[Si jamais vous voulez écouter les musiques dont je parle dans les derniers chapitres et celui-ci (non, je n'ai pas fait de playlist Spotify et je ne compte pas en faire, même si j'écris apparemment mes chapitres comme des scénarios de séries Netflix… xD) :
Back in black - AC/DC

Dreams - Fleetwood Mac

The Chain - Fleetwood Mac

Fernando - ABBA

Des p'tits bouts de toi - Roxane Bruneau

Jolene - Dolly Parton

Wicked Game - Chris Isaak

This electric feeling - Sheppard

In your arms - Illenium]

8 décembre, 9h43

« En tout cas, je vais certainement passer chef d'atelier d'ici janvier. En bref, je suis assez contente, » conclue Elsa d'un air fier.

« Ce n'était pas déjà le cas ? » demande Emma en s'engageant dans un étroit dédale d'escaliers.

« Non, » glousse son amie. « Disons que j'avais les responsabilités mais pas le titre… et encore moins le salaire.

-Donc c'est quand même une bonne chose.

-Assez oui, » admet la mécanicienne. « Bon, à ton tour.

-À mon tour de… ? » interroge la blonde en ouvrant une porte cadenassée à l'aide d'un large trousseau de clés. Lorsqu'elle pousse la porte, un grincement sinistre se fait entendre autour d'elles, au moment où un vif courant d'air traverse le couloir.

« Wow… ça ne sent vraiment pas bon tout ça… » bredouille Elsa en se rapprochant de sa meilleure amie, comme à son habitude. Pourtant, la tatoueuse ne ressent ni frisson, ni aucun signe d'une entité dans le bâtiment. Haussant les épaules, elle entre dans la pièce où, soi-disant, les propriétaires des lieux entendent sans arrêt des pas et des sons étranges.

« Tu ne sens rien ? » reprend la mécanicienne, inquiète.

« Pas l'ombre d'une âme qui erre, » pouffe Emma tandis qu'elles éclairent cette nouvelle pièce avec leurs lampes torches. « Mais je vois ici un système de chauffage qui doit dater de l'avant-guerre, » ajoute-t-elle en se rapprochant d'une énorme chaudière rouillée, qui émet un faible bruit de pression. Justement, la blonde essaie de tourner une poignée et d'actionner un levier, quand la machinerie émet un souffle, semblable à un profond soupir. Dans un éclat de vapeur assourdissant, elle arrête finalement de ronfler, comme si la tatoueuse venait enfin de lui donner congé après de nombreuses années de services.

« Depuis quand t'es spécialiste en plomberie, au fait ? » ironise Elsa, en observant la chaudière, avant de ramener son attention vers les murs tapissés de la pièce. « Ok mais ils n'avaient aucun goût dans les années 1950… » murmure-t-elle en détaillant les formes étranges et colorées sur les murs.

« C'était un autre temps, » soupire la blonde en remarquant que la pièce est désormais incroyablement silencieuse, paisible. « Mais je pense qu'on a trouvé le fameux fantôme qui hantait la maison.

-Tu crois vraiment que c'était ça qui les effrayait ?

-Ben je ne ressens rien depuis qu'on est arrivées, » rappelle la blonde. « Et à part ça, il n'y a aucune autre source de bruit ici.

-Peut-être juste que les entités se cachent parce qu'elles savent que tu es là.

-Come on, je peux simplement les distinguer et sentir leur présence. J'ai du mal à croire qu'ils prendraient peur sous prétexte qu'apprenti ghostbuster est dans la place. »

À ces mots, la jeune femme aux cheveux argent explose de rire, avant de rebrousser chemin vers sa meilleure amie.

« T'as raison, t'es pas vraiment le truc le plus effrayant qui soit. Même pour des fantômes.

-Merci d'encourager mon syndrome de l'imposteur, » réplique la tatoueuse, taquine. « Bon, on s'en va ?

-Ouais… si tu penses qu'on a fait notre possible… » soupire son amie, en rejoignant le couloir principal de la bâtisse, Emma sur ses talons. Encore une fois, Elsa a entraîné sa meilleure amie dans une quête pour aider des personnes qui croyaient être tourmentés par des esprits néfastes. Cependant, cette mission pour la blonde s'avère être bien plus simple que les précédentes, puisqu'elle n'aura effectivement pas à chasser quelque entité que ce soit.

