Quelques jours plus tard, 13h32
Avant de remettre son téléphone dans sa poche, Emma relit le message qu'elle vient de recevoir. Depuis le début de la semaine, Regina lui envoie au moins un texto par jour, pour lui assurer qu'elle va bien. La journaliste a décliné l'offre de la tatoueuse pour qu'elles passent la soirée ensemble, quelques jours auparavant, mais lui a expliqué que ce n'est rien de personnel. Elle a plutôt évoqué le fait d'avoir besoin de se retrouver et de faire le point sur ces dernières semaines. De toute évidence, Emma ne compte pas la brusquer ni insister, dans la mesure où Regina doit vivre une période particulièrement délicate. D'ailleurs, elle se contente de répondre à ses messages et de lui poser quelques questions amicales, sans pour autant chercher à en savoir plus sur son état. La blonde a toujours été une personne très discrète sur ses sentiments, qui a besoin de solitude lorsqu'elle ne va pas bien. Aussi, elle ne souhaite pas assaillir la brunette d'interrogations si, elle aussi, n'a pas envie de voir qui que ce soit.
Suivant la vieille dame dans un salon plutôt sombre, Emma sent immédiatement un frisson parcourir son échine. La femme aux cheveux blancs, qui doit avoir plus de soixante-dix ans, l'invite alors à s'asseoir à une table sur laquelle est posée une planche ornée d'inscriptions sombres. Reconnaissant le matériel sous ses yeux, la tatoueuse indique spontanément à la femme qu'elles n'auront pas besoin de cela.
« Mais… c'est… le monsieur du magasin m'a dit que c'était fait pour parler aux esprits, » bredouille la dame, un peu embarrassée.
« En fait, la planche Ouija est un matériel comme un autre, pour entrer en contact avec eux, » explique Emma d'un air sérieux. « Mais ça ne signifie pas que ça fonctionne plus qu'une simple prière ou un objet appartenant à une personne disparue. C'est simplement un objet qui permet, si on le souhaite, de communiquer avec eux. En réalité, pour que la communication soit optimale, tout dépend de l'intention des personnes et non du matériel qu'elles utilisent pour le faire.
-Il y a quelques années, ma sœur m'avait dit qu'elle avait pu parler à notre mère avec ça…
-Parce qu'elle le voulait réellement et qu'elle avait l'intention de communiquer avec elle, » rectifie Emma. « Si elle a réussi, cela n'a rien à voir avec le matériel qu'elle a utilisé.
-Mais ma petite fille m'a dit qu'il y a beaucoup de légendes sur ça et de vidéos sur le web… Des gens qui l'utilisent et qui entrent en communication avec des esprits rapidement…
-Honnêtement, je pense que c'est la raison pour laquelle tout le monde pense que cet objet est maudit ou trop efficace, » admet la blonde. « Parce que les gens ont créé des légendes et des histoires étranges autour de la planche Ouija. Mais s'ils avaient essayé de communiquer avec les esprits à travers n'importe quel autre objet, ça aurait certainement fonctionné aussi. Comme je vous l'ai dit, tout est dans l'intention.
-Ah… bon… bon… » marmonne la grand-mère, quelque peu gênée d'avoir acheté un tel objet qui n'est pas réellement nécessaire. Toutefois, Emma la rassure dans l'idée qu'il n'y a rien de mal à croire ce que des centaines de personnes racontent depuis des lunes. Elle-même, dans sa jeunesse, avait déjà essayé d'utiliser une telle planche pour communiquer avec l'autre monde. Mais après quelques essais, elle avait réalisé que sa capacité à voir les défunts ne dépendait pas de la planche, mais plutôt d'elle-même. Car Elsa, qui était bien plus convaincue par l'efficacité du Ouija, n'apercevait aucune silhouette dans leur chambre de l'orphelinat. À l'inverse, Emma se sentait plutôt oppressée par leur présence en si grand nombre.
