-STAY-

It's not much of a life you're living
It's not just something you take, it's given

Chapitre 1

2 ans plus tard

Londres.

Bella

- Evidement, c'est pas immense mais...

- C'est parfait tu rigoles !

- Mon frère à vraiment aimé vivre ici, j'espère que ça sera votre cas !

- Merci Alice, je ne sais pas comment te remercier…

Elle acquiesce un sourire chaleureux en m'observant faire le tour de la pièce. Oui ça n'est pas immense, mais c'est parfait pour moi, pour nous.

- On peut emménager quand ?

- Faut que je vois avec les gars, mais je pense que ça sera bon ce Week-end. Faut juste qu'Edward enlève ses instruments de la chambre.

- Il peut les laisser si…

- Non, non. Faut qu'il arrête de squatter cet appart à tout bout de champs. Il ne vit plus ici depuis des semaines.

- D'accord.

Je suis plus enthousiasme que je l'ai été depuis des mois.

J'ai la sensation que ce nouvel endroit où vivre est une nouvelle chance.

Mon téléphone vibre dans ma poche. Après un coup d'œil à mon interlocuteur, je m'excuse en m'éloignant vers la fenêtre de la cuisine donnant sur le parc pour décrocher.

- Tu vas l'adorer ! m'exclamé-je alors que le rire de Jacob chatouille mes oreilles.

- J'en doutes pas.

- C'est vraiment parfait, ça va nous sauver la vie.

- Ta copine assure, vraiment !

J'informe mon interlocuteur de la date du déménagement.

- Oh bébé, je serais toujours à New York…

- C'est rien, je m'en occuperais toute seule.

- Tu es sûre ?

- Certaine, je peux toujours demander à Alice de m'aider…

- Tu es parfaite.

- Je sais, chantonné-je en repoussant la légère déception qui enserre ma poitrine. De toute façon j'vais vivre seule ici la moitié du temps, il faudra bien que je m'y fasse.

- Bella…

- C'est pas un problème Jake, on en a parlé mille fois. Tout est ok.

- Si ça pose vraiment problème tu sais qu'on peut toujours...

- Non, ta carrière est ce qui compte le plus, et puis, on aime vivre ici…

Je le sens sourire à travers le combiné. Je sais combien il a dû se battre pour en arriver là.

- J'dois te laisser, mon avion m'attends.

- Je t'envoie des photos de l'appartement.

- Super. A plus mon cœur.

Je raccroche avant de jeter un coup d'œil circulaire à la pièce pour voir qu'Alice avait disparut. Elle a dût retourner en bas. Je m'approche doucement de la baie du salon, puis inspire profondément. La petite rue en contre bas, donnant sur un parking presque vide, me fit frissonner sans que je ne comprenne vraiment pourquoi.

Mes yeux font le tour de la pièce carrée qui s'ouvre devant moi. Le parquet est sombre et travaillé par les années, les murs sont blancs, la cuisine grise au fond à gauche de la pièce est petite mais à l'air fonctionnelle… oui, nous allons être bien ici.

Quand je descends par l'escalier menant à l'intérieur du bar vide encore à cette heure de l'après-midi, un grand brun me tourne le dos, empilant des caisses en bois.

- Oh Bella ! Tu pourras ramener le papier pour l'assurance ? m'interpelle Alice en rentrant par la porte de droite qui mène sur le parking derrière le pub.

- Je te ramène ça demain.

- Parfait.

- C'est donc la fameuse Bella ! s'exclame le brun à la carrure d'un rugbyman en se tournant vers moi, une caisse de bouteille vide dans les mains.

- En chair et en os.

- Depuis le temps qu'Alice nous bassine avec toi !

- Promis je ne ferais pas de vagues.

Il éclate d'un rire tonitruant qui me fait légèrement sursauter.

- Tant que tu ne mets pas la musique plus forte que celle du bar, tu es la bienvenue ! J'suis Emmett, si tu as besoin de quoi que ce soit, c'est moi le patron ici !

Ses grands yeux marrons et son sourire sincère me détendent. Il a l'air d'un grand enfant enfermé dans un corps d'adulte.

- Génial merci, et je ne mettrai pas de musique trop forte c'est promis.

- C'est ce qu'Edward avait dit aussi, remarque Jasper en entrant à son tour avec une caisse de bouteilles pleines.

- Avant qu'il ne décide de s'acheter dix guitares ! soupire Emmett, me faisant sourire.

Alice lève les yeux au ciel avant de reporter son attention sur moi pendant que Jasper pose la caisse sur le bar à ma droite pour ranger les bouteilles dans le bar.

