-STAY-
Round and around and around and around we go
Oh now tell me now tell me now tell me now you know
Chapitre 2
Edward
La soirée n'en finit pas. Je suis épuisé, pourtant, je ne suis pas prêt de pouvoir me reposer. La soirée latine d'Emmett est une réussite. Les clients affluent en masse depuis deux heures, ils consomment tellement qu'on est débordés et la musique est si forte que j'ai l'impression que ma tête va exploser.
Mon regard se pose sur la pendule à gauche du bar après avoir encaissé la cliente que je viens de servir.
22h18. La soirée est loin d'être terminée. Encore pratiquement trois heures et je m'effondrerai dans mon lit.
Peut-être avec une blonde.
Ou une brune.
Mon regard tombe sur Bella, de l'autre coté du bar, assise sur les canapés rouges avec Alice et Rose. Son verre de rhum à la main, elle éclate de rire en même temps que ma sœur.
Hypnotisé, je n'arrive pas à détacher mes yeux d'elle pendant plusieurs secondes.
- T'as pas remarqué qu'on a des clients qui attendent ? beugle Emmett en me bousculant.
Nouveau soupire.
Je sais pas ce que cette fille m'a fait, mais mon cerveau à du mal à s'en remettre.
Quand je suis tombé sur elle en fin d'après-midi à l'appartement, j'ai peiné à croire que c'était bien elle, juste là, sous mes yeux.
Pendant des semaines j'ai espéré la revoir au bar : elle n'y est jamais revenue. Et il a fallut que ça soit elle, deux ans plus tard, qui loue mon ancien appart… au dessus de mon bar.
La vie est drôlement faite non ?
Je sers une blonde qui me lance un sourire trop aguicheur pour être dénué d'intérêt mais je n'arrive pas à m'y intéresser. Bella m'obsède depuis la seconde où j'ai croisé son regard sombre, presque deux ans plus tôt.
Elle ne s'en souvenait pas. Du moins, elle a mit beaucoup de temps à comprendre. Depuis, son regard est fuyant, presque craintif. Elle a eut l'air de ne plus savoir où se mettre quand elle m'a vue derrière le bar à son arrivée ici avec Alice, il y a presque une heure.
Depuis, elle enchaine les cocktails et reste loin de moi. De temps en temps, je sens son regard sur moi. Mélange de curiosité et de gêne.
A son comportement, j'ai presque du mal à reconnaitre la nana avec qui j'ai couché dans ma voiture, sans même prendre le temps de la déshabiller totalement.
Je soupire à cette pensée.
J'ai la sensation que mon corps échappe à tout contrôle dès qu'elle est près de moi.
Son magnétisme me frustre au plus haut point : parce qu'elle n'est pas seule. La façon dont elle parle de son Jacob m'agace, même si j'ai du mal à me l'avouer. Dire que c'est moi qui lui ai conseillé de le rappeler !
- Edward ! cri Emmett de l'autre coté du bar.
J'inspire profondément et me secoue. Faut vraiment que je fasse quelque chose pour me la sortir de la tête avant que je ne me fasse fracasser le crâne par mon meilleur ami. Du coin de l'œil, je vois Jasper surfer à travers la salle pour servir les tables bondées. Emmett est de l'autre coté du bar, vif et efficace, il sert les clients avec le sourire. Je suis vraiment à la ramasse.
- Tu veux me servir un gin tonic mon beau ? lance une rousse juste sous mes yeux.
Son regard noisette et son sourire me drague ouvertement. Un instant, je me dis que je pourrais m'en contenter pour évacuer ma frustration.
Depuis quand je ne suis devenu qu'un corps en manque ?
- Avec plaisir.
Son sourire s'agrandit alors que je serre les dents en attrapant la bouteille transparente pour la servir. En moins de temps qu'il en faut pour le dire, elle repart avec son verre plein en me faisant un clin d'oeil et j'ai dix nouveaux dollars entre les doigts.
- Alors c'est comme ça ! s'exclame une voix que je reconnais sans difficulté quand je balance les billets dans la caisse.
Je me fige avant qu'un sourire n'étire mes lèvres sans que je le veuille.
Bella se tient là, devant moi, de l'autre coté du bar. Son chemisier bleu nuit ouvert de trois boutons qui laisse entrevoir sa peau pale me nargue. Elle a relevé ses cheveux en chignon, ce qui fait apparaitre la finesse de sa nuque. J'ai du mal à ne pas penser à mes lèvres sur sa peau en retrouvant son regard sombre et voilé.
L'alcool coule dans ses veines, je le vois mais, pourtant, elle a l'air parfaitement lucide quand elle accroche son regard au mien.
- Quoi, comme ça ?
Un léger sourire étire sa bouche ronde.
- Les filles… c'est ici, ton terrain de chasse ?
D'un mouvement de tête, elle désigne la table où la rousse s'est assise, entourée de trois autres femmes. J'ai la sensation qu'elles sont toutes plus fades les unes que les autres.
- Je ne sais pas trop pour qui vous me prenez mademoiselle mais je ne suis pas ce genre de personne.
Mon ton offusqué fait naitre un sourire sur sa bouche. Pourquoi celui-ci noue mon estomac comme ça ?
- Le genre qui fait ça dans un parking avec une inconnue ?
Je me fige alors que ses yeux sérieux fouillent les miens. Elle rougit légèrement quand elle se rends compte de ce qu'elle vient de dire apparemment malgré elle. Elle s'en souvient aussi bien que moi. Ca ne peut être plus clair. J'ai la sensation que l'électricité soudaine entre nous m'empêche de bouger, presque de respirer.
- Je ne vois pas de quoi tu parles, fis-je en toute innocence.
Elle éclate de rire, ce qui allège l'atmosphère entre nous.
