23h31
Les doigts de la blonde remontent lentement vers l'entrejambe de Regina, un soupir s'échappant bientôt de ses lèvres. Tandis que l'autre main d'Alex saisit la gorge de la brune, comme pour mieux la maîtriser, la journaliste pousse un second râle, laissant son désir prendre le dessus sur son esprit. Sans grande surprise, la sportive a décidé d'occuper leur fin de soirée par des étreintes, comme à son habitude. S'il est une chose qui ne semble jamais changer chez la joueuse de hockey, c'est son appétit apparemment insatiable. Justement, elle laisse bientôt jouer ses doigts dans l'intimité de sa petite amie, se comblant déjà de ses faibles gémissements. Cependant, la brunette sent soudainement son esprit revenir sur terre, ses pensées divaguant vers le début de sa soirée au musée. Très vite, l'image de la tatoueuse se dessine dans sa tête, comme un songe prenant peu à peu une réelle épaisseur. Se remémorant le désir qu'elle ressentait la veille à son égard, elle pousse bientôt un profond gémissement, son corps s'arquant de plaisir, sous le regard surpris de la sportive. Embarrassée par ce qui vient de se produire, Regina se dégage vite de son étreinte, se couchant sur le ventre, à la gauche de la jeune femme.
« Je t'ai autant manquée ? » ricane Alex, surprise par la rapidité de sa partenaire, mais néanmoins très satisfaite par ce qu'elle doit considérer comme un véritable talent.
« Apparemment, » bredouille la journaliste dont les joues commencent à rougir. Elle adresse un sourire embarrassé à la blonde, espérant toutefois qu'elle ne pourra pas deviner la raison de son climax si vif. Elle se lève alors, prétendant qu'elle a besoin d'aller s'hydrater après tant de sensations. Mais sa fuite attise évidemment la curiosité de la sportive, qui la suit jusque dans la cuisine de son appartement.
« Qu'est-ce qui ne va pas ? » demande-t-elle tandis que Regina remplit un verre d'eau qu'elle a laissé trainer sur le comptoir, moins d'une heure plus tôt.
« Tout va bien, au contraire, » ment-elle en buvant rapidement, essayant de dissimuler son trouble.
« T'es sûre ? » sourcille Alex en croisant ses bras musclés sur sa poitrine nue. « T'as l'air vraiment perturbée… » Ne désirant pas lui expliquer la véritable raison de son mutisme, Regina songe qu'il vaut mieux aller dans son sens, comme d'habitude.
« Je ne m'attendais pas à… venir si vite, » dit-elle d'une voix qu'elle veut convaincante. « Et je trouve ça un peu embarrassant, ok ? Il n'y a rien d'autre.
-C'est typiquement le genre de choses que dirait une personne qui essaie de fuir la réalité, » remarque la blonde du ton qu'elle emploie habituellement lorsqu'elle tente de la provoquer.
« Je viens littéralement de venir en quelques secondes dans tes bras, pardonne-moi si mes idées et mes paroles sont confuses, » ironise la brune.
« T'étais où ce soir, au fait ? » demande enfin la sportive, qui a s'est certainement interrogée toute la soirée à ce propos.
« Au musée, avec Kelly, » ment sa petite amie.
« Au musée ? Qu'est-ce que t'es allée foutre dans un musée ?
-Je suis allée voir une exposition, comme toutes les personnes font lorsqu'elles vont dans un musée, » lâche la journaliste en reposant son verre dans l'évier.
« Tu ne m'as pas dit qu'il y avait une exposition qui t'intéressait.
-Parce que je sais que tu n'aimes pas forcément l'art, et encore moins la peinture. Et puis, j'ai le droit de passer du temps avec mes amies sans toi, non ?
-Tu passes toujours du temps avec tes amies sans moi, » remarque Alex, suspicieuse.
« Parce que tu ne les apprécies pas, d'après ce que tu m'as dit après les avoir rencontrées. Et en plus, je ne vois pas en quoi ça te pose problème. Tu passes la moitié de tes soirées avec ton équipe que tu vois six heures par jour à l'entraînement et je ne te fais pas une scène pour autant.
-Tu es encore sur la défensive, comme quand tu essaies de me cacher quelque chose.
-Je ne te cache rien, » ajoute Regina d'une voix plus forte. « Et contrairement à toi, je ne prétends pas avoir des réunions à six heures du soir quand tes coéquipières font des publications sur les réseaux sociaux qui témoignent que tu n'es clairement pas avec elles.
