà ?

-Henry, » affirme l'enfant sans la quitter des yeux. « Tu veux que je parte ?

-Disons que j'avais envie de passer la soirée tranquille. Seule, » admet Emma, embarrassée par sa propre remarque. Si le gamin a passé près de quatre ans dans l'autre plan, il est clair qu'il doit avoir envie de pouvoir parler avec quelqu'un, aussi étrange cela soit-il.

« Mmmh… ok… » soupire-t-il, apparemment peu enclin à argumenter. « Tu me diras, si tu vas parler avec ma mère ?

-Je vais essayer d'aller la voir dans les prochains jours, » promet la blonde. « Et je te promets que tu pourras lui parler, » ajoute-t-elle, peu convaincue par ses paroles.

« Merci, Emma Swan, » dit-il alors, opinant du chef. Pour toute réponse, elle se contente d'acquiescer, tandis que son salon retrouve son calme habituel. Comprenant qu'il est parti pour de bon, la blonde s'affale complètement sur son divan, enfouissant son visage dans les coussins qui le décorent. Cette femme n'acceptera jamais ce que je vais lui dire…

Vendredi matin, 8h24

Grimpant les escaliers d'une démarche nonchalante, Regina consulte rapidement ses emails sur son smartphone. Soupirant en lisant les complaintes du directeur artistique qu'elle songe réellement à congédier, elle se demande comment elle pourra convaincre Gold de recruter une autre personne à sa place. Tandis qu'elle s'arrête sur un autre courriel, traitant des prochains sujets importants du journal, elle atteint enfin le quatrième étage du building, rejoignant le hall comme à son habitude. Comme toujours, elle passe devant le bureau d'accueil, où une jeune femme aux cheveux roux attachés en un chignon lâche la salue d'un air intimidé. Cependant, ce matin, la dénommée Megara se lève quand Regina atteint son bureau, lui tendant immédiatement un dossier d'une main tremblante.

« M. Gold m'a remis ça ce matin, pour vous, » bredouille la rouquine, ne croisant même pas le regard de sa patronne.

« C'est quoi ?

-Il n'a pas voulu me le dire, mais je pense que ce sont les dossiers de Noël, par rapport aux sponsors… » hésite la jeune femme.

« Bon sang, » lâche la brune, faisant claquer sa langue. « Je lui ai dit que c'était une idée stupide qui nous fait passer pour des abrutis mais il veut toujours…

-Oh et… J'ai dit à votre petite amie de vous attendre dans votre bureau, » ajoute Megara, comme pour couper court à son agacement. Pour le coup, c'est sa patronne qui se sent intimidée par la remarque.

« Ma… petite amie ? » répète-t-elle, comme pour s'assurer qu'elle a bien entendu. Elle n'a jamais fait part de sa vie amoureuse aux personnes avec lesquelles elle travaille. Les seules exceptions sont Chloë et Katherine, qu'elle connait depuis plusieurs années.

« Euhm ben… une jeune femme blonde s'est présentée comme votre petite amie alors j'ai… Enfin elle m'a dit qu'elle voulait absolument vous voir ce matin et… elle avait des cafés alors j'ai… » bredouille la rousse, totalement désemparée à l'idée d'avoir commis une faute.

« Ouais, ok, parfait, » la coupe sa supérieure. « Je vais aller la voir, » dit-elle en serrant le poing, se demandant ce qu'Alex peut bien lui vouloir à huit heures du matin un vendredi. Je t'ai dit de ne jamais venir me voir au bureau, putain, songe la journaliste avant d'adresser un regard rapide à la jeune femme avant de continuer son chemin. Le coeur battant, elle poursuit sa route vers son bureau, tenant la sangle de son sac, comme pour se donner une contenance. Au moins, la sportive lui rend visite dans un endroit où d'autres personnes la verront et pourront intervenir si elle vient à exploser. Jusqu'ici, Regina était persuadée que la joueuse de hockey ne serait jamais capable d'être violente envers elle mais leur dernière altercation lui a prouvé le contraire. Ces derniers jours, elle a évidemment préféré l'ignorer, afin de se donner le temps nécessaire pour réfléchir à l'intérêt de poursuivre une telle relation. De son côté, Alex en a apparemment décidé autrement…

Mais la brunette sursaute quand elle ouvre enfin la porte de son bureau, son regard se posant sur la jeune femme qui lui rend visite ce matin. Assise à sa place, Emma Swan sirote un café glacé en admirant la vue magnifique qu'offre le building sur le centre-ville. What the fuck. Quand Regina referme la porte derrière elle, la tatoueuse se retourne enfin et lui adresse un sourire. Quelque peu soulagée de ne pas être confrontée à Alex de si bonne heure, la journaliste dépose simplement son sac sur son bureau, comme à son habitude, avant de placer le dossier de Gold sur une pile de documents, apparemment prête à s'écrouler.