La musique du bar résonne dans nos pieds, j'ai l'impression d'être propulsé des mois en arrière.
Quand elle se penche légèrement sur le bar, laissant son chemisier flotter autour d'elle, mon sang s'affole. Mes yeux glissent sur sa peau pâle, la caressant par de là le tissus fin qui la couvre. J'ai le temps d'apercevoir un morceau de dentelle noir qui cache son sein avant de retrouver ses yeux.
L'éclat de confusion que j'y lis me clou sur place, faisant tomber une enclume dans mon estomac.
Je ne peux pas le nier : je la désire aussi fort que le premier soir, si ça n'est plus. Aujourd'hui, j'ai le souvenir de sa chair qui me torture.
Je m'entends déglutir alors qu'elle rougit à nouveau, le sang affluant ses joues et son cou.
Aurai-je pu croire qu'un jour elle serait là, devant moi ?
- C'était une autre vie, murmure-t-elle après une seconde.
Je ne mets pas longtemps à comprendre de quoi elle parle avant de la voir baisser les yeux sur mes lèvres... ça.
Evidement, ça n'arrivera plus. Elle va vivre au dessus du bar avec son mec. Et moi je dois vraiment me trouver une blonde.
Son regard retrouve le mien puis elle soupire.
- Ta sœur m'envoie chercher à boire.
- Encore ?
Je retiens mal un sourire, ce qui semble l'agacer prodigieusement. Depuis l'après-midi, j'ai découvert que l'agacement dansant dans son regard était la chose la plus divertissante et sexy qui soit.
- A vos ordres, finis-je par dire, récoltant un sourire de sa part. Que veux-tu ?
Ses yeux font le tour des bouteilles derrière moi mais elle hausse les épaules.
- Surprends-moi.
Je tente de me concentrer sur ma mission et me tourne vers mes bouteilles pleines. J'ai un sourire en dirigeant mon regard vers la bouteille de vodka sortie à mes cotés. Pendant que je m'active, Bella ne me lâche pas du regard. Je tente d'ignorer l'effet de ses yeux sur moi, mais j'ai la sensation que plus je l'ignore, plus la brulure du désir m'étouffe.
Je fais glisser devant elle les trois verres pleins qui débordent légèrement alors qu'elle hausse un sourcil. Il faut vraiment que je m'éloigne d'elle avant de perdre la raison.
- Ca te rappellera peut-être des bons souvenirs, lancé-je avant de repartir un peu plus loin.
Je m'applique à servir un autre client sans pour autant être capable d'ignorer totalement sa réaction : elle sourit bien qu'elle lutte pour ne pas le faire. J'étouffe le mien en servant l'homme en face de moi qui me regarde comme si j'avais un troisième œil au milieu du front. J'suis pathétique.
Bella repart avec ses trois verres et, déjà, l'air est plus respirable.
Pendant l'heure qui suit, ses regards se font de plus en plus fréquents, et j'enchaine les bourdes. Ca fait des années que j'ai pas casser autant de truc en si peu de temps.
J'ai la sensation de perdre absolument tout contrôle de mes dires et de mes gestes quand elle est dans les parages. Est-ce par ce que je connais son corps sous ce chemiser ? Est-ce parce que chaque regard d'elle me transperce ? Ou parce qu'en fermant les yeux je l'entends encore gémir ?
La main d'Emmett s'abat sur mon épaule sans douceur, me ramenant brutalement ici et maintenant.
- J'sais pas à qui tu penses garçon mais, soit tu vas la baiser pour redescendre sur Terre, soit tu vas prendre l'air histoire d'arrêter de servir n'importe quoi à n'importe qui.
Son regard oscillant entre colère et moquerie me fait serrer les dents. Suis-je si transparent que ça ?
- J'vais fumer une clope.
Il hoche la tête quand je jette le torchon que j'ai dans les mains sur le bar avant de m'enfuir par l'arrière du bâtiment. Je passe la réserve d'un pas rapide puis pousse la lourde porte de l'arrière.
Le brouhaha s'arrête instantanément, soulageant immédiatement le lancinement de mon crâne.
Quand j'allume ma cigarette en m'appuyant sur le mur froid, un long soupire m'échappe. Il est hors de question que je rentre seul ce soir, pas après m'être rendu compte que je flirtai ouvertement avec Bella sans même en avoir quelque chose à faire qu'elle soit en couple ou non.
- Sympa l'idée du cosmo, souffle une voix dans la nuit.
Je ferme les yeux une brève seconde. Bordel.
- J'me suis dit que j'étais sûr de viser juste, comme ça.
Mon regard se porte sur elle, debout à l'angle du bâtiment.
Bella.
Elle me regarde comme si elle avait quelque chose à craindre de moi. Je tire sur ma cigarette un peu plus fort pour essayer d'atténuer mon envie d'elle qui revient au galop. C'est purement physique, presque animal, mais tellement frustrant de me dire que je ne pourrais pas l'approcher d'avantage.
Elle se balance d'un pied sur l'autre un instant avant de soupirer.
- Ok, j'aime pas cette situation gênante, avoue-t-elle en avançant un peu vers moi. Et j'ose le dire parce que j'ai bu plus que de raison.
J'étouffe un rire alors que son visage ressort de l'ombre, maintenant éclairé par la lumière de la réserve qui s'échappe par la porte ouverte derrière moi. Elle n'a rien perdu de la beauté pure qui inonde ses traits.
- Il n'y a rien de gênant.
- On a couché ensemble.
Le fait qu'elle l'avoue à voix haute fait sursauter mon estomac. Je reste silencieux, ne sachant quoi lui répondre.
- C'est gênant, insiste-t-elle en remettant nerveusement une mèche de cheveux derrière son oreille.