-Tu m'espionnes, maintenant ?! » réplique la sportive, désormais agacée.
« Je ne t'espionne pas, mais j'avais des doutes sur ta foutue réunion de l'autre soir. Et mes doutes ont été plutôt confirmés. Mais comme tu peux le remarquer, je ne te pose pas de questions pour savoir où tu étais ni avec qui.
-Est-ce que tu veux vraiment le savoir ? » interroge la blonde d'un air de défi.
« Pas vraiment, non, » admet la brune, déjà lasse de cette nouvelle querelle.
« Ça ne me dit toujours pas où TU étais ce soir.
-Je viens de te le dire ! » proteste Regina. « J'étais au musée avec Kelly. J'ai même gardé mon billet d'entrée, si tu veux vraiment vérifier. Maintenant fous-moi la paix. Et si tu espérais un second round, saches que tu peux l'oublier. Je vais aller me coucher parce que j'en ai marre de tes conneries. »
Consciente qu'elle vient d'attiser encore plus la rage de sa petite amie, Regina fait volte-face et quitte rapidement la cuisine, ne se doutant pas que ce soir sera pourtant différent de tous les autres.
23h32
Oubliant déjà le rythme apaisé de son coeur, Emma ferme les yeux, se concentrant comme elle le peut sur son environnement immédiat. Assise en tailleur sur le sol de sa chambre, elle sent bientôt son esprit s'ouvrir sur une toute nouvelle dimension. Dans son esprit, elle aperçoit déjà les meubles qui occupent son espace, dans une atmosphère bien plus sombre que la réalité. Comme toujours, l'autre plan est plus lugubre et menaçant que le nôtre, comme pour faire fuir les éventuels visiteurs qui désirerait le visiter. Cependant, la blonde n'est pas un visiteur comme les autres et ne craint certainement plus les ombres qui occupent ce second plan. D'ailleurs, elle se déplace bientôt dans son appartement, essayant de trouver de potentielles âmes errantes qui souhaiteraient entrer en contact avec elle. Depuis qu'elle a appris à visiter le plan astral, quelques années plus tôt, elle s'y rend régulièrement afin de s'assurer qu'elle n'est pas suivie par des entités perdus, comme Henry. Certaines fois, elle découvre des esprits particulièrement néfastes, comme celui qui a tenté de l'étrangler, quelques semaines plus tôt. D'autres fois, elle rencontre des êtres qui sont simplement égarés, cherchant leur chemin pour atteindre l'autre côté, à l'instar d'Henry. Justement, la tatoueuse se surprend de ne pas voir l'enfant dans son logement, comme à son habitude. S'il se fait discret depuis qu'elle lui a demandé de garder ses distances, elle a conscience qu'il la rejoint régulièrement, afin de garder une attache dans le monde réel. En plus, cela doit lui permettre de passer du temps avec Regina, lorsque les deux femmes sont ensemble. Mais son absence ce soir laisse deviner à Emma que le gamin a choisi d'occuper sa soirée avec sa mère, sans doute pour se sentir plus proche d'elle ou se remémorer leur ancienne vie…
Le lendemain, 8h16
Puisqu'elle ouvre sa boutique plus tard qu'à l'ordinaire, Emma n'est pas surprise d'entrer dans un café complètement vide. Les principaux clients de l'établissement arrivent effectivement avant huit heures ou sur l'heure du midi, venant chercher un café ou un sandwich avant leur journée de travail ou pendant leur pause. Toutefois, la blonde apprécie l'atmosphère paisible d'un restaurant désert, dans lequel seule la musique jazz et le grincement des machines viennent briser le silence. Justement, elle se dirige vers le comptoir où une jeune femme la dévisage d'un air étrange. Il s'agit de la même barista qu'à l'ordinaire, Stella, d'après ce que lui a dit Ruby. Mais ce matin, elle n'adresse aucun sourire ni salutation amicale à la blonde. Elle prend plutôt sa commande en silence, se contentant de lui indiquer le prix et de lui dire de patienter quelques instants. Lorsqu'Emma se dirige vers l'autre extrémité du comptoir, où se trouvent les impressionnantes machines à café, elle s'étonne également que la dénommée Ruby ne daigne même pas la regarder. Au contraire, la rouquine s'affaire derrière les appareils, la mine renfrognée et les sourcils froncés. Depuis que la tatoueuse lui a dit qu'elle n'était pas intéressée par une relation plus sérieuse, la jeune femme s'est révélée amicale et plus timide, mais certainement pas si silencieuse. Au contraire, elle a taquiné Emma, la veille, en lui disant qu'elle aurait espéré des tatouages gratuits si elles étaient sorties ensemble. Réalisant que l'atmosphère est assez lourde, la blonde met bientôt ses mains dans ses poches, essayant de se donner une contenance. Toutefois, il lui suffit d'un simple regard pour comprendre que les deux collègues de Ruby l'observent d'un regard sombre, comme si elle avait commis une énorme erreur. Mal à l'aise, Emma se penche sur le comptoir pour demander à la rouquine si tout va bien, sans jamais obtenir de réponse. Quelques secondes plus tard, Ruby contourne le comptoir, les deux gobelets d'Emma à la main, sans doute pour lui donner. Espérant une explication, la tatoueuse essaie de sonder son regard… quand la barista lui jette l'un des deux gobelets dessus, sans même broncher.