- Tu pourras écouter autant de musique que tu veux, me souffle Alice à mi-voix.

- Hé !

- Oh ça va Em', t'as jamais rien dit à Edward avant qu'il ne parte !

- C'est ton frère, j'allais pas le foutre dehors !

- Et bien voilà, Bella est mon amie, donc tu ne la colleras pas dehors non plus.

Emmett grogne légèrement, mais ne cherche pas à lui donner tord, ce qui me fait sourire.

- On ne sera pas là pour longtemps, promis-je à Emmett qui me fait le sourire le plus grand du monde.

- Vous avez eu un dégât des eaux c'est ça ? s'intéresse Jasper accroupi derrière le bar pour y ranger les bouteilles neuves.

- Ouais. La rue a été inondée avec les averses de lundi.

- Si t'as besoin d'aide pour quoi que ce soit…

- Merci.

Le sourire chaleureux de Jasper me fait du bien. La semaine qui vient de passer n'a certainement pas été la plus évidente et, après les inondations et le fait de devoir pratiquement tout nous racheter tant les dégâts ont étés importants, cela me fait vraiment du bien.

- L'assurance va quand même faire quelque chose ?

Mon regard se dirige vers Emmett qui charge une nouvelle caisse de bouteilles vides. A voir la musculature de son corps, ça n'a pas l'air d'être difficile pour lui. Combien d'heures de sport a-t-il pu accumuler au cours de sa vie pour obtenir un corps pareil ?

- Oui oui, ils vont nous rembourser tout à neuf, on était super bien couverts mais en attendant… faut trouver à se loger, et pratiquement tout racheter.

- On ira faire les magasins la semaine prochaine ! promet Alice dans un sourire diabolique.

Je m'entends légèrement soupirer avant de sourire. Je ne peux définitivement rien lui refuser lorsqu'elle me regarde avec ses yeux de merlan frits… comme ça.

- Oh fait, vous pouvez emménager ce Week-end, c'est bon !

- Génial. Je serais seule, Jacob est en déplacements à New York pour quinze jours.

- On viendra t'aider, propose Emmett en me souriant gentiment.

- Merci beaucoup, j'aurai vraiment pas grand chose à déménager. La société de meuble doit normalement tout nous livrer ici la semaine prochaine. Il faut d'ailleurs que je pense à leur confirmer la date.

- On pourrait pas faire la même chose ? demande Alice en observant son homme ranger les bouteilles derrière le comptoir.

Jasper hausse un sourcil blond en nous regardant mutuellement.

- Tu veux inonder la maison ?

Je me sens sourire en voyant Alice lever les yeux au ciel.

- Racheter des nouveaux meubles.

- Les nôtres ont deux ans chérie, lui fait-il remarquer.

Elle hausse les épaules avec désinvolture avant de couler un regard vers moi.

- Je l'aurai, lâche-t-elle dans un sourire.

Emmett charit Jasper la seconde suivante sur le fait qu'il est incapable de dire non à sa femme. Cette scène familiale et bon enfant me détends finalement.

En les observant se chamailler une bonne partie de l'après midi, je me rends compte que ma vie pour les prochaines semaines va être celle-ci : Vivre au dessus d'un pub familiale en plein Brixton.

Le lendemain, j'emmène quelques cartons à l'appartement. Le trajet entre notre maison et l'appartement est relativement court et je n'ai pas besoin de traverser la ville, ce qui vue l'heure tardive, m'arrange. Par je ne sais quel miracle, quelques affaires ont été sauvées de l'inondation : notre petit canapé bleu-vert pale, ma table basse, la totalité de mes bouquins, des films, quelques cd, quelques papiers, et certains souvenirs personnels.

Je monte les escaliers extérieurs en tanguant légèrement. Ce carton de livres est si lourd que je me demande si finalement je ne vais pas demander à Emmett de m'aider : j'en ai encore au moins dix comme ça dans la voiture et j'ai son numéro d'enregistrer dans mon téléphone depuis la veille.

Quand je pénètre dans l'appartement, il y fait sombre puisque les volets sont presque clos. Je vais presque en courant jusqu'au petit bar de la cuisine où je lâche le carton dans un bruit sourd.

Ca sent un mélange de cire pour parquet et de vanille. Alice, surement.

Le bar est fermé, l'appartement est silencieux, si bien que je redescends les escaliers en chantonnant.

C'est étrange ce que je ressens ici. Je me sens presque déjà chez moi.

