-STAY-

I want you to stay

Chapitre 14

Edward

La douleur est tellement intense que j'ai du mal à respirer, mais ma colère est effroyable. Comme ose-t-elle dire des choses pareilles ? Comment ose-t-elle prétendre le choisir alors que tout son comportement va dans le sens inverse ? Je sais qu'il y a des tonnes de choses que je ne sais pas, sur elle, sur sa vie avec Jacob. Je le sais, pourtant, je n'arrive pas à penser, ni à croire qu'elle parte le rejoindre, comme ça, sur un coup de tête ! Ça n'est pas acceptable, ni même tolérable.

- Edward !

- Lâche-moi Jasper !

J'entends ses pas marteler le sol alors que je marche encore plus vite. J'aimerais courir, mais mon corps est encore trop douloureux de mon accident pour que j'y arrive. Le parc autour de nous est vide, et la nuit est clair. Mais j'étouffe. J'ai besoin d'air.

- Vas la chercher !

Un rire cynique franchit mes lèvres. Un instant, je me demande comment, et depuis quand il est au courant avant de réaliser que je m'en fou totalement. Ça ne changera rien, et ça n'a de toute façon plus aucune importance.

- Tu ne l'as pas entendu Jasper, elle veut partir.

- Ce sont des conneries !

Je lève les yeux au ciel et serre si fort les dents que ma mâchoire tressaute. J'ai la sensation que la colère va m'engloutir. Je croyais avoir connu la colère, en surprenant ma future femme au lit avec son meilleur ami soi-disant gay, trois jours avant notre mariage, mais je me rends compte aujourd'hui que mon énervement de ce jour là n'était en aucun cas de la rage pure. J'ai envie de tout casser, ou de cogner quelqu'un. Il faut que Jasper se taise sinon, je crois que je serais capable de faire n'importe quoi.

- Son vol est dans une heure, insiste-t-il en ignorant mon comportement de bête enragée. Va lui dire ce que tu ressens !

- Ça ne changera rien Jasper, répliqué-je avec une froideur frôlant l'absurde.

- T'en sauras rien si tu n'essaies pas... Tu vas la perdre pour toujours !

J'exulte de rage, peinant à contrôler les tremblements de mes mains.

- Elle a pris sa décision ! m'énervé-je contre Jasper en me tournant si vivement vers lui qu'il se stoppe dans sa marche. Elle l'a choisi, lui !

- Et tu crois que ça va stopper tes sentiments pour elle ?

- Ils finiront par disparaitre, m'entêté-je, trop en colère pour réussir à réfléchir plus.

- Elle est enfermée dans cette vie Edward, elle n'a jamais, jamais vécu autre chose que ça depuis sa naissance. Elle… ses parents, tu ne les connais pas.

Je hausse un sourcil, un peu surpris en dévisageant mon meilleur ami qui me regarde, un mélange d'exaspération et de colère dans les yeux.

- Parce que tu les connais, toi ?

Il lève les yeux au ciel, comme si j'étais le pire des imbéciles. Ce que je suis, sans aucun doute.

- Moi non, mais Bella en a parlé à Alice, une fois. Les parents de Bella sont… ce sont des gens hyper fortunés, ils vivent dans leur haute société, en communauté recluse depuis qu'elle est gamine.

J'ai beau essayer de trouver un lien entre ça et le départ de Bella, je ne comprends pas. J'n'arrive même pas à comprendre pourquoi il me parle de ça.

- Ses parents l'ont moulée parfaitement selon leurs envies et leurs gouts sans jamais lui demander son avis…

- Je ne vois pas...

- T'es sa liberté Edward, me coupe-t-il plus durement. Elle a renversé tous ses principes pour toi.

Je me retiens de jurer tant la colère me broie le torse.

- De… de ce que j'ai compris, ses parents ont beaucoup de pouvoir au sein de leur vie.

- Et alors ? m'agacé-je en serrant les dents.

- Tu sais comment ça marche, plus ils ont de pouvoirs, plus ils ont de tentations… Le père de Bella trempe dans des trucs pas très nets.