Abasourdie par la violence de son geste, décontenancée et surtout couverte d'un café brûlant, la tatoueuse pousse un grognement avant de se reculer, lâchant bientôt son sac en espérant que le breuvage n'a pas atteint sa tablette ou son téléphone. Levant ses mains en l'air en signe de paix, elle lance un « what the fuck Ruby ?! » si spontané que la rouquine semble hésiter avant de s'approcher d'elle. Toutefois, elle semble prendre son courage à deux mains avant de faire un pas en direction de la blonde, le second gobelet plein dans sa main.
« Tu sors ou je t'envoie le second dans la face, » grince l'étudiante, en fusillant la jeune femme du regard. Reculant encore, Emma place ses mains devant son visage, espérant que la barista ne mettra pas sa parole en gestes.
« Je… je vais sortir… » bredouille-t-elle, encore sous le choc. « Je vais sortir c'est promis mais… bon sang… Je pensais qu'on était cool… Tu m'as dit que c'était pas grave et que t'avais déjà une autre fréquentation… » hésite-t-elle, songeant qu'il lui faudra se changer avant sa journée de travail et éventuellement prendre une douche.
« Ah, parce que tu crois vraiment que c'est pour cette raison que tu viens de te prendre un café dans la gueule ?! » ironise Ruby en faisant un nouveau pas vers elle. « Comme si j'étais assez conne pour ne pas voir qui tu es vraiment, Emma Swan ! » gronde-t-elle. « Maintenant, tu sors et tu ne reviens plus parce qu'il est hors de question qu'on te serve de nouveau. Et crois-moi, même notre gérant n'accepterait pas de faire du café pour une ordure dans ton genre !
-Mais… de… de quoi tu parles… ? » marmonne la tatoueuse, tandis que la barista la menace encore avec la seconde boisson.
« Tu crois vraiment qu'on allait pas le voir ? Tu crois vraiment qu'on est assez connes pour ne pas réaliser ce que tu as fait ?! » lance cette fois la dénommée Stella, de l'autre côté du comptoir. Se tournant vers elle, Emma sourcille de surprise, toujours décontenancée par la situation. Apparemment, les jeunes femmes lui en veulent pour une situation dont elle n'est certainement pas responsable.
« Si tu veux vraiment continuer à avoir l'air de la fille parfaite, tu diras à ta petite amie d'aller chercher son café ailleurs ou ne pas te montrer en public avec elle ! » reprend la rouquine, qui parait folle de rage.
« Ma… petite amie ? » interroge Emma, désormais complètement perdue dans la conversation.
« Ne fais pas l'innocente, putain ! Tu sais, d'ailleurs, que je vais appeler la police après ma journée de travail, parce que tu mérites de pourrir en prison, » grince Ruby de plus belle, sous les regards entendus de ses collègues.
« Mais… mais… attends… de quoi tu parles, Ru' ?
-Ne m'appelle pas comme ça, » menace la concernée. « Plus jamais. Et d'ailleurs, efface mon numéro parce si tu penses vraiment que tu peux manipuler tout le monde à ta guise, tu te trompes totalement, salle conne.
-Je… je n'ai pas de petite amie… » hésite alors la blonde, espérant ne pas la provoquer davantage. « Je te jure que je n'ai pas de petite amie, Ruby, » dit-elle avant de déglutir. « Et je ne comprends pas de quoi tu parles… Je te le promets... »
Cette fois, la rouquine sourcille d'incompréhension, mais ne recule toujours pas, souhaitant encore laisser sa rage atteindre la tatoueuse, à travers son café brulant.