« La prochaine fois, tu leur diras de vérifier leur système de chauffage avant d'appeler un médium, » se moque-t-elle justement tandis qu'elles sortent de la maison, en prenant le soin de refermer derrière elles. Après avoir déposé le trousseau de clés dans un pot de fleur, la jeune femme reprend le chemin vers sa voiture avec Elsa.

« Tu ne m'as toujours pas répondu, au fait, » rappelle la mécanicienne.

« Tu m'as posé une question ?

-Arrête d'éviter le sujet de conversation, Em, » s'agace-t-elle. « Il y a genre, un éléphant au milieu de la pièce et j'ai l'impression qu'on tourne autour depuis une semaine.

-Je ne vois toujours pas de quoi tu parles.

-Re-gi-na fucking Mills, » articule Elsa d'un ton cynique alors qu'elles entrent dans la voiture de la tatoueuse. Démarrant le moteur en silence, Emma roule tranquillement vers la route de campagne qu'elles ont suivi à l'allée.

« Je t'ai dit ce que tu voulais savoir, » réplique l'intéressée. « Sa meilleure amie m'a invité à la soirée de hockey pour une raison que j'ignore et Alexandra en a profité pour me dire qu'elles allaient se marier.

-Attends, quoi ?! » éructe la mécanicienne. « Tu ne m'as pas dit qu'elles allaient se marier ! What the f

-Elles ne vont pas techniquement se marier, » rectifie la tatoueuse. « Enfin, j'en sais rien. Sûrement. Mais Alexandra m'a dit qu'elle veut demander Regina en mariage. À Noël.

-À Noël ? Genre, le jour le plus évident et peu original de toute l'année pour demander quelqu'un en mariage ? » ironise la jeune femme aux cheveux argent.

« Dans le mille, » ricane Emma, heureuse de pouvoir aborder le sujet avec quelqu'un.

« Donc la fille a 365 jours dans l'année pour demander sa copine en mariage mais elle choisit le plus évident de tous, » soupire Elsa. « Enfin, peu importe. Mais… elles sont vraiment vraiment ensemble du coup ? Comme dans, Regina lui a entièrement pardonné et hop on oublie tout ça, on le cache sous le tapis ?

-Je pense qu'elle a confiance en l'idée qu'Alexandra va changer grâce à sa thérapie. Et je suis assez d'accord avec elle sur le sujet.

-Ok donc toi aussi t'es devenue débile, » résume Elsa.

« On vit dans une société où on pense qu'il faut punir toutes les personnes qui agissent mal, El', mais ça ne veut pas dire que c'est la solution idéale, » explique la blonde. « Au lieu de simplement les mettre derrière des barreaux ou les juger, il vaudrait peut-être mieux essayer de les aider à intégrer la société comme tout le monde. Et les aider à arrêter de choisir la violence, le vol, enfin... toutes ces choses.

-Depuis quand t'es devenue Yoko Ono exactement ? » lance la mécanicienne, cynique.

« Ne te moque pas, » sourit Emma. « Tu sais que j'ai raison sur le sujet.

-Ouais, enfin, on parlera politique un autre jour, quand j'aurais pris quelques bières, » la coupe son amie. « Tu penses que Regina va accepter sa demande ?

-J'en sais rien. À vrai dire, je ne sais même pas si elles ont déjà parlé de mariage ou si c'est quelque chose qu'elle envisage. C'est plutôt ça qui m'inquiète d'ailleurs.

-Pourquoi ?

-Ben… On nous a enseigné que la seule vie possible c'était le mariage et les enfants et tout ça mais certaines personnes ne veulent pas se marier. Genre jamais. Et en plus… Enfin, peu importe.

-Non, non. Continue ta phrase, Emma Swan, » ordonne sa meilleure amie. « J'en ai marre que tu tournes autour du pot et que tu ne me dises pas ce que tu penses. »

Après quelques secondes d'hésitation, la tatoueuse prend une longue inspiration avant de lui répondre.

« Regina m'a dit qu'elles sont ensemble depuis genre, sept mois… Alors, j'en sais rien. Chacun fait ce qu'il veut mais ça me parait assez court pour décider de se marier avec quelqu'un et s'engager pour la vie.