- On est juste deux adultes qui ont prit du plaisir ensemble il y a des mois, c'est rien de grave.
- Sauf qu'aujourd'hui j'suis la locataire.
- Et tu as un mec.
Elle se mord légèrement la lèvre.
Je tire plus fort sur ma cigarette quand elle s'approche. Maintenant à deux pas de moi, elle croise les bras contre sa poitrine.
La frustration m'étouffe.
- J'ai pas envie que ça soit bizarre entre nous. On va être amené à se voir souvent.
- Il y a pas de problème Bella.
Gênée, elle baisse les yeux sur ses pieds. Les escarpins rouge qu'elle porte galbe ses jambes d'une manière somptueuse. Sa courte jupe noire la moule parfaitement, et ne m'aide certainement pas à garder mes idées claires et pures.
Est-ce le diable qui l'a envoyée pour me tenter de la manière la plus douloureuse qui soit ?
- T'es notre locataire, c'est tout.
Elle acquiesce en silence. Je fais tout pour ignorer son regard qui glisse sur mon visage pendant quelques secondes.
- Et puis, manger deux fois du gâteau ça serait vraiment de la connerie.
Elle éclate de rire, comprimant mon palpitant dans ma poitrine. L'effet qu'elle me fait est incroyable.
- C'est vrai, admet-elle en verrouillant son regard au mien.
Quelques secondes, elle me dévisage d'une manière qui me crispe entièrement. Je tente d'ignorer la morsure du désir, mais je n'y arrive pas. C'est trop fort, trop violent pour que j'arrive à faire comme si rien ne se passait.
Quand elle s'approche un peu plus, mon souffle se coupe. A-t-elle une idée d'à quel point elle est attirante avec ses yeux brillants et son air oscillant entre la confusion et l'envie de lâcher prise ?
Ses doigts glissent une seconde sur les miens avant qu'elle ne me pique ma cigarette.
Lorsqu'elle la porte à sa bouche pour tirer dessus, mon cœur bat à mille à l'heure.
Mes yeux fixent sa bouche, faisant palpiter mon corps entier.
Je la veux.
Ma cigarette. Sa bouche, ses doigts… Tout.
- Tu devrais rentrer.
Mon murmure semble la ramener à la réalité alors qu'elle coince ma cigarette entre ses lèvres en fronçant les sourcils.
- On ne pourra pas être ami, c'est ça ? demande-t-elle avec une assurance désarmante.
J'étouffe un rire dans un mélange de frustration et d'agacement.
- Je ne crois pas, non.
Je tends la main en accompagnant mes paroles pour récupérer ma cigarette mais elle recule légèrement.
- Pourquoi ? insiste-t-elle à demie voix quand je me décolle du mur.
L'ampoule de la réserve dessine un carré sur le sol et sur son corps face au mien. Quand nos ombres se mélangent, j'ai du mal à penser correctement.
- Parce que des amis ne couchent pas ensemble.
- C'était il y a longtemps, murmure-t-elle dans un tremblement quand je m'approche un peu plus.
Notre proximité l'oblige à lever la tête pour pouvoir continuer à me regarder. Dans son trouble, je lui reprends le reste de ma cigarette. Savoir qu'elle l'avait sur ses lèvres quelques secondes avant me grise. Mes yeux glissent sur son visage à moitié éclairé avant de se poser sur sa bouche.
Par je ne sais quel instinct, je m'éloigne d'elle pour aller jeter ma clope.
J'ai brutalement envie de taper dans quelque chose tant la tension dans mon corps est énorme.
Quand je lui jette un coup d'œil, elle est immobile dans le noir.
Pendant plusieurs longues secondes, aucun d'entre nous ne dit un mot. J'ai la sensation depuis le début de la soirée qu'elle est en lutte constante entre ce qu'elle a envie de faire et ce qu'elle doit faire.
Un soupire passe mes lèvres. J'n'ai vraiment pas besoin de ça.
- Rentre profiter de la soirée. On ferme dans une heure.
Déjà, je fais demi tour, la laissant seule dehors.
Je serre les dents en regagnant la réserve où je me pose pour respirer cinq minutes. Quand je ferme les yeux, j'ai encore le gout de sa langue contre la mienne, deux ans plus tôt. Comment le corps d'une fille peut-il m'obséder à ce point ?
Je retrouve les gars et le bar bondé après une minute à m'insulter mentalement.
Bella finit par réapparaitre auprès d'Alice et Rose cinq minutes plus tard.
Tout le reste de la soirée, son regard m'évite à nouveau. Elle fait littéralement comme si je n'existai pas.
Peut-être que je l'ai vexée. J'en sais rien, et pour le moment, j'm'en fou. J'ai besoin qu'elle reste loin de moi pour réussir à retrouver un semblant de comportement normal et ne plus être qu'un corps en manque du sien. Le fait qu'elle ne m'adresse plus un regard de toute la soirée m'aide à tenir bon et à ne pas l'embrasser au milieu de tout les clients -ma famille compris.
Quand je m'endors, épuisé, presque trois heures plus tard, la rousse roupille dans mes bras.
Je ne sais pas si Emmett le sent, mais si ça n'est pas le cas, il se doute de quelque chose.
J'ai passé une nuit horrible, et ça n'est pas seulement dû au fait que mon lit ait été squatter toute la nuit par la rousse d'hier soir.
J'ai passé une nuit horrible, parce que la femme dormant nue dans mes draps n'était pas celle que mon corps voulait.
Je finis par m'arrêter, le cœur battant si fort contre mes tempes que j'ai l'impression que ma tête va exploser.
- Bon allez, crache le morceau, lance Em' en venant à moi à petite foulée.
Je m'appuis sur mes cuisses pour réussir à mieux respirer, sans succès.