« Tu espères vraiment qu'on va te croire sur le fait que la brune n'est pas ta petite amie ? » gronde Stella, sarcastique.
« Regina ? » bredouille Emma. « N… non… Ce n'est pas ma petite amie c'est juste… une amie… Enfin une connaissance… Elle sort avec une joueuse des canucks… » Les mains toujours levées en signe de paix, elle tente de sonder le regard de la barista, espérant l'avoir convaincue. « Elle s'appelle Alexandra Duvernay… Je ne suis pas sûre… mais j'imagine que vous pourrez voir Regina sur son Instagram… »
En quelques secondes, les collègues de Ruby vérifient cette information sur leurs smartphones, avant de lancer un regard des plus embarrassés à la rouquine. De son côté, Ruby pousse un léger « oh » avant de se redresser et de rougir instantanément. Elle se précipite alors pour reposer le second gobelet sur le comptoir avant de rejoindre Emma et de se confondre en excuses.
« Euhm je… Je suis désolée Emma… » bredouille-t-elle cette fois, presque tremblante. « Je te jure que j'ai cru que tu sortais avec elle parce que la dernière fois vous aviez l'air assez proche… Oh mon Dieu… Je suis tellement désolée… Je… On aurait dû vérifier avant de… » dit-elle en allant chercher des serviettes en papier qu'elle tend timidement à la tatoueuse pour qu'elle sèche le café sur ses vêtements et sa peau. Quelque peu agacée par la situation, l'intéressée espère toutefois comprendre ce qui a poussé la jeune femme à l'agresser de la sorte.
« Tu pensais que Regina était ma petite amie ? Et que je la trompais avec toi ? » demande-t-elle, essayant de deviner ce qui a pu provoquer une telle rage chez la barista. « C'est pour ça que tu m'as agressée ? Parce que tu pensais que j'étais infidèle ? »
Tandis qu'elle prononce ces mots, elle réalise que ce n'est certainement pas une telle banalité qui a poussé les jeunes femmes à bout. La plupart des personnes qui sont en couple sont infidèles et Ruby ne lance sûrement pas du café brûlant sur chacune d'entre elles.
« Euhm… non… » marmonne-t-elle, mal à l'aise. « Je… Je m'en fous un peu de ça, à vrai dire… » admet-elle en observant la tatoueuse qui essaie de sécher tant bien que mal ses vêtements, désormais noirs de café.
« Alors c'est quoi le problème ? Pourquoi t'as fait ça ?! » interroge la blonde, qui tente de garder son sang froid malgré la situation.
« Non… On pensait que... enfin… que t'étais une fille violente, » répond cette fois Stella en rejoignant la jeune femme, comme pour faire amende honorable.
« Que j'étais une fille violente ? Mais… quoi ? De quoi vous parlez ?
-Euhm ben… ton amie, Regina… Ce matin elle avait des lunettes de soleil et un hématome sur la joue en fait… » explique Ruby d'une voix timide. « Alors comme on pensait qu'elle était avec toi on s'est dit que… »
Réalisant ce qu'elle vient de dire, Emma sent son corps se figer d'effroi et de rage. Elle reprend immédiatement son sac et ajuste sa veste sur ses épaules d'un air déterminé. Surprise par ce changement de comportement, Ruby la dévisage, l'interrogeant du regard.
« Ok, oubliez mes cafés pour aujourd'hui, » déclare la blonde d'une voix rauque, dont le ton sérieux ne laisse place à aucune protestation. « On verra si j'ai le temps de passer demain mais il faut vraiment que j'y aille. »
Ruby saisit toutefois son poignet délicatement, comme pour la retenir, se mordillant la lèvre d'embarras.
« Emma je suis vraiment désolée pour ce qu'il vient de se produire… On aurait vraiment pas dû… Enfin… j'aurais pu vérifier mes infos avant de….
-On s'en parlera plus tard, ok ? » la coupe Emma en se dégageant de son emprise.