Je fronce les sourcils, sentant le doute me secouer.

- Des trucs pas nets ? Comme quoi ?

Il soupire, cherche à comment me dire les choses alors que mon corps se met à bouillir. Mes ongles entament ma peau tant mes poings se serrent fort. J'ai littéralement la sensation que je vais exploser.

- Bella a évoqué des transactions illégales, des investissements foireux…

Je ne comprends toujours pas en quoi ça peut tout changer, mais je me tais, et expire lentement. Il faut que cette colère sorte. Si elle ne le fait pas...

- Jacob les a sortis de la merde. Son père aurait été en taule s'il n'était pas intervenu.

Mon cerveau tente de faire le chemin, mais je n'y arrive pas.

- Je... d'accord, mais en quoi…

- Le contrat était que Bella reste avec Jacob pour… pour le rembourser.

Mon sang se fige dans mes veines alors que mon souffle se coupe.

Soudain, j'ai la sensation que tout autour de nous prends une autre dimension. J'ai du mal à respirer.

- Elle a fait jurer à Alice de ne pas t'en parler, poursuit Jasper avec un calme déroutant.

J'ai dû mal à penser. La réalité est trop étrange, trop sombre pour que j'arrive à l'assimiler. Il me faut une minute pour pouvoir être capable de dire un seul mot alors que Jasper me dévisage encore, la mine inquiète.

- Comment... comment s'est possible ? demandé-je, soufflé par la bombe que vient de lâcher Jasper.

- Ils ne sont pas comme nous Edward... Bella a vécu dans ça toute sa vie, tout quitter, quitter Jacob, ça veut dire condamner ses parents...

- Mais...

- Elle a trop peur de Jacob pour l'affronter, et Jacob… méfie-toi de lui. Il... il a été violent avec elle…

Je me sens pâlir alors que le monde tourne autour de moi sans que je n'arrive à reprendre pieds.

- Tu savais ? demande Jasper en fronçant les sourcils quand je déglutis difficilement, incapable de faire face à tout ce qu'il me dit.

- Je... j'ai été... j'ai été témoin de… certaines choses, avoué-je, presque honteux.

- Et tu n'as rien fait ?

Les mots de Jasper me donnent un coup plus violent que s'il m'avait frappé. J'ai la sensation que je vais me mettre à chialer comme un gamin d'une seconde à l'autre.

- Elle me l'a interdit. Elle… elle a débarqué chez moi un soir avec la lèvre en sang et j'ai… je te jure, j'ai cru que j'allais perdre la raison.

Jasper face à moi soupire, perdu, dépassé lui aussi. Comment tout cela est-il possible ? Comment Bella a-t-elle put cacher une chose pareille ? Comment a-t-elle pu me cacher une chose pareille ?

- J'ai dû la garder contre moi toute la nuit pour m'empêcher d'aller le tuer, continué-je, perdu dans les limbes de mes souvenirs.

Jasper secoue la tête en frottant son front.

- J'finis par me dire que j'aurai dû le crever, ça aurait simplifié les choses.

- Te faire envoyer en prison et laisser Bella seule sur Terre ? Tu rigoles ou quoi ? C'est qu'un dégonflé ! Pourquoi tu crois qu'il s'en prenait à Bella ?

Le sang quitte mon visage alors que je retrouve les yeux gris de mon ami.

- Tu crois qu'il sait ? demandé-je la voix tremblante. Pour… pour nous deux, j'veux dire ?

- Pour être franc je n'en sais rien. Je ne pense pas qu'il sache vraiment mais… il a senti que Bella était… différente.

Ma colère revient comme un boomerang, brulant mon torse et remonte dans ma gorge douloureusement. Tout est brutalement évident : je ne peux pas laisser à Jacob. Je ne peux pas la… laisser partir le rejoindre. Pas comme ça. Pas maintenant que je sais pourquoi elle s'évertue à dire qu'elle ne peut pas le quitter. J'ai la sensation que, brutalement, tout, absolument tout à un sens.

- Faut que... faut que j'aille la chercher, bredouillé-je vivement.