- Cracher quoi ? demandé-je difficilement.
Mes poumons me brulent à m'en faire mal. Depuis quand mon corps me fait-il souffrir autant pour un footing ?
- T'es silencieux depuis qu'on est partit du loft, explique-t-il en courant sur place.
- T'es grave.
Il lève les yeux au ciel pendant que je me redresse péniblement.
- Tu es con, réplique-t-il en me désignant du doigt. T'es à l'ouest et tu sues comme un cochon à l'abattoir alors qu'on à fait à peine dix kilomètres…
- Je t'assure que...
- Je t'ai vu en courir vingt sans ciller Ed !
Je serre les dents en regardant mon meilleur ami sautiller sur place, débordant d'énergie. J'n'aurai vraiment pas dû fumer autant hier soir.
- J'ai juste mal dormi.
- Ta rousse était inépuisable ?
Je lève les yeux au ciel. Hors de question qu'il ait des détails sur quoi que ce soit.
- Elle est rentrée chez elle avec un café chaud.
- Quel romantisme, se moque-t-il en s'arrêtant enfin de sautiller sur place.
Il est à peine essoufflé alors que je peine à retrouver une respiration normale.
- Sans déconné, qu'est ce qui t'arrive ?
Je soupire en jetant un coup d'œil autour de nous. L'après-midi démarre lentement, et les coureur défilent autour de nous. Brockwell Park est-il le seul parc de Londres pour que tout le monde court ici ?
- Edward, j'te parle ! gronde Emmett en claquant des doigts devant mes yeux.
Je m'entends soupirer à nouveau.
- On a pas quinze ans et j'vais certainement pas te faire une copie double de mes divagations mentales la nuit.
Emmett soupire à son tour avant de sonder mon regard du sien. Je regrette presque que ce con me connaisse depuis mes 3 ans.
- Doit y avoir une fille.
Je lève les yeux au ciel avant de me mettre à marcher.
- Il n'y a pas de fille.
- Alors quoi, ta rousse était si horrible ?
Je retiens un sourire puis une réflexion salace et probablement un peu misogyne.
- T'sais que ça serait bien que tu rencontres quelqu'un.
- J'rencontre des tas de gens Emmett.
- Justement, une baise de temps en temps ça remplace pas une vraie relation.
- Je suis heureux comme ça.
- T'as 31 ans.
- Et alors ? Mon horloge biologique t'inquiète ?
Il lève les yeux au ciel à son tour.
- Soit pas con, on veut juste que tu sois heureux.
Je ne peux retenir mon sourire.
- Tu parles comme une nana.
- Ed'...
Son ton réprobateur me fait sourire d'autant plus.
- Non, enfaite, tu parles comme Rosalie.
Je lui jette un regard moqueur alors qu'il hausse les épaules.
- J'vis avec elle h24 depuis 10 ans, me rappelle-t-il. Elle doit déteindre sur moi.
- Le jour où tu commences à te lisser les cheveux et à mettre des soutiens gorge, compte sur moi pour te rappeler qui est le sexe fort de votre couple.
Son rire résonne mais sa main vient broyer mon épaule. Je dissimule mal ma grimace de douleur.
- Ne redis jamais ça gamin.
En croisant son regard amusé, je ne peux que rire.
- Sérieux, elle te tuerait. C'est elle le sexe fort !
- Tu vois, c'est exactement pour ça que j'suis très bien à couché avec une jolie fille de temps en temps : jamais personne ne me forcera à lui faire des tresses.
Je m'éloigne de lui à grandes foulées alors qu'il me hurle des noms d'oiseaux, récoltant l'attention de plusieurs passants. J'avais promis de ne plus jamais abordé avec lui ce souvenir douloureux pour son estime de lui.
Quand on regagne le bar où Emmett à laissé sa voiture, j'me sens en meilleure forme. Ce footing à eut l'air d'évacuer toute la tension que je ressens depuis hier. J'observe mon meilleur pote monté dans sa Jeep et disparaitre, musique à fond. Emmett restera Emmett… même si sa femme l'oblige à lui faire des tresses.
Sur le parking, je jette un coup d'œil sans pouvoir m'en empêcher à la fenêtre de l'étage qui est entrouverte. J'aimerais voir à l'intérieur, mais je ne distingue rien d'ici. Je soupire en m'étirant. Voilà que mon obsession revient au galop.
- Déjà levé ? lance une voix moqueuse derrière moi.
Je sursaute comme un gamin prit en flag avant de trouver Bella, un carton dans les bras qui me sourit doucement. Ses cheveux humides boucles autour de son visage et ses joues sont roses. Même en legging noir et large t-shirt gris, elle est superbe.
- Je dors peu.
Elle acquiesce un petit sourire avant que son regard ne glisse sur mon corps lentement. Je serre les dents en tentant d'ignorer à nouveau l'effet de ses yeux sur ma personne… mais c'est impossible. Quand elle se rends compte qu'elle me détaille presque impoliment, elle se gratte la gorge et pointe son carton du doigt.
- J'veux avancer avant demain, histoire qu'on ait pas grand chose à déménager.
- Demain ?
- On est vendredi, répond-t-elle doucement. Demain Emmett et les autres viennent m'aider à ramener le reste de mes meubles.
- C'est vrai…
J'avais complètement oublié qu'elle devait s'installer définitivement demain. Mon enfer personnel va donc vivre à coté de chez moi ? Un léger silence s'installe et je recule d'un pas quand je me rends compte que nous nous sommes rapprochés.
Avant que je ne puisse réfléchir, ma langue me trahit et mes cordes vocales parlent à ma place.
- Si tu as besoin d'aide...