Il fait beau aujourd'hui et après le temps qu'on a eut la semaine dernière, ça fait vraiment du bien.

Plusieurs orages monstrueux se sont abattus sur la ville et ont causés des dégâts considérables : la petite maison que je partage avec Jacob depuis six mois n'a pas fait exception.

Quand je regagne ma voiture garée sur le parking, je frissonne légèrement.

La vue en face de l'appartement est superbe. Brockwell Park s'étend devant moi, et la rue est en impasse, ce qui la rends relativement calme -c'est ce que m'a vendu Alice en me proposant de leur louer l'appartement. C'est vrai que, vu d'ici, on a du mal à penser que l'on est dans un des quartiers les plus vivants de Londres.

Je suis déjà venue dans ce bar, plusieurs fois. Mais je n'aurai jamais pensé que j'allais vivre ici un jour. Si j'avais su…

Je retourne à l'appartement avec un autre carton, pestant déjà contre moi-même d'avoir refusé l'aide proposée par Emmett à plusieurs reprises. Une nouvelle fois, je pense à son numéro dans mon téléphone.

Un bruit dans l'appartement stop mes pensées net.

Je fronce les sourcils quand mon regard se dirige vers la porte de l'unique chambre qui est légèrement entrouverte. Mon estomac sursaute quand je devine une ombre passer derrière. Je me fige, le cœur battant.

Il y a quelqu'un ici, de l'autre coté de la porte.

Il y a quelqu'un chez moi !

Les volets presque clos plongent la pièce dans une quasi obscurité qui me fait cligner des yeux plusieurs fois : comparé à l'extérieur ensoleillé, j'ai l'impression de ne plus rien voir.

Mes autres sens s'amplifient immédiatement alors que je frissonne à l'entente d'un nouveau bruit.

La peur noue mon estomac tandis que mon cerveau cesse de fonctionner. Je vois déjà le pire : quelqu'un est là pour voler mes affaires, ou alors, pour me faire du mal. Je m'imagine non sans peine vivre la ma dernière minute de vie. Je me réprimande pendant un quart de seconde de n'avoir pas vécu plus de choses.

Incapable de quitter des yeux la porte, je cherche à tatons quelque chose, n'importe quoi, pour pouvoir me défendre si jamais un fou furieux m'attaque en en sortant.

Manque de bol, je tombe sur un livre.

Contre qui pourrais-je bien me défendre avec un pauvre livre ?

Je ferme les yeux une seconde, et provoque un décompte mental. Si je me jette sur mon intrus avec ce livre en main prête à frapper si fort que je peux, ai-je une chance ?

Au moment où je brandis le livre avec toute la force que je possède -pas énormément, au final- je tombe nez à nez avec un homme qui sort assez prestement de la pièce -la chambre.

J'étouffe un cri quand on se percute, faisant tomber le livre entre nous.

- Non mais ça va pas ! s'écrit une voix masculine alors que je recule de deux pas, titubant presque.

Mon cœur va s'en doute s'arrêter de battre.

- Vous êtes chez moi !

Ma voix part dans les aigus tellement la panique me rends fébrile.

Un rire résonne, me faisant frissonner. Il se fout de moi en plus ?

- J'suis certainement plus chez moi que toi !

Bien. Le tutoiement est visiblement à la mode pour ce garçon.

J'ai du mal à distinguer autre chose que sa silhouette et ses cheveux en bataille puisque la lumière de la porte derrière lui m'éblouit un peu, dessinant une carrure carrée dans la lumière de l'extérieur.

- T'es Bella, c'est ça ? La nouvelle locataire ?

Un léger silence s'installe alors que je commence à me sentir mal. Me dites pas…

- J'suis Edward, explique-t-il dans un souffle tandis que je prie pour que le sol s'ouvre sous mes pieds. Tu sais que te défendre avec un livre n'est pas une très bonne idée ? continue-t-il alors que je reste muette.

Je marmonne quelque chose d'incompréhensible quand je réalise que le frère d'Alice est mon intrus. Comme je ne lui réponds pas, m'interrogeant moi même sur ma santé mentale, il reprends après une seconde.

- J'étais juste venu récupérer ma dernière guitare.

Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais je me sens obligé de trouver une raison justifiant ma présence ici.

- Je… je suis venue emmener quelques cartons avant d'aménager samedi.

Plus les secondes passent, plus mes yeux arrivent enfin à s'adapter à la pénombre. Maintenant, je vois les contours de son visage et l'ombre du sourire qui se dessine sur ses lèvres.

- T'as pas à t'excuser, t'es chez toi.