-Sept mois ?! » tempête Elsa. « Mais bien sûr que c'est court ! Elle est vraiment conne en fait, Alexandra… Décidément, la réputation des sportifs… Enfin, peu importe. Tu devrais en parler à Regina.

-Quoi ?! Non, hors de question, » répond la blonde. « Déjà qu'Henry me gonfle depuis hier…

-Henry, c'est… son enfant, c'est bien ça ? Que tu vois… ? »

Emma opine du chef avant de prendre une rue sur la droite, essayant de se concentrer sur la route.

« Hier soir il a débarqué chez moi et il était assez… perturbé par l'idée que sa mère se marie avec Alexandra. À vrai dire, il était plutôt fou de rage. Il voulait que j'aille en parler à Regina pour lui dire de la quitter… J'ai essayé de le convaincre que ça ne me concernait pas et il a disparu, sans doute pour aller passer ses nerfs ailleurs.

-Il a pourtant totalement raison. Tu devrais aller voir Regina et lui dire qu'elle devrait réfléchir avant de s'engager plus dans sa relation avec Alexandra. T'es pas obligée de lui parler de la demande, en fait. Tu peux simplement… J'en sais rien… la questionner sur leur relation et essayer de lui faire comprendre que c'est une énorme erreur et qu'elle devrait aller voir ailleurs…. Genre... au 1256 boulevard Lévis, » suggère la mécanicienne d'un air taquin.

En entendant l'adresse de son salon de tatouage, Emma se contente de lever les yeux au ciel d'un air agacée. Pourtant, elle sent son coeur accélérer ses battements dans sa poitrine.

« Je n'irai pas la voir pour ça. Et encore moins la questionner sur leur relation, » proteste-t-elle d'un ton assuré. « Ça ne me concerne pas. Et de toute manière, elle fait ses choix. Si elle ne veut pas se marier, elle refusera, tout simplement.

-Tu dis ça comme si tu étais le genre de personne insensible, incapable de comprendre à quel point ça peut être embarrassant de refuser une demande en mariage un soir de Noël devant toute ta belle-famille. Elle va dire oui, c'est absolument certain. Si ce n'est pas par volonté, au moins par politesse.

-On n'accepte pas de s'engager avec quelqu'un par politesse.

-Ouais, enfin, t'imagine le malaise général dans la famille après ? Tout le monde est hyper ému par la demande, fier de savoir qu'une des leurs va se marier à la personne qu'elle aime et… non, refus total, on arrête tout et on coupe la bûche en essayant d'oublier.

-N'importe quoi, » pouffe la tatoueuse. « Toujours est-il que ça ne me concerne absolument pas. Alors non, je ne lui parlerai pas de la demande ni de sa relation. Regina a sa vie et j'ai la mienne.

-Tu précises ça comme si c'était nécessaire, » remarque Elsa.

« Je précise ça parce que c'est vrai, tout simplement, » contre la blonde. « Bon, on peut passer à un autre sujet de conversation ?

-Non, j'attends que tu me racontes encore le fait que sa mère est tombée absolument sous ton charme alors que tu n'es même pas vraiment avec sa fille, » se moque la mécanicienne.

« J'ai fait ça pour qu'elle puisse voir sa famille sans craindre de se faire manipuler ou je ne sais quoi, » rappelle la tatoueuse. « Et pour me répéter, il n'y a eu aucune ambiguïté ou quoi que ce soit d'étrange pendant les deux jours. On a juste prétendu être ensemble. Et devant des personnes aussi religieuses, disons qu'on peut se contenter de se tenir la main pour les convaincre. Donc ça s'arrête là.

-Mais toi, tu ressens quoi pour elle ?

-Absolument rien ! » proteste Emma un peu plus vite qu'elle ne l'aurait voulu. « On est amies, bon sang. Et j'essaie de la faire entrer en communication avec son fils, défunt. La situation, de base, est assez étrange. Alors on va éviter de rendre les choses encore plus complexes.

-Mouais… tu m'en diras tant… » sourcille Elsa avant de monter le son de l'autoradio, diffusant une chanson country très populaire.