Elle penche un peu la tête, visiblement étonnée que je lui propose mon aide. J'observe l'hésitation danser dans ses yeux une seconde en me questionnant vraiment sur le bienfondé de ma proposition.
- Avec plaisir, finit-elle par répondre après ce qui me semble être une éternité.
Malgré moi, je suis heureux qu'elle accepte et j'ai du mal à contenir mon sourire et mon débordement soudain d'énergie.
- J'vais prendre une douche, d'abord.
Elle hoche la tête en me souriant doucement.
- Je vais continuer à débarrasser ma camionnette en t'attendant, tu pourras monter directement si tu ne me vois pas ici.
Je hoche la tête avant de l'observer monter les escaliers rapidement.
Après quelques secondes immobile, je secoue la tête et repart à petites foulées jusqu'à chez moi.
J'vais avoir besoin de prendre une longue, très longue douche froide pour calmer l'effet dévastateur qu'elle à sur mon corps avant de la rejoindre.
- Où est-ce que tu veux que je le pose ?
Ma voix la fait sursauter. Visiblement, elle ne s'attendait pas à ce que je revienne aussi rapidement. J'me suis pressé sous la douche et pour m'habiller comme si j'avais le feu aux fesses : la vérité c'est que j'avais envie de la voir à nouveau, et le plus vite possible.
En passant à coté de sa vieille Chevrolet, j'ai récupéré un carton et monté les escaliers quatre à quatre.
Et en arrivant à l'appartement, j'ai pu admirer son corps une minute se dandiner sur une musique soul des années 60 qui résonne encore doucement dans la pièce presque vide.
J'ai profité qu'elle me tourne le dos pour faire glisser mes yeux sur son corps fin, appréciant plus que de raison ce que je voyais.
Il n'y a pas à dire, elle est superbe.
Quand elle me fait face, gênée d'avoir été prise en plein déhanchement purement sensuel, je la vois rougir légèrement. Un sourire étire mes lèvres sans que je ne me résonne à le retenir.
Pour dire vrai, je me fiche un peu qu'elle comprenne que je l'observe depuis un moment ou non. Elle est trop belle pour que je reste parfaitement de marbre.
- Je… tu peux le mettre dans ma chambre.
Je m'exécute en silence, souriant toujours comme un idiot. Elle doit me prendre pour un fou. Je regagne le salon après avoir déposé le carton.
- Je ne t'imaginais pas fan des années 60.
- Je suis pleine de surprise, sourit-elle en relevant les yeux vers moi alors qu'elle range un peu de vaisselle dans le meuble de la cuisine.
Elle n'a pas idée à quel point elle à raison.
- Mayfield est pas mal, mais j'ai un faible pour Brown.
Elle suspends son geste, sa tasse en l'air quelques secondes.
- Quoi ? demandé-je alors qu'elle sourit en secouant la tête.
- Je ne te savais pas connaisseur.
- Je suis plein de surprise.
Son rire résonne dans la petite cuisine alors qu'elle reporte son attention à ses tasses qu'elle range avec précaution.
Pendant plusieurs minutes, elle range sa vaisselle et je fais l'aller-retour entre sa voiture et l'appartement pour remonter le reste des cartons qu'elle a ramené.
On savoure la musique qui berce l'appartement, et le silence entre nous, ponctué de commentaires sur les musiques qui défilent, est agréable. J'me sens bien ici, avec elle. Cette constatation est surprenante et un peu déroutante aussi.
- Oh j't'en prie, tu ne peux pas dire que Hathaway est meilleur que Cooke !
- Edward franchement ! Hathaway à écrit des merveilles !
- Cooke aussi je te signale !
- Existe-t-il une chanson plus belle que A song for you ?
- Je préfère la version de Ray Charles.
Elle grimace, comme si j'avais dit la pire des choses… ce qui me fait éclater de rire.
- Attends, attends, on va écouter les deux et voir lequel de nous à raison !
Je lève les yeux au ciel tandis qu'elle trottine jusqu'à son téléphone posé sur une pile de carton encore pleins. Elle pianote dessus quelques secondes pendant que je m'approche.
- Tu n'as pas une enceinte plutôt ? Le son de ton téléphone est…
- Hé ! s'indigne-t-elle en me lançant un regard mauvais. Si tu n'es pas content tu peux m'en offrir une !
- Si c'est pour écouter Hathaway en boucle…
- Edward ! s'écrit-elle, ses yeux me lançant des éclairs.
J'aime bien Hathaway, j'n'ai rien contre lui, mais j'ai découvert que l'attaquer sur ce chanteur la fait réagir au quart de tour, et j'adore ça.
La musique se lance et un sourire satisfait s'étale sur son visage. Après quelques secondes, son téléphone grésille, nous faisant grimacer d'un même ensemble.
- Ok, je devrais acheter une enceinte, admet-elle en relevant ses grands yeux sombres vers moi.
Une nouvelle fois, je me rends compte qu'on s'est rapprochés sans s'en rendre compte. Mais j'n'ai aucune envie de m'éloigner.
- Ca serait dommage de gâcher une si belle chanson, approuvé-je, récoltant un regard suspicieux de sa part.
Pourtant, un sourire fleurit sur sa bouche.
- Tu aurais un endroit dans le coin où je pourrais en trouver une ? Je ne connais pas trop le quartier…
- Il y a Atlantic Road, un peu plus haut, tu devrais trouver ton bonheur.
Elle hausse un sourcil puis fronce les deux, comme si je parlais chinois.
- Je peux t'y accompagner si tu veux.
Elle recule d'un pas, incertaine. Soudain, elle est de nouveau un peu crispée et perdue, comme la veille derrière le bar.
- Je… non, t'inquiètes pas je…
- J'dois y aller de toute façon, j'ai des trucs a acheter. Tu peux m'accompagner si t'as envie.