- Oh, je croyais que j'étais plus chez toi, enfaite.

Ma pic amplifie son sourire. Sans savoir pourquoi, je me surprends à sourire aussi.

L'espace de quelques secondes, on reste silencieux. Je sens qu'il me dévisage et je suis presque frustrée de ne pas pouvoir le faire moi aussi. Avec la lumière dans son dos qui doit m'éclairer directement, il a un avantage comparé à moi.

Je l'entends se racler la gorge, puis il recule vers la porte, sa guitare dans la main. J'n'y avais même pas prêter attention.

- J'te laisse t'installer, alors.

Déjà, il repart sous la lumière du soleil.

Je n'ai pas le temps de répondre qu'il disparait sans un mot, aussi vite qu'il est arrivé. Était-il déjà là quand je suis monté la première fois ? Je n'en suis même pas certaine.

J'inspire un bon coup avant de redescendre. Le soleil va se coucher d'ici deux heures et j'aimerais vraiment avoir vider ma voiture avant ça. En traversant le petit parking, je vois à plusieurs places de ma voiture le garçon de l'appartement penché dans son coffre ouvert qui y range sa guitare. Ses cheveux en bataille prennent des reflets presque roux sous la lumière descendante de la fin du jour.

Quelque chose chez lui provoque en moi un sentiment inexplicable : j'ai la sensation de le connaitre sans même avoir réellement distingué ses traits.

Je soupire en me penchant dans mon coffre, chassant mes pensées ridicules et dépourvu de sens. Je peux l'avoir croisé absolument n'importe où ces dernières semaines, Londres est immense et je croise des milliers de gens quotidiennement.

En tirant sur un carton plein, je peste contre mon petit ami. Pourquoi Jacob a-t-il chargé nos cartons à ce point ?

- Besoin d'aide ?

Je sursaute tellement que je me prends la tête dans le hayon. Le frère d'Alice -Edward- ce matérialise à coté de moi et sort le carton avec facilité de mon coffre.

- Je peux me débrouiller, marmonné-je en me frottant la tête.

- C'est ce que je vois oui.

Son ton moqueur me fait relever les yeux vers lui.

Le soleil m'aveugle un instant, me faisant plisser les yeux. Son visage est net, sa mâchoire carré et ses yeux verts me paraissent immenses. Il y a quelque chose chez lui qui me trouble une seconde, mais je ne comprends pas pourquoi et refuse de m'attarder dessus.

- J'peux t'aider à décharger tes affaires, si tu veux, propose-t-il devant mon silence, mon carton toujours dans ses bras.

- Je...

Mes yeux glissent une seconde sur les muscles de ses bras tendus par le poids du carton. Je m'insulte mentalement en remarquant à quel point ce t-shirt noir moule les muscles de ses bras à la perfection.

- Ou je peux te regarder peiner encore un peu.

- Ou je peux t'attaquer avec une batte de baseball si tu continues à me faire m'effrayer ?

J'accompagne mes paroles en lui montrant la batte dans mon coffre. J'espère être menaçante, mais il éclate de rire.

- Ca serait plus efficace qu'un livre, admet-il. Je peux te demander ce que cette batte fait dans ton coffre ?

- Mon père a été dans la police toute sa vie.

Ma réplique lui arrache un sourire, comme si ce que je disais avait réellement un sens logique.

- Je comprends mieux. Mais tu sais, une arme est aussi efficace. Ou un spray au poivre.

- Cette batte est dans la famille depuis deux générations alors j'y attache une affection toute particulière.

Il laisse passer un silence alors que l'amusement brille dans ses yeux. Bizarrement, j'suis à l'aise avec lui, comme si je le connaissais depuis des semaines. J'essaie cependant de ne pas trop le dévisager : j'ai horreur qu'on me le fasse et je dois avouer qu'il provoque chez moi un sentiment étrange.

- Et je te rappelle que les armes ne sont pas légale dans notre beau pays.

- La drogue non plus. Ça n'a jamais empêcher personne d'en consommer.

Je lève les yeux au ciel alors qu'il repart vers l'appartement avec mon carton dans un rire.

Drôle de personnage.

Quand je regagne l'appartement avec un carton à mon tour, il est en train d'ouvrir les volets. Je m'attarde un instant sur le mouvement de ses biceps roulant sous ses mouvements avant de détourner les yeux. Il est indéniable qu'il est bel homme. A croire que tout le monde dans la famille d'Alice est la perfection incarnée.