Your smile is like a breath of spring, your voice is soft like summer rain, and I cannot compete with you Jolene…

« Fuck off, » lâche alors une Emma agacée avant de changer de radio, sous le regard amusé de sa meilleure amie…

Le soir, 22h13

Après avoir relu le message d'Alex une seconde fois, Regina ferme son application de messagerie en soupirant. Comme elle s'en doutait, la sportive a encore une de ses réunions qui la retiennent en ville pour plusieurs heures, bien qu'elle n'offrira jamais plus d'explication à la brunette sur ses absences. Agacée par la situation, la journaliste se sert un second verre de whisky, consciente que sa fatigue sera un excellent moyen pour que l'alcool embrume rapidement son esprit. Elle connecte alors son téléphone au haut-parleur de son salon, avant de lancer une chanson qu'elle a en tête depuis plusieurs jours et qu'Emma lui a fait découvrir.

The world was on fire and no one could save me but you, it's strange what desire will make foolish people do… I don't wanna fall in love with you...

Esquissant quelques pas de danse avec son verre, elle rejoint son divan et s'avachit dessus avant de prendre une nouvelle gorgée d'alcool. Rapidement, elle attrape le paquet de cigarettes sur la table de son salon et en allume une par réflexe, appréciant immédiatement la vapeur toxique qui envahit ses poumons.

Enfin, elle laisse son esprit divaguer librement vers le sujet qui semble l'obséder le plus depuis quelques jours : Emma Swan. Fermant les yeux, la brunette dessine dans sa tête les traits de la jeune femme, sa silhouette élancée et son assurance presque agaçante. Elle revient évidemment à la soirée qu'elles ont passé ensemble devant un film que la blonde avait choisi, Atomic Blonde, en expliquant qu'elle adorait les plans et la mise en scène très originale de ce long-métrage. Pendant le film, la blonde s'était simplement assise en tailleur aux côtés de Regina, sans faire le moindre mouvement qui aurait pu paraître ambigu. D'ailleurs, la journaliste a remarqué que dans toutes les situations, la tatoueuse semble agir avec une prévenance sans mesure. Pendant qu'elles dansaient à Thanksgiving, elle s'efforçait de ne jamais placer ses mains en dessous de la taille de la brunette et encore moins de trop se rapprocher d'elle. Regina ne parvient d'ailleurs pas à savoir si Emma agit par respect pour Alexandra ou simplement pour n'installer aucune ambiguïté entre elles, mais elle doit admettre qu'elle apprécie la distance qu'elle instaure toujours entre elles, même s'il lui arrive de vouloir la voir voler en éclats.

Après le film, Regina avait d'ailleurs cru que la tatoueuse essayait de se rapprocher d'elle, puisqu'elles avaient discuté pendant près d'une heure, évoquant leurs coups de coeurs cinématographiques, les plans qu'elles avaient préférés dans le film, et même leurs plaisirs coupables en matière de septième art. Pourtant, la blonde s'était contentée de remercier la journaliste pour cette agréable soirée avant de quitter son appartement pour rentrer chez elle, sans plus s'attarder ni essayer la moindre approche. De la même manière, elle avait préféré dormir à terre, après le souper de Thanksgiving, lorsque les deux femmes avaient rejoint l'ancienne chambre de Regina, dans le manoir des Mills. Sans grande surprise, la brunette avait retrouvé les mêmes meubles que dans son adolescence, bien qu'ils furent désormais dénués de tous ses effets personnels. Néanmoins, même le fait de prétendre être ensemble n'avait pas convaincu Emma d'avoir des rapports plus intimes avec la brunette, comme le simple fait de dormir ensemble.

Ramenant la cigarette à ses lèvres, Regina inspire la fumée toxique avant de pousser un profond soupir. De toute évidence, la tatoueuse ne devrait pas autant occuper ses pensées, et certainement pas les moments où elles pourraient se rapprocher l'une de l'autre. Toutefois, son esprit ne semble pas vouloir obtempérer, puisqu'il divague rapidement vers la soirée qu'elles ont passé avec Alexandra et Kelly, deux jours auparavant. Comme en écho à ses songes, le téléphone de Regina passe à une seconde musique, bien plus lente et suggestive.

This electric feeling that I get is taking all of me, I can't let go now I possess it dumps reality…

Les cheveux blonds d'Emma qu'elle coiffe toujours en un chignon savamment négligé. Son regard émeraude des plus charmeurs. Ses pommettes saillantes quand elle sourit, particulièrement attirantes. Ses lèvres fines, affichant toujours un rictus arrogant. Sa mâchoire carrée, conférant à son visage une forme atypique. Sa gorge fine, laissant deviner les tatouages sur ses épaules. Sa silhouette élancée, toujours droite, comme si elle était prête à conquérir le monde et ne se laissait impressionner par personne...