« Bon...jour ? » hésite-t-elle en retirant son écharpe d'un geste gracieux. Si elle est surprise d'une telle visite, elle ne compte toutefois pas se laisser intimider par la blonde. De toute manière, elle n'a aucune raison de venir la voir à son bureau.

« Bon matin, » sourit la tatoueuse en lui tendant un gobelet, d'un air triomphant. « Ils n'avaient plus d'épices d'automne mais je t'ai entendue commander un cappuccino au caramel l'autre fois alors…

-Merci, » se contente de répondre la journaliste en saisissant le verre, peu certaine. « Que me vaut cette visite ?

-J'aimerais qu'on parle, toi et moi, » assure la blonde, ne quittant toujours pas le fauteuil de Regina.

« Qu'on parle ? Et de quoi, je te prie ? » demande la brune en s'asseyant en face d'elle, à la place que prennent habituellement les autres membres de la rédaction quand elle les convoque. Les rôles s'inversent, apparemment. « Et puis en fait, qu'est-ce que tu fais ici, premièrement ? Comment as-tu su que je travaillais ici ?

-Quand je t'ai tatouée, tu m'as donné ta carte pour que j'inscrive tes coordonnées dans mon ordi, » rappelle la blonde, haussant les épaules. « Accessoirement, il y a aussi l'adresse de ton bureau sur ta carte professionnelle. »

Peu convaincue par son excuse, Regina continue de la dévisager, avant de prendre une gorgée de son café, au demeurant délicieux.

« Et depuis quand est-ce que tu te fais passer pour ma petite amie, exactement ? » sourcille-t-elle, toujours surprise par son audace.

« La fille de l'accueil avait l'air assez stricte sur les personnes qui peuvent venir ici ou non, » se moque la blonde. « Alors je me suis dit qu'il me fallait être convaincante.

-Mais… et si elle connaissait Alex ? Et qu'elle avait appelé la sécurité pour te mettre dehors ?

-Disons que j'avais une chance sur deux, » affirme la tatoueuse. « J'étais prête à prendre le risque. Mais tu viens de me confirmer qu'Alex ne vient jamais ici, puisque la jolie Megara ne la connait pas, apparemment. »

Et merde, songe la journaliste. Agacée par le flegme de la blonde, elle songe à une autre technique pour lui faire admettre la raison de sa venue.

« Ok, donc maintenant qu'on sait que la fille qui est censée s'occuper de la sécurité est incroyablement faillible, vas-tu enfin me dire ce que tu fous dans mon bureau ? » grince Regina, trouvant la situation de plus en plus étrange.

« Je viens de te le dire, j'aimerais qu'on se parle.

-Alors, je t'écoute, » affirme la brune, lassée de cette nouvelle joute verbale.

« Je préfèrerais qu'on en parle… ailleurs, » admet la tatoueuse. « Ce n'est pas vraiment un endroit pour ce genre de choses.

-C'est une blague ? » s'agace sa rivale. « C'est quoi que tu veux me dire, au juste ? Parce que je ne t'accorderai pas une minute de plus en dehors de cette conversation, surtout si tu oses ainsi t'introduire dans mon bureau et…

-C'est à propos d'Henry, » lâche alors la blonde, d'un ton qu'elle veut rassurant.

Cette fois, le sang de la journaliste ne semble faire qu'un tour dans son corps. Son coeur ayant accéléré ses battements, elle se lève en silence, sans quitter des yeux la jeune femme qui se trouve à sa place.

« Sors de mon bureau, » ordonne-t-elle d'une voix rauque, ne laissant place à aucune réponse.

« Non, attends, Regina… » proteste la dénommée Emma en se levant à son tour, apparemment embarrassée par la situation. « Ce n'est pas ce que tu cr…

-Sors de mon bureau, » répète la brunette, serrant les poings en songeant qu'elle pourrait appeler la sécurité pour accélérer le processus. Cependant, ses pensées sont interrompues quand la porte de son bureau s'ouvre sur une Megara au regard particulièrement troublé.