C'est purement et simplement une excuse pour l'accompagner. Je ne sais pas si elle le devine, mais l'hésitation mêlée a autre chose flotte dans ses yeux une seconde avant qu'elle ne soupire puis sourit doucement, un peu gênée.
- Tu es sûr ?
J'ai déjà sorti les clés de ma voiture et je hoche la tête.
- On y va ?
- Maintenant ?
- Non, dans dix ans ?
Elle éclate de rire alors que l'observe -la dévore des yeux.
- Je vais me changer, d'abord, marmonne-t-elle en désignant sa tenue.
- J'vois pas ce qui cloche.
Elle secoue la tête comme si je disais une énorme connerie avant de me dire de ne pas bouger. Où pense-t-elle que je vais aller ?
Je l'observe récupérer un petit sac de sport avant de se diriger vers la salle de bain dans laquelle elle s'enferme.
Pendant plusieurs très longues secondes, je l'imagine se déshabiller de l'autre côté de la porte. Je serre les dents en tentant de penser à autre chose, mais la vision de son corps ondulant au dessus de moi me revient avec une telle force que ma respiration se bloque dans ma gorge.
Je dois trouver une distraction.
Maintenant.
Son téléphone toujours sur les cartons empilés m'attire.
Parfait.
Ne pouvant repousser ma curiosité, je jette un coup d'œil rapide à sa playlist. Je suis surpris de voir la largeur de style de musique qu'elle écoute. Du rock, du classique, du jazz, de l'actuel, du vieux, du blues, même du rap. Cette femme est définitivement surprenante.
Avant qu'elle ne sorte et me prenne en flagrant délits de curiosité, je m'éloigne de son téléphone et m'appui sur le petit bar de la cuisine sagement en comptant mentalement dans une lenteur m'obligeant à canalyser mes pensées.
J'en suis à 18 quand elle sort de la salle de bain. Elle a relevé ses cheveux en chignon, et est vêtue d'un jean foncé et d'un sweat avec Friends écrit en grosses initiales. Pourquoi est-elle plus attirante chaque fois que je pose les yeux sur elle ?
- Donc, tu écoutes de la soul et tu regardes Friends ?
- C'est cliché n'est-ce pas ?
Ses yeux trahissent quelque chose que je n'arrive pas à saisir. Elle à l'air mal à l'aise à présent. Est-ce ma remarque ? Ou le fait qu'elle va se retrouver seule avec moi pour les quelques heures à venir ?
- Pas vraiment. Tu es surprenante.
Je la vois se mordre la lèvre brièvement quand je fais demi-tour.
J'ai besoin de sortir.
On regagne le parking en silence. L'air de dehors ne me rafraîchit pas les idées pour autant. Je serais presque nerveux, sans que je ne comprenne vraiment pour quoi.
En déverrouillant ma voiture, je vois Bella se figer légèrement.
La violence avec laquelle tout me revient me fait lourdement frissonner.
Deux ans plus tôt, cette même scène s'est déroulée sans que rien ne soit prémédité… mais tout était alors tellement différent...
Je me sens déglutir difficilement en lui jetant un coup d'œil lorsqu'on ouvre nos portières en même temps.
C'est tellement étrange ce que je ressens à l'instant.
Une part de moi m'ordonne de monter dans cette voiture sans broncher.
L'autre partie de mon cerveau dérangé meurt d'envie de faire le tour de ma Volvo et de plaquer cette femme contre pour l'embrasser à en perdre haleine.
Mon sang bouillonne quand les yeux de Bella accrochent les miens. Le désir et la confusion que j'y lis me coupe le souffle.
Quelque chose de puissant flotte entre nous quelques secondes, faisant battre mon cœur plus vite.
Elle finit par baisser les yeux et monter dans la voiture en silence. J'inspire profondément l'air extérieur avant de m'installer à mon tour.
Comment vais-je pouvoir la voir sans arrêt et réussir à lutter contre tout ce qui m'enflamme dès que je pose les yeux sur elle ?
L'après-midi touche à sa fin quand on reprend la voiture pour regagner son appartement. Ces deux petites heures sont passées à une vitesse folle, si bien que je me demande encore comment c'est possible.
On a déambulé sur plusieurs kilomètres dans les rues commerciales, rentrant et sortant de presque chaque magasin. Bella a été extatique, presque comme une enfant au matin de Noël quand je lui ai parlé de Marks & Spencer. On en est sortit avec une tonne d'ustensiles de pâtisserie (apparemment une passion chez elle). Des rouleaux, des emportes pièces, des choses dont je ne sais même pas l'utilité, et une petite dizaine de bouquins de pâtisserie.
Quel genre de femme achète autant de livre d'un coup ? Je comprends désormais mieux ses dizaines de cartons de bouquins que j'ai du monter à l'appart !
- Quoi ? Demande-t-elle quand on s'arrête à un feu sur l'avenue principale.
Je lui jette un coup d'œil en m'apercevant que je souris comme un imbécile.
- Rien.
Je la vois lever les yeux au ciel avant de reporter son attention sur la rue. Elle essaie de le repousser, mais un sourire veut étirer ses lèvres à elle aussi.
Pendant plusieurs minutes, elle reste silencieuse, ailleurs.
Fait exprès, on enchaine les feux rouges les uns derrières les autres, retardant l'instant où l'on devra se séparer.
Plusieurs fois, ses yeux traînent sur moi.
Je l'ignore au mieux, tentant de calmer mon corps qui s'affole un peu plus à chacun de ses regards.
Son odeur dans ma voiture fait bouillir mon sang.
Des dizaines de fois, je suis obligé de provoquer un décompte mental pour ne pas m'arrêter sur le bas côté et l'embrasser -ou pire.