Come closer if you got the time, the obsession makes me lose my mind and I'm thinkin' that there's something wrong with me…

Reprenant quelque peu ses esprits, la brunette se lève et prend son verre, rejoignant son bar pour s'en servir un autre. Au passage, elle en profite pour éteindre sa cigarette, à demi consumée, dans son cendrier, avant de la jeter dans sa poubelle de cuisine. Il faut vraiment qu'elle essaie de penser à autre chose, se dit-elle tandis qu'elle prend une nouvelle gorgée pour oublier ses songes peu vertueux…

We may never sleep under Northern Lights but I've seen the stars flicker in your eyes…

Le lendemain, 9h35

Quelques coups discrets se font entendre dans la pièce, avant que Regina n'invite cet intrus à entrer. Sans grande surprise, elle voit bientôt le visage de Graham apparaître dans le cadre de porte, son regard cherchant indéniablement celui de sa patronne. Avant même de la saluer, il se glisse rapidement dans la pièce et referme la porte derrière lui, s'asseyant en face de sa rédactrice en chef. Dans ses mains hésitantes, l'homme tient un dossier que Regina reconnait immédiatement, puisqu'elle le lui a donné quelques jours plus tôt. Justement, le visage du rédacteur présente un certain embarras, tandis qu'il cherche ses mots pour parler.

« Le dossier sur l'exposition du Musée des Beaux arts, » tranche la brunette avant même qu'il n'ait pris la parole. Heureux qu'elle débute elle-même la conversation, il opine rapidement du chef, espérant que la discussion ne se termine vite.

« C'était pour hier soir, » remarque-t-elle pourtant, fixant ses pupilles sombres dans le regard décontenancé de l'homme. « Je t'avais commandé quatre pages pour hier soir dix-huit heures. C'est censé être l'un de nos plus gros sujets de la semaine, et on passe en presse ce soir.

-Oui mais euh…

-Le dossier est déjà clos, » explique-t-elle en croisant les bras sur sa poitrine. « Je l'ai envoyé aux graphistes ce matin en arrivant, afin qu'ils puissent le monter pour ce soir.

-Mais… quoi ?

-Le dossier est déjà clos, » répète la rédactrice en chef.

« Mais je n'ai pas fini d'écrire et…

-C'est moi qui l'ai écrit, » le coupe-t-elle d'un ton sans appel. « Quand j'ai vu le retard que tu avais pris, j'ai décidé de le faire moi-même. D'autant plus que le sujet était intéressant.

-Euh… vous… vous aimez Toulouse-Lautrec ? » hésite le rédacteur, peu certain de pouvoir détourner ainsi le sujet de conversation.

« On m'y a initiée récemment, » admet la brunette, sans le lâcher de son regard sombre. « Alors oui, c'est un sujet que j'apprécie. Mais ça n'enlève rien au fait que tu aurais dû écrire cet article et ne pas le laisser traîner jusqu'au dernier moment.

-Non mais euh…

-Megara m'a parlé de tes problèmes, » le coupe-t-elle à nouveau, tandis qu'il se décompose rapidement face à elle. « Elle m'a raconté pour ta copine et… votre problème. Et aussi pour votre appartement.

-Je suis désolé Regina je…

-Tu aurais dû m'en parler avant, » assure-t-elle, daignant enfin lui adresser un sourire. « Quand tu rencontres un problème, même personnel, tu dois m'en parler immédiatement. Surtout si ça peut affecter ton rythme de travail. »

Si le regard de l'homme change légèrement, il ne semble toujours pas comprendre ce qu'il entend. De toute évidence, il ne s'attend pas à une telle réaction de la part de la rédactrice en chef qui l'a, jusqu'ici, régulièrement malmené.

« Tu as le droit de prendre des congés si les choses ne vont pas dans ta famille ou si tu n'es pas en forme, » poursuit-elle d'une voix plus assurée. « Je veux simplement être au courant, afin de ne plus me retrouver avec des articles comme ça, qui auraient dû être faits depuis longtemps. Enfin, peu importe. C'est réglé pour ce dossier, de toute manière. Et avant que tu ne m'envoies un courriel pour me le demander, puisque tu en as déjà parlé à la moitié du bureau, tu peux effectivement prendre des vacances à Noël.