Si elle se sent toujours agacée par ce qu'elle vient de vivre, sa rage se dirige cette fois vers une toute autre personne. Justement elle salue les autres baristas d'un simple signe de tête avant de sortir du café, saisissant déjà son smartphone. Elle pianote un rapide message à Elsa pour lui dire qu'elle n'arrivera pas au salon avant la fin de matinée, avant de reprendre son chemin en direction de la station de métro. Après avoir envoyé le texto à sa meilleure amie, elle ouvre rapidement un navigateur pour avoir plus d'informations sur les équipes sportives de la ville. Tu ne paies rien pour attendre, songe-t-elle en entrant dans le premier wagon de métro, ignorant les personnes qui la dévisagent à cause de ses vêtements noirs de café.
10h36
Prenant une nouvelle gorgée de son café, Regina tente d'apprécier les arômes fruités du liquide qui fait son chemin vers sa gorge. Depuis la veille, il lui semble ne plus avoir réellement conscience de ce qu'elle fait. Elle a l'impression que son esprit s'est déconnecté de la réalité, comme si elle n'était pas vraiment présente. Elle se souvient d'un article qu'elle a lu, quelques années auparavant, sur la victimologie. L'éminente criminologue qui l'avait écrit expliquait qu'en cas d'agressions, le cerveau vit parfois un phénomène de dissociation. En somme, c'est comme s'il se détachait du corps, plongeant la personne dans une sorte de sidération, d'inertie, pour mieux la protéger de ce qu'elle est en train de vivre. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle les victimes d'agressions sexuelles ont parfois du mal à relater parfaitement ce qui leur est arrivé ou à situer correctement leur agression dans le temps. En effet, l'esprit se détache tellement du réel, pendant quelques instants, qu'il oublie quelques fois des évènements, la date, l'heure ou même le lieu de l'agression. Ce mécanisme de défense, trop peu connu des agents de la paix, les pousse justement à douter de la parole des victimes, alors qu'il s'agit d'un phénomène psychologique des plus banals. Toutefois, la journaliste a conscience que son cerveau n'est pas en complète dissociation depuis la veille. Elle se souvient très bien du moment où les choses se sont compliquées avec Alex, de ses paroles, du sujet de leur conversation et même du chat errant qu'elle a croisé lorsqu'elle a quitté l'immeuble de la sportive en courant, son sac sous le bras et sa veste qu'elle n'a pas pris le temps de fermer malgré le vent glacial.
Soudain, un petit grincement la sort de sa torpeur, tandis que la porte de son bureau s'ouvre sur son assistante. Timidement, la jeune femme passe son buste dans le cadre de porte, son regard évitant à tout prix celui de sa patronne.
« Excusez-moi de vous déranger mais... il y a quelqu'un qui veut vous voir… à l'accueil… » bredouille-t-elle. « C'est votre petite amie je crois… Enfin, celle qui était venue l'autre fois… Comme je ne sais pas si… Enfin… Comme vous… euhm… Je lui ai dit que vous n'étiez pas là et j'ai prétendu aller chercher Graham pour qu'il s'occupe d'elle mais…
-C'est laquelle ? » demande Regina en se remémorant le jour où Alex est bel et bien venue lui rendre visite… en même temps qu'Emma.
« Vous… vous avez plusieurs petites amies ? » demande son assistante, malgré elle.
« Non, » soupire la brune. « Mais l'une prétend l'être et l'autre l'est vraiment. C'est laquelle qui est ici, en ce moment ?
-Euh… celle qui est blonde et qui… Elle a un tatouage sur la nuque, qui rejoint son épaule je crois… Mais… Ses vêtements sont couverts de café et on dirait qu'elle sort d'un combat de l'UFC… Je… Vous voulez que j'appelle la sécurité ? »
À ces mots, Regina se lève de sa chaise et se dirige vers la sortie de son bureau. Dépassant son assistante, elle marche d'un pas décidé vers l'accueil de l'édifice, surprise de trouver, une fois de plus, la tatoueuse dans son environnement de travail. Oubliant rapidement son hématome qu'elle n'a pas réussi à dissimuler totalement avec son maquillage, elle se fige d'effroi en remarquant l'apparence débraillée et violentée de la jeune femme. Pourtant, Emma lui adresse un sourire ravi lorsqu'elle l'aperçoit enfin, faisant rapidement les quelques pas qui les séparent.
« Qu'est-ce que tu fais ici ? » bredouille la journaliste, ignorant totalement la présence de son assistante. « Et… qu'est-ce qui t'est arrivé au juste ?