«On commence ? » demande la tatoueuse qui a déjà hâte de quitter cette demeure oú plane une atmosphère oppressante, laissant deviner que la vieille dame n'a certainement pas changé son mobilier depuis la mort de son époux qu'elle essaie, justement, de contacter à travers Emma…
15h03
« Arrête avec ce téléphone, » lâche Kelly comme un ordre. Face à elle, Regina repose le petit appareil face contre le bois de la table avant de reprendre une gorgée de son café. « Tu devrais bloquer son numéro. En fait, si tu ne le fais pas, je vais m'en charger, » affirme la rouquine en lâchant enfin l'ongle de son pouce qu'elle mordille depuis quelques minutes, depuis que la brunette lui a raconté sa rupture, ou plutôt sa fuite, avec Alexandra.
« Je ne regarde pas mon téléphone pour elle, » précise alors la journaliste en repoussant la petite tasse devant elle.
« Pourquoi alors ? » grogne son amie. « Et pourquoi me racontes-tu ça dans un café ? Tu préférais avoir des témoins pour que je ne m'énerve pas ? » ajoute-t-elle en gloussant presque, d'une voix cynique.
« J'ai décidé de venir ici plus souvent, » admet Regina en observant un instant les baristas derrière le comptoir.
« C'est quoi le délire ? Y en a une qui te plait ? Quoi que, au moins celle-ci ne sera peut-être pas une putain de malade mentale…
-Ne dis pas ça, s'il te plait, » soupire la brune. « En fait, c'est grâce à ces filles qu'Emma est intervenue.
-Emma ? La tatoueuse ? Qu'est-ce qu'elle vient faire là-dedans ?
-C'est un peu long à expliquer mais disons qu'elle est allée confronter Alex et qu'elle a enregistré ses aveux concernant… ce qu'il s'est passé.
-Attends… t'as une preuve physique de ce qui est arrivé ?! » éructe Kelly. « Mais qu'est-ce qu'on fout encore ici ?! On va amener ça à la police !
-K, je n'ai pas envie de porter plainte.
-Tu te fous de moi, j'espère ?
-Je n'ai jamais été aussi sérieuse, » la corrige Regina. « Je ne veux pas porter plainte parce qu'envoyer cette fille derrière les barreaux ne changera rien à ce qu'elle est, bien au contraire. Elle a besoin d'aide, pas d'une punition. Et de toute manière, il est hors de question que je lui fasse du mal ainsi.
-Tu sais qu'il existe plusieurs cycles dans la violence conjugale ? » ironise sa meilleure amie. « C'est la raison pour laquelle les victimes reviennent toujours vers leurs agresseurs qui recommencent encore et encore.
-Je ne veux pas qu'elle aille en prison, K, je n'ai pas dit que j'allais lui donner l'occasion de recommencer, » précise la journaliste. « Ça n'a rien à voir, » ajoute-t-elle avant de jeter un nouveau coup d'œil à son téléphone.
« Bon tu me stresses avec ton truc-là, c'est quoi ton problème ? C'est la réponse de qui que tu attends comme ça ?! » s'agace Kelly.
« Emma. Je lui ai proposé de venir chez moi ce soir pour qu'on discute… de tout ça entre autre, » déclare la brunette, l'air de rien. Face à elle, Kelly se redresse sur sa chaise et lui adresse un regard des plus intéressés.
« Celle dont tu as prononcé le nom deux fois dans cette conversation qui était pourtant orientée sur ton ex ? » demande-t-elle d'une voix trainante, le sourcil arqué de curiosité. « Mais je t'en prie, dis-m'en plus très chère.
-Ne commence pas sur ça, » soupire Regina. « C'est juste qu'elle m'a aidée par rapport à ce qu'il s'est passé et elle est assez agréable quand on s'attarde sur le personnage. Donc j'aimerais qu'on discute un peu plus justement, et aussi la remercier mieux que lorsqu'elle a débarqué à mon bureau, toute débraillée et blessée parce qu'elle venait de l'aréna.