- C'est ce que je m'évertue à te dire depuis tout à l'heure, s'émerveille Jasper en faisant tomber sa tête en arrière. Bella est parti en taxi mais tu peux toujours...

- Je... je n'ai pas mes clés, réalisé-je en fouillant mes poches rapidement.

Tout à l'air de s'affoler autour de moi, et en moi, perturbant les battements de mon cœur qui s'emballe de manière douloureuse. J'n'ai pas le temps de retourner à la grange pour récupérer mes clés, et, sincèrement, je ne crois pas être en état de conduire. Je jette un coup d'œil à Jasper qui garde un calme horrible.

- J't'emmène.

Ses révélations me donnent envie de vomir. Quelle sorte de parent peut vendre sa fille en échange de merde pareilles ? Ils ne sont pas humains, ils ne vivent pas dans mon monde ! Les comportements de Bella deviennent brutalement limpides. Pourquoi s'inflige-t-elle une telle chose ? J'veux dire, pourquoi se sent elle redevable à son père ? Je peux comprendre que la peur de le faire tout perdre soit terrifiant, mais elle ne serait en rien responsable si cela arrivait.

Quand on monte dans sa voiture sans prévenir personne, j'ai la sensation d'étouffer. L'aéroport est à trente minutes d'ici. Heureusement pour moi, nous sommes en pleine nuit et, même si la ville ne dort jamais vraiment, il y a moins de monde quand on traverse Londres. L'adrénaline qui court dans mes veines est presque douloureuse. Mon cœur en est incapable de battre plus calmement.

Que vais-je lui dire ? Que je sais tout ? Que je comprends tout ? Combien de fois a-t-elle essayé de me faire comprendre ce qu'elle cachait ? Combien de fois m'a-t-elle laissé entendre qu'elle ne pouvait pas quitter Jacob ? J'ai la sensation que chaque mot, chaque phrase qu'elle a dit avait un sens caché. Était-ce le cas ?

- Va plus vite Jasper, grogné-je en essayant une nouvelle fois de joindre Bella -sans succès.

Elle a dû éteindre son téléphone. Pourtant, je recommence dès que je raccroche, me laissant immédiatement tomber sur sa messagerie. Une nouvelle fois, je jure entre mes dents serrées.

- On va y arriver Edward, elle ne décolle que dans une demi-heure, on y est dans 10 minutes.

Je serre les dents, m'empêche de dire des conneries plus grosses que moi.

Le calme de Jasper me dépasse. Je suis incapable de tenir en place. Tout me parait trop étroit, trop étouffant. J'ai l'impression que si je ne vois pas Bella dans la seconde, je vais simplement imploser tant mes émotions me surpassent.

- Respire Edward, ça va aller.

Je soupire en fermant les yeux. Non, ça n'ira pas. Vais-je savoir trouver les bonnes phrases, les bons mots pour la faire changer d'avis ? Vais-je même réussir à faire sortir tout ce que je ressens pour elle alors que je l'ai repoussé si longtemps ? Comment pourrais-je faire pour la faire rester ? La retenir réellement ? Est-elle seulement capable de m'écouter ?

Quand Jasper se gare devant l'aéroport qui grouille de monde malgré l'heure plus qu'avancée de la nuit, j'ai la sensation, brutalement, de ne plus savoir ce que je fais.

- Fonce, m'ordonne Jasper me forçant à sortir de la voiture.

Mes jambes me portent à travers le hall, me faisant presque courir. Je grimace à chaque mouvement et mes cotes se réveillent à leur bon plaisir. Putain si seulement je n'avais pas eu ce stupide accident !

Je bouscule plusieurs voyageurs, mais j'm'en fou. Je veux trouver le tableau d'embarquement, et trouver Bella. Mon rythme trop lent permet à Jasper de me rattraper facilement alors que je rage, sifflant entre mes dents quand il arrive à ma hauteur.

- Tu veux que je te porte ? plaisante-t-il pour me détendre.

Un grognement presque animal lui répond. Ça n'est vraiment, vraiment pas le moment. Quand le tableau d'embarquement s'affiche enfin au loin, le téléphone de Jasper sonne.