La tension est là, entre nous dans le -trop- petit habitacle de la voiture. Vive, brutale, incontrôlable. Ça crépite, ça brûle. Ça m'inonde et j'ai l'impression que je vais perdre le contrôle d'une seconde à l'autre.
Elle ne peut pas l'ignorer, j'ai la sensation que chaque membre de mon corps est appelé par le sien. Elle est si près et en même temps...
A un énième feu, un des derniers avant de retrouver notre rue, j'admire son profil alors que son regard est perdu sur la rue devant nous.
Je donnerais tout pour connaître le fond de sa pensée.
Ses doigts serrent et desserrent nerveusement son sac posé sur ses genoux. La lumière du jour baissant rends la profondeur de ses yeux d'autant plus intense et perturbant quand elle tourne le visage vers moi lorsqu'elle sent que je la dévisage.
J'aimerais lui parler, lui sourire, dire une connerie, mais j'en suis incapable.
J'la veux.
Ça résonne dans ma tête, jusqu'à hurler dans mes oreilles quand ses yeux glissent jusqu'à ma bouche.
Je sursaute presque quand la voiture de derrière me klaxonne, m'indiquant que le feu est vert et que je suis toujours immobile.
Trop vite, et pas assez, on arrive sur le parking du pub.
Le soleil décline doucement derrière les épais nuages qui le cache à demi au dessus du parc.
Pendant quelques secondes, le silence persiste. Je n'arrive pas à le briser, de peur que tout disparaisse -elle compris.
- Merci pour la balade, finit-elle par dire après une minute d'un silence étouffant.
- Avec plaisir.
Quand elle sort de la voiture, j'ouvre ma portière et descends à mon tour.
- J'vais t'aider, la coupé-je quand elle fronce les sourcils en me voyant arriver à sa hauteur.
Elle se recule d'un pas lorsque je descends ses trois sacs de la banquette arrière.
- J'aurai pu le faire seule, marmonne-t-elle récoltant un rire de ma part.
- J't'en prie, ironisé-je. Ces sacs sont aussi lourds que toi.
Ma moquerie la fait grogner, ce qui me détends un peu. Visiblement, je me suis trouvé une nouvelle passion : la faire enrager.
- Ca doit être l'enceinte, s'amuse-t-elle en me jetant un regard.
- C'est certain.
On regagne l'appartement en silence, moi sur ses talons. Pendant la montée des marches, je me sermonne d'être incapable de ne pas admirer ses jambes fines sous mes yeux.
Je ne sais pas si c'est ma présence qui la trouble ou si elle est toujours comme ça, mais elle doit s'y reprendre à deux fois pour réussir à ouvrir sa porte d'entrée.
Elle s'efface pour me laisser entrer, et je fais tout pour tenter de ne pas me laisser entraîner par mon envie d'elle qui revient au galop quand je la frôle en passant la porte.
Lorsque je me tourne vers elle pour lui faire face après avoir posé les sacs au milieu de la pièce, une seule pensée résonne dans mon crâne : il faut que je parte d'ici.
Sa proximité m'intoxique; son odeur, son regard profond et torturé me font perdre la tête.
Une seconde, je songe à repartir courir une heure pour évacuer la tension grandissante en moi -et entre nous.
- Merci encore, dit-elle après quelques secondes où elle a l'air de ne plus savoir où regarder.
- J't'en prie.
Va t'en, me souffle ma conscience.
- On se voit demain.
Elle hoche la tête puis se pince les lèvres, comme pour s'empêcher de parler. Son attitude me perturbe encore plus que son silence. Elle a l'air totalement perdue, là, debout près de la porte de son appartement... perdue, et brûlante.
Un soupire passe mes lèvres avant que je ne m'avance vers la sortie -et vers elle. Je sens son corps se tendre à mesure que j'arrive à sa hauteur.
Quelques secondes, ses yeux fouillent les miens.
Son parfum se fait plus fort, et mes nerfs s'embrasent un à un.
Sors d'ici.
La confusion et la peur dans ses yeux me poussent à quitter l'appartement sans un mot de plus.
Quand je dévale les escaliers le plus rapidement possible, j'entends sa porte d'entrée se refermer dans un cliquetis.
J'inspire.
J'expire.
Ouais, je vais aller courir.
Le samedi, quand le soleil se couche, tous les meubles de Bella sont à l'appartement. Ca a été facile, hors mis ses affaires personnelles et quelques meubles, il n'y a pas eu grand chose à ramener.
- Une bonne chose de faite, s'exclame ma sœur en venant se blottir contre moi.
Je passe un bras autour de son épaule en buvant une gorgée de ma bière.
Bella n'avait vraiment pas besoin d'une aide en plus mais, finalement, j'suis content d'être là.
- Merci pour votre aide, sourit Bella assise face à nous sur un tabouret blanc en levant son verre de jus de fruit vers notre petit groupe. J'sais pas ce que j'aurai fait sans vous.
- Tu serais SDF, réplique Jasper dans un sourire.
Bella grimace alors que j'étouffe un rire dans ma bière.
Distraitement, j'embrasse les cheveux d'Alice tandis que Rosalie et Bella discutent en face de moi. Le shampooing à la noix de coco de ma sœur me fait sourire. Dire qu'elle a le même depuis notre enfance.
Les discussions vont bon train et je tente par tous les moyens de me passionner pour les cours qu'Alice m'explique sur l'apprentissage des lignes et des cercles qu'elle prépare pour la rentrée de septembre. Maitresse en école élémentaire, où elle a rencontré Bella à la précédente rentrée, son métier la passionne et fait briller ses yeux d'une manière inexplicable.