-Rappelle-moi combien de personnes dans ta vie sont allées se faire violenter par une joueuse de hockey professionnelle pour tes beaux yeux ?
-K, ne commence pas, s'il te plait, » répète la brune dont les joues rosissent.
« Maintenant t'as exactement la même mine que quand t'as fait une énorme connerie, » remarqué Kelly, taquine. « Donc il s'est passé quelque chose ou il se passe quelque chose avec Emma la tatoueuse.
-On peut rester sur Emma ? On n'est plus à l'époque des titres de noblesse, » réplique la journaliste pour se défiler.
« Tu l'appelles comme tu veux, tant que tu me dis pourquoi tu rougis à vue d'œil, » répond la rousse, incrédule.
« Je ne rougis pas, » proteste Regina malgré le feu dans ses joues. « Et il n'y a rien à dire. C'est juste que l'autre soir on s'est rencontrées dans un bar par hasard et on a bu et discuté…
-Par hasard ? Ça fait combien de fois que tu la croises par hasard ?
-Ça n'a pas d'importance, K.
-Ok, bon, continue ton histoire de rencontre fortuite et de beuverie.
-Ben… j'ai un peu trop bu parce qu'on en est venues à parler de choses personnelles et… tu sais que l'alcool fort a toujours des effets exponentiels sur moi, n'est-ce pas ? » explique la journaliste, rouge de honte. « Je ne sais pas ce qui m'est passé par la tête mais en gros je l'ai invitée à passer la nuit avec moi…
-No fucking way ! » s'exclame sa meilleure amie, entre surprise et hilarité. « Et c'était comment ?!
-Il ne s'est rien passé, justement, » admet la brune. « Je ne sais pas si c'est parce qu'elle a une conscience ou qu'elle n'est juste pas intéressée mais elle a juste… décliné mon offre.
-Ok, on peut revenir au moment où tu fais une proposition, sûrement très peu subtile, à la tatoueuse sexy qui t'a sauvé la vie ?
-Tatoueuse sexy ?
-Come on, Roni, ce n'est pas moi qui aie essayé de coucher avec, » ricane Kelly. « Et je sais à quel point tu peux dire des conneries quand tu es ivre mais ne me dis pas que ton esprit sobre pense le contraire. Elle est vraiment canon, cette fille-là.
-Elle est pas mal… » admet la brune. « Mais peu importe. Je pense juste qu'elle n'est pas intéressée. Enfin, de toute manière elle fréquentait la fille du café, justement, celle aux cheveux rouges, » explique-t-elle en ramenant son attention sur l'intéressée.
Comme de fait, son téléphone se met enfin à vibrer et elle le saisit rapidement pour lire le message qu'elle vient de recevoir. Sans surprise, la tatoueuse décline son offre de passer la soirée avec elle, précisant qu'elle avait déjà quelque chose de prévu.
« Comme je le disais, elle n'est pas vraiment intéressée, » reprend Regina. « Et puis de toute manière, je n'ai pas la tête à ça pour l'instant.
-Ce n'est pas parce qu'elle refuse qu'elle n'est pas intéressée, » rectifie Kelly. « Elle a peut-être vraiment quelque chose de prévu.
-Mouais… Ça n'a pas d'importance de toute manière… » marmonne la journaliste en se levant pour aller commander un second café. Tandis qu'elle s'approche du comptoir, elle ne cesse de penser au fait qu'elle a sans doute imaginer une plus grande proximité entre Emma et elle qu'elle ne le croit. La blonde l'a peut-être simplement aidée par altruisme, comme elle le dit, et non par réelle affection. D'ailleurs, il se peut qu'elle soit plutôt embarrassée à l'idée d'aller chez Regina après les avances de celle-ci...