Alice.

Je me presse, m'excusant à peine de bousculer les voyageurs à nouveau. Il faut que j'atteigne Bella avant qu'elle en disparaisse dans ce putain d'avion ! Mes yeux parcourent le tableau d'embarquement, sentant mon cerveau et mon cœur s'affoler d'un même ensemble.

Jasper, le téléphone fixé à l'oreille parle à une vitesse hallucinante à Alice en s'approchant de moi, devenant plus pâle à l'instant où je me pétrifie.

Horrifié, je parcours à nouveau les vols. Mon souffle se coince dans ma gorge.

- Gatwick ? demande Jasper, faisant de mon appréhension une réalité douloureuse. Tu es sûre ?

Tout s'affole en moi. Comment est-ce possible ? Pourquoi...

- Nous sommes… Alice, on est à Heathrow.

Je secoue la tête. J'ai l'impression qu'on vient de m'amputer d'un membre.

- Ce n'est pas possible, murmuré-je en m'étranglant.

Mes yeux parcourent à nouveau le tableau. Mon cœur dans mes tempes m'assourdit tellement que j'ai la sensation que je vais tomber.

- On s'est trompé d'aéroport, lâche Jasper.

Sa phrase me donne l'impression de me vider de mon sang. L'envie de vomir se fait plus forte, si bien que je n'arrive plus à respirer.

Je jette un coup d'œil à mon téléphone, toujours dans ma main.

0 appel. 0 message.

Son avion décolle dans cinq minutes à peine.

Impuissant, je sens Jasper me regarder sans savoir quoi me dire lorsqu'il raccroche avec ma sœur.

Je me dirige, presque aveuglément, vers les vitres immenses qui donnent sur la ville endormie en contre bas et sur les pistes de décollage où les avions vont et viennent. J'ai du mal à rester debout alors que la vérité, improbable et effrayante, s'impose à moi dans une douleur intolérable qui me brule les yeux.

Sur le tableau d'embarquement, aucun vol n'est à destination de New-York pour cette nuit.

Aucun vol, aucun départ, aucun avion.

Bella n'est pas ici.

Elle est à Heathrow, dans l'autre aéroport, à l'autre bout de la ville.

Je n'arriverai jamais à temps. Je le sais maintenant.

C'est trop tard.


On rentre au bar dans un état second. Jasper est silencieux, je crois qu'il ne sait pas quoi me dire.

J'observe la ville par la fenêtre, la gorge nouée. Elle est partie. Son avion a décollé avant que je n'aie pu avoir la chance de lui dire quoi que soit. Comment ai-je pu être aussi idiot ? Pourquoi n'ai-je pas regardé les vols en direction de New York pour cette nuit ? Comment ai-je pu, purement, et simplement, me tromper d'aéroport ?

Vidé, épuisé, je reste sans bouger quand Jasper se gare sur le parking et coupe le moteur de sa voiture.

Pendant un moment, aucun de nous ne parle.

J'ai la sensation d'avoir absolument tout perdu.

- Tu ne devrais pas renoncer, souffle Jasper après plusieurs minutes à fixer le parebrise face à lui.

Je soupire et me mure dans le silence. J'n'ai plus envie de l'entendre. J'veux d'ailleurs plus entendre personne. J'veux que ça s'arrête. J'veux plus penser. J'ai envie de dormir. Je veux oublier tout ça et la douleur que la perte de Bella provoque dans mon torse.

- Merci pour… pour tout, dis-je après quelques secondes d'une voix que je reconnais à peine.

Je sens son regard bruler mon visage, mais je suis incapable d'affronter l'expression de ses yeux depuis qu'on a quitté l'aéroport où Bella n'a jamais été. Il est déçu, je le sens. Il aurait vraiment aimé nous aider, mais, la pitié maintenant présente dans ses yeux me donne la gerbe.

- On est là, se contente-t-il de dire quand je quitte la voiture.

Je n'ai pas la force de répondre.

Je refuse à mes yeux de se poser sur le pick-up de Bella qui est toujours garé sur le parking éclairé par quelques lampadaires qui grésillent.