- Je ne pensais pas que tu arriverais si vite, avoue-t-il en m'observant poser mon carton sur le bar. Je ne débarquerai plus comme ça.

- C'est rien.

Je me sens mal à l'aise alors qu'il me dévisage encore. Pourquoi me regarde-t-il comme ça ?

Vaguement, j'ai un sentiment au creux de l'estomac qui fait monter une bouffée d'incertitude en moi. J'ai vraiment la sensation de l'avoir déjà vu quelque part sans pour autant réussir à me rappeler où.

- Il y a une bibliothèque vide dans la chambre, si tu veux commencer à déballer tout ça, m'indique-t-il en désignant mes affaires d'un geste.

Je hoche la tête avant de l'observer repartir dehors pour redescendre à ma voiture.

Perturbée, je bouge à nouveau seulement en entendant ses pas dans l'escalier en fer qui remontent.

Je ne suis pas folle.

Je suis pratiquement certaine de l'avoir déjà rencontré. Il n'a pas un visage qui passe inaperçu et, lorsqu'il pénètre dans la pièce à nouveau, je m'éclipse dans la chambre avec mon carton de livres. J'ai besoin d'une minute de silence pour réussir à réfléchir. Je l'entends dévaler les escaliers à nouveau alors que j'installe lentement mes livres dans la bibliothèque en bois sombre.

Il est clair qu'il n'est pas un ami à Jacob -il en a peu- et je ne l'ai jamais vu chez Alice -je m'en souviendrai. Il y a des tonnes d'endroit où j'ai pu le croiser, pourtant, j'ai une drôle de sensation dans le ventre quand je repose les yeux sur lui lorsqu'il dépose un nouveau carton dans la pièce d'à coté.

Nos yeux se croisent une seconde à travers la porte entrouverte qui nous sépare.

Maintenant, j'en suis sûre, je le connais.

Après encore quelques aller-retour, la voiture est vide et une dizaine de cartons remplissent le milieu du salon.

- Merci pour ton aide, t'étais pas obligé.

- J'ai eu pitié, avoue-t-il en haussant les épaules.

Je me sens lever les yeux au ciel devant son arrogance, ce qui le fait sourire. J'ai la sensation que son regard me pénètre de part en part quand il baisse les yeux sur moi.

Je n'ai toujours pas trouvé d'où je le connais, mais désormais, et à cette lueur particulière dans son regard qui me marque, je sais qu'on s'est déjà parlés.

- Je t'aurai bien payé quelque chose à boire pour te remercier mais j'n'ai pas encore de frigo…

Il étouffe un rire et une lueur que je ne comprends pas danse dans ses yeux.

- Quoi ? demandé-je sans pouvoir m'en empêcher.

Un sourire en coin étire ses lèvres. Mon ventre se noue.

- Rien, s'amuse-t-il en haussant les épaules avec désinvolture. On peut aller boire une bière en bas, si t'as soif.

Déjà, il se dirige vers la porte à l'autre bout de la cuisine : celle qui donne sur l'escalier descendant dans le bar encore fermé.

- Dans le bar ?

- Pourquoi pas ?

- Emmett arrive d'ici une heure, on peut bien se servir en attendant.

- Il ne va rien dire ?

Un rire bref me répond. On descends les escaliers d'un même ensemble, moi sur ses pas. Je le suis sans savoir pourquoi.

Une fois en bas, il passe derrière le bar et ouvre une porte : un frigo rempli de bière s'ouvre devant nous, éclairant son visage partiellement. Les rideaux sont tirés, plongeant le bar dans une ambiance intime et apaisante. La seule présence d'Edward me rends pourtant plus nerveuse que je l'ai été depuis des mois, sans que je n'arrive à comprendre pourquoi.

Il attrape deux bières avec aisance, les ouvres avant de m'en tendre une.

Nos doigts se frôlent quand je l'attrape mais je me force à garder les yeux baisser sur ma bière. J'ai l'impression d'avoir quinze ans et de vivre mes premiers émois.

Mon cerveau me renvoie l'image de Jacob, ce qui me fige derechef.

Je ne peux pourtant m'empêcher de me demander pourquoi mon corps réagit de manière aussi étrange depuis qu'on est ensemble -une petite demie heure à tout cassée.

- Tu veux manger quelque chose ? demande-t-il en ouvrant d'autres placards.

J'ai la sensation qu'il connait cet endroit par cœur. Je prends place sur un tabouret du bar en l'observant, les sourcils légèrement froncés.

- J'vais me faire un sandwich, m'explique-t-il devant mon hésitation.