Mais plusieurs fois, Bella croise mon regard. Ses yeux sont brulants, confus. Je ne sais pas ce que je dois interpréter dans ses iris mais, quand Jasper s'écrit qu'il est l'heure de partir, j'ai aucune envie de la laisser.
Elle m'a effleuré tout l'après-midi, je ne sais même pas si elle en à été consciente elle-même.
Le nombre de fois où son corps a été près du mien est incroyable.
Le nombre de fois où je l'ai vu me regarder est innombrable.
J'ai eu beau essayé d'ignorer chaque signe que son être m'envoie sans même qu'elle ne le sache, je sais rien qu'à façon de me regarder qu'elle est perdue, et que je la trouble plus que de raison.
Le désir flottant dans ses yeux sombres et les tremblements de son corps à ma proximité ne peuvent pas me tromper à ce point.
Les autres quittent l'appartement pendant que je vais récupérer mon porte feuille que j'ai laissé sur le petit bar de la cuisine.
Les quelques meubles de Bella -un canapé, une table basse et une petite console- vont bien avec l'ambiance et la chaleur de cet appartement. J'avoue que je me sens super bien dans mon loft, mais c'est endroit à une résonnance particulière pour moi.
- Merci pour aujourd'hui, lance Bella à mon coté quand je glisse mes affaires dans la poche arrière de mon jean.
- J't'en prie. Au moins, cette fois, t'as pu me payer cette fameuse bière.
Son rire chatouille mes oreilles quand je me tourne vers elle.
Les rayons du soleil qui se couche illuminent directement son visage et ses yeux, rendant leur profondeur presque absurde. Elle est superbe, et c'est peu de le dire.
J'aimerais pouvoir dire que plus je passe de temps avec elle, et plus l'effet qu'elle me fait diminue mais ça n'est pas vrai. J'ai même l'impression que c'est de pire en pire.
On se dévisage en silence pendant plusieurs longues secondes alors que l'air devient plus lourd autour de nous.
La bataille que je devine dans ses grands yeux marrons me laisse pantois, partagé entre l'envie de partir et celle de rester.
- On n'est pas amis, alors ? demande-t-elle à voix basse.
Un léger sourire étire ma bouche mais mon estomac pèse des tonnes.
- Je ne veux pas être ami avec toi.
Son visage se colore face à mon honnêteté.
Je ne veux pas, et ne peut pas être son ami pour la simple et bonne raison qu'on ne désire pas faire des choses indécentes et censurées à une amie... Bella ne sera clairement jamais la mienne.
- J'ai vraiment du mal à te cerner, lâche-t-elle après plusieurs secondes étouffantes.
Elle a l'air au bord des larmes. Mes sourcils se froncent.
- Me cerner ?
- J'n'ai pas bu une seule goute d'alcool, explique-t-elle, la voix tremblante, et pourtant tu me fais toujours ce même effet atroce.
Je me fige, percuté de plein fouet par ses mots qu'elle dit dans un murmure, comme si elle ne pouvait les assumer pleinement.
Le soulagement s'empare de la moitié de mon cerveau : elle ressent la même attirance que moi. L'autre moitié reste figée, me criant que rien ne m'autorise à avoir envie d'elle à se point.
- C'est douloureux, ajoute-t-elle dans un tremblement.
Je ne sais pas quoi lui répondre. J'ai l'impression que mon cerveau à foutu le camps.
Avec difficulté, je soutiens son regard où ses démons dansent.
J'ai la sensation qu'elle a vécu mille vies avant d'arriver jusqu'à moi.
Pendant un moment, on se dévisage sans rien dire alors que j'ai la sensation que le temps s'est arrêté.
Ma respiration se coupe quand elle fait un pas vers moi.
Tout son corps la trahit alors qu'elle s'approche lentement : elle est terrorisé par ce qu'elle ressent mais elle ne veut plus aller contre.
Hypnotisé, je reste immobile et la laisse faire. Je pourrais d'ailleurs faire absolument tout ce qu'elle veut quand elle me regarde avec ces yeux là.
Quand elle est si près que je dois baisser la tête pour pouvoir continuer à la regarder, son souffle se coupe quelques secondes.
Le silence s'intensifie en même temps que mes battements de cœur pendant que son regard sombre et brillant fouille le mien.
Alors que mes pensées fusent jusqu'à hurler dans ma tête qu'elle à un homme dans sa vie, elle se hisse sur la pointe des pieds, anéantissement brutalement tout fonctionnement de mon cerveau.
Mes mâchoires se serrent quand son nez effleure le mien. Son parfum me donne le tournis tant il est intense et tentant.
Qui peut croire que le désir peut-être aussi douloureux ?
- Bella…
Elle ferme les yeux presque douloureusement quand ils se troublent un peu plus, les larmes perlant sous ses paupières.
- Tais toi, chuchote-t-elle contre ma bouche, m'effleurant à peine.
Mon corps réagit instantanément alors que ma main gagne sa nuque pour la maintenir contre moi.
Je ne sais pas vraiment quand, pourquoi ou comment s'est arrivé, mais j'vais l'embrasser, peu importe qu'elle sorte avec Jacob ou non, peu importe qu'elle devienne une véritable obsession.
Quand ses lèvres m'effleurent dans un tremblement, tout en moi lâche prise et se rompt.
J'n'ai pas d'explication et je ne veux pas en avoir.
Je la veux.
Hello hello !
Un nouveau chapitre par ici, et un petit mot pour vous remercier de tout l'engouement et le soutien dont vous avez fait preuve pour le premier chapitre de cette histoire. Quel bonheur de vous lire !
J'espère que ce chapitre vous aura plu, laissez moi vos avis, vos impressions là comme ça, à chaud… j'ai hâte de vous lire.
On se retrouve bientôt, ici ou ailleurs.
J'vous embrasse,
Tied.