Quand je gagne la grange, je me laisse tomber sur le canapé, me traitant de tous les noms. Personne n'est aussi stupide.

Quand je sombre dans un sommeil agité, le soleil s'est déjà levé.


- Edward ?

Je grogne, m'étire un peu avant de grimacer. Mon corps me fait atrocement mal. Je remonte mes bras contre mes yeux, épargnant à mon crâne la lumière vive du soleil qui rentre dans la maison quand Alice tire sur les rideaux avant d'ouvrir les fenêtres.

- Alice ! grogné-je en gémissant.

- Sors de ton lit ! ordonne-t-elle d'une voix qui me fige. J'en ai marre de tes conneries. Tu bouges de là !

Je soupire. Trois matins de suite qu'elle me fait le coup. Et j'm'en fou complet.

- Je n'ai pas besoin que tu me maternes Alice.

- Ah bon ? s'étonne ma sœur quand je la regarde d'un œil en soulevant mon bras. Tu es sûr ? Parce que depuis dix jours j'ai plutôt l'impression d'être la mère d'un adolescent en pleine crise !

Je lève les yeux au ciel.

- Lèves toi, ordonne-t-elle en désertant ma chambre.

Je soupire puis finit par me lever quand je l'entends mettre le café à chauffer. Voilà la seule chose au monde qui me donne envie.

- Il faut qu'on parle, dit-elle quand je prends place sur le tabouret face à elle.

Elle fait glisser mon café entre nous.

- Du calme Alice, je viens de me réveiller et j'ai la gueule de bois.

- Justement, argue-t-elle un peu sèchement.

Quand je relève les yeux vers elle, je me rends compte que ces yeux brillent de colère. J'n'ai jamais vu Alice en colère, ou vraiment, vraiment très rarement.

- Quoi ? demandé-je en me sentant fautif bien que je n'aie rien fait.

- Ca va durer combien de temps ce bordel ?

- Alice…

- Non parce que, depuis le départ de Bella, ta vie c'est le foutoir !

- Sans déconner, pincé-je en me fermant à l'évocation de Bella.

- Tu sors, tu bois, j'me demande même si tu ne baises pas n'importe qui...

Je grogne, repoussant ce que l'effet de ces mots dans la bouche de ma sœur provoquent en moi. J'me sens incapable de toucher une autre peau, et pourtant j'aimerais vraiment être en état de le faire. J'aimerais que son départ ne m'ait pas détruit à ce point.

- Je...

- J'm'en fou, avoue-t-elle finalement en balayant l'air de sa main. J'me fou si tu tires ton coup à gauche à droite ou non, mais va falloir que ça cesse.

- Franchement…

- Je sais, t'as le cœur brisé Edward, me coupe-t-elle durement. Mais t'as pas été le seul à te faire jeter.

Elle laisse passer un silence pour reprendre sa respiration. J'ai du mal à soutenir son regard quand il se trouble de ses larmes qu'elle retient avec difficulté.

- Alice…

- C'était mon amie Edward.

Je me ferme malgré moi. Parler de Bella, de tout ça est… difficile. Intolérable.

- Elle m'a laissé tomber, moi aussi.

- Je...

- Alors, je sais, que je ne couchais pas avec elle mais j'ai du mal à comprendre pourquoi tu ne… tu ne réagis pas…

- Elle a été plus que claire.

- Elle est perdue Edward ! la défends Alice avec agacement.

- Non. Elle a dit : Dis à ton frère de ne plus m'appeler. Le message est très bien passé.

Je la vois claquer la langue, agacée.

Le lendemain du fiasco de l'aéroport, j'ai tenté d'appeler Bella au moins mille fois. Au point de connaitre par cœur sa messagerie et de finir par lui laisser des messages sans queue ni tête. Alice l'a eu au téléphone quand nous étions tous au bar, deux jours après. Elle a demandé à ma sœur de me dire de ne plus la contacter, de ne plus l'appeler.

- Elle est toute seule, à New-York, elle a...

- Elle est avec Jacob.