Je ne peux retenir le sourire qui étire ma bouche.

- Tu fais ça souvent ?

- Attirer des jolies filles ici pour leur proposer de manger quelque chose ?

Sa répartie m'irrite et m'amuse, ce qui donne un résultat entre le rire et le grognement. J'ai le sensation étrange d'avoir déjà vécu tout ça. Et… il me trouve jolie, moi ? Je bloque mes pensées et me concentre sur notre conversation plutôt que de commencer à penser n'importe quoi.

- Te servir dans le bar d'Emmett.

Son regard revient sur moi une seconde alors qu'un sourire barre son visage.

- Techniquement, c'est aussi mon bar.

La gêne me fige sur place.

- Ne sois pas si prude, lâche-t-il dans un rire en reportant son attention sur l'intérieur du frigo plein à craquer devant lui. On l'a acheté il y a deux ans avec Em' et Jasper. Mais pour ta défense, ils passent plus de temps ici que moi.

- Je ne savais pas... Alice ne m'a rien dit sur cet endroit…

- Tu n'es jamais venu ? demande-t-il en sortant quelques aliments qu'il pose sur le bar entre nous.

Je l'observe une seconde avant de lui répondre. Le soleil filtre à travers les stores fermés, dessinant sur son visage des ombres nettes. Je me racle la gorge quand je me rends compte qu'il attends une réponse de ma part.

- Je… si, quelques fois. Il y a longtemps.

- Pourquoi longtemps ?

Son manque de réserve me perturbe. Il à l'air parfaitement à l'aise avec moi, une parfaite inconnue au milieu de ce bar qui est le sien, pourtant, j'ai la sensation que mon cerveau va explosé tant je suis perturbée par son comportement -et le mien. Il brouille toutes mes inhibitions.

- Je… Jacob ne sort pas beaucoup.

Un léger sourire se dessine sur les lèvres alors qu'il ne quitte pas sa préparation des yeux. Quelque chose dans son regard change. Peut-être pensait-il que je n'avais pas de petit-ami ? Cette pensée me remet brutalement les idées en place.

- Ca fait longtemps que vous êtes ensemble ? demande-t-il après une minute d'un silence pesant entre nous.

- Presque deux ans.

Ma réponse automatique augmente son sourire, ce que je ne comprends pas.

- Donc, tu ne sors plus.

C'est une affirmation.

Je fronce les sourcils, perturbée par sa remarque. Je prends le temps de boire une gorgée de ma bière avant de lui répondre.

- Pas dans ce genre d'endroit.

Il relève les yeux vers moi en assemblant les deux parties de son encas. Je me retiens de lui dire que ça n'est pas le genre d'endroit qu'apprécie Jake avant de me raviser. Je n'ai en aucun cas à me justifier de quoi que ce soit.

- On fait des soirées sympas, rétorque-t-il, allégeant subitement la pression dans mon corps.

- J'aurai le temps de m'en rendre compte en vivant au dessus.

Un sourire en coin barre son visage à nouveau. Il me tends la moitié de sa préparation. Nerveusement, je la saisis avant de croquer dedans prudemment. Ok, ce mec est vraiment, vraiment très beau et, en plus, il fait des sandwich à se damner. Mais qui est-il ?

On termine de grignoter dans une ambiance étrange. Je n'arrive pas à me détendre et mes souvenirs s'emmêlent. Quand on a terminé notre encas, je cherche nerveusement un sujet de conversation pour ne pas implosé.

Je sais que je le connais, j'en suis certaine. Mes yeux trainent sur le bar une seconde.

- Donc cet endroit c'est… quoi ? Un rêve de gosse ?

Ses yeux font le tour de la pièce avant de revenir sur moi pendant qu'il termine sa bière. Je fais de même pour arrêter de me sentir aussi ridicule de me torturer de la sorte.

- En quelques sortes, explique-t-il en débarrassant le bar entre nous. Gamins on s'est toujours dit qu'on voulait un endroit à nous où faire la fête et s'éclater. On venait ici tous les Week-ends quand on avait 20 ans, c'est rapidement devenu une sorte de QG… Alors quand l'ancien propriétaire, 10 ans plus tard, à vendu, on s'est dit que c'était le moment.

- C'est chouette.

- Ca a pas mal changé, avoue-t-il en contournant le bar. Là il y avait une toute petite piste de danse, le bar formait juste une ligne, et il y avait peu de place assise. On à tout aérer, agrandit le bar et ça…

- Ca donne plus d'espace.

Ma remarque le fait sourire. J'ai la sensation qu'il pensait exactement à la même chose que moi.