« Euhm… Madame Mills je… Il y a quelqu'un pour vous à l'accueil et c'est… Elle dit qu'elle est votre petite amie mais… » bredouille-t-elle, dévisageant à présent la tatoueuse. La journée commence bien. Putain. Se tournant vers Emma, Regina la fusille du regard, comme pour affirmer qu'elle ne veut plus la revoir. Sans doute convaincue par l'arrivée d'Alex, la tatoueuse prend ses affaires en silence et quitte le bureau sans adresser un mot à la journaliste. De son côté, Regina maudit sa véritable petite amie d'avoir ainsi choisi de débarquer, se doutant que les prochaines minutes risquent d'être éprouvantes…

Tandis qu'elle marche à la suite de la tatoueuse, la brunette tente de calmer l'orage de son coeur. Elle n'était certainement pas prête à voir la jeune femme dans son bureau ce matin, ni à entendre le nom qu'elle a osé prononcer. Cette évocation ramène justement de nombreux souvenirs qu'elle tente d'oublier en vain, songeant qu'il lui faut garder la face pour ne pas éveiller plus de soupçons auprès de la sportive. Justement, elle essaie de garder ses épaules droites, baissant légèrement son menton pour prendre une pose plus altière, comme à son habitude. Les petites filles marchent avec le dos droit, se remémore-t-elle, maudissant son esprit de lui rappeler de tels moments de son existence. Toutefois, son assurance s'efface rapidement quand elle croise le regard, désormais furieux, d'Alex. Sans surprise, la joueuse de hockey les rejoint en toute hâte dans le couloir des bureaux, se rapprochant immédiatement de la tatoueuse pour la défier. De son côté, Megara interroge sa patronne du regard, sans doute peu certaine de devoir appeler les agents de sécurité pour régler la situation. Regina lui ordonne cependant de rejoindre son bureau, lui assurant qu'elle va s'occuper de tout cela elle-même. Au moins, les autres salles du building sont encore vides, les membres de la rédaction arrivant plutôt aux alentours de neuf heures...

« Donc tu m'accuses d'être la fautive dans l'histoire, mais tu la reçois dans ton bureau à huit heures du matin ?! » gronde justement la sportive, ne lâchant pas Emma du regard.

« Alex, je sais de quoi ça a l'air mais… » débute la brune, peu encline à supporter encore ses accès de colère.

« Ah oui ?! » siffle l'intéressée d'une voix ironique. « Et de quoi ça a l'air, exactement ?! »

Alex carre ses épaules, essayant de paraître plus grande qu'elle ne l'est déjà. Le menton baissé, elle dévisage la tatoueuse de ses pupilles claires, tentant de s'imposer à elle, comme elle le fait lorsqu'une bagarre éclate sur la glace. Regina a déjà vu la sportive menacer ses adversaires quand les choses se compliquent, dans un match de hockey. Et elle sait très bien que sa mâchoire crispée et ses poings serrés indiquent qu'elle est prête à frapper, convaincue qu'elle doit terrasser sa rivale sans aucun ménagement. Pourtant, la blonde au visage tuméfié ne se défile pas, se contentant de l'observer, affichant toujours son flegme habituel. Contre toute attente, elle se tourne vers la journaliste et lui adresse un regard des plus rassurants.

« T'as vraiment pas à t'énerver pour ça, ma grande, » lance-t-elle à l'attention de la sportive. Contrairement à son habituel ton sarcastique, sa voix semble bien plus posée et professionnelle qu'à l'ordinaire. « Je venais voir Regina pour des raisons légales, en fait. »

Cette fois, la journaliste se sent prise au dépourvu, se demandant à quoi elle fait allusion. De son côté, Alex jette un regard interrogateur à sa petite amie, avant de ramener son attention sur la tatoueuse.

« Hier, le rédacteur de la rubrique artistique a fait un article concernant des graffitis qui ont été aperçus en ville, dernièrement, » poursuit la blonde, sûre d'elle. « Dans sa chronique, il évoque le fait que les œuvres ressemblent énormément au style de Banksy.

-C'est qui, lui ?! » éructe la sportive, comme si elle n'acceptait pas une telle explication.

« C'est un artiste de rue anonyme, qui fait parler de lui depuis plusieurs années, » précise Emma, légèrement cynique face à l'ignorance de la jeune femme. « Toujours est-il que je venais voir Regina pour lui dire que son rédacteur n'a pas l'autorisation du concerné pour publier de telles rumeurs. »

What the fuck. Observant la tatoueuse, Regina essaie de rassembler ses idées, songeant à ce que Malcolm lui a dit, l'avant-veille, sur sa fameuse rubrique. D'après ses souvenirs, l'affirmation de la blonde est exacte. Mais elle ne parvient pas à comprendre comment elle a pu inventer une telle excuse en si peu de temps. Cependant, Alex n'attend pas pour se tourner vers elle et lui demander si ces affirmations sont exactes, apparemment toujours prête à se battre avec la blonde.