Alice pâlit légèrement.

- Jasper m'a dit qu'il t'avait dit… pour… ses parents et…

- Ca ne change rien Alice. Elle ne veut plus me parler. Elle… qu'est-ce que je peux faire de plus ? J'n'ai pas envie de devenir un harceleur si elle ne veut plus entendre parler de moi !

- Et moi je ne veux pas perdre mon frère.

Sa voix tremble tellement qu'elle a du mal à ne pas fondre en larmes sous l'émotion vive qui la gagne.

- Tu ne me perdras pas, m'exaspéré-je.

- Bien sûr que si, s'étrangle-t-elle alors que ses yeux s'embuent. Je ne te reconnais pas. Tu es… tu es tellement…

Elle cherche ses mots un instant avant de soupirer.

- Tu es brisé, murmure-t-elle après m'avoir étudié.

J'ai la sensation qu'elle vient de me foutre une claque. Suis-je si désespéré que ça ?

- Alice…

La colère vient bruler ma gorge. Elle est acide, violente, douloureuse.

- Il faut qu'on trouve une solution, s'entête Alice en m'ignorant alors que je suffoque. Il faut la ramener ici. On va y aller ensemble et la convaincre que…

A ses mots, mon énervement ne cherche qu'à m'engloutir.

- Tu ne comprends pas Alice, elle ne veut pas ! Je ne peux pas aller contre sa volonté !

- Elle t'aime, contre-t-elle, coupant mon souffle.

Je secoue la tête en me levant, incapable d'en entendre plus. Ca suffit. C'est trop, la douleur est trop vive, je n'arrive plus à la supporter. Il faut qu'elle se taise il faut…

- Elle t'aime Edward, elle est amoureuse de toi…

- Ca n'est pas vrai, contré-je durement, incapable de l'entendre me dire des choses pareilles.

- Non mais es-tu totalement idiot ? Elle t'aime Edward !

- Elle ne serait pas partie si ça avait été le cas ! m'écrié-je, laissant ma fureur explosée sur la mauvaise personne.

Je n'ai jamais crié sur ma sœur de ma vie. Jamais. Alice se fige alors que ses larmes débordent. Pendant une seconde, j'ai l'impression qu'elle va venir m'en mettre une mais elle sert ses bras autour d'elle, comme pour s'empêcher de sangloter. Le silence revient lentement, mais la colère, elle m'a déserté pour laisser place à quelque chose de bien plus sombre.

- Excuse-moi j'ai…

- Ca suffit, murmure-t-elle en reculant. Démerde toi tout seul.

- Alice attend je ne voulais pas…

- Tu ne veux pas quoi ? Être le pire des connards ? Je suis ta sœur Edward ! Je t'aime mais vraiment… tu déconnes. Tu merdes vraiment bordel. Fais quelque chose ! Bouge-toi !

Elle quitte la grange en claquant la porte derrière elle, me laissant hébété au milieu du salon. Depuis quand ma sœur dit-elle des gros mots ? Depuis quand pète-t-elle un câble… comme ça ?

Je soupire, regagne ma salle de bain. J'ai besoin d'une douche. J'ai besoin de me détendre.

Le reflet que me renvoie mon corps dans le miroir me fige. Mes yeux sombres de colère me regardent noir. Ma barbe est longue, trop longue. Les cernes violets sous mes yeux ne se marient pas le moins du monde avant le contour rougis de ceux-ci. Si je ne connaissais pas si bien, je pourrais m'interroger sur le fait d'être devenu un junky.

Je soupire en me déshabillant.

C'est juste un cœur brisé.

Sous la douche, j'ai du mal à respirer convenablement.

Ma conversation avec Jasper tourne en boucle depuis des jours. J'n'arrive pas à bien tout saisir, mais, quand j'y pense, j'ai du mal à contrôler la rage en moi. Quel genre de famille Bella a-t-elle ? Quel parent peut-il donner sa fille en échange de sa liberté ? Quel genre de personne est Bella pour avoir accepté une chose pareille ? Jasper m'a dit qu'elle n'avait pas eu le choix.