-De… de quoi ? » s'étonne-t-il, se levant presque de sa chaise.

« Megara m'a aussi confié que tu espérais profiter de ces vacances pour rejoindre tes parents en Floride et te ressourcer, » précise Regina, sans pour autant changer de ton. « J'espère donc que tu nous reviendras plus en forme en janvier.

-Euh… oui… oui, bien sûr… c'est promis… » bredouille-t-il, peu certain de réaliser que la conversation a pris une tournure à laquelle il ne s'attendait pas. « Mais… merci Regina… merci, c'est tellement gent…

-Sors d'ici avant que je ne change d'avis, » sourit-elle, ramenant enfin son attention vers son ordinateur de bureau. Sans se faire prier, l'homme sort en toute hâte du bureau, claquant légèrement la porte derrière lui.

Tandis qu'elle reprend ce qu'elle était en train de faire, la journaliste se demande ce qui l'a poussée à faire preuve d'autant de bonté envers lui. La veille, sa secrétaire lui a admis que la petite amie de Graham avait fait une seconde fausse couche, tandis que le couple essaie désespérément d'avoir un enfant. D'après Megara, le rédacteur aurait également des problèmes dans son logement, entre voisins irrespectueux et concierge constamment absent. En somme, il n'est certainement pas dans une période idéale pour clore tous ses dossiers à temps ou faire preuve d'initiative. Au moins, Regina peut espérer que ses vacances dans le sud des États-Unis lui feront le plus grand bien...

Le soir, 20h46

« Non, non, non, je n'entendrai aucune protestation sur le sujet, » pouffe Emma, avant de reposer son verre sur le comptoir de cuisine. « Spider-Man est le meilleur superhéros de tous les temps. Mais la trilogie de Sam Raimi vaut bien plus que celle du Marvel Cinematic Universe ou celle d'Andrew Garfield. J'ai raison et vous avez tort, fin de la discussion.

-Quoi ?! » éructe Kelly, hilare. « Tu es en train de prétendre que Tobie Maguire vaut mieux que le torride Andrew Garfield ?

-Je ne prétends rien, » assure la blonde en croisant les bras sur sa poitrine, presque défiante. « Je le confirme totalement. Aucun argument ne peut aller à l'encontre de cette affirmation.

-Mais Maguire est genre… tellement niais ! » contre la rouquine. « Et… je sais bien que tu n'aimes pas les hommes, mais bon sang, tu ne trouves pas qu'il est laid ?

-C'est un jugement de valeur, ça, » remarque la tatoueuse. « Mais justement, c'est ça la beauté de cette trilogie. C'est que Tobie Maguire n'est pas un sex symbol. Il est le Spider-Man premier de la classe, un peu nul et qui parle toujours de choses inintéressantes pour les autres. En somme, il est le Spider-Man nerd qui a fait rêver tous les gamins intellos qui pensaient qu'ils ne pourraient jamais être des superhéros.

-Ça n'est pas un argument valable pour en faire de bons films, » rétorque Kelly en finissant son verre de vin, toujours hilare.

« C'est un argument supplémentaire pour dire que cette trilogie est géniale, » précise la blonde. « Parce que personne ne peut s'identifier à Andrew Garfield, soit un homme torride, comme tu dis, ou Tom Holland qui est quand même hyper mignon.

-Mais je m'en fous d'eux, moi, » glousse la rouquine. « Moi, mon seul intérêt, c'est de m'identifier à Mary-Jane ou Gwen Stacey pendant les scènes sexuelles.

-À quel moment on en est venues à parler de superhéros, au fait ? » ironise Victoria en allumant une cigarette, sous le regard amusé de Regina.

Comme à leur habitude, les deux meilleures amies de la journaliste l'ont rejoint chez elle pour passer la soirée. Toutefois, Kelly a absolument tenu à ce que la brunette invite la tatoueuse, sous prétexte de souhaiter mieux la connaître. Un peu surprise par la demande, Emma a néanmoins accepté l'invitation, en profitant pour mieux découvrir les deux principales acolytes de Regina.

« Au moment où Kelly nous racontait sa dernière aventure avec, je cite, le sosie de Chris Hemsworth, » rappelle la brune en riant.