-De nombreuses complications à une journée qui démarrait pourtant très bien, » admet la tatoueuse, apparemment peu soucieuse de son apparence. « Mais je viens te voir parce que je t'ai envoyé un email, sur l'adresse qui figurait sur ta carte professionnelle, » explique-t-elle d'un ton plus sérieux. Posant délicatement sa main sur l'avant-bras de Regina, elle l'invite à s'éloigner du bureau où s'est rassise l'assistante de la journaliste, toujours dubitative face à la situation.
« Dans ce courriel, il y a un enregistrement audio, » poursuit la blonde plus bas, pour que personne d'autre que Regina ne l'entende. « ...Dans lequel une jeune femme admet avoir fait du mal à sa petite amie hier soir, parce qu'elle a clairement des problèmes d'agressivité et de violence. »
Son regard ne quittant pas les yeux sombres de la journaliste, sa voix ne faiblit toutefois pas à un seul instant. De son côté, Regina recule légèrement, réalisant ce que ses paroles impliquent.
« T'en fais ce que tu veux, » la rassure Emma. « Je n'irai pas voir la police avec ça et je ne le ferai écouter à personne, parce que la décision t'appartient. Mais j'en garde une copie parce qu'il est hors de question qu'elle ait la possibilité de recommencer.
-Est-ce que… Comment tu… Tu es allée la voir ? » bredouille la journaliste, abasourdie par ce qu'elle entend.
« Disons que j'ai été la provoquer pour qu'elle admette ce qu'elle a fait, » glousse Emma qui a, encore une fois, le visage tuméfié. « Et après avoir quitté l'aréna où elle s'entrainait, je lui ai envoyé un message sur Instagram pour lui dire que j'avais enregistré notre conversation et qu'il valait mieux qu'elle se fasse discrète pour le moment, si elle ne voulait pas finir sa saison sur les patinoires de la prison.
-Et elle t'a… couverte de café avant de te violenter ? » interroge la brune, essayant de recoller les morceaux du puzzle.
« Oh… euh… » bredouille l'intéressée, comme si elle réalisait enfin ce détail. « Non, ça c'est... les baristas du Starbucks… D'ailleurs tu leur en dois une. Elles sont vraiment géniales et elles n'hésitent pas à défendre les autres, même au prix de leur sécurité.
-Pourquoi… elles t'on fait ça, au juste ?
-Parce qu'elles pensaient que c'était moi ta petite amie et donc que tout ça était de ma faute, » explique Emma, prenant soin de ne pas mettre en mots ce qui doit tourmenter la journaliste depuis la veille.
« Elles t'ont agressée… pour me défendre ? » devine Regina, toujours troublée par le fait que ce qui lui est arrivé provoque autant de réactions.
« Affirmatif, » déclare Emma en écartant les bras comme pour mieux montrer ses vêtements sales. « Comme je viens de te dire : tu leur en dois une.
-J'imagine… » acquiesce timidement Regina, dont l'esprit ne parvient toujours pas à revenir sur terre.
« Tu devrais peut-être rentrer te reposer, » suggère la blonde d'un air plus sérieux. « Je ne pense pas que tu sois en état pour travailler… À moins que ça ne soit arrivé chez toi…
-Non... ce n'était pas chez moi, » admet la journaliste. « Mais je n'ai pas envie d'être seule… j'ai… encore du mal à réaliser… je ne sais pas comment je me sens, en fait.
-Est-ce que tu veux qu'on passe la soirée ensemble ? » demande Emma spontanément. « Enfin… si tu ne veux pas être seule je me dis que je pourrais euhm… c'est juste une proposition évidemment… Je veux juste essayer de t'aider…
-Je vais y réfléchir, » affirme Regina d'un air songeur. « Je vais essayer de mettre en mots ce que je ressens et je vais réfléchir à ta proposition.
-Tu n'es obligée à rien, » répète la blonde plus vite qu'elle ne l'aurait voulu. « Saches juste que je suis là si tu as besoin de moi.
-C'est gentil, » admet la journaliste. « Merci, Emma.
-Il n'y a pas de quoi, » réplique l'intéressée d'un air embarrassé. Elle explique alors à la jeune femme qu'il est temps qu'elle rentre se changer et prendre une douche avant de rejoindre le salon. Sans plus s'attarder, elle lui souhaite une bonne journée et lui rappelle qu'elle est là si Regina a besoin d'elle. Après l'avoir remerciée, la brunette rejoint son bureau, encore plus troublée qu'auparavant. Toutefois, elle sait qu'elle n'aura pas la force, pour le moment, de consulter le courriel qu'elle vient de recevoir…