Je ferme les yeux, noie mon visage sous l'eau chaude.

Sans savoir vraiment pourquoi, ou comment, mes pensées se dirigent vers Bella, à New-York. Pour la première fois depuis son départ, je m'autorise à penser à son visage.

Mon cœur s'accélère douloureusement.

Qui peut la protéger, maintenant ?

Je suffoque.

L'angoisse qui monte dans mon corps est si intense que je dois m'appuyer contre le mur pour ne pas tomber.

Et si Jacob la bousculait encore ? Et s'il lui faisait du mal ? Et si personne n'était là pour l'arrêter ? Que serait-il capable de lui faire ? Jusqu'où ira-il ? Tout se trouble autour de moi alors que le chagrin me broie les cotes. Mes blessures sont presque totalement guéries désormais, mais je préfèrerai qu'on me broie les cotes mille fois plutôt que de ressentir ce que je ressens à l'instant.

Mon corps lâche prise subitement alors que je retiens mal un sanglot, me tordant comme si on me broyait le cœur à mains nues.

Alors c'est ça, un cœur brisé ?

Quand je sors de la douche, ma colère est un peu retombée. Du moins, elle a changé de direction.

J'suis en rage contre moi.

J'm'en veux.

J'm'en veux réellement. Comment ai-je pu penser que j'allais réussir à vivre comme si Bella n'était pas en danger, dans les bras de Jacob, de l'autre côté de l'Océan ?

Je n'arrive pas bien à savoir si ce sont les mots d'Alice, les paroles de Jasper qui tournent en boucle dans mon crâne ou le fait que je me sois autorisé à prendre pleinement conscience de son départ, mais mes doigts saisissent mon téléphone dès que je pénètre dans le salon.

Je dois faire quelque chose.

Je dois tout tenter.

Si rien ne marche pas, je pourrais avoir, au moins, la satisfaction d'avoir tout essayer pour la sauver des griffes de Jacob.


Quand j'atterri à New-York, le lendemain, ma colère ne m'a finalement pas quittée.

Je soupire en gagnant le premier café que je trouve. J'ai besoin de me poser cinq minutes et de réfléchir. Mon téléphone sonne dans ma poche quand mon café m'est servi, ne me laissant pas le temps d'arrêter les tortures de mon cerveau malmené.

- Oui Emmett ? soupiré-je presque.

- Ed ? T'es pas chez toi ?

- J'suis à New-York.

Au bout du fil, il y a un silence alors que je retiens mal un léger sourire -le premier depuis des jours.

- A New-York ? répète-t-il lentement d'une voix sérieuse.

Derrière lui, j'entends quelques voix, puis presque un cri.

- T'es pas tout seul, c'est ça ? compris-je en levant les yeux au ciel. Alice est là ?

- Nom de dieu Edward ! s'écrit ma sœur en attrapant le téléphone d'Emmett, me perçant les tympans par la même occasion. New-York ? Vraiment ?!

- Je sais, admis-je en ne croyant pas moi-même d'avoir osé débarquer ici.

- Dis-moi que tu vas faire ce que je pense que tu vas faire, supplie-t-elle, le souffle court.

- Je...

- Attends, on va te rejoindre ! Ne faut pas que tu fasses ça seul, on doit...

- Alice ! l'arrêté-je vivement quand je vois qu'elle s'emballe d'une manière irrationnelle. Respire.

Elle s'exécute alors que je peine à garder ma respiration calme devant l'énormité de ce que je suis en train de faire.

- Je vais gérer… tout ça, dis-je en sachant pas vraiment à quoi m'attendre. Je… je crois que j'ai besoin d'être seul pour… pour ça.

Je la vois presque se pincer les lèvres pour ne pas parler.

- Ne fais rien de stupide, entendis-je Jasper derrière.

Je lève les yeux au ciel.

- Si, c'est ton genre Edward ! contre Rosalie avant que je ne dise quoi que ce soit.

Ma famille me connait définitivement trop bien, même quand des milliers de kilomètres nous séparent, ils savent parfaitement comment je réagis.

- Ok je raccroche...