- C'est ça. Les gens peuvent commander au bar et danser en même temps.

- Je vois.

Nouveau regard, nouveau sourire.

Il est grand, presque deux têtes de plus que moi. Face à lui, brutalement, je me sens toute petite.

Il m'observe un instant, me rendant à nouveau nerveuse.

Pour me détendre, j'avance un peu dans la pièce, appréhendant l'espace. C'est vrai que c'est sympa. Des canapés rouges foncés sont disposés ici et là autour de tables basses et l'espace parait plutôt grand. Je sais que je suis venue ici plusieurs fois, seulement, j'ai du mal à visualiser à quoi ça ressemblait avant.

- On a aussi changé toute la devanture, ça lui à donné un coup de jeune. C'est pas le bar du siècle mais c'est…

- C'est vraiment chouette. Je sais que je suis déjà venue ici, mais j'arrive pas à me souvenir de comme c'était, avoué-je en me tournant vers lui.

- Je dois avoir des photos.

Déjà, il disparait derrière le bar qu'il contourne pour accéder à la réserve.

Je reste seule une minute au milieu de la pièce, un peu perdue. Quand il revient, il à un cadre entre les mains.

Sans un mot, il me le tends en arrivant à ma hauteur.

J'ignore mon ventre qui se noue à sa proximité et mets ça sur le compte de la fatigue. Jacob est partit depuis deux jours et je dors toujours affreusement mal les premières nuits où il est absent.

Mes yeux tombent sur le bar, comme il était avant.

Je me fige, sentant mon cœur et mon ventre sursauter d'un même ensemble.

L'odeur boisé d'Edward percute mes narines lorsqu'il se penche très légèrement vers moi pour m'indiquer les changement qu'ils ont fait ici et là, mais je suis incapable de l'écouter réellement.

Son odeur mélangée à la photo me colle un uppercut qui me laisse K.O.

Tout me revient brutalement, et je suis submergée par un tremblement incontrôlable.

Je l'ai déjà rencontré.

Ici.

Je le sais, je m'en souviens parfaitement désormais alors que les souvenirs de notre rencontre défilent sous mes yeux ouverts.

Soudain, tout me parait clair, trop clair, et j'ai du mal à respirer face à mon amnésie passagère.

Il y a deux ans, j'étais ici.

Il y a deux ans, je n'ai rien contrôler l'espace d'une soirée.

Il y a deux ans, j'ai couché avec lui dans sa voiture.

Le choc de ma révélation est tellement violent que ma respiration se coupe.

Je me sens rougir furieusement en repensant à notre étreinte incontrôlée et incontrôlable.

Pendant des semaines, ses mains, son visage et son corps m'ont obsédée, au point où je n'arrivais plus à m'endormir le soir.

Comment avais-je pu oublier à quoi ressemblait son visage ? Sa voix ? Comment avais-je pu passer une heure en sa compagnie sans me souvenir de chaque détails de cette soirée oscillant entre passion et magnétisme ? Comment avais-je pu ne pas comprendre tout de suite qui il était ?

- Tout va bien ? demande-t-il doucement.

Son regard brule mon visage alors que je tente de me reprendre. Se souvient-il lui aussi ?

Si c'est le cas, il ne laisse rien paraitre.

Nos regard s'accrochent une seconde alors que le désir s'insinue brutalement dans mon corps tremblant.

Un silence lourd s'installe et je suis de plus en plus fébrile.

Il n'a pas l'air de se souvenir de moi et cette constatation fait se calmer un peu mon cœur qui bat trop fort pour mon propre bien. J'inspire profondément alors que ses sourcils se froncent.

Il doit me prendre pour une folle.

Tu peux le faire Swan !

Deux ans après, je peux enfin mettre un prénom sur cet homme qui a marqué mon existence d'une manière unique. J'avais beaucoup trop bu ce soir là -je n'aurai jamais osé l'aborder de la sorte sinon- mais je n'aurai surtout jamais pensé le revoir un jour… encore moins ici…

Quand son expression se pare d'un peu d'inquiétude face à mon silence, je me souviens qu'il attends une réponse de ma part.

- Oui, oui... je... je viens de me souvenir que je dois filer. Je... Alice... ta sœur m'attends.

Déjà, je pars en direction des escaliers pour remonter à l'appartement.