« Euh… oui… » bredouille la journaliste. « Malcolm a fait une chronique sur ça et il a évoqué Banksy… Donc… Emma venait me dire que nous ne devions pas réitérer l'erreur, sans autorisation formelle de l'intéressé… » parvient-elle à articuler, tentant d'avoir l'air convaincante.

« Donc c'est toi ? Ban-truc ?! » interroge la sportive.

« Bien sûr que non, » glousse la tatoueuse. « Il ne révèle son identité qu'à certaines personnes, dans les villes où il graffe. Justement pour éviter ce genre de choses. Mais comme je le connais, il était de mon devoir de venir en parler à la rédactrice en chef du Seven Days. » Son regard se posant de nouveau sur Regina, elle lui adresse un sourire entendu, comme pour la rassurer. De toute évidence, son numéro a marché sur Alex, puisque la jeune femme s'est légèrement reculée, réalisant qu'elle faisait une erreur. Il n'est pas de bonne augure de frapper une personne qui vient pour une raison légale.

« Et ça nécessitait de rendre visite à ma petite amie à huit heures du matin ?! » reprend néanmoins la sportive, toujours agacée.

« Huit heures trente, pour être plus exacte, » corrige Emma en consultant la montre à son poignet. « Et oui, parce que contrairement à toi, je n'ai pas que ça à faire de ma journée. Sur ce, je vais vous laisser entre vous, » ajoute-t-elle en contournant Alex pour prendre la direction de la sortie, sans même saluer les deux femmes. Encore irritée par sa présence dans les bureaux, la sportive jette un regard sombre à la journaliste, avant de lui avouer qu'elle venait lui parler de leur relation.

« Je pensais que mon absence de réponse à tes messages serait assez éloquent, quant à mon envie de ne pas te revoir pour le moment, » répond simplement Regina, soulagée que la tatoueuse ait pu si rapidement désamorcer la situation.

« Mais ça ne peut pas se finir comme ça ! » proteste la blonde, se rapprochant de la journaliste pour saisir sa main avec délicatesse. « Je tiens à toi Roni et…

-Je n'ai vraiment pas le temps pour qu'on discute de ça maintenant, » la coupe la brune. « Il est bientôt neuf heures et j'ai une réunion avec mon équipe. En plus, je n'ai aucunement envie d'avoir cette conversation avec toi avant une journée de travail.

-Donc… tu me quittes ? » hésite la sportive, dont le regard affiche une profonde tristesse. Attendrie par son attitude, Regina songe qu'il lui faut encore réfléchir à toute la situation avant de prendre une telle décision.

« Non, » soupire-t-elle, se maudissant déjà d'avoir répondu par la négative. « Mais je ne veux pas qu'on parle de tout ça maintenant. J'ai vraiment beaucoup de travail et… »

Sans hésiter, Alex la saisit par la taille et l'attire contre elle, l'embrassant avec passion. Surprise par le geste, la brune se débat rapidement, reculant d'un pas tandis qu'elle reprend sa posture altière.

« Pas ici, » rappelle-t-elle, adressant un regard sombre à la jeune femme. « En plus, je t'ai dit de ne jamais venir me voir au bureau.

-Alors, je vais garder cette pensée pour ce soir, » répond la blonde, lui adressant un clin d'œil charmeur, comme si de rien n'était. « Sept heures chez toi ? »

Prise au dépourvu, la brunette réalise que la sportive a, encore une fois, sur-interprété ses paroles. De toute évidence, elle a choisi d'oublier le fait qu'elles devraient discuter de leur relation avant de reprendre leurs habitudes… ou quelque rapport que ce soit. Néanmoins, la journaliste sait pertinemment qu'elle n'a pas envie de se quereller encore avec elle, ni de lui devoir de plus amples explications sur la présence d'Emma dans son bureau. Faisant fi de ses réels désirs, elle opine du chef avant d'indiquer à la joueuse de hockey qu'elle doit retourner dans son bureau avant sa réunion habituelle. Apparemment ravie, Alex lui adresse un nouveau clin d'œil avant de tourner les talons pour quitter le building. Tu es la dernière des connes, Regina Mills, songe la portoricaine en la regardant s'éloigner...