Je les entends rire. Ça me fait du bien.

- Attends, je t'envoie l'adresse de Bella par message mais, Edward, n'y va pas directement.

- T'inquiète pas Alice…

- Et si tu tombes sur Jacob…

- Ecoutez, je vais gérer ok ? Je suis adulte.

- Que je ne te récupère pas en taule, me menace Emmett en reprenant le combiné. J'te botte le cul si tu fais de la merde. Reviens avec Bella.

- Ou ne reviens pas ! s'écrit Rosalie derrière.

Leurs rires entre angoisse et soulagement me font sourire à nouveau.

Je raccroche à peine que j'ai déjà l'adresse de Bella qui s'affiche sur mon écran. L'appréhension et l'angoisse m'empêchent brutalement de respirer à fond.

Nom de dieu, qu'est-ce que je fou là ?


Il me faut un certain temps pour arpenter la ville, trouver mon hôtel et me poser une heure. Le décalage horaire me retourne totalement, au point que, quand je me réveille à plus de 17h, j'ai l'impression que nous sommes le matin.

Le soleil se couche lentement sur la ville, faisant descendre la température. Qui aurait pu deviner qu'il faisait si chaud en été à New-York ?

Déjà une heure que je campe dans la rue en bas de l'appartement où Bella vit.

J'ai la sensation d'être en voyeur qui attends sa proie. Seulement, j'attends juste que Jacob parte : Alice a eu Bella au téléphone dans l'après-midi, cette dernière passe la soirée seule puisque Jacob va à un diner d'affaire. C'est ma chance de pouvoir lui parler, et essayer de la convaincre qu'elle fait fausse route.

Quand Jacob sort par les portes tambours de l'immense immeuble, mon corps entier se crispe à sa vision.

Si je n'étais pas quelqu'un de relativement équilibré, je suis certain que je sortirai pour lui régler son compte face à toute la haine qu'il m'inspire.

Je soupire, attendant que la berline dans laquelle il monte disparaisse au bout de la rue pour enfin me décider à sortir de ma cachette.

Je règle mes trois cafés, et sort sur la rue bruyante.

Central Park s'ouvre devant moi. C'est vrai, New-York est une belle ville, mais je suis trop concentré pour réussir à accorder de l'importance aux couleurs sous mes yeux.

Sur le trottoir, j'ai l'impression de n'avoir plus aucun courage. J'en suis à me demander, même, ce que je fais ici, en plein New-York. Ai-je vraiment fait ce que j'ai fait ? Suis ici ? Maintenant ? Pour venir récupérer la femme que j'aime ? Réellement ?

Je dois fumer deux cigarettes pour trouver la force de rentrer dans l'immeuble.

Pas de concierge. Bien. Tant mieux. Ça va me faciliter la tâche.

Le voyage jusqu'au 21ème étage me parait tellement long que je tourne comme un lion en cage, sentant mon cœur s'emballer et battre contre mes tempes à m'en donner mal à la tête.

Je sais ce que je dois dire à Bella.

J'ai appris mon discours mental par cœur. Je sais parfaitement quoi dire, mais, quand les portes de l'ascenseur s'ouvrent directement sur Bella, tout ce que j'avais préparé pendant les longues heures de vol disparaissent lorsqu'elle relève les yeux vers moi.

Sa bouche s'ouvre de surprise alors qu'elle se fige, faisant tomber les clés qu'elle tient dans sa main quand son regard sombre et intense s'accroche au mien.

Mon cœur va probablement foutre le camp.

Dieu qu'elle est belle.


Hey coucou vous !

Ouais, je SAIS cette fin de chapitre... vous allez encore me détester ! #Sorry

J'espère que vous allez bien quand même ?

Bon... certaines théories de ce qui force Bella à rester avec Jacob étaient la bonne... J'avais pas envie d'en faire une histoire compliquée, à la base, mais quand je vois dans quoi je suis partie... ^^'

J'espère que ça vous aura plus... J'ai hâte -et j'ai peur- de lire vos réactions, là, maintenant, à chaud.

J'vous embrasse,

A très vite.

Tied.