« C'est le gars au marteau, ça ? » demande Victoria, peu intéressée par les films de ce genre.

« Affirmatif, » confirme la rouquine. « Et il n'a pas que le marteau d'attrayant, si tu vois ce que je veux dire. »

Face à elle, de l'autre côté du comptoir, Regina plonge son visage entre ses mains, comme pour oublier ce qu'elle vient d'entendre. De son côté, Emma affiche une mine dégoûtée, avant de ramener son attention sur la brunette à sa droite.

« Et toi ? Plutôt Thor ou Spider-Man ? » interroge-t-elle, amusée par la conversation.

« Plutôt Captain Marvel, » s'amuse la journaliste. « C'est certainement le personnage le plus pertinent de tous ces films.

-Parce que c'est une femme ? » ironise Victoria.

« Parce qu'elle est belle, intelligente, forte, drôle et qu'elle ne recule devant rien, » rectifie la brune, avant de servir de nouveaux verres de vin à ses convives. « Je dois avouer que j'ai un faible pour son assurance et son humour, d'ailleurs.

-Ça me rappelle quelqu'un, » ricane alors la rousse, adressant un regard entendu à la tatoueuse.

Ignorant totalement ce jeu de regards, Regina préfère renvoyer la balle à sa rivale.

« Et toi, Emma ? À part l'homme araignée…

-De tous les personnages féminins de Marvel… j'irai plutôt sur Peggy Carter, » répond l'intéressée. « Elle n'a pas de super-pouvoirs comme les autres, mais elle est incroyable. Et j'adore son personnage dans les films comme dans la série.

-Je m'attendais à ce que tu répondes Scarlett Johansson, » pouffe Kelly.

« Elle est très mignonne, mais je ne la trouve vraiment pas époustouflante en Black Widow. En plus, ce n'est vraiment pas mon style.

-Alors, c'est quoi ton style de filles ? » interroge Victoria, s'accoudant au comptoir d'un air intriguée.

« Le style de filles qui me rendra heureuse, j'imagine ? » rétorque la tatoueuse en souriant, fière d'avoir ainsi pu détourner le sujet.

« Dieu que c'est niais, » soupire alors Kelly en finissant son troisième verre de la soirée. « Je préfère encore mes histoires de compatibilité astrologique…

-Ça c'est de l'arnaque sur toute la ligne, par contre, » se moque Emma.

« Dit la fille qui parle comme si elle allait rencontrer l'amour de sa vie demain matin…

-C'est quoi ton signe ? » demande justement Victoria, apparemment sur la même longueur d'ondes que Kelly.

« Sagittaire, » réplique la blonde. « Et effectivement, comme mon signe le dit, je suis le genre de personne aventurière, qui veut toujours bouger, qui a un sale caractère et qui est nonchalante. Mais ça ne veut pas dire que je suis plus compatible avec, genre, les Gémeaux, sous prétexte que les astres sont alignés d'une certaine manière.

-Tu serais surprise d'en savoir plus sur le sujet, » remarque Victoria, sûre d'elle.

« D'ailleurs, ce n'est pas avec les Gémeaux que tu es le plus compatible, mais bien avec les Lions. Les signes de feu, ça ne peut pas s'accorder avec des signes d'eau, » rectifie Kelly d'un ton plus sérieux.

« Donc maintenant, il faut que je demande aux filles que je rencontre quelle est leur date de naissance avant de penser à un second rendez-vous ? » se moque la tatoueuse.

« Bah tu devrais, à moins que tu aies déjà trouvé le Lion idéal pour partager ta vie, » suggère la rouquine, d'un air curieux.

« Aucune idée, » lance Emma en haussant les épaules. « Je suis une bille pour me souvenir des dates d'anniversaire, et encore plus pour connaitre les périodes correspondant aux différents signes… »

À sa gauche, Regina finit son propre verre en silence, fusillant déjà sa meilleure amie du regard. Elle se doutait que Kelly et Victoria essaieraient à tout pris d'amener la tatoueuse dans ses retranchements, mais certainement pas de cette manière. De plus, il est évident qu'elles ne manquent pas les échanges de regard parfois trop complices entre elle et Emma. Encore une fois, la soirée s'annonce assez embarrassante et la journaliste ferait mieux de se tenir loin de l'alcool si elle ne désire pas faire d'erreur monumentale...