Huit jours plus tard, 17h56
Emma enfonce ses poings dans les poches de sa veste, sa mâchoire crispée d'agacement. Les yeux rivés sur la rue sombre devant elle, elle se contente d'écouter sans réagir ni afficher la moindre émotion, comme toujours lorsqu'elle est en colère. À sa gauche, Regina lui explique, depuis quelques minutes, qu'elle a repris contact avec Alex, deux jours plus tôt. Après avoir longuement réfléchi, la journaliste a choisi de pardonner la jeune femme et lui laisser une seconde chance, songeant qu'il vaut mieux aider ce genre de personnes plutôt que les laisser s'enfoncer dans leur violence. Justement, la brunette raconte que la sportive a décidé de consulter un psychologue pour ses problèmes de colère et de participer à des réunions thérapeutiques pour apprendre à mieux la maîtriser. Néanmoins, cela ne convainc toujours pas la blonde que Regina puisse être en sécurité avec la jeune femme, surtout après ce qu'il s'est produit.
« Elle est passée chez moi hier soir, » admet la brune. « Elle s'est confondue en excuses et elle m'a parlé de sa thérapie. Crois-le ou non, mais j'avais l'impression de parler à une toute autre personne. Je pense vraiment qu'elle s'en veut et qu'elle a pris la bonne décision en allant consulter, » poursuit-elle, toutefois un peu embarrassée par cet aveu.
Depuis deux semaines, les deux femmes se voient régulièrement, pour parler et se découvrir un peu plus. Emma a conscience qu'elle apporte une certaine liberté d'esprit à la journaliste, qui n'hésite plus à se livrer à elle. De son côté, la tatoueuse apprécie la présence de Regina, son caractère bien trempé et le fait qu'elle n'hésite jamais à la défier lorsqu'elle souhaite la remettre à sa place. De leurs aveux lors d'une soirée trop arrosée est apparemment née une certaine complicité, aussi inattendue que spontanée. Toutefois, la blonde n'aurait jamais pensé qu'une femme aussi brillante puisse faire la même erreur une seconde fois. Si Emma est une personne très optimiste quant à l'humanité, elle ne fait toujours pas confiance à Alex et sait qu'elle ne changera probablement pas d'avis. Elle s'est suffisamment confronté à la jeune femme pour comprendre qu'elle n'est pas la personne idéale pour Regina, qu'elle règle ses problèmes de violence ou non.
« Donc tu vas te remettre avec elle, » conclue-t-elle d'une voix sèche.
« Je n'en sais rien, » admet la journaliste, quelque peu mal à l'aise. « Kelly et Victoria vont certainement m'insulter si je leur en parle, mais j'avais besoin d'en discuter avec quelqu'un et… je pensais que tu ne me jugerais pas.
-Je ne te juge pas, » proteste la blonde.
« Je sais, » souffle Regina. « Mais je sais aussi ce que tu penses en ce moment. Tu te demandes pourquoi je n'apprends pas de mes erreurs.
-Ce serait un jugement de valeur de songer ainsi, » ironise Emma. « Mais ce n'est pas ce à quoi je pensais, à vrai dire. Je suis confiante quant à l'idée qu'elle ne sera plus aussi violente qu'auparavant. Je sais que ce genre de thérapies peuvent fonctionner, si la personne y donne suffisamment du sien.
-Mais … ?
-Mais je n'avais pas l'impression que tu étais particulièrement épanouie avec elle, même avant ce qu'il s'est passé, » explique la blonde. « Je m'interroge donc sur tes motivations.
-Alex a été là au bon moment, si j'ose dire, » avoue la brunette. « J'étais seule depuis près de quatre ans et je n'arrivais pas à trouver quelqu'un qui m'intéresse suffisamment pour combler mes nuits de solitude.
-C'est donc uniquement une question de relations sexuelles ? » lance la tatoueuse malgré elle.
« Non, » répond la brune un peu trop vite. « Je pense qu'elle a été un genre de vent de fraîcheur dans mon existence, à un moment où j'en avais vraiment besoin. Et tu peux me juger si tu veux, mais je tiens à elle. Je l'apprécie vraiment. Même si on n'est pas tant compatibles on a… on a construit une relation et je crois que je suis attachée à ce lien.