Je me sens rougir en me rendant compte que j'ai couché avec le frère d'Alice sans le savoir. La culpabilité noue mon estomac quand j'ai une pensée furtive pour Jacob… s'il me savait ici avec lui…

Plus je m'éloigne d'Edward, plus mon corps reprends un fonctionnement normal. Pourquoi cela me perturbe-t-il autant ? Pourquoi ai-je autant envie d'effacer ces souvenirs de ma mémoire que de les revivre en boucle ?

J'étouffe mal un grognement face aux rouages de mon cerveau quand je regagne mon appartement, Edward sur les talons.

Pourquoi ai-je envie qu'il s'en souvienne, lui aussi ?

Depuis deux ans, il s'est passé mille choses, et j'ai tout fait pour oublier cette soirée trop arrosée et trop intense pour mon bien. Désormais, tout me revient comme une claque : de la sensation de ses doigts sur ma cuisse au souffle de sa respiration rapide contre mon oreille.

Le silence entre nous est pesant quand on pénètre dans l'appartement.

Mon corps, indépendant de mon cerveau, se tourne vers Edward qui referme la porte d'où nous venons. Mes yeux glissent le long de son corps alors que je me bats pour ne pas revivre nos souvenirs une nouvelle fois. Tout me semble d'une violence inouïe. J'ai le tournis quand il se tourne vers moi, ses yeux fouillant les miens en silence.

- J'vais y aller, j'ai pas mal de truc à faire avant ce soir, finit-il par dire après une minute.

Je hoche la tête.

Je ne sais pas de quoi il parle, mais là, tout de suite, je m'en fou complètement. J'ai vraiment besoin de me retrouver seule pour me ressaisir. Il y a vraiment un truc qui ne tourne pas rond chez moi.

Je l'observe marcher à travers la pièce sans bouger.

Avant d'atteindre la porte, il se tourne vers moi.

Dans ses yeux, une lueur qui me donne la chair de poule danse.

Seule au milieu de ce salon qui est désormais le mien, je veux qu'il parle autant qu'il disparaisse.

- Si t'as besoin de quoi que ce soit, tu sais où me trouver.

Je reste silencieuse pendant que ses yeux me dévisagent encore avec ce magnétisme absurde, incapable de trouver quelque chose à lui répondre. Sans que je ne le veuille, mon cerveau transforme sa phrase en proposition tellement brulante que mon ventre se noue.

Je ne comprends absolument pas ce qu'il m'arrive et je me déteste plus que jamais.

Jacob. Jacob. Jacob.

A nouveau, un silence pesant s'installe. Je suis dans l'incapacité totale de réagir.

Il finit par soupirer, comme s'il renonçait brusquement à quelque chose.

Cette rencontre fortuite me met finalement plus mal à l'aise que je ne l'ai jamais été.

Au moment où je pense qu'il va enfin partir, un léger sourire étire ses lèvres. Mon souffle se coupe quand il ouvre la bouche, prête sans savoir pourquoi à ramasser les dégâts de ma conscience et de mon cerveau.

Au fond de moi, et avant qu'il ne le dise, je sais qu'il sait.

- J'suis assez étonné de voir que t'as finis par le rappeler, finalement, lâche-t-il, son regard clair ancré dans le mien.

Avant que je ne puisse réagir, il disparait pour descendre les escaliers.

Quand je n'entends plus ses pas sur la lourde ferraille, je me rends compte que j'ai cessé de respirer.

Il se souvient.


Hello mes petites cuillères !

Un petit premier chapitre un peu en retard (je suis en vacances depuis hier soir, quel joie !)

Quel bonheur de vous retrouver après ces quelques semaines de vacances -dans l'écriture seulement.

Merci pour tout vos retours et vos follows suite au prologue de cette nouvelle romance.

Pour être le plus transparente possible, et parce qu'on m'en a parlé et que j'ai oublié (bêtement) de vous le préciser avant le prologue, évidement, sortez couverts ! Je n'en parle jamais dans mes fictions mais c'est évidement une évidence dans ma petite tête. On ne fait pas de câlin sans se protéger, et mes personnages ne sont que des personnages de fictions, et non la réalité. Ca me semblait important de le préciser.

J'espère que ce premier chapitre vous aura plu… j'avoue avoir la pression ! J'ai hâte (et j'ai peur) de lire vos réactions :3

On se retrouve bientôt ?

Laissez moi un mot si vous avez envie que je publi la suite la semaine prochaine…

Pour toutes celles que ça concerne : bonne rentrée à vous, et courage à (vous) vos petits bouts si ils rentrent à l'école (comme mon bébé qui rentre jeudi pur la première fois, j'ai hâte et j'ai peur :'))

J'vous embrasse,

Tied.