-Même s'il ne t'apporte pas vraiment de bonheur ni d'apaisement ?
-C'est plus complexe que ça en a l'air, » réplique la journaliste. « J'ai passé d'excellents moments avec elle, et pas seulement au lit.
-Tu m'en diras tant, » soupire Emma en tâchant de ne pas croiser son regard. « Est-ce qu'elle sait qu'on se voit ? » demande-t-elle malgré elle, consciente qu'elle a peut-être dépassé une limite.
« Je lui en ai parlé, oui, » affirme Regina. « D'ailleurs, elle veut s'excuser auprès de toi pour… tout ce qu'il s'est passé.
-Tu lui diras que j'accepte ses excuses, » se contente de répondre l'intéressée. « Tant qu'elle ne recommence pas ses conneries.
-Je ne pense pas que ça soit le cas, » bredouille son amie.
« Mais… tu lui as dit qu'on se voyait… parce qu'on a parlé d'Henry et de ton passé ? »
Cette fois, Regina déglutit légèrement, comme prise au dépourvu. Remarquant sa réaction, Emma devine ses paroles avant même qu'elle ne les prononce. Surprise, elle s'arrête sur le trottoir, se plaçant face à la journaliste.
« Elle… ne sait pas ? » demande-t-elle, déjà au fait de la réponse. « Elle ne connait pas ton passé ? Tu ne lui as jamais dit ? »
Face à elle, la journaliste répond par un simple non de la tête, quand leur conversation est interrompue par une voix, un peu plus loin, interpellant la jeune femme. Par réflexe, Emma fait volte face, apercevant une femme brune dans la cinquantaine s'approcher d'elles, un sourire aux lèvres. De son côté, la portoricaine s'est figée d'effroi et sa mâchoire crispée fait comprendre à la tatoueuse qu'elle n'est pas enchantée de voir la personne qui l'interpelle. Au contraire, elle déglutit de nouveau, un frisson parcourant son échine. Quelques secondes plus tard, l'inconnue les rejoint et prend Regina dans ses bras avant de serrer poliment la main d'Emma. Il suffit d'ailleurs d'une simple observation à la blonde pour comprendre de qui il s'agit et la raison du mutisme de la brune.
« Regina chérie, comment vas-tu ? » demande la mère de la journaliste, ne lâchant pas sa fille du regard. « Et votre nom c'est…
-Emma. Emma Swan, » répond l'intéressée avec un sourire poli, ne se laissant pas déstabiliser par cette rencontre.
« Ça fait si longtemps Regina, » reprend la quinquagénaire. « Si j'avais su que je te croiserais ce soir, j'aurais certainement invité tante Sophia à venir avec moi.
-Qu'est-ce que tu fais ici ? » demande sa fille d'un ton froid, tâchant de dissimuler son trouble.
« J'ai dû aller aider une jeune femme à prendre ses dernières affaires avant de venir au village, » explique Cora d'un air ravi. « Elle se nomme Aileen, et elle est adorable. Elle a récemment quitté son petit ami et elle a compris que la bonne voie dans l'existence, c'est de s'en remettre au Seigneur. Elle a ton âge, d'ailleurs, ma chérie. Tu t'entendrais à merveille avec elle.
-Je n'en doute pas une seule seconde, » ironise la concernée, ne desserrant toujours pas ses mâchoires.
« Regina… » souffle alors la quinquagénaire, quelque peu embarrassée. « Je sais que tu ne réponds jamais à mes messages mais puisque je te vois cette année, je voudrais en profiter pour t'inviter à notre repas de Thanksgiving, » déclare-t-elle en souriant. Elle se tourne alors vers Emma pour poursuivre son discours, toujours aussi ravie de revoir sa fille. « Nous ne fêtons normalement pas les célébrations religieuses ou païennes, mais Thanksgiving est une tradition de famille, qui remonte à mon arrière-arrière-grand-père, » explique-t-elle. « Comme Noël d'ailleurs, que nous aimons souligner, afin de nous réunir tous ensemble. » Pour toute réponse, Emma se contente d'un sourire poli, légèrement gênée par la situation. « Mais tu sais à quel point je crois aux signes de notre Seigneur, Regina, et je pense que je ne t'aurais pas croisée aujourd'hui si ce n'était pas voulu. Alors je crois vraiment qu'il est temps pour nous de nous retrouver. À Thanksgiving... Emma très chère, vous êtes invitée aussi, évidemment. »
À ces mots, la journaliste ne peut dissimuler sa surprise. Son regard se détourne d'ailleurs vers la tatoueuse, tandis qu'elle réalise ce que sa mère vient d'admettre.
« Mère, Emma est…
-Je comprends ce qu'elle représente pour toi, ma chérie, et je l'accepte. C'est la raison pour laquelle je renouvelle mon invitation, pour vous deux. Je serai tellement comblée d'avoir ma fille adorée à mes côtés pour l'occasion.
-Mais…
-Je vais vous laisser y réfléchir, ma chérie, » la coupe Cora, apparemment toujours embarrassée par leur conversation. « Bonne soirée à vous deux et j'espère vous revoir jeudi prochain, » conclue-t-elle en les dépassant, ignorant totalement les protestations de sa fille. Encore troublée par cette rencontre, Regina soupire, comme pour laisser enfin échapper ce qu'elle ressent. À sa gauche, la blonde reste silencieuse, ne souhaitant pas émettre la moindre pensée concernant Cora. Si elle ne partage ni les croyances, ni les agissements de la quinquagénaire, elle apprécie suffisamment la journaliste pour ne pas la juger sur les émotions qu'elle peut connaître, quelles qu'elles soient. Toutefois, de petites larmes perlent bientôt aux coins des yeux sombres de Regina, tandis qu'elle ramène son attention sur la blonde.
« Est-ce que ma mère a… Est-ce qu'elle vient d'accepter... ce que je suis ? » dit-elle d'une voix tremblante, plus pour elle-même que pour la jeune femme. Dubitative, Emma se contente d'un hochement de tête, devinant que la mère qu'a eu Regina durant son enfance n'était pas aussi ouverte à de telles choses. « Est-ce qu'elle vient juste de… revenir sur tout ce qu'elle m'a fait subir dans mon adolescence… » poursuit la brune, essuyant cette fois les larmes sur ses joues. « Bon sang… » râle-t-elle alors, serrant ses poings d'un sentiment qui doit mêler la rage et le soulagement. « Chaque année elle m'envoie ses putains de messages pour Thanksgiving et Noël, en me disant qu'elle serait ravie de me revoir… Au début, elle disait qu'elle voulait voir Henry et mon nouveau compagnon, comme pour nier encore et encore ce que je suis… Depuis quatre ans, elle se contente d'invitations pour moi, en me disant que ça serait une occasion pour moi d'aller prier pour mon fils… L'an passé, j'ai failli accepter parce que je me sentais trop seule pour passer ces fêtes sans personne mais j'ai refusé parce que j'avais peur qu'elle me refasse du mal ou qu'elle essaie encore de m'entraîner dans ses conneries… je savais que je n'étais pas assez forte pour l'affronter sans me laisser prendre au jeu ou souffrir encore mais… jamais je n'aurais cru qu'elle ait ce genre de réaction… je suis assez… déstabilisée… » explique la journaliste, dont le regard affiche désormais une profonde tristesse. Justement, elle croise les bras sur sa poitrine, comme pour se défendre, perdue dans ses propres réflexions. Par réflexe, la blonde passe une main rassurante sur son épaule, avant de l'attirer contre elle d'un geste affectueux. Sans hésiter, la brune se laisse aller dans les bras d'Emma, serrant son corps contre le sien, comme pour se rattacher à la réalité. Tandis qu'elle enfouit son visage dans le cou de la tatoueuse, elle ne peut s'empêcher de songer à la proposition presque irréelle que sa mère vient de lui faire…
